Kris & Maël – Notre Mère la Guerre, deuxième complainte


Tuer en toute impunité ?

Kris & Maël - Notre Mère la Guerre, deuxième complainteVoici le deuxième tome de cette trilogie qui se déroule pendant «La Der des Ders» et qui invite à découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale à travers une enquête policière à l’avant des combats, là où l’ennemi se trouve à portée de voix.

Si, en suivant les pas d’un «planqué», le tome précédent permettait déjà au lecteur de se retrouver au cœur des hostilités, partageant le quotidien de jeunes gens transformés en chair à canon, cette deuxième complainte l’enfonce encore un peu plus dans l’horreur de la guerre. Des scènes de combats aussi brutales qu’aberrantes aux corps criblés de balles, en passant pas des corps déchiquetés, les auteurs ne lésinent pas sur les moyens pour faire ressortir toute la barbarie du conflit.

Si le scénario du tome précédent, articulé autour d’une série d’homicides, démontrait déjà clairement que la recherche du meurtrier n’était finalement qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur des tranchées, ce tome-ci relègue également l’enquête au second plan. Au sein d’un environnement qui donne une fausse impression d’impunité, là où tuer devient un acte patriotique quotidien, il devient même presque indécent de rechercher un meurtrier. Néanmoins, au milieu de deux salves ennemies, l’enquête de Vialatte, désormais un peu plus accepté par les « vrais soldats », avance et propose de nouvelles pistes intéressantes.

L’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, permet à l’auteur de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement. Des textes dont la poésie tranche fortement avec la barbarie qui anime cet enfer, mais dont la précision dépasse largement celle des tirs adverses. Dans le silence qui succède au bruit des salves ennemies, telle une ultime rengaine à un tableau des plus misérables, une longue complainte agonisante résonne ainsi au loin : «Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau … »

Le même contraste se retrouve au niveau des dessins de Maël, qui combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance brumeuse et froide de ces avant-postes boueux et sanglants de la guerre 14-18. A l’instar du récent « L’encre du passé », le dessinateur livre un travail graphique splendide. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Une « Deuxième Complainte » qui confirme toute la qualité de ce triptyque dédié à la Grande Guerre et qui impose cette saga comme une référence en la matière.

Retrouvez cette BD dans MON TOP 2010 !

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