Archive pour septembre, 2022

Tiffany McDaniel – L’été où tout a fondu

Posted in Littérature with tags , on 28 septembre 2022 by Yvan

Diaboliquement bon !

Tiffany McDaniel - L'été où tout a fondu« L’été où tout a fondu » est mon troisième (et probablement plus gros) coup de cœur de cette rentrée littéraire. Après l’excellent « Betty », qui nous plongeait au cœur d’une famille dysfonctionnelle, les éditions Gallmeister proposent cette nouvelle traduction du premier ouvrage de Tiffany McDaniel, déjà publié aux éditions Joëlle Losfeld en 2019.

« L’été où tout a fondu » se déroule en 1984 dans le sud de l’Ohio, dans un petit bled nommé Breathed. C’est l’année où Autopsy Bliss, le procureur de la ville, a la mauvaise idée d’inviter le diable en personne à venir lui rendre visite en publiant une annonce pour le moins surprenante dans le journal local. Étonnamment, un jeune noir de 13 ans, à la salopette crasseuse et au regard émeraude débarque en affirmant être le Diable…

Toute l’histoire est racontée une soixantaine d’années plus tard par Fielding, le fils cadet d’Autopsy Bliss, qui avait également 13 ans au moment des faits et qui s’était lié d’une amitié très forte avec ce petit diable au grand cœur, finalement recueilli par sa famille. Une narration qui adopte souvent le regard innocent de deux enfants extrêmement touchants, qui vont devoir grandir beaucoup trop vite à cause des événements qui ont frappé la ville durant cet été aussi torride que fatidique.

En invitant le Diable dans son récit, tout en choisissant comme cadre une petite bourgade du Midwest, confrontée à l’arrivée d’un étrange personnage à la couleur de peau dérangeante, Tiffany McDaniel dévoile avec brio les plus grands démons des Etats-Unis. Pas vraiment pris au sérieux lors de son arrivée, cet étranger au teint trop sombre va cependant vite servir de bouc émissaire à ces représentants d’une Amérique conservatrice et être pointé du doigt pour tous les maux qui vont frapper cette petite ville, dont cette étrange canicule venue faire fondre le bon sens de tous. Ce n’est d’ailleurs probablement pas par hasard que le récit se déroule à une époque où le SIDA fait son apparition, maladie venue attiser encore un peu plus les préjugés et l’intolérance.

« L’été où tout a fondu » est un superbe récit d’amitié, sur la perte de l’innocence, qui, à coups de métaphores poétiques remplies de sagesse, propose plusieurs niveau de lecture et de nombreuses phrases profondes qui semblent avoir été touchées par la grâce. Un roman d’apprentissage qui aborde des thèmes d’actualité extrêmement forts, tels que la différence, le racisme, l’homophobie, l’intolérance, le fanatisme, l’effet de meute, voire même les « fake news ». Un immense coup de cœur qui utilise l’image de « l’étranger » pour faire ressortir le Mal qui sommeille en nous.

Diaboliquement bon !

L’Eté où tout a fondu, Tiffany McDaniel, Gallmeister, 480 p., 25,60€

Elles/ils en parlent également : Yvan, La Belette, Lord Arsenik, Aude, Maeve, Pamolico, Sonia, Nadia, Pierre, Lilou, Bénédicte, Aurélie

Brittainy C Cherry – Landon & Shay (Tome 2)

Posted in Littérature with tags , on 24 septembre 2022 by Yvan

Une suite plus sombre…

Brittainy C Cherry – Landon & Shay (Tome 2)Ce deuxième volet livre donc la suite des déboires amoureux de Landon et Shay, séparés à la fin du tome précédent afin de permettre à Landon de surmonter complètement sa dépression. Tandis que Shay entame ses études, Landon rejoint les paillettes d’Hollywood tout en suivant une thérapie afin de surmonter ses problèmes psychologiques. Une relation longue distance faite d’espoir et de correspondances…

La distance n’est cependant pas le pire ennemi que le couple devra affronter car plusieurs déboires familiaux vont également venir ternir leur relation. Des événements tragiques qui plongent cette première partie de roman dans une ambiance plus sombre que le précédent, où l’on s’amusait encore volontiers du petit jeu de séduction entre les deux protagonistes. J’ai donc un peu regretté l’absence de cet humour qui accompagnait à merveille le tome précédent.

La deuxième partie du roman effectue ensuite un bond d’une dizaine d’années, qui va évidemment réunir les deux anciens amoureux, tout en générant un sentiment de frustration auprès d’un lecteur qui s’énervera de l’attitude et des décisions parfois surprenantes de nos deux protagonistes. Heureusement, ce bond dans le temps permet également de retrouver les personnages d’« Eleanor & Grey », dont Karla, la fille aînée de Greyson.

Si j’ai regretté l’absence d’humour et le ton plus sombre de cette suite, tout en me réjouissant des passages impliquant la fille de Greyson, personnage qui m’avait déjà fortement séduit dans « Eleanor & Grey », j’ai également une nouvelle apprécié la capacité de Brittainy C Cherry à aborder des sujets délicats tels que la dépression et le deuil avec énormément de justesse, restituant avec grand brio toute la souffrance de ses personnages.

Moins bien qu’« Eleanor & Grey » ou le tome précédent de « Landon & Shay », mais indispensable si vous avez aimé les deux précédents.

Landon & Shay Tome 2, Brittainy C Cherry, Hugo roman, 333 p., 15€

Elles/ils en parlent également : Les pages qui tournent, Tachan, Beli, Les magiciennes des mots, Pommy, Fantasy Books Addict, Lectrice-Lambda, Fille de papiers, Melissa, Aurélie

Amélia Matar – Ainsi naissent les mamans

Posted in Littérature with tags on 21 septembre 2022 by Yvan

Une maman de cœur !

Amélia Matar - Ainsi naissent les mamansDès la naissance, Valentine et Pierre confient l’éducation de leur fille à une nounou. Au gré des années Fatima devient ainsi une sorte de mère de substitution pour Alice, qui ne voit que très peu sa mère biologique, absorbée par sa carrière professionnelle. Du coup, lorsqu’après huit ans de bons et loyaux services, Valentine décide subitement de licencier Fatima, bien déterminée à reprendre elle-même l’éducation de sa fille en main, tout l’univers de la petite se retrouve bouleversé !

Dans ce roman à trois voix, Amélia Matar donne alternativement la parole à Alice, à sa mère et à sa nounou, permettant ainsi d’alterner les points de vue au fil des chapitres, chacun étant d’ailleurs précédé par une citation pleine de sagesse de Maria Montessori. L’autrice dévoile non seulement les liens qui se tissent progressivement entre les différents personnages, mais également le passé de Valentine et de Fatima, invitant ainsi à mieux comprendre la manière dont elles éduquent chacune la petite Alice, reproduisant le schéma familial de leur propre enfance.

Outre ces schémas familiaux dont il est difficile de s’extraire, l’autrice aborde essentiellement le thème de l’amour maternel, comme suggéré par le titre de l’ouvrage, que ce soient les liens avec une mère de sang ou ceux avec une mère de cœur. Le résultat est un roman bourré de tendresse et débordant d’humour, emmené par une jeune héroïne terriblement attachante. J’ai donc passé un excellent moment de lecture malgré une conclusion/épilogue légèrement trop précipitée à mon goût.

Ainsi naissent les mamans, Amélia Matar, EYROLLES, 170 p., 15,90€

Elles/ils en parlent également : Marie, Virginie, Littélecture, Karine

Tiffany Quay Tyson – Un profond sommeil

Posted in Littérature with tags , on 17 septembre 2022 by Yvan

Un abandon qui laisse des traces !

Tiffany Quay Tyson - Un profond sommeilWhite Forest, Mississippi, 1976. Essayant d’échapper à la chaleur étouffante de l’été, Willet, seize ans, Bert, quatorze ans et leur petite sœur Pansy, six ans, décident d’aller se baigner dans une carrière pourtant réputée maudite. Pendant que la petite reste dans l’eau, les deux autres enfants s’éloignent pour aller cueillir des mûres. Lorsqu’ils reviennent, Pansy s’est volatilisée. Rongés par un sentiments de culpabilité ravageur et confrontés à une mère qui sombre dans la dépression, ainsi qu’un père éternellement absent, Bert et Willet vont passer leurs existences à chercher des réponses…

« Un profond sommeil » est un drame familial narré à la première personne par Roberta, alias Bert, une adolescente contrainte de grandir trop vite suite à la disparition de sa petite sœur et à des parents aux abonnés absents. Une saga familiale sur plusieurs générations qui alterne deux histoires qui se font brillamment écho au fil des chapitres. Deux arc narratifs qui finissent par se rejoindre afin de lever le voile sur tous les secrets qui se sont accumulés au fil des ans. S’attachant inévitablement à cette fratrie qui se démène pour subsister tout en essayant de découvrir la vérité, le lecteur fait défiler les pages, reliant progressivement le passé au présent…

« Un profond sommeil » est un roman d’ambiance, assez sombre, comme les éditions Sonatine savent les dénicher. De la canicule du Mississippi à la moiteur des marécages des Everglades, le lecteur plonge dans les années 70, à une époque où la ségrégation est encore d’actualité, surtout dans certains états du Sud. Un récit hanté par cette mystérieuse carrière de White Forest, dont l’autrice dévoilé les drames abominables sur plusieurs époques. Un lourd passé venu alimenter les superstitions actuelles…

« Un profond sommeil » est un roman qui parle de racines, de transmission, de liens de sang, d’héritage et de secrets profondément enfouis. Un récit qui pointe du doigt les violences raciales, la condition féminine et les avortements clandestins… des sujets qui restent d’actualité, surtout à une époque où le droit à l’avortement se voit subitement remis en cause aux Etats-Unis. Une histoire de disparition qui invite certes à trouver les réponses nécessaires, mais qui met surtout l’accent sur le vide et l’absence qui découlent de cette perte en partageant la douleur et les sentiments de ceux qui restent…

« Un profond sommeil » est un roman impossible à lâcher, au titre finalement mensonger car il m’aura surtout tenu éveillé !

Un profond sommeil, Tiffany Quay Tyson, Sonatine, 400 p., 22€

Elles/ils en parlent également : Yvan, Aude, Lord Arsenik, Stelphique, Caroline, Katia, Lison, Sharon, Léa, Maman nature, Ma voix au chapitre, Evasion polar, Touchez mon blog

Blandine Rinkel – Vers la violence

Posted in Littérature with tags , on 16 septembre 2022 by Yvan

Une enfance bercée d’amour et de peur !

Blandine Rinkel - Vers la violenceJ’ai découvert Blandine Rinkel (également comédienne, danseuse et musicienne au sein du groupe Catastrophe) et son livre en regardant La Grande Librairie…. mais l’émission n’a même pas eu besoin de me convaincre. Étrangement, avant qu’elle ne prononce le moindre mot ou que le nouveau présentateur ne parle de son troisième roman, je savais déjà que j’allais le lire. Juste le titre de l’ouvrage et cette prestance alliant douceur et rébellion sur le plateau télévisé ont suffi à me convaincre. Une nouvelle faiblesse de ma part, que ma PÀL déjà débordante ne voyait probablement pas d’un bon œil, mais un choix finalement judicieux car je l’ai lu d’une seule traite et refermé en étant fan de tout ce qui m’a été proposé : le style, le contenu, la réflexion… voire même cette violence dont il est question dans le titre et qui n’a heureusement pas tout détruit !

« Vers la violence » est le chemin emprunté par la petite Lou, qui voue un amour immense à son papa, tout en vivant dans la crainte de ce patriarche certes lumineux et drôle, mais qu’un rien fait basculer vers les ténèbres. Une violence plus psychologique que physique, mais une menace constante qui invite à marcher sur un fil, balançant entre le bonheur et ce que certains nommeront une « éducation à la dure ».

Blandine Rinkel dresse donc le portrait d’un père, Gérard, ancien militaire devenu flic, qui tente de transformer sa petite princesse en guerrière aguerrie, capable d’affronter la douleur et ses peurs sans broncher. Une gamine qui joue à je te tiens, tu me tiens par la barbichette, bien décidée à ne pas rire, sachant que la tape qui suivra pourrait bien faire mal. Si celui qu’elle tient par la barbichette a l’art de faire rire n’importe qui, ce sourire carnassier dissimule en effet un loup solitaire et imprévisible.

L’ambiguïté de ce portrait livré par l’autrice dérange autant qu’il fascine. Une dualité qui contribue à entretenir une tension permanente tout au long du livre et qui se retrouve ponctuée par une superbe lettre de Lou à son père, déclarant toute l’admiration qu’elle voue à ce père…tout en lui tournant définitivement le dos. Une violence et une ambiguïté dont héritera cette petite fille devenue danseuse, passion qui allie grâce et féminité, tout en faisant violence au corps.

L’écriture sensible, sincère et incisive de Blandine Rinkel m’a cueilli dès les premières lignes. La première moitié du roman, où la relation père-fille est omniprésente, m’a totalement bouleversé. La phrase d’une violence insoutenable « Je ne veux pas te voir à mon enterrement ! », balancée par un père à sa fillette de cinq ans, m’a mis totalement KO. La deuxième partie du roman, proposant la reconstruction de Lou loin du père, dans les bras de Raphaël, est certes moins intense, mais permet au lecteur et à l’héroïne de se relever tout en constatant les dégâts.

Un roman intense, puissant, profond et percutant, porté par une plume dont je suis dorénavant fan !

Vers la violence, Blandine Rinkel, Fayard, 378 p., 20 €

Elles/ils en parlent également : Stelphique, Lili, Baz’art, Diacritik

Djaïli Amadou Amal – Cœur du Sahel

Posted in Littérature with tags , on 14 septembre 2022 by Yvan

La condition féminine dans le nord du Cameroun !

Djaïli Amadou Amal - Cœur du SahelAprès « Les Impatientes », récompensé du prix Goncourt des lycéens en 2020 et pointant du doigt le calvaire des mariages forcés et de la polygamie, l’écrivaine féministe camerounaise qui a créé l’association Femmes du Sahel en 2012 dénonce une autre facette de la condition des femmes dans le nord du Cameroun.

Comme de nombreuses filles de son village, Faydé, l’héroïne de « Cœur du Sahel », rêve de quitter son petit village de montagne pour aller travailler en tant que domestique en ville. Face au climat de plus en plus aride, les terres de sa campagne ne permettent plus de nourrir toutes les bouches, incitant les jeunes à aider leurs familles à survivre en cherchant un emploi dans le grand centre urbain de Maroua, dans le nord du Cameroun. Faydé se retrouve ainsi au service d’un riche commerçant peul musulman, obligée d’exécuter tous les ordres des trois épouses de son employeur et de leur progéniture.

Si Djaïli Amadou Amal s’appuie sur des thèmes déjà abordés dans « Les Impatientes », comme la rivalité entre les co-épouses d’une concession, elle développe également de nouveaux sujets qui s’avèrent particulièrement actuels, tels que l’insécurité de la région suite aux attaques meurtrières de la secte islamiste, Boko Haram, ou le dérèglement climatique qui pousse les agriculteurs vers les villes. Entre une famine de plus en plus terrible et la peur d’être kidnappées ou tuées par les combattants de Boko Haram, les femmes des campagnes se retrouvent souvent exploitées comme « esclaves à tout faire » par les riches exploitants des grandes villes…

La condition féminine est donc à nouveau au centre de ce récit qui pointe du doigt les problèmes de la société dont l’autrice est issue : les relations amoureuses interdites entre classes et ethnies différentes, la vie harassante des domestiques souvent traitées comme des animaux, les abus sexuels, la prostitution, le poids des traditions ancestrales, le patriarcat, les mariages forcés, l’obligation de virginité, la polygamie, la corruption ou le communautarisme.

Un roman poignant qui dénonce ce qui doit l’être afin de libérer la parole, puis les femmes…

Cœur du Sahel, Djaïli Amadou Amal, Collas, 364 p., 19€

Elles/ils en parlent également : Stelphique, Lola, Baz’Art, Karine, Pat, Millina, Joëlle

Sandrine Collette – On était des loups

Posted in Littérature with tags , on 9 septembre 2022 by Yvan

Le chemin vers la paternité !

Sandrine Collette - On était des loupsVivant dans la montagne, à l’écart du monde, Liam poursuit un loup qui a eu l’audace de venir rôder autour de ses enclos. En rentrant de cette chasse, il s’attend à voir émerger son fils de cinq ans, courant les bras écartés et les yeux pétillants vers lui. A la place, il retrouve sa femme inerte, à même le sol, couverte de sang et de griffures d’ours. Où est son fils ?

« On était des loups » emmène le lecture en pleine nature, sur une montagne aussi belle qu’impitoyable, en compagnie d’un homme qui a choisi de vivre en marge de la société. Même là, il évite de passer trop de temps auprès de sa femme et connaît à peine ce fils qu’il n’a pas vraiment vu grandir, trop occupé à vivre comme une bête au milieu de ses montagnes.

« On était des loups » invite à partager les pensées de ce chasseur qui se retrouve seul avec un gamin dont il ne s’est jamais occupé. Dans sa tête, c’est le chaos total, d’abord des questions logiques… Comment lui expliquer pour sa mère ? Comment élever un gamin seul dans un environnement aussi hostile ? Qui s’occupera du petit quand il ira chasser ?… puis des pensées plus horribles… Faut-il l’abandonner ? Le tuer ?

« On était des loups » est l’histoire dans un homme qui n’a pas les qualités requises pour être père, ni l’envie de l’être. Un roman sur le deuil et sur la paternité qui invite à suivre les pas d’un homme sur le chemin montagneux qui le conduira vers son humanité.

À chaque roman de Sandrine Collette (« Et toujours les forêts », « Les larmes noires sur la terre »), il me faut toujours un peu de temps pour m’habituer à son style, mais après quelques pages…BAM…me voilà entouré d’une tension palpable, capturé par le flux des pensées de cet homme certes taiseux, mais dont elle déroule les sentiments à la première personne grâce à de longues phrases quasi dénuées de ponctuation. Le lecteur se retrouve ainsi en apnée, dans la tête de ce personnage dévoré par le chagrin et horrifié par la tâche inhumaine qui l’attend : devenir père !

Mon deuxième coup de cœur de la rentrée littéraire après « Arpenter la nuit » de Leila Mottley.

On était des loups, Sandrine Collette, JC Lattes, 208 p., 19,90€

Elles/ils en parlent également : Yvan, Carole, Aude, Cannetille, Kitty