Winshluss – Pinocchio


PinocchioAprès avoir co-réalisé le film d’animation « Persepolis » de Marjane Satrapi (couronné à Cannes et aux Césars et nommé aux Oscars), Vincent Paronnaud, alias Winshluss, livre l’entièreté de cette œuvre partiellement pré-publiée dans les derniers numéros de la revue Ferraille Illustré. Avec « Pinocchio », le talentueux créateur (avec Cizo) de « Monsieur Ferraille » propose une revisite des (més)aventures de la célèbre marionnette de Carlo Collodi.

Le pantin de bois prend ici les traits d’un androïde créé par un inventeur sans scrupules. Livré malgré lui aux travers de notre monde, le Pinocchio de Winshluss a tout d’un anti-héros. Jiminy Cricket est remplacé par un cafard SDF (Jiminy Cafard) qui squatte la boîte crânienne du robot depuis qu’il a perdu ses allocations chômage. Si Pinocchio n’a aucune personnalité et n’est qu’un spectateur constatant (sans juger) la misère, la haine et les nombreux vices de notre monde, Jiminy Cafard sert quelque peu de conscience, allant même jusqu’à devenir moralisateur au détour d’une bonne cuite.

L’univers proposé par l’auteur est sombre et impitoyable. Usant de personnages tels qu’une Blanche-Neige non-consentante et ses sept nains violeurs, il n’hésite pas à piétiner les contes de fées. Aidé par d’autres protagonistes tout aussi déjantés (un pingouin kamikaze, un clown dictateur, un clochard aveugle, etc), l’auteur survole avec une virtuosité incroyable des thèmes difficiles tels que le suicide, la manipulation, le capitalisme, la foi, l’écologie, le travail des enfants, le fascisme et la course à l’armement. Les thèmes, les différentes histoires et les personnages s’entremêlent avec brio afin de former un tout cohérent, juste, mais non-moralisateur. Parsemé de nombreux clins d’œil et de références (il y en a même un à AMI de « 20th Century Boys »), le récit de Winshluss fait preuve d’une grande maîtrise et est prenant de la première page jusqu’à cette conclusion étonnamment positive par rapport au reste de l’ouvrage.

Alternant les styles de narration et débordante d’imagination, cette œuvre majoritairement muette est un modèle du genre. La force graphique de « Pinocchio » est tout bonnement phénoménale : tout est bien amené, les personnages sont décrits en seulement quelques cases, l’humour est muet mais bien présent (l’harmoniciste aveugle Wonder est succulent) et la plupart des planches sont sublimes. Pastichant le dessin et l’univers de Disney des années 40-50, Winschluss va également alterner des planches superbement colorisées (colorisation de Cizo) avec des séquences crayonnées dédiées à Jiminy Cafard. Certaines scènes, comme celle où les enfants se transforment en loups (et non en ânes comme dans le conte), sont assez marquantes. De plus, l’objet proposé par Les Requins Marteaux est de toute beauté.

Bref, mon nez s’allongerait méchamment si j’affirmais que cet album nommé pour les Essentiels d’Angoulême n’est pas le meilleur que j’ai eu l’occasion de lire en 2008.

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