Manu Larcenet – BLAST


BLAST«Grasse Carcasse» est le premier des cinq tomes de cette nouvelle série de Manu Larcenet (« Le combat ordinaire », « Les entremondes », « Les cosmonautes du futur », »Nic Oumouk », « Dallas cowboy », « Le retour à la terre », « Presque », « Chez Francisque »).

Ce somptueux pavé de 200 pages débute par un interrogatoire dans un commissariat de police. Si la culpabilité du suspect ne fait aucun doute, les motivations de son acte barbare demeurent inconnues. Le casier judiciaire de Polza Mancini, 38 ans, est certes imposant, mais pas autant que sa masse corporelle. Physiquement, l’homme obèse et répugnant n’a rien pour plaire, mais dans le fond, cet écrivain de profession a quelque chose de poétique et de touchant. Au fil des pages, ce personnage hors norme se livre et l’empathie s’installe. A coup de flashback, le lecteur découvre la lente descente aux enfers de cet homme qui a abandonné son foyer pour se mettre en marge de la société, à la recherche du BLAST !

Des retours en arrière qui invitent à accompagner l’errance d’un individu en rupture avec la société et qui, depuis sa « tendre » enfance est mis à l’écart. Et puis, page 22, le choc, une image totalement surréaliste, mais d’une force incroyable : la carcasse toute frêle de ce père hospitalisé, en phase terminale, aux portes de la mort. Une vision qui fait froid dans le dos et qui est à l’origine du premier BLAST de Polza Mancini et de ce long voyage introspectif à la recherche du prochain BLAST, cet instant magique où il s’est évadé de son corps pour entrer en communion avec le monde, ce sentiment de plénitude qui, un bref instant, l’a libéré de tous ses maux. Usant d’une narration proche de la perfection, l’homme se livre, partage ses angoisses, ses divagations, ses malaises vis-à-vis de la société et ses réflexions sur le sens de la vie. Un parcours (sur)prenant qui permet à l’auteur d’aborder des thèmes qui lui sont chers, tels que la mort paternelle, l’angoisse et la dépression.

Graphiquement, nuançant le noir et le blanc avec brio, Manu Larcenet livre une ambiance sombre et glauque et des personnages répugnants, mais d’une grande expressivité. Si les dialogues lors de l’interrogatoire sont accrocheurs et les monologues du personnage central prenant, les moments plus contemplatifs et les silences proposés par l’auteur allient force et splendeur. Et que dire de ces dessins d’enfants, tout en couleurs, qui viennent interrompre le ballet grisâtre pendant les BLAST ? Merveilleux !

A la fin de ce premier volet, le lecteur demeure dans l’ignorance concernant l’acte de Polza Mancini et ses raisons, avide de poursuivre le voyage de ce personnage hors du commun et de connaître la suite de ce véritable chef-d’œuvre.

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