Ludovic Debeurme – Le grand Autre


Le grand autreLouis a les yeux dirigés vers l’intérieur et ne voit pas le monde extérieur de la même manière que les autres. Ce lourd fardeau qui le baigne dans le pessimisme et la noirceur le pousse à fuir les humains et l’humiliation qu’ils lui réservent. Pourtant, au milieu de la médiocrité environnante, semble surgir une fille qui ne le laisse pas indifférent. A l’inverse des autres personnes de son âge, Célia ne craint pas d’approcher Louis et décide même de suivre la direction empruntée par cet être extraordinaire aux prothèses oculaires. Un choix qui va l’emmener sur une voie riche en dangers et rencontres étonnantes.

Avec Le grand Autre, l’auteur de Lucille (récipiendaire du Prix René Goscinny et récompensé au Festival d’Angoulême 2007), livre encore une bien belle brique qui se concentre à nouveau sur la fuite de deux adolescents de sexe opposé en butte aux problèmes qu’ils rencontrent dans le monde réel. Dans ce nouveau chef-d’œuvre intimiste, Ludovic Debeurme invite donc le lecteur à observer le quotidien de deux jeunes gens en pleine dérive psychologique. Louis, un adolescent aux nombreuses phobies et mal dans sa peau qui voit les choses telles qu’elles sont depuis qu’il a échangé ses yeux avec une créature maritime. Celia, une gothique du même âge qui est la seule à oser l’approcher. Deux protagonistes qui se cherchent et qui vont se trouver à l’occasion d’une tentative commune de fuir la réalité. Peuplé de créatures étranges, l’univers déployé par Ludovic Debeurme est dérangeant et mêle habilement rêve et réalité, poésie et crudité.

Comme dans Lucille, où il abordait des thèmes délicats tels que l’anorexie, le suicide et les relations parents-enfants en évitant de tomber dans le piège du pathos, Ludovic Debeurme parvient de nouveau à traiter avec justesse des sujets difficiles en parlant des malaises et démons propres à la période de l’adolescence. En refusant de prendre position et en installant le lecteur dans un rôle d’observateur, il le laisse s’attacher aux deux personnages principaux tout en le laissant se faire sa propre opinion.

En s’octroyant une pagination ample, Ludovic Debeurme se donne la place et le temps nécessaires pour présenter ses acteurs et exposer leur histoire en douceur. Une liberté d’expression qui se retrouve également dans l’absence de cases et qui permet aux protagonistes de circuler et de s’exprimer sur la totalité de l’espace disponible de chaque page. Un graphisme minimaliste et une économie de moyens permettent de pointer l’essentiel, tout en offrant une grande lisibilité et une lecture plus rapide que ne le laissait penser la prise en main du livre. Le dessin, minutieux et intemporel, invite à pénétrer dans un univers imagé : le monde d’un jeune homme qui n’a pas encore trouvé sa voie dans la vie.

« Grand » dans le format et « Autre » dans le contenu, ce ‘petit’ chef-d’œuvre édité par Cornélius et dont le début peut s’avérer difficile d’accès, saura absorber et passionner ceux qui s’y risqueront.

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2008 !

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