Ed Brubaker – Sleeper T2


BrubakerHolden Carver est seul contre tous, coincé entre deux mondes, obligé de jouer un rôle qui ne colle pas à ses convictions. Isolé au sein du camp ennemi depuis que son supérieur est plongé dans le coma, l’agent double essaye de survivre au jour le jour, espérant que personne ne découvrira qu’il agit pour le compte de l’adversaire. Pourchassé par ses anciens collègues d’une part, et soupçonné de double jeu de l’autre, l’étau se resserre lentement autour de l’agent secret aux super pouvoirs. Puis vient l’ultime espoir, un homme qui semble capable de prouver que Carver fait bel et bien partie des gentils …

Regroupant les épisodes #7 à #12 de la série US, « Tous les faux mouvements » propose la deuxième moitié de cette excellente première saison de Sleeper. Ed Brubaker (Gotham central, Criminal, Daredevil, Iron Fist) est un habitué du monde du crime et du développement du côté sombre de ses personnages. Avec ce polar mêlant espionnage et super pouvoirs, l’auteur qui accumule les nominations aux Eisner Awards demeure donc dans son domaine de prédilection.

Le titre de cette saga ne réfère aucunement aux bras de Morphée qui s’empressent d’accueillir les lecteurs de récits soporifiques et inintéressants. Il se rapporte plutôt au statut de cet agent « dormant », plongé dans un cauchemar sans issu, ainsi qu’à l’état comateux du seul homme à savoir que Holden Carver n’est pas un agent dévoyé. Abandonné le cul entre deux chaises, la situation du héros devient de plus en plus inconfortable au fil des pages. D’un côté, les méchants qui l’obligent à se comporter en véritable crapule et de l’autre des gentils, à qui il espère prouver un jour qu’il est toujours du bon côté de la loi. Plus le temps passe, plus il craint de devenir la personne qu’il incarne, d’autant plus qu’il s’est lié d’amitié avec quelques belles crapules.

Une nouvelle fois, Ed Brubaker livre des personnages à la psychologie extrêmement fouillée. Des dialogues léchés et une voix-off qui puise dans les pensées les plus sombres des protagonistes, font également mouche. A l’aide d’une narration qui partage les sentiments torturés du personnage principal tout en installant une ambiance de polar quasi parfaite, l’auteur prend plaisir à dévoiler les deux côtés de l’histoire de cet agent double. Le contexte super-héroïque n’est pour une fois pas mis au service de la veuve et de l’orphelin, mais sert admirablement la noirceur du récit lorsque l’origine des capacités extraordinaires des différents protagonistes est révélée. Tout en immergeant le lecteur dans un monde du crime sombre, réaliste et sans merci, c’est avec maestria que le scénariste parvient à faire ressortir toute l’ambigüité et le soupçon d’humanité de personnages tels que Génocide Jones et Miss Misery.

Au niveau du graphisme, Sean Phillips (Sept) soutient parfaitement le scénario de son compère sur la série Criminal. Pas de dessin flashy pour cette histoire qui se veut réaliste malgré la présence de surhommes, mais un encrage solide, un jeu d’ombres approprié et une colorisation qui colle parfaitement au décor et qui contribue à faire ressortir la noirceur du récit et des personnages.

Une saga indispensable pour les amateurs de récits d’espionnage.

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