Run – Mutafukaz, it came from the moon !


MutafukazEn 1935, devant le regard ébahi de Staline et ses camarades, l’Allemagne s’apprête à devancer toutes les autres nations dans la conquête de l’espace. Le projet totalement fou d’Hitler, visant à rendre la Lune aryenne pour mieux dominer le monde, est sur le point d’aboutir. Mais, au moment de l’alunissage, l’équipage du zeppelin «Der Zorn Gottes» observe un phénomène de phosphorescence inquiétant et doit faire face à une menace pouvant compromettre toute l’idéologie nazie.
Pendant ce temps, sur Terre, dans la moiteur de la jungle équatoriale, un groupe d’aventuriers pénètre un temple millénaire à la recherche d’un crâne de cristal qui pourrait permettre de découvrir les origines de l’humanité. L’expédition guatémalienne termine cependant en désillusion, le sanctuaire ayant déjà été pillé par les allemands. A l’aube des jeux olympiques, cette quête emmène la Lucha Ultima à Berlin, où elle a rendez-vous avec les nazis et l’Histoire.

Submergé par le boulot et donc dans l’incapacité de s’atteler en solo à la réalisation du troisième volet de Mutafukaz, la saga percutante et innovante d’Ankama éditions, Run décide de livrer une préquelle à sa série en confiant la partie graphique à Bicargo. Une démarche qui permet non seulement de faire patienter un lectorat totalement accro à la cavale effrénée d’Angelino et Vinz, mais qui permet également de revisiter sur un mode délirant le règne nazi tout en proposant la genèse de l’univers Mutafukaz.

Dès la couverture artificiellement vieillotte, cet album tourne le dos au road-movie d’Angelino et Vinz et à l’atmosphère gangsters hip-hop et téquila du quartier latino de Rios Rosas, pour plonger le lecteur dans l’Allemagne des années 30, version Run. C’est au sein de l’ambiance sombre de la seconde guerre mondiale que l’auteur laisse libre cours à son imagination débordante. Mêlant fiction et ancrage historique, il livre une vision fantaisiste de l’ascension du régime nazi, de la mort du Führer, de la chute du Troisième Reich à l’aube de la prise de Berlin par l’Armée rouge et même du mystère de Roswell. En intégrant de manière brillante des justiciers luchadores à ce récit empli d’humour, de répliques fusantes et d’action, l’auteur français parvient à respecter l’esprit Mutafukaz tout en livrant son point de vue extravagant sur la grande Histoire. Différents petits suppléments sous forme d’articles, de strip, de faux-courrier des lecteurs, de références historiques, de pubs et autres viennent agrémenter le récit principal et l’univers déjanté imaginé par l’auteur. Une courte aventure au sein du bouillonnant quartier de Palm Hill, dessinée par Run et prenant place seulement quelques secondes avant les événements du premier tome, vient parachever cet ensemble très réussi.

Au niveau du dessin, ce tome zéro se démarque également des deux autres, tout en conservant cette envie de mélanger différentes expérimentations graphiques et concepts visuels, et en continuant de proposer un style très personnel. Si les 16 planches en relief démontrent cette envie d’innover de la part d’un éditeur ancré dans l’univers du jeu, l’utilisation des lunettes rouges et vertes n’est pas dépourvue de défauts, avec des textes rendus parfois illisibles en effet 3D. Le dessin noir et blanc proposé par Bicargo contribue à l’ambiance rétro insufflée dès la couverture. Malgré une technique à effet de grain qui n’est pas toujours visuellement agréable, cet artiste ayant participé à la colorisation du deuxième tome livre un dessin assez dynamique, à l’image de cet affrontement violent entre deux écoles de lutte, dans un combat de catch d’une rare intensité à l’Arena Berlin, devant 33.000 spectateurs.

Disposant d’un scénario hors norme, dynamitant les poncifs du genre, jouant avec les codes, cette préquelle qui peut se lire indépendamment du reste, permet de jeter un regard neuf sur cette saga qui fait souffler un vent de fraicheur agréable au sein du neuvième Art.

Une Réponse to “Run – Mutafukaz, it came from the moon !”

  1. […] Dark Meat City. C’est un album qui fait le lien avec le tome 1 mais qui, comme le dit si bien Yvan dans son article, tourne le dos au roadmovie d’Angélino et à l’univers « gangsta […]

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