Archive pour décembre, 2020

Oscar Lalo – La race des orphelins

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 31 décembre 2020 by Yvan

Une croix gammée lourde à porter !

Oscar Lalo - La race des orphelinsLa race des orphelins, c’est celle de ces enfants issus du programme « Lebensborn », initié par Himmler et qui consiste à créer de beaux petits aryens en sélectionnant leurs géniteurs sur base de critères déterminés par Hitler afin d’œuvrer à la prolifération d’une race supérieure de blonds aux yeux bleus. Conçus sans amour, mais endoctrinés dès le plus jeune âge, ces enfants du IIIème Reich ont pour mère l’Allemagne et pour père le Führer.

Née dans un Lebensborn norvégien, Hildegard Müller fait partie de ces enfants de la honte, condamnés à porter une croix, de surcroît gammée, beaucoup trop lourde à porter. Eprouvant le besoin de mettre des mots sur cette vie héritée du nazisme, la vieille femme de 76 ans convoque un scribe pour raconter son histoire.

J’avais déjà entendu parler du programme « Lebensborn », notamment dans « Max », l’excellent roman de Sarah Cohen-Scali, mais ce qui frappe immédiatement à l’entame du récit, c’est la forme atypique de ce roman. À l’instar de Joseph Ponthus dans son incontournable « A la ligne, Feuillets d’usine », Oscar Lalo se démarque immédiatement au niveau de l’originalité de sa narration.

L’histoire est en effet livrée sous forme de journal intime, fait de courts chapitres, parfois de juste quelques lignes, qui restituent avec force et brio les souvenirs fragmentés d’Hildegard. D’une plume incisive, jouant sur l’économie des mots, mais les alignant chaque fois avec une dextérité éblouissante, l’auteur livre un texte puissant et de toute beauté, où chaque mot déposé avec délicatesse rapproche Hildegard de ce passé qu’elle a toujours refusé d’accepter…

Moi qui ai plutôt tendance à lire les livres à grande vitesse, ici, toutes les deux phrases je relisais la dernière, pour mieux m’imprégner de sa justesse et de sa force. Le genre de livre que l’on a envie de distribuer dans toutes les écoles, pas seulement pour l’indispensable devoir de mémoire, mais en espérant qu’ils s’écrient « Waow, comment il déchire le mec avec ses phrases de ouf ! ».

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 288 p., 18€

Ils en parlent également : Frédéric, Maeve, Eve, Christelle, Karine, Pauline, Fabienne, Ju, Jessica, Victoria, Flo, Ma voix au chapitre, Au fil des pages, A livre ouvert, Twin books, La minute livres, Maman nature, Maman tornade, Willy, Ma collection de livres, Valmyvoyou, L’Homme qui lit, Envie de partager les livres

Pierre Lemaitre – Miroir de nos peines

Posted in Littérature with tags , on 30 décembre 2020 by Yvan

L’exode de la seconde guerre mondiale !

Pierre Lemaitre – Le miroir de nos peines« Miroir de nos peines » est le dernier volet de la trilogie de l’entre-deux-guerres imaginée par Pierre Lemaitre.

Même si le roman débute en compagnie de Louise, la petite fille qui, à l’âge de dix ans, s’était liée d’amitié avec Edouard, la gueule cassée d’ « Au-revoir là-haut », ce roman peut se lire indépendamment des deux précédents : « Au revoir là-haut » et « Couleurs de l’incendie ».

En 1940, Louise Belmont est devenue une jeune institutrice de 30 ans qui donne régulièrement un coup de main au patron du bistrot de La Petite Bohème en y servant les clients, dont le vieux docteur Thirion, qui est indéniablement l’un des plus fidèles. Lorsque ce dernier lui propose 10 000 francs pour la voir nue, la vie de Louise va soudainement se retrouver chamboulée. Il faut dire que cette étrange requête va surtout mettre à nu un sombre secret de famille…

« Miroir de nos peines », c’est avant tout une belle brochette de personnages bien campés, dont les destinées s’entremêlent au fil des pages. Outre la quête de vérité de Louise, le lecteur ne manquera pas de s’attacher au pauvre Gabriel, prof de mathématiques, qui se retrouve embarqué dans des plans foireux en compagnie de Raoul Landrade, dont la débrouillardise fait mouche en cette période particulièrement chaotique. S’il ne faut pas oublier Jules, le patron de La Petite Bohème, ou Alice et Fernand, ce couple attachant séparé par l’arrivée des troupes allemandes, le personnage le plus irrésistible est indéniablement Désiré Migault, homme caméléon et usurpateur de première, qui traverse cette guerre en revêtant de multiples identités.

En invitant à suivre les pas de ces personnages qui finissent par se croiser de manière un peu trop facile au milieu du désordre ambiant, Pierre Lemaitre s’amuse à mettre en scène l’exode de la population française face à l’avancée des troupes allemandes de manière assez rocambolesque.

Je ne suis pas grand fan de récits historiques, mais lorsqu’ils sont revisités de manière aussi distrayante à travers des personnages attachants, je suis preneur.

Miroir de nos peines, Pierre Lemaitre, Albin Michel, 536 p., 22,90 €

Ils en parlent également : AnthonyMaeve, HélèneLire & courirL’oeil noir, KarineAzilis, JulietteNath, CarolineEléonore, Pipelette liseuse, AntigoneAthalieJean-PierreValentyne, Claudia, OliviaIsabelle, AmandineAngélique, Adeline, AugustineMHF, Eric, Sylvaine, Jess’, Alain, Marie-Anne, MélanieMoonpalaace, MélanieFrançois, Girl kisses by fire, Quoi lire, Page après pageLittécritiquesA propos de livresMon petit carnet de curiosités, Mes petits plaisirs à moi, Tout ce que je lisLibrairie Doucet, Librairie de Mulhouse, Ghislaine

Rebecca Lighieri – Les garçons de l’été

Posted in Littérature with tags on 27 décembre 2020 by Yvan

Une vague de noirceur !

Rebecca Lighieri - Les garçons de l'étéLe dernier roman de Rebecca Lighieri (« Il est des hommes qui se perdront toujours ») étant l’un de mes plus gros coups de cœur de 2020, je me suis donc vite attaqué à celui-ci paru en 2018.

Tout débute en compagnie d’une famille bourgeoise, les Chastaing. Les parents et les trois enfants, Thadée, Zachée et Ysé, filent le bonheur parfait jusqu’au jour où l’aîné, sorte d’apollon au physique avantageux et aux études brillantes, se fait attaquer par un requin en faisant du surf à la Réunion. Là, c’est toute la perfection qui entoure cette petite famille qui va voler en éclats !

Passant d’un membre de la famille à l’autre au fil des chapitres, Rebecca Lighieri (pseudo utilisé par la romancière Emmanuelle Bayamack-Tam) dévoile progressivement les failles et les secrets de chacun. En scrutant les profondeurs les plus sombres de cette famille et en faisant tomber les masques tout en développant avec brio la psychologie des personnages, ce roman, qui invite à suivre la descente aux enfers d’une famille dont les deux garçons sont fans de surf, s’avère de nouveau d’une belle noirceur.

Pourtant, le titre et la couverture baignent immédiatement le lecteur dans une ambiance estivale. Et c’est vrai qu’au début l’océan est bleu et la plage paradisiaque, mais au fil des pages, l’eau devient de plus en plus trouble et la vague que l’on se prend au final est d’une violence rare…

Me voilà donc fan de cette auteure donc je conseille vivement le dernier roman : « Il est des hommes qui se perdront toujours » !

Les garçons de l’été, Rebecca Lighieri, P.O.L, 448 p., 19€

Ils en parlent également : JujuChristelle, CocoMon petit carnet de curiosités, LoeildeM, Le garçon livrophage, Lire au lit, Baz’Art, Raison lecture et sentiments

Guillaume Musso – La jeune fille et la nuit

Posted in Littérature with tags , on 25 décembre 2020 by Yvan

Du bon Musso !

Guillaume Musso - La jeune fille et la nuitPour son quinzième roman l’écrivain français qui vend le plus de livres change de crèmerie et vu qu’il est capable de faire vivre une maison d’édition à lui tout seul, forcément ça fait jaser ! Guillaume Musso profite d’ailleurs de cette première collaboration avec Calmann-Lévy pour ne plus situer son récit à New York, comme il en a souvent l’habitude, mais sur la Côte d’Azur, là où il a passé son enfance. Il propose ensuite un polar, mais sans véritables policiers et en dévoilant le nom du meurtrier dès les premières pages. On ne peut probablement pas parler de grand risque quand on sait que l’ouvrage est tiré à 400.000 exemplaires qui n’auront aucun mal à s’écouler, mais je trouve cela quand même assez osé comme point de départ !

« La jeune fille et la nuit » débute en 2017, par une fête célébrant les 50 ans d’un lycée renommé d’Antibes. Parmi les nombreux anciens élèves, Thomas n’en mène pas large car il vient d’apprendre que le gymnase du lycée va bientôt être rasé… Assez embêtant quand on y a emmuré un corps vingt-cinq ans plus tôt !

En déroulant son récit sur une journée, Guillaume Musso parvient à insuffler pas mal de rythme à ce récit qui multiplie les rebondissements. De plus, en revenant de temps en temps à la soirée de décembre 1992, qui vit notamment disparaitre une jeune fille nommée Vinca Rockwell, l’auteur dévoile progressivement tous les secrets dissimulés par les personnages. Le résultat est une intrigue divertissante et bien ficelée, qui se boit comme du petit lait.

Alors certes, les ficelles sont parfois un peu trop grosses, les clichés sentimentaux sont régulièrement au rendez-vous et le style peut être qualifié de très accessible, mais j’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de ce très bon Musso et c’est le principal !

La jeune fille et la nuit, Guillaume Musso, Calmann-Lévy, 440 p., 21,90€

Ils ont également lu le dernier Musso : AudeLaulitta, CoralineAngelique, Bookahontas, AmandineJean-Daniel, Karen, Poussière de faits, Franck, Elodie

Sylvain Forge – Sauve-là

Posted in Littérature with tags on 23 décembre 2020 by Yvan

Un polar 2.0 !

Sylvain Forge – Sauve-làEmployé dans un cabinet d’investigation spécialisé dans les fraudes assurances, Alexis Lepage est sur le point de se marier avec la fille de son patron lorsqu’il reçoit un message de Clara, son grand amour de jeunesse, dont il n’avait plus de nouvelles depuis une vingtaine d’années. Lorsqu’elle le supplie de l’aider à retrouver sa fille Olivia, officiellement disparue en 2013 à l’âge de 18 ans dans un accident d’autocar dans les Pyrénées, près de la frontière espagnole, Alexis hésite…

« Sauve-là » est tout d’abord l’histoire d’un amour dont le personnage principal n’est jamais parvenu à faire le deuil. Sylvain Forge invite ainsi à suivre le dilemme d’Alexis, tiraillé entre cet appel au secours issu du passé et cette fiancée avec qui il tente d’avoir un enfant. Evidemment, polar oblige, le résultat de ce combat interne ne fait aucun doute !

Le suspense vient donc d’ailleurs car « Sauve-là » propose un huis clos prenant au sein du petit village de Saint-Albane, un bled perdu des Pyrénées Ariégeoises où les locaux n’aiment pas trop qu’on vienne fouiner dans leurs petits secrets. Entre des migrants venus d’Espagne, un laboratoire pharmaceutique à la réputation douteuse et un Lac Noir au fond bien sombre, ce décor montagnard s’avère en effet assez hostile et propice au développement d’un thriller palpitant.

Mais, malgré cet environnement qui semble encore figé dans le siècle dernier, « Sauve-là » est également un polar qui plonge le lecteur dans les nouvelles technologies. Extrêmement bien documenté et spécialiste en cyber-sécurité, l’auteur n’hésite en effet pas à intégrer des jeux en ligne, des puces GPS implantées sous la peau, des chatbots et des réseaux sociaux à son récit, sans jamais perdre le lecteur.

L’intelligence de ce polar n’est cependant pas uniquement artificielle car l’intrigue est non seulement très prenante, mais de surcroît particulièrement bien ficelée.

Un bon petit polar !

Sauve-là, Sylvain Forge, Fayard, 400 p., 17€

Ils ont également tremblé à la frontière espagnole: Matatoune, Lire & courir, Eve, Mes lectures du dimanche, Feygirl, Collectif polar, L’oeil noir, Black books, Lectur Elle

Djaïli Amadou Amal – Les impatientes

Posted in Littérature with tags , on 20 décembre 2020 by Yvan

Des mariages qui n’arrangent que les hommes !

Djaïli Amadou Amal - Les impatientesLa patience dont il est question dans « Les impatientes » n’est pas celle qui est une vertu, mais celle qui invite les femmes maltraités à prendre leur mal en patience, en espérant des jours meilleurs.

Mariée de force à 17 ans à un cinquantenaire polygame et victime de violences conjugales lors d’un second mariage, Djaïli Amadou Amal sait de quoi elle parle. À travers ce roman choral inspiré de ses propres souffrances, l’écrivaine féministe camerounaise qui a créé l’association Femmes du Sahel en 2012, dénonce le calvaire des mariages forcés et de la polygamie.

Déjà lauréat du prix Orange du livre en Afrique en 2019 et récemment couronné du Goncourt des Lycéens, ce roman donne successivement la parole à trois femmes peules et musulmanes, emprisonnées dans des cages dorées, où les femmes n’ont aucun droit, sinon celui d’être patientes.

Il y a Ramla, jeune fille intelligente et jolie, qui devait devenir pharmacienne et épouser celui qu’elle aime… jusqu’au jour où son père change d’avis et décide de l’offrir comme seconde femme à un de ses partenaires d’affaires de cinquante ans. Il y a Hindou, la sœur de Ramla, née d’une autre mère, forcée d’épouser son cousin alcoolique et violent pour le bien de la famille. Puis il y a Safira, mariée depuis deux décennies avec le richissime Alhadji, et qui voit l’arrivée d’une seconde épouse, plus jeune que sa propre fille, d’un très mauvais œil.

Trois femmes obligées de se soumettre aux traditions et aux lois patriarcales, entièrement assujetties à leurs hommes, comme prôné par le « Tout-Puissant », et de surcroît victimes de rivalités impitoyables entre coépouses. Au programme de leur quotidien : violences physiques et morales, maltraitances, viols, mépris… ainsi qu’un conseil récurrent à toute tentative de plainte : « Munyal ! »… qui signifie patience en peul !

Le récit de ces jeunes femmes qui souffrent en silence s’avère poignant, glaçant et révoltant !

Un coup au cœur !

Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal, Ed. Emmanuelle Collas, 252 p., 17€

Ils en parlent également : Au fil des livres, Matatoune, Audrey, Sonia, Balades en livres, Joëlle, Domi, Ceciloule, Pipelette liseuse, Patricia, Caro, Lili, Nos esperluettes, Culture VSNews, Cercle littéraire de Dordogne, Librairie Diderot

Stephen Chbosky – L’ami imaginaire

Posted in Littérature with tags on 16 décembre 2020 by Yvan

Un Stephen qui a tout pour être King !

Stephen Chbosky – L’ami imaginaireStephen Chbosky est également l’auteur du roman « Le monde de Charlie » (The Perks of being a wallflower), dont j’avais adoré la version cinématographique, ainsi que la bande originale avec l’excellente musique de David Bowie.

Le récit démarre en compagnie de Christopher et de sa mère Kate, qui emménagent dans la petite ville de Mill Grove. Un bled perdu en Pennsylvanie qui devrait leur permettre d’échapper à Jerry, le dernier conjoint particulièrement violent de Kate. Un jour, le petit Christopher disparaît dans la forêt environnante pour ne réapparaître que six jours plus tard. Incapable d’expliquer ce qu’il lui est arrivé, il paraît cependant différent. Outre son niveau scolaire qui monte en flèche alors qu’il avait d’énormes difficultés d’apprentissage, il semble également être revenu avec… un ami imaginaire !

Commençons par le positif…et il y en a ! J’ai adoré les 400 premières pages de cette histoire de disparition d’un gamin dans la forêt. Les personnages sont divinement brossés et foncièrement attachants. Stephen Chbosky s’avère de surcroît un conteur hors pair qui parvient à tenir le lecteur en haleine à la frontière de la réalité et de l’imagination. Un pur bonheur !

Par contre, et c’est là qu’arrive le « mais », j’ai commencé à avoir un peu de mal avec le récit au moment où le côté fantastique prend de plus en plus d’importance, sans oublier les nombreuses redondances qui font qu’on tourne un peu en rond entre le monde réel et le monde fantastique dans un affrontement entre le Bien et le Mal qui tire en longueur. N’étant pas friand du genre fantastique, je suis probablement la principale cause de ce manque d’enthousiasme lors du final car le monde imaginaire inventé par l’auteur est indéniablement l’une des grandes forces de ce roman qui débute comme un conte à l’ambiance oppressante pour terminer en véritable livre horrifique.

Bref, si vous êtes fans de fantastique, de grosses briques (750 pages !) et de Stephen King (désolé pour le pléonasme avec la grosse brique) : foncez !

L’ami imaginaire, Stephen Chbosky, Calmann-Lévy, 750 p. 23,90€

Ils en parlent également : EmOtionS, Aude, Lord Arsenik, Lire & courir, Annick, Encore un livre, Chacha, Florence, Hanae part en livres, Marie-Anne, Ju, Quoi lire, BooksNPics, Hubris & Libris, Culture VSNews, Un bouquin sinon rien, L’atelier de Litote,