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Guy Delisle – Pyongyang

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags , , on 16 mars 2012 by Yvan

Bienvenue en Corée du Nord !

Guy Delisle - PyongyangAprès avoir lu ses Chroniques Birmanes et ses Chroniques de Jérusalem, je me devais donc d’attaquer ce séjour en Corée du Nord en lisant « Pyongyang ».

La grosse différence par rapport aux deux ouvrages précités est que Delisle est encore célibataire lors de cette aventure plus ancienne. Alors qu’il accompagne son épouse en mission sur place pour MSF lors des récits plus récents, on le suit ici dans le cadre de son travail en tant que superviseur de dessin animé européen fabriqué à Pyongyang. Étant plus fan de sa vision du pays visité que de ses (més)aventures en tant que père au foyer, cette approche différente a déjà tout pour me plaire.

Dans « Pyongyang », Guy Delisle raconte les deux mois qu’il a passé dans un des pays communistes les plus fermés au monde. Voguant entre le carnet de voyage et une succession d’anecdotes, le récit permet de visiter le pays de l’intérieur. Le séjour très encadré de l’auteur n’offre certes qu’une vue assez limitée de la réalité, mais il demeure tout de même très instructif.

Au fil des pages, l’auteur se heurte régulièrement à ce régime totalitaire qui contrôle et surveille tout. Ce pays dirigé de main de fer par la dynastie Kim Jong va jusque dans le cerveau des gens en diffusant constamment une propagande mensongère destinée à glorifier le leader suprême et à diaboliser les autres pays, emmenés par les États-Unis. Après lecture de cet ouvrage, les images de ce peuple pleurant la mort de son bourreau fin décembre 2011 prennent tout leur sens.

Alors certes, « Capitaine Sim n’est pas de notre galaxie… » mais la vision que Delisle propose de son monde est aussi édifiante qu’amusante. L’auteur offre un regard très détaché de ce pays qui rationne l’éclairage, mais qui ne lésine pas sur les monuments et les photographies représentant Kim Il-Sun. Usant d’un ton légèrement ironique, il parvient à dépeindre les situations avec humour, simplicité et justesse.

Le dessin minimaliste est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits. Quant au noir et blanc, il colle parfaitement à l’atmosphère froide et austère de cette ville sombre.

Si la visite du pays n’est pas conseillée, la lecture de cet ouvrage qui lui est consacré l’est bel et bien !

Stassen – Déogratias & Les Enfants

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, DIVERS, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, One-shots, [Accessible], [DL 2000 à 2005] with tags , , on 22 février 2012 by Yvan

Le génocide du Rwanda !

Stassen - Déogratias & Les EnfantsComment décrire une chose d’indescriptible comme le génocide du Rwanda ? En décrivant la vie de Déogratias avant et après le génocide via des flash-backs habiles, Stassen parvient à nous faire imaginer l’atrocité de ce qui c’est passé pendant le génocide sans pour autant coller une image dessus et c’est bien là que se situe la force de cette bd ! Comment raconter une folie collective avivée par une propagande raciste des médias et qui fait que l’on tue ses proches, ses voisins et ses amis de façon la plus horrible qu’il soit ?

Même si Stassen a le mérite de décrire un génocide (dont on a trop peu parlé) de façon très habile, j’ai eu du mal à m’identifier au personnage principal qui, plongeant dans l’alcool pour oublier, se déshumanise totalement, errant sans but au milieu d’un décor africain très bien dessiné, ce qui m’a empêché d’entrer totalement dans l’histoire et me donne l’impression d’avoir manqué quelque chose ! J’ai donc apprécié sans accrocher, ce qui m’empêche sans doute de crier au chef-d’oeuvre comme la plupart des lecteurs, mais j’ai tout de même l’impression de presque devoir m’en excuser … bizarre !

Stassen - Déogratias & Les EnfantsDeogratias avait réussi à décrire le génocide du Rwanda sans pour autant le montrer. Dans « Les Enfants », Stassen décrit l’abandon des enfants du génocide qui errent entre la tragédie qu’ils viennent de vivre et un lendemain sans perspectives.

Une jeune suédoise, gérante d’un centre humanitaire, tente d’offrir un foyer/refuge à ces enfants, mais étant incapable de leur offrir un lendemain rempli d’espoir, lentement les enfants rejoindront la violence qui les entoure pour sombrer avec le reste du pays dans un désespoir inéluctable.

Si, comme pour « Deogratias » le dessin m’a fort plu, l’histoire en elle-même ne m’a pas trop accrochée. Stassen a beau avoir l’art de remplir la nuit d’étoiles comme nul autre, je ne peux lui en donner plus de 3 pour cette nouvelle tragédie africaine.

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Pierre Wazem & Frederik Peeters – Koma

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Humanoïdes Associés, Séries, [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Terminées] with tags on 26 décembre 2011 by Yvan

Un conte sombre et poétique !

Pierre Wazem & Frederik Peeters - KomaQuelle bonne idée de la part des Humanoïdes Associés de proposer une partie de leur catalogue gratuitement en ligne le jour de Noël. Je ne suis pas trop fan de lectures en ligne, mais j’ai finalement succombé à la tentation de lire gratuitement le premier tome de cette saga qui me faisait de l’œil depuis tellement longtemps.

Avec Koma, Pierre Wazem et Frederik Peeters invitent à suivre le récit d’une petite fille particulièrement attachante. Si cette héroïne aux grands yeux ronds est craquante au possible, l’univers dans lequel elle évolue est particulièrement sombre et le contraste entre les deux fonctionne à merveille.

L’histoire se déroule en effet au sein d’une ville fortement industrialisée, dont les sous-sols sont parsemés d’étranges créatures. Si cet univers n’a rien de réjouissant, le métier de la petite et sa maladie complètent l’atmosphère triste, mais néanmoins poétique. Passant ses journées à ramoner les conduits les plus étroits des nombreuses cheminées de sa ville, Addidas (tel est son nom) est également la proie de crises inexplicables de plus en plus fréquentes, qui la plongent à chaque fois dans un bref coma. La situation préoccupante de cette petite et la relation très mature qu’elle entretient avec son père contribuent à la rendre encore plus attachante.

Cette bande dessinée en grande partie muette se lit certes assez vite, mais chaque silence et chaque non-dit s’avère riche en sentiments et les quelques dialogues sont d’une grande justesse et viennent merveilleusement peaufiner la psychologie des différents protagonistes. Visuellement, les cadrages, les dessins et les couleurs se placent au diapason de cette histoire simple, poétique, sombre et efficace, dont on veut directement connaître le fin mot.

Il ne me reste donc plus qu’à me procurer l’intégrale reprenant les six tomes de cette saga !

Grégory Mardon – Vagues à l’âme

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, DIVERS, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Humanoïdes Associés, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2012], [DL 2000 à 2005] with tags on 21 décembre 2011 by Yvan

Découvrez la vie de Dodo !

Grégory Mardon - Vagues à l'âme« Vagues à l’âme » est le premier récit de la collection Tohu-Bohu que je lis et je dois avouer que cette première lecture m’a beaucoup plu.

Grégory Mardon invite à suivre l’histoire de son grand-père, un garçon-boucher qui, à seize ans, décide de s’engager dans la marine et de partir à la découverte du monde. Au fil des escales et des sanctions disciplinaires, on fait plus ample connaissance avec Adolphe Hérault, alias Dodo. Au fil des pages, on s’attache à ce personnage qui en profite pour nous confier sa vision de la seconde guerre mondiale et qui finira par rencontrer Carmen, avant de retourner dans le bassin minier du nord de la France.

Servi sous forme de long flash-back, la vie de Dodo n’a certes rien d’extraordinaire, mais elle déborde d’humanité. C’est avec beaucoup de simplicité que l’auteur nous conte ce récit parfumé d’aventure et exotisme et partage cette tendresse qu’il éprouve envers cet être qu’il parvient à rendre très attachant. Le graphisme et les scènes muettes proposés par l’auteur accentuent encore le sentiment de nostalgie qui nous accompagne tout au long de la lecture.

Pour son premier album, Grégory Mardon livre un one-shot remarquable et très attachant !

Ils en parlent également : David

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Eric Corbeyran & Thierry Murat – Elle ne pleure pas elle chante

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, DIVERS, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2000 à 2005] with tags on 30 novembre 2011 by Yvan

Elle ne chante pas, elle crie ses larmes !

Eric Corbeyran & Thierry Murat - Elle ne pleure pas elle chanteDerrière ce titre de toute beauté, Eric Corbeyran et Thierry Murat abordent un sujet pourtant très douloureux. Dès les premières pages de cette adaptation du roman d’Amélie Sarn, le lecteur est plongé dans le vif du sujet et est confronté à la douleur de cette jeune femme et aux méfaits de ce père abusif qui délaissait régulièrement le lit conjugal pour rejoindre celui de sa fille.

Le père étant maintenant cloué à un lit d’hôpital suite à un accident de la route, ce one-shot donne la parole à la victime. Le temps d’un long monologue, celle-ci va crier sa haine et se délester de ce poids qui l’empêche de vivre pleinement. Le ton est froid, dur, mais extrêmement juste et chaque mot est un coup de poing, donné avec rage dans le huis-clos de cette chambre d’hôpital. Plongé dans un profond coma, le père reçoit les paroles et les souvenirs d’enfance de sa fille en pleine face. Le lecteur, médusé, accompagne cette petite fille marquée au fer rouge par les agissements abjects d’un être qui a le culot de se faire appeler ‘papa’, dans l’horreur, l’angoisse et l’incompréhension. Malgré l’horreur indescriptible des actes de ce père incestueux, il s’étonnera sans doute également de déceler une certaine dualité dans les sentiments éprouvés par cette jeune fille envers son père.

Tout comme Pourquoi j’ai tué Pierre, chef-d’œuvre également édité dans cette collection « Mirages » de Delcourt, ce récit constitue une sorte d’exécutoire d’un mal refoulé pendant plusieurs années. Confrontée à son bourreau, elle tue également son Pierre en criant sa haine, se libérant ainsi de chaînes portées pendant beaucoup trop d’années. Si le texte relayé par Eric Corbeyran est clairement le point fort de cette œuvre, la mise en images de Thierry Murat (Les larmes de l’assassin) accompagne le récit en toute sobriété. Faisant preuve de beaucoup de retenue, le dessin épargne les actes monstrueux du père au lecteur, le texte étant déjà suffisamment explicite.

Ils en parlent également : Choco, Theoma, Mo’, Noukette, Yaneck

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Marjane Satrapi – Poulet aux prunes

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Franco-Belge, K.BD, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Sans super-héros] with tags , , on 16 octobre 2011 by Yvan

Les derniers instants d’une vie pleine de fausses notes…

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesÀ l’instar de l’excellent Persepolis, Marjane Satrapi livre un nouveau récit au parfum autobiographique et puise son inspiration dans son histoire familiale. L’auteure délaisse donc quelque peu l’Historique de l’Iran pour se concentrer sur celle de son oncle Nasser Ali Khan.

Situant son récit dans l’Iran des années 50, elle narre les derniers jours de ce grand musicien qui a perdu toute envie de vivre et décide de se laisser mourir. Au fil des pages de ce récit dont l’issue est connue d’avance, le lecteur découvre que la destruction de l’instrument de musique préféré de Nasser, n’est finalement que la goutte qui a fait déborder le vase.

Servi sous la forme d’un long flashback, le récit revient sur le passé de ce père de famille de trois enfants, livrant au lecteur les clés qui permettent de comprendre le désespoir qui pousse ce musicien à se laisser dépérir. Ce compte-à-rebours des 8 derniers jours de la vie permet donc de comprendre l’acte irraisonnable de feu l’oncle Nasser, le tout sur fond d’histoire iranienne.

La narration typique de Marjane Satrapi fait à nouveau mouche, distillant ce drame familial sous forme de conte et n’oubliant jamais cette petite touche d’humour qui permet de dédramatiser une histoire qui n’a pourtant rien de réjouissant à la base. Cette légèreté emplie de poésie se retrouve également au niveau du graphisme. Un style simple et naïf que l’on prend à chaque fois plaisir à retrouver en s’étonnant de son efficacité.

Retrouvez cet album récompensé du Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême de 2005 dans mon Best Of du Festival d’Angoulême.

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesLisez également l’avis sur K.BD !
WOMEN BD

Charles Masson – Soupe Froide

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Casterman, DIVERS, Ecritures, Franco-Belge, One-shots, [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags on 28 septembre 2011 by Yvan

Mourir dans l’anonymat!

Charles Masson - Soupe FroideCharles Masson nous fait suivre le raisonnement hypothétique mais réaliste d’un SDF qui s’enfuit d’une maison d’accueil en pyjama et pieds nus sous la neige. On suit le parcourt d’un type qui souffre d’un cancer. Les médecins ont bien voulu lui enlever la mandibule pour tenter de le sauver, mais comme il n’avait déjà rien il ne voulait pas en plus qu’on lui prenne sa mandibule. Quand il fouille dans les poubelles, il ne cherche pas ses clefs car cela fait longtemps qu’il n’a plus de maison. Il n’y a qu’une chose qu’il a et qui le réchauffe : c’est la soupe chaude qu’on lui sert le soir au foyer. Alors, quand on a l’audace de lui servir une soupe froide, il se sent humilié et préfère fuir au beau milieu de la nuit !

On suit les dernières heures de ce SDF, de cet homme qui va mourir dans l’anonymat, tout ça parce qu’on n’a même pas été capable de lui servir une soupe chaude dans un monde où un SDF qui meurt de froid est qualifié de mort naturelle ! Ca ne devrait pourtant pas être naturel de mourir de froid … saloperie de monde !

En tant que lecteur on prend la peine d’écouter le monologue de 120 pages d’un type qu’on évite dans la rue. Des gens qu’on ne regarde pas alors qu’ils crèvent de faim et de froid et qui ont une histoire similaire à celle de ce SDF dans Soupe Froide. Charles Masson leur donne ici enfin la parole, rendant ainsi un peu de dignité à ces personnes qu’il nomme SIP (sans intérêt particulier).

Le trait assez brut et hachuré est tout de même convaincant et parfois surprenant. Je ne peux que vous conseiller de lire ce récit poignant, car la fin anonyme de ce SDF vous rendra intérieurement plus riche … Ces gens qui n’ont rien vous offrent ici leur histoire !

Ils en parlent également : Yaneck

Lisez également du même auteur : Bonne Santé, Droit du Sol

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