Pirus et Mezzo – Le roi des mouches, sourire suivant


La conclusion d’un ouvrage culte !

Pirus et Mezzo - Le roi des mouches T3Eric Klein fuit ses ennuis et sa ville natale à bord d’une BM décapotable. Il pense à Ringo qui ne le lâche plus depuis qu’il lui a donné ce foutu sac plein de pognon, contenant aussi une arme et une étrange quille de bowling convoitée par tout le monde. Il y a aussi ses plans cul qui partent en couille : Karine est enceinte, Marie est prise par David, Sal n’est qu’une salope et Lisa a certes du potentiel, mais elle n’a que quatorze ans. Sans parler des hallucinations qui le poursuivent même au volant de son « piège à chattes » ou de ce stock d’amphétamines qui ne sera pas suffisant pour tenir jusqu’à la fin de la journée. Bonjour les angoisses !

Tous les quatre ans, Pirus et Mezzo invitent les lecteurs à enfiler un gigantesque masque de mouche pour prendre place dans ce véritable ovni du neuvième art. Après deux tomes repris dans les sélections officielles du Festival d’Angoulême (Hallorave paru en janvier 2005 chez Albin Michel et L’origine du monde paru en septembre 2008 chez Drugstore), ils proposent le dernier acte de cette trilogie aux éditions Glénat.

Derrière cette couverture assez sobre et intrigante se cache une véritable bombe au niveau scénario et graphisme. Si celle-ci est cette fois verdâtre, le contenu demeure toujours aussi sombre, dérangeant, glauque, malsain, envoûtant et parfois morbide. Rythmée par des chapitres de quelques pages, chacun dans la tête d’un personnage différent, cette histoire suit les délires quotidiens de jeunes paumés, bordés par l’ennui et par les plaisirs artificiels. Coincés dans la banalité de leur existence, ils cherchent à s’évader via l’alcool, la drogue, l’argent facile et le sexe. Magistralement structuré autour de courts récits qui permettent aux protagonistes de se croiser pour finalement former un tout très cohérent et abouti, l’album dresse le portrait assez désespérant d’une jeunesse désœuvrée et d’un endroit difficile à situer. Les maisons et les vêtements font inévitablement penser aux États-Unis, tandis que les références géographiques font allusion à l’Europe.

En suivant le destin pathétique de ces losers à la recherche d’un bonheur souvent trop artificiel, les auteurs dépeignent un univers oppressant, où les valeurs s’effritent au fil des pages. Des couples qui se déchirent, des pères alcoolos, des mères accros aux antidépresseurs et des jeunes qui sombrent… la dérive est lente mais inéluctable et l’overdose de plus en plus proche. L’errance mentale des différents protagonistes est brillamment traduite par une narration experte qui tranche comme une lame de rasoir et accompagne ce voyage totalement halluciné avec grand brio. Une voix-off traduit inlassablement les pensées les plus sombres de ces adolescents égarés et vient bercer le récit d’un rythme quasi hypnotique. Si ces longs monologues intérieurs traduisent à merveille le mal-être de toute une génération, le cynisme et la froideur du texte contribuent également à l’atmosphère extrêmement envoûtante de l’album. Parmi la succession de narrateurs, après le fantôme de Damien qui revenait hanter le quotidien et les errances de ses anciens amis lors du tome précédent, c’est cette fois la voix de Lisa qui surprend le plus. Le langage volontairement moderne de cette fille qui s’exprime en textos et smileys ne manquera pas d’irriter les amateurs de belle prose, mais démontre une nouvelle fois la capacité des auteurs à faire entrer le lecteur dans la tête des personnages avec énormément de réalisme.

Le cadrage (face caméra) ajoute un côté malsain et dérangeant à l’histoire. Dans un style qui n’est pas sans rappeler celui du talentueux Charles Burns (Toxic, Black Hole), Mezzo livre un dessin flippant qui se place au diapason du scénario de Pirus. Le statisme des cases au format gaufrier accentue ainsi le détachement créé par cette voix-off entre les pensées des protagonistes et le quotidien qui les entoure.

Vous l’aurez compris : Le roi des mouches est une trilogie dérangeante dont il est difficile de ressortir indemne, une œuvre d’une grande richesse qui peut d’ores et déjà être qualifiée de culte, une lecture indispensable… mais à ne pas mettre entre les mains de tout le monde.

Retrouvez cet album coup de coeur dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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