Archive pour septembre, 2020

Tiffany McDaniel – Betty

Posted in Littérature with tags , on 27 septembre 2020 by Yvan

La petite guerrière indienne !

Tiffany McDaniel - BettyDans ce roman de 720 pages, qui a remporté le prix Fnac 2020, Tiffany McDaniel s’inspire de la vie de sa mère, pour livrer une fresque familiale poignante.

Si Betty Carpenter est née en 1954 dans une « baignoire vide à pieds de griffon », le récit débute par la rencontre de ses parents, un Cherokee bienveillant à la peau sombre et une Blanche psychologiquement instable, dans un cimetière. Une romance qui débute dans un lieu pour le moins incongru et qui se termine avec une fratrie de huit enfants dans une maison en ruine, et que l’on prétend maudite, dans un bled perdu du sud-est de l’Ohio. Malgré les drames familiaux qui empoisonnent son quotidien et les humiliations qu’elle subit à l’école à cause de sa couleur de peau métissée et de la classe sociale dont elle est issue, Betty se raccroche aux histoires inventées par son père, qui lui permettent d’échapper à la réalité, tout en enterrant ses traumatismes dans un bocal vide au fond du jardin… en espérant qu’ils disparaissent à tout jamais.

« Betty » est l’histoire d’un passage à l’âge adulte dans une bourgade rurale américaine des années 60-70. Une enfance rendue difficile par un teint mat stigmatisé et par un contexte familial douloureux, à une époque où le simple fait de naître « fille » suffisait déjà à vous condamner à vie. En invitant à suivre les pas de cette gamine courageuse, à la fois héroïne et narratrice du récit, ce roman se veut également foncièrement féministe, à l’image de ce pantalon que Betty décide d’un jour mettre à l’école, revendiquant l’égalité des sexes… ne fût-ce que vestimentaire.

Malgré des thèmes sombres, tels que le racisme, le suicide, le viol, l’inceste, le handicap, la dépression, le harcèlement et la pauvreté, cette saga familiale se veut néanmoins lumineuse et poétique. Au cœur de cette noirceur et de cette famille dysfonctionnelle, Betty peut en effet se raccrocher à l’amour inconditionnel de son père. Ce dernier lui transmet non seulement un héritage culturel rempli de bon sens et de respect de la nature, mais il trouve surtout toujours les mots adéquats pour soigner ses maux. Inventant des mythes d’une beauté exceptionnelle, il parvient à embellir la réalité, plongeant le lecteur dans un monde poétique et fantastique, le tout rehaussé par la prose élégante et très imagée d’une autrice américaine qui parsème ce bijou littéraire de métaphores puissantes !

Une héroïne inoubliable, qui ne manquera pas d’aller rejoindre Turtle (« My absolute darling »), Lucy (« Lucy in the sky »), Nellll et Eva (« Dans la forêt »), Tracy (« Sauvage ») ou la petite Kya (« Là où chantent les écrevisses »).

Betty, Tiffany McDaniel, Gallmeister, 720 p., 26,40 €

Ils en parlent également: Mes échappées livresques, Au fil des livres, Charlotte, Aude, Revanbane, Aurélie, Monica, Malicia, Charlotte, Anita, Books moods and more, Coraline, Librairie L’Odyssée, Librairie St-Christophe, L’ombre des motsThe Eden of BooksAudrey, OphélieEmOtionS, Le livre d’aprèsPlumes et pages

Sébastien Spitzer – La Fièvre

Posted in Littérature, Maladie with tags , on 20 septembre 2020 by Yvan

L’écho du passé !

Sébastien Spitzer – La FièvreAyant adoré « Ces rêves qu’on piétine », qui abordait les derniers jours du régime nazi sous un angle original et intéressant, je n’ai pas hésité à lire ce nouveau roman de Sébastien Spitzer qui fait étonnamment écho à l’actualité du moment !

Comme il l’explique dans sa postface, le sujet du roman lui est venu en essayant de découvrir l’origine du fou-rire particulièrement contagieux d’Elvis Presley lors d’un de ses concerts. Si je vous invite à découvrir cette performance live du King que le regretté Eric Laforge adorait passer le matin sur Classic21, me mettant chaque fois de très bonne humeur, Sébastien Spitzer s’est néanmoins très vite éloigné de sa quête initiale. Scrutant la vie d’Elvis, il est finalement tombé à Memphis… logique… mais en 1878 !

Du coup, l’auteur nous plonge à la fin du dix-neuvième siècle, quelques années après la fin de la Guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage, à l’aube de l’apparition de cette mystérieuse épidémie de fièvre jaune, qui a en grande partie décimé cette ville portuaire qui verra naître le célèbre roi du rock’n’roll des années plus tard. Si le thème principal évoqué par le titre du roman fait inévitablement écho à la pandémie de Covid19 qui sévit actuellement, la scène d’ouverture donnera cependant envie de mettre un genou à terre en levant le poing bien haut. Le fond historique prend en effet soin de nous rappeler que la libération des esclaves en 1965 n’était pas forcément du goût du KKK et de la plupart des gens du Sud… #BlackLivesMatter

Outre une histoire basée sur des faits réels et des thèmes forts et extrêmement actuels, Sébastien Spitzer donne surtout vie à des personnages qui insufflent énormément d’humanité au récit. De la petite Emmy, métisse épileptique à la recherche de son père, au directeur raciste du journal local, en passant par l’attachante Anne Cook, tenancière du plus beau bordel de la ville, le lecteur suit des personnages confrontés à une épidémie qui sème non seulement la mort et la panique, mais qui révèle surtout progressivement le pire et le meilleur de l’humanité…

Ce très bon roman démontre une nouvelle fois l’incroyable capacité de cet auteur à faire renaître le passé à travers des personnages parfaitement ciselés !

La Fièvre, Sébastien Spitzer, Albin Michel, 320 p., 19,90€

Ils en parlent également: La culture dans tous ses états, Charlotte, Sonia, Anouk, My pretty books, Koryfée, Julie, Tours & culture, Knut, Un livre après l’autre, Ophélie, Envie de partager les livres, Brice, Page après page, Des plumes et des livres, Valmyvoyou litNath

Marie Pavlenko – Et le désert disparaîtra

Posted in Littérature, Marie Pavlenko with tags , on 13 septembre 2020 by Yvan

How dare you !

Marie Pavlenko – Et le désert disparaîtraAprès « Je suis ton soleil » et « Un si petit oiseau », deux immenses coups de cœur, Marie Pavlenko change radicalement de registre en nous emmenant dans un monde post-apocalyptique où le désert recouvre la Terre entière.

Au cœur d’une tribu de nomades, où les hommes chassent les derniers arbres pour les échanger contre des vivres, le lecteur est invité à suivre les pas de Samaa, une jeune fille rebelle de douze ans qui rêve de de faire partie des chasseurs… tâche réservée uniquement aux hommes. A force d’enfreindre les règles, Samaa va finir par faire une étrange découverte qui ébranlera ses certitudes et changera totalement sa vision du monde !

« Et le désert disparaîtra » est non seulement un roman initiatique féministe, mais surtout une fable écologique, onirique et contemplative qui invite à réfléchir au lien qui nous lie à la nature et qui ne plaira pas uniquement à Greta Thunberg.

Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko, Flammarion, 240 p., 14€

Ils en parlent également : Mathilde, Marion, Marie, Lilie, Virginie, Amindara, Mademoizelle Virgule, Alexiane, Emma, Coco, Audrey, Cécile, Gaëlle, Au coin de l’âtre, Au bordel culturel, Entre les pages, Gaëlle, Milleca, Arcanes ouvertes, Alix, Shazia, Meg, Agnes, Anaaklusmos, Chloé, Val, Quitterie, Nuit de livres, Célia, La ménagerie du livre, Eléonore, BookMotion, Naurile, Tribulations culturelles de Loup, Les pages qui tournent

Clémentine Beauvais – Les petites reines

Posted in Littérature with tags , on 6 septembre 2020 by Yvan

Tiens, voilà du boudin…

Clémentine Beauvais - Les petites reinesLes petites reines dont il est question dans ce roman de Clémentine Beauvais se nomment Astrid, Hakima et Mireille. Les trois jeunes filles viennent d’être respectivement élues Boudin d’or, d’argent et de bronze sur la page Facebook de leur collège de Bourg-en-Bresse. Grâce à ce « concours de boudins » elles découvrent qu’elles n’ont pas seulement un physique ingrat en commun, mais qu’elles aimeraient également chacune rencontrer une personnalité présente lors de la prochaine Garden Party de l’Elysée. A partir de ce but commun, elles mettent sur pied un périple à vélo de Bourg-en-Bresse à Paris, qu’elles effectueront sous la supervision du grand frère d’Hakima et qu’elles financeront en vendant… et bien oui, du boudin, lors des différentes étapes qui les mèneront le 14 juillet à Paris.

« Les petites reines » est donc un road-trip plutôt improbable de trois filles qui récoltent non seulement l’attention des médias grâce à leur périple, mais également la sympathie du lecteur. Clémentine Beauvais aborde certes le harcèlement scolaire via les réseaux sociaux, mais conserve énormément de légèreté, de positivisme et de tendresse tout au long de cette aventure estivale rocambolesque, à l’image du cynisme et du sens de la répartie de Mireille, la meneuse des trois.

Si la crédibilité n’est pas trop au rendez-vous, ce livre jeunesse particulièrement drôle ne manquera cependant pas de séduire.

Les petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 270 p., 15,50€

Dans le même genre (mais encore mieux), lisez également : « La fourmi rouge » d’Emilie Chazerand et « Je suis ton soleil » de Marie Pavlenko

Ils en parlent également : Yuko, Laure, Rowena, Muffins & books, Wistikilit, Alexiane, VDBook, Ana, Joanna, Book’N’Cook, Baz’Art