Ed Brubaker – Criminal, Putain de nuit !


Ed BrubakerParfois, mieux ne vaut rien révéler et laisser le plaisir de la découverte au lecteur. C’est le cas pour l’histoire de Jacob Kurts, un loser insomniaque qui a déjà beaucoup perdu dans la vie (et le reste devrait suivre), et d’Iris, dont le prénom (et le corps) la prédestine à croiser le regard des hommes. C’est dans les bas-fonds d’une ville déjà peu reluisante que l’estropié et la belle rousse vont se rencontrer. Lui, ancien faussaire essayant de maquiller son passé, elle, femme fatale n’ayant pas froid aux yeux (entre autres). Dès le premier regard, tout part en vrille …c’est le début d’une Putain de nuit ! 

Aux manettes de cette saga, un maître du polar déjà couronné deux fois aux Eisner Awards à titre personnel (Best Writer en 2007 et 2008) et une fois pour cette série (en 2007). Grand habitué du monde du crime avec des perles noires telles que Gotham central et Sleeper, celui qui osa assassiner Captain America demeure donc dans son domaine de prédilection. Ed Brubaker, un putain de scénariste ! 

Aux pinceaux, Sean Philips (Sept Psychopathes, Sleeper) parvient à rendre la moindre conversation attrayante et à l’envelopper d’une brume de suspicion et de mystère. Son dessin réaliste, l’encrage solide, le jeu d’ombres approprié et la colorisation de Val Staples collent parfaitement au décor et contribuent à faire ressortir la noirceur du récit et des personnages. Une putain d’atmosphère ! 

Au menu de ce nouveau one-shot de l’univers de Criminal, un héros pitoyable et des fréquentations qui sentent l’entourloupe à plein nez. S’appuyant sur les poncifs du genre, l’auteur parvient à construire un récit efficace et bien rythmé, tout en donnant de l’épaisseur à des personnages qui ont certes le profil de l’emploi, mais ne tombent pas pour autant dans le piège des stéréotypes. L’ambiance est sombre et pessimiste et le quotidien est celui du Milieu. Le casting ultra-réaliste puise dans le désespoir d’une grande ville américaine et de préférence du mauvais côté de la loi. Dans cet environnement très terre-à-terre, baignant dans les magouilles et au sens moral ambigu, s’attacher à cet escroc reconverti en dessinateur de strip amoureux semble finalement être un moindre mal. Les dialogues réalistes et cette narration en voix-off qui scrute les pensées les plus sombres des protagonistes, font également mouche et installent cette série comme l’une des références en matière de polar US. 

Un putain de comics !

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