Luc Brunschwig et Olivier Martin – Lloyd Singer, Psychothérapie


Les personnages de Brunschwig s’allongent sur le divan !

Luc Brunschwig et Olivier Martin - Lloyd Singer, PsychothérapieCela faisait un petit temps que cet album traînait sur ma PAL. Après avoir vu le titre évocateur de l’album et lu l’intro touchante de l’auteur, je m’étais dit: « celui-là, je vais le redéposer un instant et je le lirai à tête reposée ». La fin du cycle précédent laissait déjà entrevoir que Luc Brunschwig exploiterait les blessures familiales de son héros et que ça serait du lourd. Et en effet, cette première partie de diptyque allonge toute la famille Singer sur le divan d’une psychiatre afin de trouver l’origine de l’anorexie qui ronge la fille ainée et… mon dieu, mon dieu… quelle claque !!!

Faire un album autour d’une séance de psychothérapie n’est pas donné à tout le monde et j’avais en mémoire un truc énorme, le douzième tome de Daredevil dans la collection 100% Marvel (Le Décalogue), où Bendis et Maleev illustrent une conversation de cinq épisodes entre des personnes assises dans une petite pièce quasiment dépourvue de décors. Autant vous dire que dans ma tête j’avais placé la barre très haute et voilà que Brunschwig, fort d’une thérapie salvatrice, s’élance, saute et … page après page, il monte, de plus en plus haut et franchit l’obstacle avec une aisance déconcertante, balayant les doutes et cette fameuse paralysie dont il parle dans ses remerciements. Yep, ce quarantième album signé Brunschwig est une véritable tuerie.

L’auteur avait déjà abordé le passé torturé de Lloyd par petites touches lors des albums précédents, lui donnant déjà énormément d’épaisseur. En faisant le point sur les fêlures qui sont à l’origine du mal collectif qui ronge la famille Singer, il plonge encore plus profondément dans les zones d’ombre du passé de ce personnage qui devient de plus en plus attachant au fil des tomes. Entre le protecteur Makabi, avec son sac à deux balles sur la tête, et l’agent gouvernemental binoclard, avec sa tête à claques, le personnage n’a pourtant pas beaucoup d’atouts pour séduire… et pourtant, force est de constater qu’après sept tomes, je l’adore ce p’tit con !

Cette thérapie est tellement prenante que j’en viens par moments à regretter cette histoire de papy-serial-killer développée en parallèle. D’un autre côté, j’avais parfois la gorge tellement nouée que je saisissais ces moments de respiration avec soulagement, trop content de sortir la tête de l’eau entre deux séances de psychothérapie… avant de replonger de plus belle. Surtout que les agissements de ce vieillard ne sont pas incorporés par hasard, juste pour occuper le lecteur avec un petit polar classique. Non, les deux intrigues se rejoignent sur la fin, justifiant finalement chacune des cases de cet album et installant cette histoire de meurtres au service du développement psychologique futur des personnages. Tout est lié, tout a sa place, Brunschwig est un ace de la narration et un grand maître du développement psychologique. Vous avez d’excellents scénaristes comme Garth Ennis qui vont chaque fois un peu plus loin dans le gore, jusqu’à aller trop loin et écœurer la majorité des lecteurs. Sans doute que Brunschwig a eu peur d’aller trop loin dans le développement psychologique en proposant un tome plus statique où des gens sont assis et se contentent de causer. Et c’est vrai, il a été creuser profond, très profond, mais franchement, c’est de la balle !

En passant d’un fil narratif à l’autre et en multipliant les flashbacks qui remontent à l’enfance de Lloyd, l’auteur parvient à dynamiser son récit, à installer une tension émouvante tout au long de l’album, tout en développant une histoire aussi prenante que bouleversante. À l’aide de dialogues parfaitement maîtrisés, il nourrit l’empathie grandissante envers des personnages complexes et attachants, qu’il dévoile par petites touches et dont on finit par comprendre la fragilité émotionnelle et la rage au fil des pages. Ce n’est pas seulement du neuvième art, c’est du grand art ça !

Et je vous vois venir avec vos gros sabots… le changement de dessinateur, c’est ça ? Personnellement, je trouve qu’Olivier Martin a parfaitement assimilé l’univers graphique de la série, ne provocant aucune cassure de style avec le très sympathique Olivier Neuray. L’alternance entre les scènes du présent et les retours-en-arrière est également parfaitement gérée grâce à une colorisation sépia qui accompagne brillamment ces nombreux voyages dans le temps. Tout comme le changement de coloriste, ce nouveau passage de témoin permet également d’ajuster cette série aux valeurs plus cinématographiques de cette collection « Grand Angle » des éditions Bamboo. Un éditeur qui a eu la brillante idée d’ouvrir ses portes à la famille Singer et ce n’est certainement pas moi qui vais m’en plaindre !

D’ailleurs, si c’est pour produire des perles pareilles alors, égoïstement, je serais même tenté de dire : Vivement la crise du quarante-et-unième album !

Retrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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