Archive for the One-shots Category

Gess – La Malédiction de Gustave Babel

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, One-shots, [Avancé], [DL 2017] with tags , on 22 mars 2017 by Yvan

Biographie d’un tueur sur fond de Baudelaire !

Gess - La Malédiction de Gustave BabelPour son premier album en solo, Gess (La brigade chimérique, L’œil de la nuit, Carmen Mc Callum) propose un récit pour le moins singulier.

Le récit débute en compagnie de Gustave Babel, au moment où l’ex-tueur à gages vient d’être abattu dans sa retraite argentine par son ancien employeur. Profitant des derniers instants au seuil de la mort, il se remémore son passé au sein du monde du crime…

Servi sous forme de long flash-back entremêlant passages oniriques et anciennes missions, « La Malédiction de Gustave Babel » peut initialement déstabiliser. Pourtant au fil des pages et des souvenirs de Gustave Babel, Gess apporte toutes les réponses et comble tous les trous dans l’existence de son personnage. Du rôle de cette organisation mafieuse surnommé la Pieuvre à l’étrange Hypnotiseur, en passant par Mado, son amie d’enfance, tout devient progressivement clair. L’auteur renforce encore l’aspect onirique de l’ensemble en intégrant des citations de Baudelaire à la biographie de son tueur.

Si le scénario est une réussite, l’objet en lui-même est également de toute beauté. De cette couverture en relief à cette superbe colorisation qui s’installe immédiatement au diapason de cette ambiance envoûtante, Gess livre en effet un véritable sans-faute.

Un one-shot original, envoûtant et fortement recommandé, que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Renaud Dillies – Loup

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags on 15 mars 2017 by Yvan

Une musique dont on se souvient !

Renaud Dillies - LoupQuand l’auteur de Bulles et Nacelles, de Betty Blues, de Saveur Coco, d’Alvin et d’Abélard publie un album en solo à la couverture si alléchante, il est très difficile de ne pas se laisser tenter.

L’animal qu’il invite cette fois à suivre est un loup amnésique à la recherche de son passé. Errant sans but et sans identité, quelques notes de musique sortant d’un bar semblent étonnamment réveiller quelque chose en lui. Suivant la mélodie, il se retrouve très vite avec une guitare entre les mains et découvre avec stupéfaction qu’il est virtuose…

À l’instar de la cigogne jouant de la cithare dans Saveur Coco, du canard qui gagnait sa vie en jouant de la trompette dans Betty Blues ou de la petite souris écrivain et mélomane en mal d’inspiration dans Bulles et Nacelles, Renaud Dillies propose à nouveau un héros musicien… même s’il doit encore le découvrir au fil des pages. Ce don retrouvé permet une nouvelle fois à l’auteur d’installer un fond délicieusement musical à son récit.

Cet album, intitulé « Loup », comme l’animal, mais également comme le masque, change donc de personnage, mais sans quitter le registre musical. Cette nouvelle mélodie dramatique, parsemée de moments philosophiques et poétiques, se révèle inévitablement très touchante, malgré une fin légèrement trop abrupte. Cette invitation à découvrir nos talents cachés est de nouveau servie par un graphisme d’une délicatesse rare. Comme à chaque fois, l’univers graphique de Renaud Dillies joue un rôle très important dans le succès de cet album. C’est en effet un véritable plaisir de retrouver cette ambiance délicieusement poétique et ces personnages animaliers bercés par une petite note de musique qui vient ajouter encore plus de saveur au récit. Exploitant à merveille un format gaufrier pourtant classique, l’auteur invite à suivre des personnages aussi expressifs qu’attachants dans une ambiance musicale dont il a le secret et qui se place au diapason du scénario.

Ils en parlent également : Mo’

Frank Milller, Brian Azzarello et John Romita Jr. – Batman, Dark Knight The Last Crusade

Posted in Batman, Brian Azzarello, Comics, DC Essentiels, Frank Miller, One-shots, Urban Comics, [Avec super-héros], [DL 2017] with tags on 24 février 2017 by Yvan

Prélude frustrant au cultissime Dark Knight Returns !

Frank Milller, Brian Azzarello et John Romita Jr. – Batman, Dark Knight The Last CrusadeQuand on entre dans une librairie et qu’on repère un album de Batman affichant Frank Milller et Brian Azzarello au scénario et John Romita Jr. au dessin, on ressort forcément avec.

Ce récit imaginé par l’auteur de « Sin City » plonge le lecteur dans une ville de Gotham toujours mise à mal par ses vilains les plus redoutables. Si Batman fait de son mieux pour déjouer les plans du Joker, de Poison Ivy et de Killer Croc, il se fait néanmoins de plus en plus vieux. Moins résistant et plus aussi vif que dans le temps, il devient plus vulnérable qu’avant et commence à évoquer sa retraite avec Alfred et Selina Kyle. Surtout que Jason Todd, le nouveau Robin, a toutes les qualités pour devenir son successeur…

« Dark Knight The Last Crusade » aborde donc le thème de la succession en compagnie d’un Batman quadragénaire au bout du rouleau, qui a pris sous son aile un side-kick aussi doué que fougueux. Cette histoire, qui forme un prélude au cultissime « Dark Knight Returns », plonge le lecteur dans les pensées d’un Dark Knight vieillissant, comme Frank Miller sait si bien le faire. Le seul point négatif est que ce récit, qui fait inévitablement écho à « Un deuil dans la Famille », ne fait même pas soixante pages et que la fin, très abrupte, risque d’abandonner beaucoup de lecteurs sur leur faim.

Heureusement, visuellement, plus de vingt ans après sa collaboration avec Frank Miller sur l’incontournable « Daredevil: Man Without Fear », on a droit à un John Romita Jr. en grande forme. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé son travail sur l’apparence du Joker et de Killer croc. De plus, afin de compenser la brièveté du récit, Urban Comics propose l’intégralité de la version crayonnée en deuxième moitié d’album, doublant ainsi (un peu artificiellement) le nombre de pages.

Un récit qui est surtout indispensable pour les fans de Batman et qui risque d’abandonner les autres sur leur faim.

Frédéric et Julien Maffre – Stern, La Cité des Sauvages (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags on 13 février 2017 by Yvan

Délire à Kansas City !

Frédéric et Julien Maffre - Stern, La Cité des Sauvages (Tome 2)Avec l’excellent « Undertaker » de Xavier Dorison et Ralph Meyer et cet album des frères Maffre (Julien au dessin et Frédéric au scénario), les croque-morts semblent de nouveau de sortie en librairie. C’est donc de nouveau la fête au western, même si cette saga se sert surtout du décorum et des codes du genre pour livrer quelque chose de plus atypique.

Le lecteur retrouve donc ce héros pas comme les autres, qui n’a rien du cowboy classique. À l’inverse du fossoyeur de Xavier Dorison, celui-ci s’intéresse en effet à la littérature et ne porte pas de six-coups. Tous les bédéphiles qui habitent dans un bled perdu compatiront d’ailleurs avec Elijah Stern, car ce dernier n’a plus rien à lire et son fournisseur attitré doit déclarer forfait. Il se voit donc dans l’obligation d’aller s’approvisionner à Kansas City, mais c’est à contrecœur qu’il s’y rend car il y sera confronté à d’anciens démons. Ses appréhensions semblent vite justifiées car, une fois sur place, la librairie ferme devant son nez, puis il croise une ancienne connaissance qui ne lui veut pas forcément du bien… avant de tomber sur son ex-femme !

À l’instar du premier volet, qui dévoilait déjà un pan du passé de Stern, ce nouveau one-shot lève encore un peu plus le voile en nous montrant son passé de boxeur, ainsi que son ex-femme… dont il n’est d’ailleurs pas encore divorcé. Le lecteur fait donc de nombreuses rencontres, toutes plus loufoques les unes que les autres, allant d’un vieux peintre à un vendeur de boudin noir. Frédéric Maffre s’amuse donc beaucoup en livrant plusieurs portraits très décalés, proposant du coup un tome beaucoup plus déjanté que le précèdent. Cela part donc dans tous les sens, de bagarres de saloon à l’explosion de bâtons de dynamite, pour une histoire totalement folle au rythme assez effréné. Si cela s’avère assez drôle, il faut par contre bien avouer qu’au niveau de l’intrigue, ce deuxième volet est par contre un peu (trop) léger.

Visuellement, le dessin de Julien Maffre est toujours aussi réussi. Il retranscrit non seulement parfaitement l’ambiance far-west de cette bourgade américaine, mais propose surtout des personnages légèrement caricaturaux particulièrement expressifs.

De l’excellent divertissement !

Navie et Carole Maurel – Collaboration Horizontale

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Guerre, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2017] with tags , on 3 février 2017 by Yvan

Histoire d’amour interdite !

Navie et Carole Maurel - Collaboration Horizontale« Collaboration Horizontale » raconte une histoire d’amour interdite pendant l’Occupation allemande en France. À travers un long flash-back, Rose dévoile la peine profonde qui la dévore depuis tant d’années à sa petite fille : pendant que son mari était au front, elle a succombé au charme d’un militaire allemand…

Ce one-shot signé Navie et Carole Maurel plonge le lecteur en 1942, sous l’occupation allemande, dans un petit immeuble qui dévoile progressivement tous ses secrets. Parmi eux, il y a non seulement cette histoire d’amour interdite entre Rose et Mark, mais également des juifs que l’on tente de dissimuler à l’ennemi, des actes héroïques, mais également des gens qui n’hésitent pas à dénoncer leurs voisins. Le lecteur se glisse petit-à-petit dans l’intimité des nombreux personnages qui tentent de cohabiter, voire survivre, en cette période difficile pour tout le monde. Parmi cette galerie de personnages particulièrement réussie, le mari aveugle de la concierge a les sens plus développés que les autres, percevant avant tout le monde que tous les événements et les cachoteries qui prennent place au sein de ce huis-clos finiront forcément mal…

Les rapports entre voisins ne sont pas toujours évidents et cette période de suspicion où collabos et résistants se côtoient, parfois au sein d’une même demeure, n’est pas là pour faciliter les choses. L’histoire d’amour proposée par Navie est belle et touchante, même si l’adultère est particulièrement condamnable en temps de guerre, avec un mari parti défendre le pays et un amant issu du camp d’en face. Dépeignant une fresque intéressante, où les relations humaines se retrouvent complexifiées par la guerre, l’auteur aborde des sujets difficiles tels que la collaboration, l’adultère, la solidarité, la déportation des juifs et la vindicte populaire lors de la Libération… sans pathos et avec beaucoup de retenue.

Visuellement, le trait léger et tout en douceur de Carole Maurel accompagne avec beaucoup de justesse les souvenirs douloureux, mais pleins de nostalgie et d’amour, de cette grand-mère coupable d’adultère et victime de la guerre.

Un récit que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Si vous avez aimé cette bande dessinée, je vous invite vivement à lire le roman de Jean-Luc Seigle, « Je vous écris dans le noir », qui dresse également le portrait d’une femme forte, accusée de collaboration horizontale avec l’ennemi.

Ils en parlent également: Mo’

Winshluss – Dans la forêt sombre et mystérieuse

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Gallimard, One-shots, Winshluss, [DL 2016], [Grand public] with tags , on 23 janvier 2017 by Yvan

Winshluss parle également aux enfants…

Winshluss - Dans la forêt sombre et mystérieuseQuand Winshluss (« In God we Trust », « Smart Monkey ») s’attaque aux contes, tous ceux qui ont lu son cultissime « Pinocchio » sont forcément aux anges. Plus surprenant est cependant que son histoire s’adresse cette fois-ci également aux enfants…

Ce lectorat plus large est donc invité à suivre les pas d’Angelo, un gosse passionné d’animaux et d’insectes, qui rêve de devenir explorateur et qui serait incapable de vivre dans un monde sans sa mémé qu’il adore tant. Un jour, la famille apprend cependant que cette dernière ne va pas bien du tout et ils décident donc de se rendre au plus vite au chevet de la grand-mère maternelle. Après un ultime arrêt-pipi en cours de route, la voiture familiale redémarre, mais en oubliant Angelo sur l’aire d’autoroute. Ne voyant pas ses parents revenir, le valeureux petit garçon décide de traverser seul la forêt sombre et mystérieuse qui lui permettra de rejoindre la ferme de sa grand-mère.

Découpé en chapitres de quelques pages, ce conte moderne narre le parcours initiatique d’Angelo au sein de cette forêt peuplée de créatures surprenantes. D’un écureuil rêvant de voler comme un oiseau à une troupe de fourmis rouges kamikazes, en passant par un ogre banquier et un sympathique géant vert, Winshluss multiplie les rencontres insolites, tout en parsemant cette aventure périlleuse d’action et d’humour.

Si le talent de conteur de l’auteur fait à nouveau merveille, il fait cette fois preuve de beaucoup plus de sagesse, rendant l’ensemble également accessible aux plus jeunes. Les références aux contes et mythes sont également nombreuses, allant d’« Alice au pays des merveilles » à « Hansel et Gretel », en passant par l’Ogre ou Mère Nature. Visuellement, son trait vif et expressif donne brillamment vie à cet univers débordant d’imagination et de couleurs.

Ils en parlent également: Caro

Guy Delisle – S’enfuir, Récit d’un otage

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 20 janvier 2017 by Yvan

Dans la tête d’un otage !

Guy Delisle - S’enfuir, Récit d'un otageAprès des récits de voyage à Shenzhen, à Pyongyang, en Birmanie et à Jérusalem, qui lui a d’ailleurs valu le Fauve d’or à Angoulême en 2012, Guy Delisle emmène le lecteur en Tchétchénie… pour un huis-clos dont il est absent.

L’auteur raconte en effet les 111 jours de détention de Christophe André, membre de Médecins Sans Frontières. Sa première mission humanitaire à Nazran, en Ingouchie, tourne au cauchemar après seulement trois mois, lorsqu’il est enlevé en pleine nuit par des hommes armés.

Le défi de Guy Delisle consiste à nous tenir en haleine avec un récit où il ne se passe absolument rien et ayant pour unique décor un matelas à même le sol dans une pièce déserte. Menotté à un radiateur, Christophe André n’a que ses pensées pour l’occuper durant ces journées complètement vides qu’il entreprend néanmoins de compter avec le plus de précision possible. Il y en aura 111 au total !

L’auteur parvient non seulement à restituer le temps qui passe en multipliant des cases quasiment identiques, mais il réussit surtout à nous faire entrer à l’intérieur de la tête du kidnappé en partageant ses pensées, ses angoisses, sa colère et son rêve de liberté. Le lecteur se retrouve pour ainsi dire enfermé avec l’otage, se demandant où il se trouve, pourquoi il est détenu et combien de temps cela va durer. Chaque détail qui vient rompre la monotonie des journées constitue dès lors un événement majeur, allant de quelques gouttes du bouillon quotidien renversées par les ravisseurs jusqu’à une photo que l’on vient prendre de lui.

La narration lente de l’auteur permet de creuser le côté psychologique, tout en nous tenant en haleine durant près de 400 pages. Lors de ces récits de voyage autobiographiques, l’auteur avait parfois tendance à trop survoler le fond du sujet tout en insufflant une certaine forme d’humour, parfois proche de l’autodérision, que je ne trouvais pas toujours adéquate. Ici, il laisse l’humour de côté et livre un témoignage poignant.

Visuellement, cet album est également une grande réussite. La répétition de cases épurées et souvent dénuées de texte, renforce encore l’impression de huis-clos, noyant le lecteur dans un silence au sein duquel il commence également à guetter le moindre petit bruit, le moindre événement, aussi insignifiant soit-il. Le tout, dans une bichromie bleue et grise, qui accentue l’ambiance froide et triste de cette longue captivité.

Le meilleur Delisle !

Ils en parlent également: Mo’, Noukette, Le Bibliocosme