Jules Feiffer – Je ne suis pas n’importe qui


Jules Feiffer - Je ne suis pas n'importe quiElla est ramoneuse de cheminée et rêve de ce glamour dont elle s’imprègne à l’occasion de soirées solitaires devant le petit écran. En la transformant en star de cinéma, la bonne fée du quartier répond à ses aspirations les plus chères et transforme sa vie en un tourbillon de cocktail parties, publicités et noubas. Etant donné ses capacités, Harold Swerg pourrait être le meilleur en tout. Etonnamment, il préfère continuer à gagner sa vie comme simple employé de classement. Etant le seul habitant de la lune, Georges s’ennuie profondément au milieu de ses cailloux et de ses cratères. Walter Fay, quant à lui, est un malaimé qui se sent déçu, ignoré, rejeté ou trahi par les autres. Malgré ses quatre ans, Munro est convoqué pour son service militaire. En bon patriote, ce petit garçon qui ne sait même pas attacher un bouton tout seul, s’en va jouer au soldat.

Jules Feiffer n’est pas n’importe qui ! Fort de cinquante ans de bandes dessinées publiées dans de nombreux journaux américains, d’une vingtaine de livres et d’autant de pièces de théâtre et de scénarios de films, cet ancien collaborateur de Will Eisner a reçu le Prix Pulitzer pour ses dessins de presse en 1986 et a été récompensé par l’Académie américaine des arts et des lettres en 1995. Ce recueil de six histoires, réalisées dans les années 50-60 et traduites par François Cavanna (le créateur de Charlie Hebdo), permet de découvrir cet auteur injustement méconnu dans l’Hexagone. C’est de manière intelligente et à l’aide d’antihéros souvent narcissiques que l’auteur y philosophe sur la place de l’homme dans la société.

Le premier récit (Passionella), oscillant entre Missy et Cendrillon, vient ainsi parodier la superficialité du monde du showbiz, tandis que le second fait une satire du nationalisme et du conformisme. La lune de Georges offre une brillante réflexion sur les origines et le territoire. Initialement publié dans la revue Playboy, La machine solitaire aborde le thème de l’isolement en s’intéressant à cet homme qui ne parvient pas à être lui-même dès qu’il est mis en présence d’autres personnes. Adapté en dessin animé (couronné de l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation), Munro met le doigt sur la bêtise et l’illogisme de l’appareil militaire, alors que La relation est un pantomime fataliste sur la vie de couple.

Les documents originaux de ces récits n’étant plus disponibles, les planches reproduites dans ce livre sont des fac-similés des éditions US. Grâce à l’utilisation d’un dessin d’une grande sobriété qui colle parfaitement au style discursif des scénarii, l’effet négatif sur la qualité graphique ne porte heureusement pas trop à conséquence. Datant de plus d’un demi-siècle, les fables humoristico-philosophiques de Feiffer n’ont rien perdu de leur justesse. Une œuvre intemporelle qui se parcourt certes trop vite, mais dont le plaisir de lecture perdure.

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