Archive for the One-shots Category

Frédéric et Julien Maffre – Stern, La Cité des Sauvages (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags on 13 février 2017 by Yvan

Délire à Kansas City !

Frédéric et Julien Maffre - Stern, La Cité des Sauvages (Tome 2)Avec l’excellent « Undertaker » de Xavier Dorison et Ralph Meyer et cet album des frères Maffre (Julien au dessin et Frédéric au scénario), les croque-morts semblent de nouveau de sortie en librairie. C’est donc de nouveau la fête au western, même si cette saga se sert surtout du décorum et des codes du genre pour livrer quelque chose de plus atypique.

Le lecteur retrouve donc ce héros pas comme les autres, qui n’a rien du cowboy classique. À l’inverse du fossoyeur de Xavier Dorison, celui-ci s’intéresse en effet à la littérature et ne porte pas de six-coups. Tous les bédéphiles qui habitent dans un bled perdu compatiront d’ailleurs avec Elijah Stern, car ce dernier n’a plus rien à lire et son fournisseur attitré doit déclarer forfait. Il se voit donc dans l’obligation d’aller s’approvisionner à Kansas City, mais c’est à contrecœur qu’il s’y rend car il y sera confronté à d’anciens démons. Ses appréhensions semblent vite justifiées car, une fois sur place, la librairie ferme devant son nez, puis il croise une ancienne connaissance qui ne lui veut pas forcément du bien… avant de tomber sur son ex-femme !

À l’instar du premier volet, qui dévoilait déjà un pan du passé de Stern, ce nouveau one-shot lève encore un peu plus le voile en nous montrant son passé de boxeur, ainsi que son ex-femme… dont il n’est d’ailleurs pas encore divorcé. Le lecteur fait donc de nombreuses rencontres, toutes plus loufoques les unes que les autres, allant d’un vieux peintre à un vendeur de boudin noir. Frédéric Maffre s’amuse donc beaucoup en livrant plusieurs portraits très décalés, proposant du coup un tome beaucoup plus déjanté que le précèdent. Cela part donc dans tous les sens, de bagarres de saloon à l’explosion de bâtons de dynamite, pour une histoire totalement folle au rythme assez effréné. Si cela s’avère assez drôle, il faut par contre bien avouer qu’au niveau de l’intrigue, ce deuxième volet est par contre un peu (trop) léger.

Visuellement, le dessin de Julien Maffre est toujours aussi réussi. Il retranscrit non seulement parfaitement l’ambiance far-west de cette bourgade américaine, mais propose surtout des personnages légèrement caricaturaux particulièrement expressifs.

De l’excellent divertissement !

Navie et Carole Maurel – Collaboration Horizontale

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Guerre, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2017] with tags , on 3 février 2017 by Yvan

Histoire d’amour interdite !

Navie et Carole Maurel - Collaboration Horizontale« Collaboration Horizontale » raconte une histoire d’amour interdite pendant l’Occupation allemande en France. À travers un long flash-back, Rose dévoile la peine profonde qui la dévore depuis tant d’années à sa petite fille : pendant que son mari était au front, elle a succombé au charme d’un militaire allemand…

Ce one-shot signé Navie et Carole Maurel plonge le lecteur en 1942, sous l’occupation allemande, dans un petit immeuble qui dévoile progressivement tous ses secrets. Parmi eux, il y a non seulement cette histoire d’amour interdite entre Rose et Mark, mais également des juifs que l’on tente de dissimuler à l’ennemi, des actes héroïques, mais également des gens qui n’hésitent pas à dénoncer leurs voisins. Le lecteur se glisse petit-à-petit dans l’intimité des nombreux personnages qui tentent de cohabiter, voire survivre, en cette période difficile pour tout le monde. Parmi cette galerie de personnages particulièrement réussie, le mari aveugle de la concierge a les sens plus développés que les autres, percevant avant tout le monde que tous les événements et les cachoteries qui prennent place au sein de ce huis-clos finiront forcément mal…

Les rapports entre voisins ne sont pas toujours évidents et cette période de suspicion où collabos et résistants se côtoient, parfois au sein d’une même demeure, n’est pas là pour faciliter les choses. L’histoire d’amour proposée par Navie est belle et touchante, même si l’adultère est particulièrement condamnable en temps de guerre, avec un mari parti défendre le pays et un amant issu du camp d’en face. Dépeignant une fresque intéressante, où les relations humaines se retrouvent complexifiées par la guerre, l’auteur aborde des sujets difficiles tels que la collaboration, l’adultère, la solidarité, la déportation des juifs et la vindicte populaire lors de la Libération… sans pathos et avec beaucoup de retenue.

Visuellement, le trait léger et tout en douceur de Carole Maurel accompagne avec beaucoup de justesse les souvenirs douloureux, mais pleins de nostalgie et d’amour, de cette grand-mère coupable d’adultère et victime de la guerre.

Un récit que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Si vous avez aimé cette bande dessinée, je vous invite vivement à lire le roman de Jean-Luc Seigle, « Je vous écris dans le noir », qui dresse également le portrait d’une femme forte, accusée de collaboration horizontale avec l’ennemi.

Ils en parlent également: Mo’

Winshluss – Dans la forêt sombre et mystérieuse

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Gallimard, One-shots, Winshluss, [DL 2016], [Grand public] with tags , on 23 janvier 2017 by Yvan

Winshluss parle également aux enfants…

Winshluss - Dans la forêt sombre et mystérieuseQuand Winshluss (« In God we Trust », « Smart Monkey ») s’attaque aux contes, tous ceux qui ont lu son cultissime « Pinocchio » sont forcément aux anges. Plus surprenant est cependant que son histoire s’adresse cette fois-ci également aux enfants…

Ce lectorat plus large est donc invité à suivre les pas d’Angelo, un gosse passionné d’animaux et d’insectes, qui rêve de devenir explorateur et qui serait incapable de vivre dans un monde sans sa mémé qu’il adore tant. Un jour, la famille apprend cependant que cette dernière ne va pas bien du tout et ils décident donc de se rendre au plus vite au chevet de la grand-mère maternelle. Après un ultime arrêt-pipi en cours de route, la voiture familiale redémarre, mais en oubliant Angelo sur l’aire d’autoroute. Ne voyant pas ses parents revenir, le valeureux petit garçon décide de traverser seul la forêt sombre et mystérieuse qui lui permettra de rejoindre la ferme de sa grand-mère.

Découpé en chapitres de quelques pages, ce conte moderne narre le parcours initiatique d’Angelo au sein de cette forêt peuplée de créatures surprenantes. D’un écureuil rêvant de voler comme un oiseau à une troupe de fourmis rouges kamikazes, en passant par un ogre banquier et un sympathique géant vert, Winshluss multiplie les rencontres insolites, tout en parsemant cette aventure périlleuse d’action et d’humour.

Si le talent de conteur de l’auteur fait à nouveau merveille, il fait cette fois preuve de beaucoup plus de sagesse, rendant l’ensemble également accessible aux plus jeunes. Les références aux contes et mythes sont également nombreuses, allant d’« Alice au pays des merveilles » à « Hansel et Gretel », en passant par l’Ogre ou Mère Nature. Visuellement, son trait vif et expressif donne brillamment vie à cet univers débordant d’imagination et de couleurs.

Guy Delisle – S’enfuir, Récit d’un otage

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 20 janvier 2017 by Yvan

Dans la tête d’un otage !

Guy Delisle - S’enfuir, Récit d'un otageAprès des récits de voyage à Shenzhen, à Pyongyang, en Birmanie et à Jérusalem, qui lui a d’ailleurs valu le Fauve d’or à Angoulême en 2012, Guy Delisle emmène le lecteur en Tchétchénie… pour un huis-clos dont il est absent.

L’auteur raconte en effet les 111 jours de détention de Christophe André, membre de Médecins Sans Frontières. Sa première mission humanitaire à Nazran, en Ingouchie, tourne au cauchemar après seulement trois mois, lorsqu’il est enlevé en pleine nuit par des hommes armés.

Le défi de Guy Delisle consiste à nous tenir en haleine avec un récit où il ne se passe absolument rien et ayant pour unique décor un matelas à même le sol dans une pièce déserte. Menotté à un radiateur, Christophe André n’a que ses pensées pour l’occuper durant ces journées complètement vides qu’il entreprend néanmoins de compter avec le plus de précision possible. Il y en aura 111 au total !

L’auteur parvient non seulement à restituer le temps qui passe en multipliant des cases quasiment identiques, mais il réussit surtout à nous faire entrer à l’intérieur de la tête du kidnappé en partageant ses pensées, ses angoisses, sa colère et son rêve de liberté. Le lecteur se retrouve pour ainsi dire enfermé avec l’otage, se demandant où il se trouve, pourquoi il est détenu et combien de temps cela va durer. Chaque détail qui vient rompre la monotonie des journées constitue dès lors un événement majeur, allant de quelques gouttes du bouillon quotidien renversées par les ravisseurs jusqu’à une photo que l’on vient prendre de lui.

La narration lente de l’auteur permet de creuser le côté psychologique, tout en nous tenant en haleine durant près de 400 pages. Lors de ces récits de voyage autobiographiques, l’auteur avait parfois tendance à trop survoler le fond du sujet tout en insufflant une certaine forme d’humour, parfois proche de l’autodérision, que je ne trouvais pas toujours adéquate. Ici, il laisse l’humour de côté et livre un témoignage poignant.

Visuellement, cet album est également une grande réussite. La répétition de cases épurées et souvent dénuées de texte, renforce encore l’impression de huis-clos, noyant le lecteur dans un silence au sein duquel il commence également à guetter le moindre petit bruit, le moindre événement, aussi insignifiant soit-il. Le tout, dans une bichromie bleue et grise, qui accentue l’ambiance froide et triste de cette longue captivité.

Le meilleur Delisle !

Ils en parlent également: Mo’, Noukette, Le Bibliocosme

Tristan Perreton et Ivan Brun – Prof. Fall

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Tanibis, [Avancé], [DL 2016] with tags on 13 janvier 2017 by Yvan

Enquête paranoïaque !

Tristan Perreton et Ivan Brun - Prof. FallProf. Fall est l’adaptation d’un roman écrit par Tristan Perreton en 2005 et traduit en images par Ivan Brun.

Le récit des deux auteurs lyonnais débute dans « leur » ville et invite à suivre les pas d’un employé à la Sécu au bord du burn-out et développant de surcroît une obsession morbide pour les défenestrations. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et ces gens qui se jetaient du World Trade Centre en flammes, il est en effet captivé par l’architecture verticale des hauts immeubles du quartier de la Part-Dieu et est persuadé qu’un corps tombera un jour à ses pieds lors de son passage quotidien. Lorsqu’il est pris à parti par un ancien mercenaire du Mozambique devenu proxénète et que ce dernier se jette dans le vide seulement quelques heures après leur altercation, Michel tombe dans la paranoïa totale. Fasciné par cette mort, il se fait mettre en arrêt de travail pour dépression et enquête sur le passé de ce malfrat…

Le lecteur se retrouve embarqué dans une étrange histoire mêlant alcool, antidépresseurs, prostitution, guerres civiles africaines et trafics de diamants. Voguant entre la réalité et les hallucinations de Michel, tout en passant régulièrement de la France à l’Afrique, le récit peut prêter à confusion, surtout que les auteurs entretiennent volontairement le flou entre vérité et délires. Excepté cette narration parfois un peu déconcertante et quelques passages didactiques un peu trop bavards, la folie et l’enquête de Michel ne manquent pas d’intérêt. Le scénario s’avère donc certes exigeant, mais il vaut certainement le détour.

Visuellement, ce bel ouvrage édité par les éditions Tanibis est une réussite absolue. Le trait brut et réaliste d’Ivan Brun accompagne les errances du personnage principal avec grand brio. Des décors urbains lyonnais aux paysages africains, le dessinateur livre un véritable sans-faute, notamment en proposant quelques transitions d’une justesse impressionnante entre passé, présent, réalité et hallucinations.

Une belle surprise !

Zep – Un bruit étrange et beau

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Rue de Sèvres, [Accessible], [DL 2016] with tags on 4 janvier 2017 by Yvan

Quête existentielle et réflexion philosophique !

Zep - Un bruit étrange et beau« Un bruit étrange et beau » invite à suivre les pas de Don Marcus, alias William, un moine chartreux qui vit reclus dans un monastère depuis vingt-cinq ans. Alors qu’il mène une vie d’ascète, de solitude, d’obéissance, de chasteté et de silence, il se voit subitement contraint de quitter le monastère afin d’être physiquement présent lors de la lecture du testament de sa tante. Afin de respecter ses dernières volontés, il prend le train et se prépare à affronter ce monde extérieur qu’il a pourtant fui depuis si longtemps…

Dans la même veine réaliste qu’ « Une Histoire d’Hommes », mais beaucoup plus abouti, ce nouveau one-shot édité par « Rue de Sèvres » propose une quête existentielle sur fond de réflexion philosophique. Ce retour à la vraie vie est non seulement l’occasion pour William de faire de nouvelles rencontres, dont celle de Méry, une jeune femme condamnée par la maladie, mais fait également remonter à la surface des souvenirs dont il s’était débarrassé en devenant Don Marcus.

Le rythme de ce récit qui invite à la réflexion est assez lent et dépourvu de tout texte superflu. Le voyage de William se veut en effet très contemplatif et la narration en voix-off semble vouloir respecter au maximum le vœu de silence de Marcus. L’élégance et la sobriété du dessin de Zep, conjugué à la douceur de cette bichromie aux tons pastels, épouse à merveille la zénitude du scénario, tout en brossant plusieurs portraits foncièrement attachants.

Un très bon one-shot que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Sylvain Runberg et Tirso – Sept Cannibales

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, One-shots, [DL 2016], [Grand public] with tags on 28 décembre 2016 by Yvan

Thriller horrifique prenant !

Sylvain Runberg et Tirso - Sept CannibalesLe cinquième volet de la troisième saison de cette collection au concept commercialement séduisant, basé sur le chiffre 7 (7 tomes, 7 missions, 7 équipes de 7 hommes, et surtout un défilé de 7 scénaristes et 7 dessinateurs assez alléchant), est donc confié à Sylvain Runberg au scénario et Tirso au dessin.

Afin d’éviter le principal piège de cette collection, qui consiste à présenter les sept protagonistes en un nombre limité de pages afin de conserver suffisamment de place pour développer une histoire complète en un seul tome, Sylvain Runberg place immédiatement le lecteur au cœur de l’horreur. Plongé au milieu de protagonistes qui ne seront que très sommairement présentés, il découvre avec effroi sept copains bourrés de fric et en mal de sensations fortes qui organisent chaque année une fête privée afin d’assouvir leurs pulsions les plus sombres. Si le jeu consiste finalement à dévorer l’une des invitées, cette année, ils vont cependant tomber sur un os !

Parsemant son récit de nombreux flash-backs, parfois un peu maladroits, voire indigestes, Sylvain Runberg relate la progressive escalade de la violence des sept prédateurs au fil des ans… jusqu’au cannibalisme. Une fois cette mise en bouche passée, la deuxième partie du récit, qui se concentre sur l’instant où la victime de cette année est supposée passer à la casserole, devient beaucoup plus prenante et la tension monte crescendo. Si cette collection dirigée par David Chauvel et inspirée des films Les 7 Samouraïs et Les 7 Mercenaires permet d’alterner les genres, ce nouvel album propose en effet un thriller horrifique qui tient toutes ses promesses une fois les présentations faites. Par contre, malgré le côté grand public de cette saga, cet album n’est peut-être pas à mettre en toutes les mains car le comportement et les dépravations des sept psychopathes risquent d’en choquer plus d’un.

Visuellement, la noirceur du dessin réaliste à l’encrage appuyé de Tirso (« Le manoir des murmures », « Les chroniques de Légion ») se libère totalement en deuxième partie d’album et démontre une nouvelle fois à quel point son graphisme sied au genre d’épouvante et horrifique. De plus, le rythme effréné, très comics, qu’il insuffle à ses planches s’installe immédiatement au diapason du suspense final.

Encore un très bon tome, en attendant les deux suivants : « Sept athlètes » et « Sept macchabées ».

Ils en parlent également : Yaneck