Archive pour juin, 2020

Paul Colize – Toute la violence des hommes

Posted in Littérature with tags , on 28 juin 2020 by Yvan

Le message enfoui des fresques bruxelloises !

Paul Colize - Toute la violence des hommesAprès « Ineffaçables » de Clarence Pitz, Paul Colize est le second auteur belge à s’inspirer de ces fresques clandestines qui sont apparues dans les quartiers populaires de Bruxelles. À l’instar du jeu de piste imaginé par Clarence Pitz, Paul Colize va utiliser ce fait divers véridique comme fil rouge d’un roman policier multipliant des évènements tragiques liés à ces peintures murales.

Le récit débute par la garde à vue de Nikola Stankovic, artiste-peintre à l’origine des fresques monumentales qui décorent les immeubles de la capitale. Le crime dont il est accusé est cependant le meurtre d’Ivanka Jankovic, une jeune fille d’origine croate, comme lui. Alors que toutes les preuves l’accablent, celui que l’on surnomme le « Funambule » refuse de collaborer avec la police et s’enferme dans un mutisme qu’il ne brise que pour affirmer : « C’est pas moi ».

La première originalité de cette enquête policière est qu’elle n’est pas menée par les forces de l’ordre, mais par l’avocat de l’inculpé et par la directrice de l’établissement où il est placé en observation afin de déterminer s’il est responsable de ses actes. Face au silence de Nikola, le duo atypique va s’intéresser à son passé et tenter d’interpréter les œuvres de l’artiste, en espérant y découvrir la vérité…

L’autre point fort du récit est, qu’à l’instar du roman de Mattias Köping, « Le manufacturier », Paul Colize utilise les souvenirs d’enfance de Niko afin d’aborder les horreurs du conflit serbo-croate, en particulier le siège de Vukovar, ainsi que les sévices des milices serbes sur les civils croates.

Mais, ce qui m’a probablement fait dévorer ce roman en seulement deux jours est le rythme insufflé par l’auteur à son récit. Outre des chapitres courts parsemés de « cliff-hangers », Paul Colize propose une narration incisive qui va à l’essentiel, ainsi qu’une intrigue parfaitement ficelée et un récit profondément humain malgré la noirceur du fond historique… et toute la violence des hommes.

Toute la violence des hommes, Paul Colize, HC éditions, 317p., 19€

Ils en parlent également : EmOtionS, Twin books, Carnet de lectureHanae, Pierre, Fflo, Le carnet et les instants, Nath, Lee Ham, Amicalement noir, Le dit des mots, Café noir et polars gourmands, Sharon, L’atelier de Litote

R.J. Ellory – Le jour où Kennedy n’est pas mort

Posted in Littérature, R.J. Ellory with tags , on 24 juin 2020 by Yvan

Le maître du Roman Noir s’attaque à l’uchronie !

R.J. Ellory - Le jour où Kennedy n'est pas mortAprès Stephen King et sa brique intitulée « 22/11/63 », c’est donc au tour de R.J. Ellory d’empêcher l’assassinat sur John Fitzgerald Kennedy sous forme d’uchronie.

R.J. Ellory décide en effet d’effacer l’une des scènes les plus marquantes de l’Histoire des États-Unis : Lee Harvey Oswald ne réussit pas à tuer JFK le 22/11/63 et le cortège présidentiel poursuit donc tranquillement sa route sous les applaudissements d’une foule enthousiaste à Dallas. Le principal souci du clan Kennedy devient donc d’essayer de faire réélire John pour un deuxième mandat… après avoir remporté le premier de seulement quelques voix… truquées…

R.J. Ellory déroule son récit en suivant les pas de Mitch Newman, journaliste-photographe free-lance qui ne croit pas une seconde à l’annonce du suicide de son ex-fiancée. En quête de réponses, il décide de reprendre l’enquête que cette dernière menait sur la disparition d’une jeune fille… et sur le clan Kennedy…

En sauvant la vie de JFK, R.J. Ellory ne lui rend probablement pas vraiment service car le souvenir que les lecteurs garderont de lui ne sera pas le même que s’il était mort en novembre 1963. Proposant une intrigue mêlant jeux de pouvoir, trahisons, complots, mafia et assassinats, l’auteur s’attaque au mythe JFK, détruit l’image que les gens gardaient de lui et dépeint un monde où les coulisses du pouvoir sont toujours aussi nauséabondes…

Si le monde imaginé par R.J. Ellory n’est pas meilleur que celui sans JFK, le personnage principal qu’il invite à suivre s’avère une nouvelle fois particulièrement torturé. Mais, même si Mitch a tendance à boire pour oublier une vie totalement ratée, il partage son imperfection avec tellement d’honnêteté qu’il parvient à toucher le lecteur en plein cœur…

Puis, « last but not least », il y a surtout le style d’Ellory, lent, puissant et foncièrement noir, qui fait à nouveau mouche de la première à la dernière phrase. On ne lit pas un Ellory, on le vit !

Le jour où Kennedy n’est pas mort, R.J. Ellory, Sonatine, 432 p., 22€

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Lisa Jewell – Tous tes secrets

Posted in Littérature with tags on 21 juin 2020 by Yvan

Cluédo à Melville Heights !

Lisa Jewell - Tous tes secretsCet énième thriller psychologique de Lisa Jewell commence par la découverte d’un cadavre dans l’une des habitations du quartier huppé de Melville Heights. L’auteure remonte ensuite trois mois avant les faits, invitant le lecteur à découvrir les différents personnages… ainsi que leurs nombreux secrets !

Ce roman choral qui alterne différents narrateurs lève donc progressivement le voile sur des personnages plutôt ambigus, qui permettent à l’auteure de brouiller les pistes jusqu’au bout. Incérant au passage d’autres sources d’information, tels que des retranscriptions d’interrogatoires de police, Lisa Jewell mène savamment le lecteur en bateau. À l’aide de chapitres assez courts et de quelques « cliff-hanger » bien placés, elle parvient également à insuffler beaucoup de rythme à l’ensemble, démontrant au passage qu’elle n’en est pas à son coup d’essai.

Addictif au possible !

Tous tes secrets, Lisa Jewell, Hauteville, 416 p., 19,50€

Ils en parlent également : Les pages qui tournentAlice Neverland, Mes aventures livresques, Navol, L’instant des lecteurs, Sophie, Maryline

Irvin Yalom – Le Problème Spinoza

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 juin 2020 by Yvan

Quand un criminel nazi croise un humaniste…

Irvin Yalom - Le Problème SpinozaDans ce roman, Irvin Yalom imagine les portraits croisés de deux hommes que tout oppose et qui ont de surcroît vécu à trois siècles d’intervalle.

Comme le titre de cet ouvrage laisse présager, le premier personnage n’est autre que Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié à vie par la communauté juive d’Amsterdam pour ses idées trop novatrices. Ce sont celles-ci qui vont d’ailleurs poser problème au second personnage clé de ce roman : Alfred Rosenberg. Dès son plus jeune âge, ce criminel nazi condamné à mort lors du procès de Nüremberg a en effet du mal à comprendre comment le grand Goethe a pu à tel point vénérer ce philosophe juif.

Ce questionnement qui permet d’intégrer deux visions diamétralement opposées au sein d’un même récit fait toute la force de ce roman. Il y a d’une part cet idéologue nazi prônant la supériorité de la race aryenne, la haine et l’antisémitisme, puis de l’autre un humaniste prêchant l’amour.

Au cœur de ce récit philosophique d’une intelligence rare, l’Amsterdam du 17ème siècle et l’Allemagne des débuts d’Hitler se font brillamment écho. Le fond historique mélangé à l’imagination de l’auteur concernant le parcours de ces deux personnages historiques fonctionne à merveille.

Deux portraits forts et une vulgarisation philosophique qui rend accessible une pensée aussi profonde que sage… une pensée qui est finalement loin d’être un problème, tellement elle semble pouvoir offrir beaucoup de solutions aux conflits actuels…

Brillant !

Le Problème Spinoza, Irvin Yalom, Editions Galaade, 656 p., 24,40€

Ils en parlent également : Le livre d’après, Chroniques littéraires, La tête dans les livres, Ma passion les livres, The unamed boohshelf, Page après page, Livre et compagnie, A sauts et à gambades

Olivier Bal – L’Affaire Clara Miller

Posted in Littérature with tags on 14 juin 2020 by Yvan

En haut des marches…

Olivier Bal - L'Affaire Clara MillerLa mort de Clara Miller, repêchée dans un lac jouxtant l’immense propriété de la rock star internationale Mike Stilth, n’intéresse pas grand monde… excepté Paul Green. Journaliste particulièrement tenace au Globe, il ne croit pas à la thèse du suicide de cette consœur et compte bien emmerder tout le monde pour le prouver !

Si ce roman choral met fin aux jours de Clara Miller, il donne cependant vie à de nombreux personnages qui s’alternent à la narration. De la célèbre rock star à ses enfants, en passant par son attachée de presse, Olivier Bal développe la psychologie des protagonistes avec grand brio et dévoile leurs blessures au fil des pages.

L’intrigue, mêlant cadavres, mensonges, dollars, drogues, sexe et rock’n’roll, est déroulée sur deux époques en parallèle, la première lors de la déchéance de la rock star et la seconde, dix ans plus tard, en compagnie de ses enfants. L’affaire Clara Miller n’est cependant qu’un prétexte utilisé par l’auteur afin d’immerger ses lecteurs dans le monde impitoyable du showbiz en compagnie de stars qui ont gravi toutes les marches du succès et qui se retrouvent dans une bulle artificielle, isolées du monde et pourchassées par les paparazzis. Ajoutez une bande-son qui passe des Rolling Stones à Led Zeppelin et vous obtenez un polar noir que je ne peux que recommander !

C’était mon premier roman d’Olivier Bal, mais assurément pas mon dernier !

L’affaire Clara Miller, Olivier Bal, XO, 493p., 19,90€

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Joël Dicker – L’énigme de la chambre 622

Posted in Joël Dicker, Littérature with tags on 7 juin 2020 by Yvan

Hommage à Bernard de Fallois…

Joël Dicker - L’énigme de la chambre 622Pour son dernier roman, l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert » et de « La Disparition de Stephanie Mailer » nous emmène dans sa Suisse natale. Lorsqu’il se voit attribué la chambre 623 au Palace de Verbier, l’écrivain constate l’absence de la chambre 622, mystérieusement remplacée par la 621 bis. Il ne lui faut pas longtemps pour découvrir qu’un drame s’est jadis produit dans la chambre 622… un meurtre jamais résolu !

Le roman se déroule initialement à cheval sur deux périodes : celle de l’écrivain qui enquête sur le mystère de la chambre 621 bis et celle, quinze ans plus tôt, au moment du drame. L’auteur va ensuite s’amuser à jongler avec les dates, développant les personnages à divers époques de leur vie et baladant le lecteur d’une date à l’autre… au risque de parfois le perdre.

Ceux qui parviendront à s’accrocher à cette valse à plusieurs temps, devront ensuite s’habituer à croiser des personnages dont l’intelligence devrait pouvoir leur permettre de jouer dans un épisode de Scooby-Doo, mais pas de siéger au sein du conseil d’administration d’une grande banque suisse. Outre ces invraisemblances au niveau des personnages et quelques retournements de situation trop abracadabrantesques, le lecteur devra également passer outre quelques dialogues assez pénibles…

Si, comme moi, vous parvenez à faire abstraction de ces nombreux défauts qui alimenteront inévitablement la plume acerbe de plusieurs chroniqueurs, vous allez dévorer ce roman à tiroirs en deux jours. Les chapitres courts, ponctués de cliff-hangers incitant à découvrir la suite, défileront à grande vitesse et l’envie de non seulement vouloir découvrir le nom du coupable, mais également celui de la victime (car les énigmes de la chambre 622 sont nombreuses), deviendra de plus en plus grande. Au fil de rebondissements farfelus et de coups de théâtre improbables, les pièces du puzzle finiront par s’assembler… tenant le lecteur en haleine sur près de 600 pages.

Puis, il reste cet hommage permanant à son éditeur, mentor et ami, Bernard de Fallois, inséré au fil des pages, certes de manière parfois un peu artificielle, mais avec une tendresse sincère qui touche inévitablement…

Bref, un roman dont l’énigme principale est probablement qu’il divertira de nombreux lecteurs, tout en se faisant aisément descendre par les critiques…

L’énigme de la chambre 622, Joël Dicker, Editions de Fallois, 576 p., 23€

Ils en parlent également: Sam, ClemMuffins & books, Hubris & libris, Culture VSnews, Au chemin des livres

Maud Mayeras – Reflex

Posted in Littérature with tags , on 3 juin 2020 by Yvan

Un petit parfum d’Ellory…

Maud Mayeras - Reflex« Reflex » invite à zoomer sur la vie d’Iris Baudry, photographe de l’Identité Judiciaire, qui cache un douloureux passé derrière son objectif. Lorsqu’elle doit se rendre sur une scène de crime proche de sa ville natale, le flash de son fils Swan, assassiné brutalement il y a onze ans, la frappe de plein fouet. Là, dans le trou du cul du monde, ce bled perdu dans lequel elle a grandi, toute l’horreur remonte à la surface…

Installez-vous confortablement car Maud Mayeras va prendre son temps pour développer son récit. Il y a certes les déboires de Maud, déroulés au présent, mais il y a également le calvaire de cette jeune fille de bonne famille, violée dans les années 20 avant d’être abandonnée dans un couvent, enceinte d’une petite fille qui naîtra avec une jambe estropiée. En effet, on n’est pas chez Disney ici et si les deux histoires vont mettre du temps à se rejoindre, elles ont néanmoins immédiatement un point commun : leur noirceur extrême !

Maud Mayeras déroule donc ce récit à la construction assez lente, mais d’une noirceur envoûtante, sur plusieurs générations, sans jamais perdre le lecteur. Ce dernier se retrouve en effet happé par une ambiance sombre qui devrait ravir les fans d’Ellory. Entre les lignes, l’auteure parvient à saisir l’indicible, partageant les odeurs, saisissant l’atmosphère glauque des événements et installant une ambiance pesante tout au long du roman.

Un polar qui débute par une citation de Rage Against The Machine, dont le style fait penser à Ellory et qui se termine en beauté… bref, un coup de cœur !

Reflex, Maud Mayeras, Anne Carrière, 365 p., 21€

Ils en parlent également : EmOtionS, Cannibal lecteurJean-Paul, MHF, Livresque78, Stelphique, Anaïs, Richard, Au fil de l’histoire, Amandine, Mes Culturiosites, Les pages qui tournent, Blond reader