Andrus Kivirähk – L’homme qui savait la langue des serpents


La fin d’une époque !

 L'homme qui savait la langue des serpents L’auteur estonien Andrus Kivirähk situe ce roman pas comme les autres au Moyen Age, à une époque qui correspond à la colonisation et à l’évangélisation des dernières contrées païennes d’Europe. Si les Estoniens ont longtemps résisté à l’envahisseur germanique, la majorité de la population a désormais quitté la forêt pour des villages qui vivent d’agriculture et embrassent pleinement la religion chrétienne. Le jeune Leemet et sa famille sont parmi les derniers à ne pas céder aux sirènes de la modernité et font office de derniers témoins d’une civilisation et d’une culture vouées à disparaître…

Livré sous forme de conte satirique, ce roman ne se cantonne néanmoins pas à un seul genre. Ce véritable ovni littéraire mêle en effet tout à tour histoire, mythologie, fantastique, quête initiatique, saga familiale et histoire d’amour. Ce récit d’une intelligence rare offre non seulement une réflexion intéressante sur la notion d’identité, mais aborde également des thèmes d’actualité, tels que l’évolution des civilisations, la place de la religion et les dangers de l’extrémisme. Issu du folklore estonien, ce livre d’une grande richesse est également pourvu d’une dimension pamphlétaire qui prend tout son sens lors de la lecture d’une postface qui apporte un éclairage particulier sur cette critique déguisée de la société estonienne. Si l’auteur dénonce clairement la bêtise humaine et le fanatisme, il évite cependant de choisir entre les défenseurs de l’ancien temps et ceux qui embrassent aveuglément la modernité, profitant d’ailleurs de l’occasion pour démontrer que la bêtise ne se limite que très rarement à un seul camp. La morale de l’histoire étant probablement qu’il faut savoir évoluer avec son temps, sans pour autant renier ses origines…

Ce monde imaginaire, saupoudré de fantastique et de folklore, livre également des personnages aussi surprenants qu’attachants. Du serpent royal Innts au grand-père cul de jatte, en passant par des ours particulièrement dragueurs, Andrus Kivirähk propose une galerie de personnages hauts en couleur. Si ceux-ci ne manqueront pas de marquer les esprits, c’est surtout la solitude de Leemet qui restera en mémoire. Perdant progressivement tous ses compagnons de route et ses repaires au fil des chapitres, le dernier représentant de l’ancien temps se retrouve le cul entre deux chaises, incapable de choisir entre l’ancien et le nouveau monde. Devenu gardien du savoir de son peuple, dépourvu d’héritier à qui transmettre des traditions qui menacent de tomber dans l’oubli, le dernier homme à encore savoir parler la langue des serpents observe, totalement impuissant, la fin de son monde.

Si la quête de plus en plus solitaire de Leemet est parsemée de drames, le récit d’Andrus Kivirähk baigne néanmoins dans l’humour et l’ironie. En décrivant de manière exagérée et souvent délicieusement imagée le caractère totalement absurde de certains comportements, il dénonce la plupart des dérives avec énormément d’humour. Les sujets ont donc beau être complexes et le fond du récit d’une tristesse profonde, le rire est cependant bel et bien au rendez-vous…

Un roman pas comme les autres, pourvu de plusieurs niveaux de lecture, qui aborde avec intelligence la transition entre deux civilisations.

Lisez-le sur votre liseuse ou en version papier, quitte à être le dernier…

Ils en parlent également: Le Bibliocosme

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3 Réponses to “Andrus Kivirähk – L’homme qui savait la langue des serpents”

  1. Je l’ai reçu dans ma Kube du mois de mai, j’ai hâte de le lire ! 🙂 Et ton avis me rend encore plus curieuse 🙂

  2. […] Autres critiques : Baroona (233°C) ; Nébal (Welcome to Nébalia) ; Yvan Tilleul (Sin City) […]

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