Romain Slocombe – Monsieur le commandant


Un beau salaud !

Romain Slocombe - Monsieur le commandant« Monsieur le commandant » de Romain Slocombe est un récit épistolaire, genre dont je ne suis pourtant pas fan à la base. Cette longue lettre que l’auteur invite à lire est celle de Paul-Jean Husson au sturmbannführer H. Schöllenhammer, chef de la Kreiskommandantur de la sous-préfecture d’Andigny.

Dans cette collection « Les Affranchis », qui invite les auteurs à « Ecrire la lettre qu’ils n’ont jamais écrite »,  Romain Slocombe choisit d’écrire une lettre de confession, qui permet de partager les réflexions et l’intimité d’un homme instruit, un écrivain loué par la critique et membre de l’Académie française. Ce courrier extrêmement personnel permet d’entrer dans la vie familiale complexe d’un héros de la Première Guerre mondiale et d’un père de famille qui tombe éperdument amoureux de cette belle-fille dont il se rapproche beaucoup trop lorsque son fils part rejoindre la résistance à Londres.

Mais « Monsieur le Commandant » est surtout une lettre de dénonciation écrite par un pétaniste convaincu, un antisémite et un collabo zélé, partisan d’un rapprochement entre l’Allemagne nazi et cette nation française gangrenée par les juifs, protestants, métèques et francs-maçons, qu’il considère responsables de la dégradation de son pays. Slocombe n’invite donc pas seulement à se glisser dans la peau d’un homme distingué qui manie la plume avec une aisance qui séduit, mais également dans celle d’un monstre qui utilise son talent pour étaler sa haine envers les juifs.

Seul ombre au tableau de ce type immonde qui défend des théories détestables: celle qu’il aime est juive! Partagé entre cet amour interdit et un antisémitisme viscéral, l’homme exerce une certaine fascination sur le lecteur, mais également une répulsion écoeurante.

Cette histoire qui se déroule pendant l’Occupation s’avère prenante de la première à la dernière page et multiplie les rebondissements, jusqu’à cet épilogue qui abandonne le lecteur avec une seule pensée: mais quel salaud ce type!

Il s’agit certes d’une fiction, mais l’auteur parvient à l’ancrer dans la réalité de ce temps-là de manière tellement efficace, que le lecteur ne sait parfois plus très bien où se situe la frontière. L’Histoire, parfaitement documentée, rattrape alors la fiction et précipte le sentiment de nausée qui accompagne les dernières lignes de cette lettre, dont le contenu abjecte prend constamment le dessus sur la beauté des mots et sur la justesse des phrases.

Une superbe lettre, écrite par le pire des salopards!

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