Ulli Lust – Voix de la nuit


La chute du IIIe Reich, vue (et entendue) de l’intérieur !

Ulli Lust - Voix de la nuitAyant beaucoup aimé « Trop n’est pas assez » d’Ulli Lust, je n’ai pas longtemps hésité à m’attaquer à ce nouvel ouvrage, qui est une adaptation du roman éponyme de Marcel Beyer.

Le récit invite le lecteur au cœur du régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment où l’Europe est plongée dans une des pages les plus sombres de son Histoire. C’est au sein de cette longue nuit noire, que l’auteur donne la parole à deux voix, qui vont accompagner l’agonie du nazisme jusque dans le bunker d’Hitler en avril 1945.

La première voix est celle d’Hermann Karnau, un jeune acousticien allemand, responsable de la sonorisation des meetings politiques nazis et collectionneur obsessionnel d’enregistrements de sons en tout genre. Sa thèse selon laquelle la langue allemande est quelque chose d’innée trouve très vite un écho favorable auprès du pouvoir et le propulse dans les plus hautes sphères du régime. Echappant ainsi à son envoi sur le front russe, il se livre à des expérimentations scientifiques barbares pour le compte du IIIe Reich, qui lui permettent notamment de compléter sa lugubre collection de sons avec des gémissements de soldats agonisants sur le champ de bataille ou des râles de cobayes torturés sous sa supervision.

La seconde voix est celle d’Helga, l’aînée des six enfants de Joseph et Magda Goebbels, qui ont tous un prénom qui commence par la lettre H, en hommage au führer. Arrivée à l’âge de comprendre le drame qui se profile à l’horizon pour elle et ses proches, la jeune fille déchante au fil des pages, tout en se liant d’amitié avec Hermann Karnau.

Passant constamment d’une voix à l’autre, tout en variant son graphisme selon le narrateur, Ulli Lust narre la chute du IIIe Reich de façon inhabituelle. Si les passages en compagnie des enfants sont illustrés dans une bichromie aux tons plus doux, ceux avec Hermann Karnau sont pourvus de teintes beaucoup plus sombres. Cette alternance fonctionne à merveille, mais la grande force visuelle de cet ouvrage est la restitution des bruits et des sons au fil des pages. De la propagande nazi à travers les ondes aux derniers murmures des enfants Goebbels, ceux-ci jouent en effet un rôle crucial, voire beaucoup trop important, au sein de ce récit qui propose une approche très acoustique des évènements.

Si cette approche inédite de la fin tragique du régime nazi en général et de la famille Goebbels en particulier est louable, l’album n’est par contre jamais parvenu à m’accrocher. Il y a tout d’abord ce personnage central fictif, qui permet certes de donner un visage aux acteurs les plus ordinaires de cette barbarie, mais qui n’a jamais réussi à m’intéresser. Il y a ensuite cette construction beaucoup trop lente, qui se concentre principalement sur l’acoustique, au détriment d’un contexte historique qu’il faut trop souvent deviner. Si la destinée tragique des enfants de Goebbels a tout de même réussi à me toucher, celle-ci met cependant beaucoup trop de temps à se profiler et c’est tout de même un peu trop peu à se mettre sous la dent sur près de 400 pages.

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