Kris et Maël – Notre mère la guerre


notre mere la guerreEn 1915, au milieu des nombreux cadavres recrachés par les tranchées, c’est surtout celui de Joséphine Taillandier qui suscite l’indignation. La jeune serveuse de bar est retrouvée la gorge tranchée et portant sur elle une lettre rédigée par son assassin. Tout désigne le seconde classe Albert Choffard, qui sera d’ailleurs fusillé en toute hâte et sans aucune sommation. Malheureusement, les meurtres ne s’arrêtent pas pour autant car une infirmière de la Croix Rouge et une journaliste canadienne sont également retrouvées parmi les victimes de la ligne de front. Le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est alors envoyé sur place pour élucider ces crimes scandaleux.

Après le « Mattéo » de Jean-Pierre Gibrat, Futuropolis lance donc une seconde saga se déroulant pendant «La Der des Ders». Malgré l’abondance de ce genre de récits ces derniers temps, Kris et Maël optent pour une approche originale en faisant découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale à travers une enquête policière à l’avant des combats, là où l’ennemi se trouve à portée de voix.

Si le scénario s’articule autour d’une série d’homicides au sein d’un environnement donnant une fausse impression d’impunité, la recherche du meurtrier ne s’avère finalement qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur et l’aberration de ce conflit. C’est en suivant les pas d’un «planqué» qui n’a pas sa place au milieu des soldats, que le lecteur se retrouve au cœur des hostilités, partageant le quotidien de jeunes gens transformés en chair à canon. L’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, permet à l’auteur de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement. Des textes dont la poésie tranche fortement avec la barbarie qui anime cet enfer, mais dont la précision dépasse largement celle des tirs adverses. Dans le silence qui succède au bruit des salves ennemies, telle une ultime rengaine à un tableau des plus misérables, une longue complainte agonisante résonne ainsi au loin : «Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau … »

Le même contraste se retrouve au niveau des dessins de Maël, qui combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance brumeuse et froide de ces avant-postes boueux et sanglants de la guerre 14-18. A l’instar du récent « L’Encre du passé », le dessinateur livre un travail graphique splendide. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Livré sous forme d’intrigue policière, cette « Première Complainte » inaugure de manière fort convaincante ce nouveau triptyque dédié à la Grande Guerre.

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