Archive pour août, 2019

Sandrone Dazieri – Tu tueras le Père

Posted in Littérature with tags on 28 août 2019 by Yvan

La menace omniprésente du Père !

Sandrone Dazieri - Tu tueras le PèreCe roman invite à suivre l’enquête non-officielle de Colomba Caselli, commissaire en congé maladie suite à une affaire traumatisante. Tout démarre par la disparition d’un enfant de huit ans, dont la mère est retrouvée décapitée et le père immédiatement suspecté d’avoir commis le crime. Afin de résoudre cette étrange histoire de famille, Colomba Caselli sollicite l’aide de Dante Torre, ancienne victime d’un kidnappeur qui l’a séquestré pendant onze longues années. Très vite, les indices trouvés sur place permettent à Dante Torre de comprendre que son tortionnaire, surnommé le Père, est également lié à cette nouvelle disparition…

Si ce polar est excellent, son duo atypique d’enquêteurs n’y est évidemment pas étranger. Il y a d’une part Colomba Caselli, une femme traumatisée, victime de crises de panique dans des situations de stress, qui veut d’une part changer de métier, mais se voit d’autre part incapable de lâcher cette affaire. Mais il y a surtout Dante Torre, surnommé « l’enfant du silo » par les médias, un héros d’une fragilité extrême, accroc aux anxiolytiques, qui doit surmonter ses troubles psychologiques afin de mettre fin aux actes de son ancien bourreau. Au fil des pages, ces deux personnages au passé torturé vont apprendre à s’apprivoiser afin de former un duo de choc terriblement attachant et particulièrement efficace.

L’autre grande qualité de ce roman est une intrigue complexe et parfaitement construite, qui multiplie les rebondissements et nous tient en haleine de la première à la dernière page de cette solide brique. Au fil des pages, l’ombre de ce Père devient de plus en plus menaçante et cette omniprésence contribue également à tenir le lecteur en haleine, tout en lui faisant froid dans le dos.

Un thriller incontournable !

Je ne manquerai donc pas de lire « Tu tueras l’Ange » au plus vite !

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Delphine de Vigan – Les Loyautés

Posted in Littérature with tags on 25 août 2019 by Yvan

Une jeunesse en détresse !

Delphine de Vigan - Les LoyautésParmi les professeurs d’un collège parisien, Hélène Destrée est la seule à remarquer l’attitude étrange de Théo Lubin, un adolescent de 12-13 ans dont les parents sont divorcés. Ayant elle-même été victime de maltraitances durant sa jeunesse, elle ne peut rester indifférente au mal-être de ce gamin silencieux, presque transparent, qui tente de disparaître dans la masse. En dehors de l’école, Théo est effectivement victime d’une garde alternée qui se déroule très mal, mais son comportement étrange est surtout dû à la quantité d’alcool de plus en plus importante qu’il ingurgite en cachette… afin de tout effacer…

« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans la façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi on ne la fait pas. »

Avec « Les Loyautés », Delphine de Vigan livre un roman choral à quatre voix, qui met en scène des personnages malmenés par la vie, en prise avec leurs propres démons. Il y a tout d’abord Hélène, passant outre les limites de sa fonction, à cause d’un passé d’enfant battue qui continue de la hanter. Il y a ensuite Théo, un gamin en détresse qui trouve refuge dans la boisson. Puis il y a Mathis, le seul ami de Théo, qui, n’étant pas beaucoup mieux loti que son copain, l’accompagne volontiers dans ses délires éthyliques. Et il y a finalement Cécile, la mère de Mathis, qui consulte un psy après avoir découvert le secret de son mari sur les réseaux sociaux et qui s’inquiète des fréquentations de son fils…

Delphine de Vigan (« Les gratitudes ») parvient une nouvelle fois à dresser le portrait de personnages profondément humains et extrêmement touchants, tout en parvenant à saisir l’infiniment intime. D’une plume délicate, elle décrit non seulement avec brio les relations qui se tissent entre les personnages, mais aborde également avec grande justesse de nombreux thèmes sensibles et malheureusement d’actualité au sein de notre société, tels que le divorce, l’enfance brisée ou l’alcoolisme précoce.

Les loyautés, Delphine de Vigan, JC Lattès, 208 p., 17 €

Ils en parlent également : MaeveFolavril, Juju, Lectures de rêveLes livres d’Eve, Fan de lecture, Pousse de Ginkgo, Céline, CaroLe bazar de Barbouille, Librarian Life, Foxybook, Light & smell

 

Franck Bouysse – Né d’aucune femme

Posted in Littérature with tags on 21 août 2019 by Yvan

S’accrocher aux mots !

Franck Bouysse - Né d’aucune femmeAyant adoré « Glaise » de Franck Bouysse, je n’ai pas pu résister bien longtemps à l’envie de lire son dernier roman, surtout que la couverture se veut également particulièrement séduisante.

Le récit débute par les paroles d’une femme, recueillies dans l’intimité du confessionnal du père Gabriel. Elle lui demande de récupérer des cahiers dissimulés sous la robe d’une défunte, dont il doit aller bénir le corps. La lecture de ces cahiers, qui contiennent les confessions de Rose, va bouleverser sa vie…

« Né d’aucune femme » raconte donc l’histoire de Rose, depuis son enfance et ce fameux jour où son père la vendue pour quelques pièces à un forgeron, jusqu’à ses derniers jours. En donnant en alternance la parole au père Gabriel, à Rose, à ses parents et au palefrenier du forgeron, ce récit choral dresse progressivement le portrait bouleversant d’une femme abimée par la vie, mais qui parvient à s’évader de l’enfer grâce aux mots. Des mots que l’auteur utilise avec grand brio, narrant l’intolérable avec force, beauté et finesse…

« Les mots, ils me font me sentir autrement, même enfermée dans cette chambre. Ils représentent la seule liberté à laquelle j’ai droit, une liberté qu’on ne peut pas me retirer, puisque personne à part Génie, sait qu’ils existent. »

« Né d’aucune femme » est une histoire sombre, mais profondément humaine, racontée de manière lumineuse !

Né d’aucune femme, Franck Bouysse, La manufacture des Livres, p., 20,90 €

Ils en parlent également (la liste de ceux qui n’en parlent pas est probablement plus courte 🙂 ): Anthony, Moka, Maeve, MaudDomi, Mélie, Juju, Gwen, CocoMes échappées livresques, EmOtionS, Au fil des livres, Actu du noir, Livresse du noirMumu dans le bocage, Lectures de rêve, Livres d’un jour, A l’horizon des mots, Entre deux livresSerial Readeuz, La livrophageUranie, Krolfranca, Les cibles d’une lectrice à visée, Emma’s books, Au fil de l’histoire, Lire & vous, Les yeux dans les livresMes pages versicolores, 22h05 rue des Dames, Black novel, Cercle littéraire de Dordogne, Moonpalaace, Girl kissed by fire, Mrs Pepys, Bib’Bazar, Des pages et des lettres, Boutabou, Eugénie, Liseuse hyperfertile, Ma passion les livres, Dealer de lignes, Les libraires masqués du grenier, Coquecigrues et ima-nu-ages

Fabcaro – Le discours

Posted in Littérature with tags on 18 août 2019 by Yvan

Derrière les apparences…

Fabcaro - Le discoursJe ne suis pas trop friand de romans humoristiques à la base, mais « Zaï Zaï Zaï Zaï » étant une des bandes dessinées qui m’a fait le plus rire ces dernières années (avec « Ratafia »), je me suis finalement laissé tenter par ce roman de Fabcaro (« Carnet du Pérou »), venu inaugurer la nouvelle collection « Sygne », de Gallimard, lancée pour accueillir des auteurs venus d’autres horizons que la littérature.

« Le discours » invite à suivre Adrien, la quarantaine, un brin déprimé, lors d’un dîner familial qui prend une vilaine tournure lorsque son futur beau-frère lui demande de faire un discours lors du mariage de sa sœur. Surtout qu’Adrien n’a pas vraiment la tête à ça depuis qu’il a envoyé un SMS à son ex, Sonia, avec qui il est en « pause » depuis plusieurs semaines. Entre la réponse de son ex qui se laisse désirer et la sienne, affirmative, qu’il regrette déjà, le repas s’annonce bien long…

Si l’action principale se déroule à table, lors d’un huis-clos familial riche en apparences, ce sont les nombreuses digressions du narrateur qui ajoutent du piment au repas. Des projets de discours à l’analyse du SMS qu’il vient d’envoyer à cette ex qu’il s’était pourtant juré de ne pas contacter, le lecteur se retrouve embarqué dans les réflexions burlesques de ce loser angoissé. Déroulé à la première personne, le récit s’amuse à aller gratter derrière les apparences, tout en jetant un regard acerbe et sans concession sur le monde en général et sur l’amour en particulier.

Tout en partant dans des délires aux frontières de l’absurde, comme il en a le secret, Fabcaro dresse le portrait d’un éternel célibataire à tendance dépressive, qui s’avère finalement assez attachant. Distribuant des jus d’orange et des encyclopédies afin d’entretenir quelques running gags, il livre un roman à l’humour aussi absurde que cinglant. Il m’aura donc fait rire à plusieurs occasions, mais sans pour autant parvenir à me réconcilier avec le roman humoristique, surtout que je le trouve plus percutant lorsqu’il va à l’essentiel avec des images.

Le discours, Fabcaro, Gallimard, 208 p., 16 €

Ils en parlent également : MaeveKrolfranca, Cunéipage, MissBookClaireAnimal lecteur, La ménagerie du livre, La fille qui n’aimait rien, Sab’s pleasures, Chroniques Martiennes, Cabinet de littérature, Les libraires masqués du grenier, Vous lisez quoi ce soir, LoupBouquin, Hannibal le lecteur, Le petit poucet des mots, Plumes et pages, Page après page, Baz’Art, Mes petites boîtes

Jón Kalman Stefánsson – Ásta

Posted in Littérature with tags on 14 août 2019 by Yvan

L’amour indomptable !

Jón Kalman Stefánsson - ÁstaCe sixième roman traduit de l’auteur islandais Jón Kalman Stefánsson invite à découvrir des bribes du parcours chaotique d’Ásta, dont le prénom signifie, à une lettre près, « amour » en islandais (ást).

Ásta conçue avec autant d’amour que de fougue par Sigvaldi et Helga sur une robuste table de cuisine. Ásta, adolescente turbulente, envoyée chez un fermier dans les fjords de l’ouest de l’Islande afin de la remettre dans le droit chemin. Ásta, étudiante qui tente de se suicider dans sa petite chambre à Vienne…
Sigvaldi, peintre en bâtiment, tombé lourdement d’une échelle, visiblement incapable de se relever, contemplant le ciel indifférent à son sort, mais se souvenant… de l’agonie de son père, de la conception d’Ásta, de son amour envers Helga, de son frère devenu poète…

Jón Kalman Stefánsson livre plusieurs destins sous forme de puzzle géant, mais ne donne pas forcément toutes les pièces et les distribue de préférence dans le désordre. Alternant les narrateurs, insérant des lettres qui n’ont pas forcément trouvées de destinataires, mélangeant les époques et refusant toute linéarité, il balade ses lecteurs sur fond d’une Islande progressivement transformée par un tourisme de masse et dont les écrivains, attirés par une célébrité croissante, ont une fâcheuse tendance à se prostituer à des fins commerciales.

«Si tant est que ça l’ait été un jour, il n’est désormais plus possible de raconter l’histoire d’une personne de manière linéaire, ou comme on dit, du berceau à la tombe. Personne ne vit comme ça. Dès que notre premier souvenir s’ancre dans notre conscience, nous cessons de percevoir le monde et de penser linéairement, nous vivons tout autant dans les événements passés que dans le présent.»

Déstabilisé, perdu au milieu de nombreux prénoms islandais auxquels il n’est de surcroît pas évident de se raccrocher, le lecteur aimerait certes trouver plus de repères, mais se laisse finalement volontiers embarquer par l’écriture harmonieuse et poétique de l’auteur. Il accepte de prendre les images et les sensations comme elles viennent et commence à entrevoir les tranches de vie qui émergent progressivement de cette prose enivrante. Il y découvre alors la vie, parfois dépourvue de sens, mais remplie d’amitiés, de regrets, de désillusions, de rancœurs, de tourments et… d’amour, sous toutes ses formes… filial, mystérieux, passionnel, profond, éternel, indomptable ou capricieux, mais pas toujours synonyme de bonheur !

Un roman islandais, difficile d’accès, mais splendide !

Ásta, Jón Kalman Stefánsson, Grasset, 496 p., 23 €

Ils en parlent également : Folavril, MokaNatiora, Mes échappées livresques, Maeve, Un bouquin dans la poche, Krolfranca, La jument verte, A l’horizon des mots, Christlbouquine, Les quotidiennes de Val, Le coin des livres, Lilylit, Les pages qui suivent, Tours et culture, Cornelia, Mes pages versicolores, Eve, Devoratrix Libri, Madimado, Les marque-pages d’une croqueuse de livres, The Unamed Bookshelf

Emilie Chazerand – La fourmi rouge

Posted in Littérature with tags , , on 11 août 2019 by Yvan

Une solide dose de bonne humeur !

Emilie Chazerand - La fourmi rougeCe roman jeunesse invite à suivre les pas de Vania Strudel, une adolescente de quinze ans qui doit non seulement se farcir un nom qui fait à la fois penser à une serviette hygiénique et à une pâtisserie étrangère, mais qui a également un œil qui part en vrille, une poitrine aux abonnés absents, un père taxidermiste et une meilleure amie qui pue le poisson pourri. Et pour couronner le tout, son meilleur ami, Pierre-Rachid, vient de lui annoncer qu’il sortait avec son ennemie jurée, Charlotte Kramer, la star du lycée !

À travers cette héroïne handicapée par ses différences et faisant preuve d’une autodérision à toute épreuve, Emilie Chazerand aborde les déboires de l’adolescence avec une solide dose d’humour. Si la petite Vania s’avère très vite terriblement attachante, les autres protagonistes ne sont heureusement pas en reste. De Victoire, sa copine qui schlingue à douze kilomètres à la ronde, à Gottfried, son empailleur de père qui la véhicule dans une « ouafture » digne de « Dumb and Dumber », en passant par Pirach, Grizminn, Rachel et Charlotte, l’auteure n’y va pas de main morte et livre une belle brochette de personnages secondaires qui sont tout bonnement hilarants.

Derrière ce récit débordant d’humour et d’humanité, Emilie Chazerand aborde également plusieurs sujets graves, tels que le harcèlement, le mensonge, l’amitié et l’amour, ainsi que les autres nombreuses difficultés liées à l’adolescence. J’y ai retrouvé le même plaisir de lecture qu’en découvrant « Je suis ton soleil » de Marie Pavlenko.

Un énorme coup de cœur, qui m’aura fait pouffer de rire tout en m’offrant une véritable bouffée d’oxygène !

La fourmi rouge, Emilie Chazerand, Sarbacane, 256 p., 15,50€

Ils en parlent également: CaroPetite plume, L’ourse bibliophileAudrey, Félicie lit aussi, Mlle Javotte Books, Les voyages d’Ulysse, Croqueuse d’histoires, La valse des pages, Des bulles et des mots, La chouette bouquine, Café antidote, Les cinq mots des livres, RoadTrip imaginaire

Michel Bussi – J’ai dû rêver trop fort

Posted in Littérature with tags on 7 août 2019 by Yvan

Affronter son propre passé !

Michel Bussi - J'ai dû rêver trop fortLe dernier best-seller de Michel Bussi raconte l’histoire de Nathy, hôtesse de l’air de 53 ans, mariée et mère de deux grandes filles. Heureuse, elle n’a cependant jamais pu oublier sa romance avec Ylian, un jeune guitariste rencontré lors du vol Paris-Montréal vingt ans plus tôt. Afin de préserver sa famille, elle avait néanmoins fini par mettre un point définitif à cette merveilleuse histoire d’amour. Mais voilà qu’en 2019, le destin commence à lui jouer des vilains tours… qui éveillent de nombreux souvenirs. Tout commence par un planning de vol qui prévoit successivement les quatre même destinations qu’en 1999, mais ce n’est là que le début d’une longue série de coïncidences qui vont raviver le flamme d’une passion qui ne s’est jamais vraiment éteinte…

Michel Bussi construit donc ce roman qui oscille entre thriller et histoire d’amour sur deux périodes temporelles qui se font constamment écho. En alternant les chapitres qui se déroulent en 1999 avec ceux qui se situent de nos jours, il nous plonge dans un jeu de miroirs sur deux époques et quatre destinations : Montréal, Los Angeles, Barcelone et Jakarta. Si le lot de coïncidences est initialement parvenu à m’intriguer, au fil des escales, j’ai finalement cessé de croire à ce hasard invraisemblable, qui avait surtout tendance à tirer l’histoire en longueur et j’ai même fini par m’agacer de la redondance des allers-retours. Ajoutez à cela une histoire d’amour un peu trop à l’eau de rose pour l’amateur de polars que je suis… et le soufflé a plutôt tendance à retomber.

Malgré un auteur qui sait indéniablement raconter une histoire et qui parvient de surcroît à retomber sur ses pattes en fin de roman, je ressors finalement plutôt mitigé de cette lecture. Il est peut-être temps pour moi d’aller jeter un œil à l’adaptation en bande dessinée de sa plus grosse pépite : « Nymphéas noirs » !

J’ai dû rêver trop fort, Michel Bussi, Presses de la Cité, 480 p., 21,90€

Ils en parlent également : Maeve, Sonia, Avis livresques, Entre deux livres, Des livres des livresCarnet Parisien, Mon rêve d’étéJulie, Des plumes et des livres, Marine, Mélie, Aline, Nos livres et nos mots, Valmyvoyou lit, Manon, Jasmine & violet, Mots pour mots, Au chapitre, Mes petits bonheurs