Saphia Azzedine – Confidences à Allah


A qui parler quand on est née dans le trou du cul du monde ?

confidences a allah

Etant un inconditionnel de «Tout le monde en parle», je ne suis vraiment pas fan de Laurent Ruquier, mais des fois, le samedi soir, on n’est pas couché … alors, forcément, on regarde son émission. Samedi dernier, parmi les invités, Saphia Azzedine et son premier roman : «Confidences à Allah». La lecture de certains passages de son livre me touche et, derrière un regard qui semble renfermer de nombreuses histoires, l’auteure m’intrigue. A tel point que, le lendemain, je pars acheter ses confidences et les dévore d’une traite.

Dès les premières pages, on s’attache à Jbara, une jeune bergère marocaine qui, afin d’échapper à la pauvreté et à sa condition de femme soumise, finit par vendre son corps avant de devenir …et c’est bien là toute l’ironie du sort … femme d’imam. Si le récit inventé par Saphia Azzedine contient certes quelques raccourcis parfois un peu faciles, ce sont surtout le ton percutant et le réalisme quasi dérangeant qui font la force de cette histoire servie sous forme de monologue coup-de-poing.

Et Allah dans l’histoire, me direz-vous ? Quand on habite dans ‘le trou du cul du monde’, le nez bien enfoncé dans la merde de la pauvreté, soumise à des lois d’hommes et contrainte de baiser pour un yaourt à la grenadine … les personnes à qui se confier se font rares. C’est donc à travers le Prophète, son seul et unique confident, que Jbara s’adresse à nous. Malgré sa recherche de liberté au sein d’un islam qui s’y oppose et son attitude rebelle envers des lois dégradantes, elle va parvenir à conserver sa foi en Allah et vivre sa croyance tout en dénonçant l’oppression des femmes et l’hypocrisie religieuse.

Si le vocabulaire cru en choquera plus d’un, certains passages s’avèrent criants de vérité et extrêmement poignants, alors que d’autres ne manqueront pas de faire rire.

Lire ce roman est probablement un Haram, mais qu’il est parfois bon de vivre dans le péché !

Notons finalement que le texte a été adapté au théâtre et que l’interprète, Alice Belaïdi, vient de recevoir le prix de la Révélation Féminine aux Molières.

Quelques extraits :

Je suis pauvre et j’habite dans le trou du cul du monde. Avec mon père, ma mère, mes quatre frères et mes trois soeurs. Ça baise comme des salauds chez les pauvres, parce que c’est gratuit.

Mon père, dès qu’il m’en parle, c’est pour me dire qu’il va me châtier si je fais encore des conneries. Un jour j’ai juste dit devant lui qu’il faisait trop chaud et que c’était pénible : eh bien il m’a flanqué une baffe. Dans sa logique, à ce con, comme c’est Allah qui fait le temps, j’avais blasphémé. Maintenant, vous avez une idée de qui est mon père. C’est un ignorant et il l’ignore. Un vrai cancer à lui tout seul. Il ne sait que gueuler et de préférence sur les gonzesses. C’est un pauvre, mon père. Et c’est un con. C’est un pauvre con.

Ma mère, je l’aime parce qu’elle me fait pitié. Elle met des oignons dans tous les plats pour pouvoir pleurer en paix.

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