Chris Ware – Jimmy Corrigan


Chris Ware - Jimmy CorriganJ’étais totalement passé à côté de cette histoire partiellement autobiographique de Chris Ware, primée à Angoulême en 2003.

Ce récit, étalé sur quatre générations et entremêlant rêves, fantasmes et réalité, est assez difficile d’accès. Chris Ware prend tout son temps pour nous narrer l’histoire de la famille Corrigan, en se concentrant sur deux périodes en particulier. Il y a évidemment l’histoire de Jimmy, un homme étouffé par une mère omniprésente et possessive, un être mal dans sa peau, socialement isolé, d’une timidité maladive et sujet à des angoisses persistantes. Mais il y a aussi l’histoire bouleversante de l’enfance de son grand-père.

Construite sur base de petites tranches de vie finalement assez anodines, cette histoire d’une banalité exemplaire démontre les échecs générationnels de cette famille, incapable de bâtir des relations familiales normales de père en fils. Une histoire qui, à l’aide de quelques ellipses et d’une narration plus conventionnelle aurait sans doute pu être racontée en trois fois moins de pages, mais qui aurait du coup perdu une grande partie de sa force. Car malgré son côté hermétique et un début de lecture assez exigeant, l’humanisme touchant et l’audace narrative de cette œuvre finissent par séduire.

Graphiquement, Chris Ware explose tous les codes du neuvième art : couverture dépliante, format à l’italienne, conseils de lecture, sens de lecture variable, découpage original, cases minuscules, schématisations généalogiques, pictogrammes, interludes sous forme de jeux, de découpage et d’assemblage … l’utilisation du médium est poussé à son extrême et demande un effort considérable de la part du lecteur. La multiplication de petites cases qui s’attardent sur des non-événements étire le récit et contribue à son rythme de lecture volontairement lent. Le temps semble ainsi peser sur les personnages, accentuant ainsi leur malaise et permettant à l’auteur d’utiliser les non-dits à la perfection. Le dessin minimaliste, fort géométrique et du type ligne claire est pourtant assez classique, mais mis au service de cette narration surprenante, il se révèle finalement d’une efficacité incroyable.

Un chef-d’œuvre !

Une Réponse to “Chris Ware – Jimmy Corrigan”

  1. […] sur d’autres lectures : Flood de Drooker, Cages ou L’Asile d’Arkham de Dave Mc Kean, Jimy Corrigan de Chris Ware, Le dernier des Mohicans de Cromwell… est-il besoin d’en citer plus […]

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