Abouet & Oubrerie – Aya de Yopougon T4


Aya de Yopougon« Nous arrivons à Paris Roissy-Charles de Gaulle. Il est 6h30 du matin et il fait 12°C. Merci d’avoir choisi Air Afrique », c’est sur ces mots peu réconfortants d’un point de vue climatique, que Innocent débarque dans l’Hexagone. Parti tenter sa chance en France, le coiffeur branché de Yopougon y sera vite confronté à de nombreuses difficultés. Chassé par son cousin Céleste, chez qui il débarque à l’improviste, Inno est finalement accueilli dans un foyer malien, où il lance la mode des coupes Grace Jones et des tenues aux motifs panthères.
A 6.000 km de là, sous le soleil d’Abidjan, Aya est harcelée par un professeur de biologie qui tente de mettre en pratique ses théories sur la reproduction, lors de cours de rattrapage un peu trop particuliers au goût de la jeune universitaire. De son côté, le vieux Zékinan apprend que Félicité, la fille qu’il a donnée petite au père d’Aya, est devenue une star. Forte de son récent titre de miss Yopougon, elle attise maintenant la convoitise de ce père qui ne s’est pourtant jamais inquiété de son sort auparavant. Alors que les Sissoko ont engagé un détective privé afin de retrouver leur fils Moussa, Mamoudou roule sur l’or en faisant le gigolo. Et pendant que Bantou conseille les gars, Hervé continue de rêver de l’hôtel aux mille étoiles, espérant décrocher la lune dans ce pays où les filles brillent autant que le soleil.

Quel plaisir de retourner dans ce quartier populaire d’Abidjan, de plonger dans cette ambiance africaine de la fin des années 70, au temps où les ivoiriens n’avaient pas besoin de visa pour se rendre en France. Ah qu’il est bon de retrouver Aya, ses amis, sa famille, tous ces frères et ces tontons, de découvrir cette Afrique pleine de splendeurs et de vie, tellement différente de celle qui baigne dans la misère, la famine, les guerres et le sida. Le dépaysement est garanti au milieu de l’insouciance africaine et de cette ambiance communautaire joviale où tout se partage, le bonheur comme les peines, … en cruel contraste avec nos habitudes sédentaires. Victime d’un chantage sexuel malsain, Aya a pourtant perdu un peu de sa joie de vivre. Mais, si les sujets se veulent plus graves et que le ton de cette chronique sociale s’assombrit légèrement, Marguerite Abouet parvient toujours à envelopper le tout d’humour et d’humanité. Régulièrement arrosée d’expressions ivoiriennes hautes en couleurs, de proverbes imagés désopilants et de dictons exotiques savoureux, cette grande fresque familiale parvient donc à garder toute sa saveur et sa spontanéité.

En exportant une partie de l’intrigue à Paris, la scénariste, arrivée en France à l’âge de douze ans, fait écho à sa propre histoire et emmène le lecteur sur les traces de ces exilés qui se retrouvent perdus en terre lointaine avec l’espoir de trouver une vie meilleure au bout du voyage. Sans fermer les yeux sur les difficultés d’adaptation, le désarroi face à la découverte d’un autre monde, les problèmes de logement, les patrons véreux et les différences culturelles, l’auteure oriente résolument son message vers l’espoir et l’optimisme. Au milieu de la grisaille parisienne, l’innocence du jeune expatrié, les malentendus linguistiques et la solidarité de la communauté noire entretiennent la fraicheur et la légèreté de cette délicieuse saga africaine. En abordant le thème de l’immigration, Marguerite Abouet donne une nouvelle dimension à son récit et importe un peu de ce pays dont on aura rarement été si proche.

Au dessin, Clément Oubrerie continue de livrer un aperçu africain plein de charme et donne à nouveau vie à de nombreux personnages hauts en couleurs. Tout en intégrant plusieurs planches de roman-photo à son récit, c’est avec brio qu’il adapte son graphisme chaleureux au décor pluvieux qui accompagne l’aventure métropolitaine du coiffeur vedette de Yop.

Loin des fléaux qui touchent l’Afrique, les auteurs livrent une saga au rythme africain, débordante de péripéties pétillantes. Une bouffée d’air pur venant tout droit de la Côte d’ivoire. Et à la fin de l’album, le traditionnel bonus ivoirien permet aux lecteurs d’approfondir leur connaissance des termes locaux, tandis que des recettes de cuisine permettront même d’importer un peu de ce parfum, de cette joie de vivre et de cette fraîcheur dans leurs demeures en attendant la parution du cinquième voyage au sein de l’insouciance et de la spontanéité africaine.

Prix du meilleur premier album au Festival d’Angoulême 2006, cette série éditée dans la collection Bayou sera bientôt adaptée au cinéma par Autochenille Production.

Un incontournable du neuvième art dêh !

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