Archive for the Ca et Là Category

Pat Mills et Joe Colquhoun – La grande guerre de Charlie, De Messines à Passchendaele (Volume 6)

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Guerre, Séries, [DL 2014], [En cours], [Sans super-héros] with tags , , on 15 juin 2015 by Yvan

Chef-d’œuvre du neuvième art !

Pat Mills et Joe Colquhoun - La grande guerre de Charlie, De Messines à Passchendaele (Volume 6)Charley’s War est un chef-d’œuvre de la bande dessinée britannique, paru sous forme d’épisodes dans la revue britannique Battle entre 1979 et 1986. Excepté quelques épisodes publiés dans les magazines “Bengali” et “Pirates”, cette histoire réalisée par Pat Mills et dessinée par Joe Colquhoun n’avait pas encore réussi à franchir la Manche. Grâce au label Delirium, fruit d’une collaboration entre les éditions Ça et Là et 360 Media Perspective, cette véritable perle du neuvième art est dorénavant disponible chez nous. Ce sixième tome contient 29 épisodes de trois pages, parus dans la première moitié des années 1980.

Alimentée par des faits authentiques, ce récit qui traite de la guerre 14-18 invite à suivre les aventures de Charlie Bourne : un jeune « Tommy » de 16 ans qui, en mentant sur son âge, se retrouve au front, à quelques jours de la terrible bataille de la Somme. Le fait de suivre les pas de ce jeune britannique un peu stupide, mais courageux et foncièrement bon, permet non seulement de plonger le lecteur dans le quotidien de la Première guerre mondiale, mais surtout de lui faire découvrir le point de vue anglais.

Après avoir relaté la fameuse bataille de la Somme et s’être intéressé d’un peu plus près à l’armée française lors de la bataille de Verdun, Pat Mills avait accordé une brève permission à Londres à son héros. Le tome précédent mettait cependant fin à cette trêve et envoyait Charlie Bourne sur le front des Flandres, au cœur de la saillie d’Ypres.

Notre ami se retrouve à nouveau dans de sales draps, sous les ordres de l’impitoyable lieutenant Snell. Leur nouvelle mission ne se déroule plus dans les tranchées, mais consiste à creuser un tunnel sous les lignes ennemies afin d’y détruire les canons allemands de Messines. Si les aventures de Charlie sont une nouvelle fois captivantes, le récit s’avère également très instructif car il aborde cet aspect moins connu de la guerre, où des hommes doivent atteindre l’ennemi en creusant le sol, tout en évitant les éboulements, les infiltrations d’eau et en prenant surtout soin de ne pas tomber sur un tunnel creusé dans le sens inverse par l’ennemi.

Ce huis-clos sous la terre est suivi d’un assaut sanglant sous le feu des mitrailleuses, montrant à nouveau toute la détresse des soldats qui tentent de survivre au beau milieu du champ de bataille. La compagnie de Bourne est ensuite envoyée à Étaples en camp d’instruction, pour une formation qui pointe une nouvelle fois du doigt la hiérarchie militaire. En abordant les relations tendues entre officiers et soldats, Mills dénonce une nouvelle fois les différences qui existent entre les classes sociales. L’auteur en profite aussi pour aborder d’autres thèmes intéressants, tels que les déserteurs, les pelotons d’exécution ou les mutineries.

Si le réalisme de ces scènes tirées de faits réels impressionne, c’est surtout l’humanité dégagée par cette œuvre qui fait mouche. Au sein de la Grande Histoire, Pat Mills invite en effet à découvrir les petites histoires de simples soldats. En montrant des pacifistes qui refusent de prendre les armes ou des hommes empêtrés dans les barbelés ou englués dans la boue, faisant face à une mort certaine, Pat Mills restitue la dureté du conflit avec grand brio. L’aspect humain se retrouve encore renforcé par la présence du frère de Charlie sur le front. Le graphisme noir et blanc de Joseph Colquhoun fourmille de détails et contribue également à dépeindre le quotidien des tranchées et l’exigüité des tunnels avec énormément de réalisme. Quant aux quelques pages en couleurs présentes dans ce tome… elles démontrent surtout que parfois, c’est quand même mieux de lire une BD en noir et blanc.

La grande guerre de Charlie est pour moi la meilleure bande dessinée consacrée à la Première guerre mondiale.

Ulli Lust – Voix de la nuit

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Franco-Belge, One-shots, [Avancé], [DL 2014] with tags , on 19 décembre 2014 by Yvan

La chute du IIIe Reich, vue (et entendue) de l’intérieur !

Ulli Lust - Voix de la nuitAyant beaucoup aimé « Trop n’est pas assez » d’Ulli Lust, je n’ai pas longtemps hésité à m’attaquer à ce nouvel ouvrage, qui est une adaptation du roman éponyme de Marcel Beyer.

Le récit invite le lecteur au cœur du régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment où l’Europe est plongée dans une des pages les plus sombres de son Histoire. C’est au sein de cette longue nuit noire, que l’auteur donne la parole à deux voix, qui vont accompagner l’agonie du nazisme jusque dans le bunker d’Hitler en avril 1945.

La première voix est celle d’Hermann Karnau, un jeune acousticien allemand, responsable de la sonorisation des meetings politiques nazis et collectionneur obsessionnel d’enregistrements de sons en tout genre. Sa thèse selon laquelle la langue allemande est quelque chose d’innée trouve très vite un écho favorable auprès du pouvoir et le propulse dans les plus hautes sphères du régime. Echappant ainsi à son envoi sur le front russe, il se livre à des expérimentations scientifiques barbares pour le compte du IIIe Reich, qui lui permettent notamment de compléter sa lugubre collection de sons avec des gémissements de soldats agonisants sur le champ de bataille ou des râles de cobayes torturés sous sa supervision.

La seconde voix est celle d’Helga, l’aînée des six enfants de Joseph et Magda Goebbels, qui ont tous un prénom qui commence par la lettre H, en hommage au führer. Arrivée à l’âge de comprendre le drame qui se profile à l’horizon pour elle et ses proches, la jeune fille déchante au fil des pages, tout en se liant d’amitié avec Hermann Karnau.

Passant constamment d’une voix à l’autre, tout en variant son graphisme selon le narrateur, Ulli Lust narre la chute du IIIe Reich de façon inhabituelle. Si les passages en compagnie des enfants sont illustrés dans une bichromie aux tons plus doux, ceux avec Hermann Karnau sont pourvus de teintes beaucoup plus sombres. Cette alternance fonctionne à merveille, mais la grande force visuelle de cet ouvrage est la restitution des bruits et des sons au fil des pages. De la propagande nazi à travers les ondes aux derniers murmures des enfants Goebbels, ceux-ci jouent en effet un rôle crucial, voire beaucoup trop important, au sein de ce récit qui propose une approche très acoustique des évènements.

Si cette approche inédite de la fin tragique du régime nazi en général et de la famille Goebbels en particulier est louable, l’album n’est par contre jamais parvenu à m’accrocher. Il y a tout d’abord ce personnage central fictif, qui permet certes de donner un visage aux acteurs les plus ordinaires de cette barbarie, mais qui n’a jamais réussi à m’intéresser. Il y a ensuite cette construction beaucoup trop lente, qui se concentre principalement sur l’acoustique, au détriment d’un contexte historique qu’il faut trop souvent deviner. Si la destinée tragique des enfants de Goebbels a tout de même réussi à me toucher, celle-ci met cependant beaucoup trop de temps à se profiler et c’est tout de même un peu trop peu à se mettre sous la dent sur près de 400 pages.

Pat Mills et Joe Colquhoun – La grande guerre de Charlie, volume 5

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Guerre, Séries, [DL 2013], [En cours], [Sans super-héros] with tags , , on 17 janvier 2014 by Yvan

Dans les tranchées d’Yprès !

Pat Mills et Joe Colquhoun - La grande guerre de Charlie, volume 5Charley’s War est un chef-d’œuvre de la bande dessinée britannique, paru sous forme d’épisodes dans la revue britannique Battle entre 1979 et 1986. Excepté quelques épisodes publiés dans les magazines “Bengali” et “Pirates”, cette histoire réalisée par Pat Mills et dessinée par Joe Colquhoun n’avait pas encore réussi à franchir la Manche. Grâce au label Delirium, fruit d’une collaboration entre les éditions Ça et Là et 360 Media Perspective, cette véritable perle du neuvième art est dorénavant disponible chez nous.

Alimentée par des faits authentiques, ce récit qui traite de la guerre 14-18 invite à suivre les aventures de Charly Bourne : un jeune « Tommy » de 16 ans qui, en mentant sur son âge, se retrouve au front, à quelques jours de la terrible bataille de la Somme. Le fait de suivre les pas de ce jeune britannique un peu stupide, mais courageux et foncièrement bon, permet non seulement de plonger le lecteur dans le quotidien de la Première guerre mondiale, mais surtout de lui faire découvrir le point de vue anglais.

Après avoir relaté la fameuse bataille de la Somme et s’être intéressé d’un peu plus près à l’armée française lors de la bataille de Verdun, Pat Mills revient auprès des troupes britanniques lors du printemps 1917. La permission de Charly Bourne à Londres prend donc fin après une dernière arnaque de son beau-frère et l’auteur décide d’envoyer son héros sur le front des Flandres, au cœur de la saillie d’Ypres.

En réintégrant son unité, Charly retrouve d’anciens compagnons d’armes tels que le lieutenant Snell, Smith le mitrailleur, Grogan la brute et même le cheval blanc Warrior. Du haut de ses dix-sept ans, Charly fait maintenant figure de vétéran au milieu des nombreux bleus venus renforcer les troupes décimées par les précédents combats. De plus, Charly obtient un nouveau rôle en tant qu’aide de camp de l’impitoyable Snell. En attendant les prochains combats contre les Allemands, l’auteur se concentre sur le quotidien des soldats. S’il dénonce une nouvelle fois les différences qui existent entre les classes sociales, les relations entre bleus et vétérans semblent souvent aussi tendues que celles entre officiers et soldats.

Si le réalisme de ces scènes tirées de faits réels impressionne, c’est surtout l’humanité dégagée par cette œuvre qui fait mouche. Au sein de la Grande Histoire, Pat Mills invite en effet à découvrir les petites histoires de simples soldats. Multipliant les détails et les anecdotes (comme celle où des soldats essayent d’attraper la rougeole afin d’obtenir leur « blighty »), Pat Mills restitue la dureté du conflit avec grand brio. Le graphisme noir et blanc de Joseph Colquhoun fourmille de détails et contribue également à dépeindre le quotidien des tranchées avec énormément de réalisme. Quant aux quelques pages en couleurs présentes dans ce tome… elles démontrent surtout que parfois, c’est quand même mieux de lire une BD en noir et blanc.

Une saga incontournable pour tous les amateurs de récits de guerre et un album que vous retrouverez dans mon Top comics de l’année !

Pat Mills et Joe Colquhoun – La grande guerre de Charlie, volume 4

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Guerre, Séries, [DL 2013], [En cours], [Sans super-héros] with tags , , on 5 janvier 2014 by Yvan

Au cœur de la bataille de Verdun !

Pat Mills et Joe Colquhoun - La grande guerre de Charlie, volume 4Charley’s War est un chef-d’œuvre de la bande dessinée britannique, paru sous forme d’épisodes dans la revue britannique Battle entre 1979 et 1986. Excepté quelques épisodes publiés dans les magazines “Bengali” et “Pirates”, cette histoire réalisée par Pat Mills et dessinée par Joe Colquhoun n’avait pas encore réussi à franchir la Manche. Grâce au label Delirium, fruit d’une collaboration entre les éditions Ça et Là et 360 Media Perspective, cette véritable perle du neuvième art est dorénavant disponible chez nous.

Alimentée par des faits authentiques, ce récit qui traite de la guerre 14-18 invite à suivre les aventures de Charly Bourne : un jeune « Tommy » de 16 ans qui, en mentant sur son âge, se retrouve au front, à quelques jours de la terrible bataille de la Somme. Le fait de suivre les pas de ce jeune britannique un peu stupide, mais courageux et foncièrement bon, permet non seulement de plonger le lecteur dans le quotidien de la Première guerre mondiale, mais surtout de lui faire découvrir le point de vue anglais.

Après trois tomes relatant la fameuse bataille de la Somme, qui coûta la vie à plus d’un million de victimes pour seulement quelques kilomètres de terrain gagnés ou perdus, Pat Mills décide de s’intéresser à la bataille de Verdun, délaissant ainsi les soldats britanniques pour s’intéresser de plus près à l’armée française. En ramenant son héros à Londres en fin de tome précédent, l’auteur était non seulement parvenu à montrer la différence de perception entre les soldats et une population civile incapable d’imaginer l’inimaginable, mais il avait également abandonné Charly au sein d’une usine bombardée par de gigantesques zeppelins allemands.

Si ce quatrième volet montre l’issue de ce terrible bombardement pour Charly et sa mère, la suite délaisse les terribles conséquences de la Grande Guerre sur la vie civile pour se concentrer sur une terrible bataille à laquelle Charly n’a pas participé. Pour ce faire, l’auteur invite Charly à croiser le chemin de Blue, un membre de la Légion Étrangère Française poursuivi pour désertion dans les rues de Londres. Cette pirouette scénaristique qui oblige l’auteur à répéter à chaque début de chapitre que Charly se contente d’écouter l’histoire de Blue permet donc d’évoquer ce moment clé du premier conflit mondial.

Si le changement de narrateur peut surprendre, voire décevoir, ce procédé permet néanmoins de plonger le lecteur au cœur de l’atrocité de la bataille de Verdun et de montrer le lourd tribut payé par les soldats français. Au fil des pages, ce nouveau personnage central gagne en épaisseur et l’empathie augmente sans pour autant atteindre le capital sympathie éprouvé envers Charly. Si le récit permet également de découvrir la réalité des mercenaires de la Légion Étrangère, il dénonce surtout une nouvelle fois toutes les horreurs perpétrées sur le front. De l’utilisation d’armes chimiques aux barbelés, en passant par les missions suicides, tous les moyens semblent bons pour prendre quelques mètres à l’ennemi… même si c’est surtout la cruauté qui semble gagner du terrain…

Si le réalisme de ces scènes tirées de faits réels impressionne, c’est surtout l’humanité dégagée par cette œuvre qui fait mouche. Au sein de la Grande Histoire, Pat Mills invite en effet à découvrir les petites histoires de simples soldats. Multipliant les détails et les anecdotes (comme celle de ces soldats ensevelis sous la boue la baïonnette à l’air), Pat Mills restitue la dureté du conflit avec grand brio. Le graphisme noir et blanc de Joseph Colquhoun fourmille de détails et contribue également à dépeindre le quotidien des tranchées avec énormément de réalisme. Quant aux quelques pages en couleurs présentes dans ce tome… elles démontrent surtout que parfois, c’est quand même mieux de lire une BD en noir et blanc.

L’une des meilleures bandes dessinées jamais écrites sur la guerre et un album que vous retrouverez dans mon Top comics de l’année !

Joseph Lambert, Annie Sullivan et Helen Keller

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Cambourakis, Comics, One-shots, [Angoulême 2014], [DL 2013], [Sans super-héros] with tags , , on 25 décembre 2013 by Yvan

La meilleure BD de 2013 !

Joseph Lambert, Annie Sullivan et Helen KellerJoseph Lambert s’attaque ici à un véritable monument. Adaptée au cinéma en 1962 (« Miracle en Alabama »), racontée en livres et même célébrée chaque 27 mai lors du « Helen Keller’s Day », tout le monde connaît l’histoire d’Annie Sullivan et d’Helen Keller outre-Atlantique.

« Annie Sullivan et Helen Keller » est l’histoire de deux femmes marquées par la vie. La première, une malvoyante au caractère bien trempé passe son enfance dans l’hospice malfamé de Tewksbury avant d’être envoyée à l’Institut Perkins, spécialisé pour les aveugles. La deuxième, une gamine sourde et aveugle, doit son salut à Annie Sullivan qui, en devenant sa préceptrice, la sortira petit-à-petit de l’ombre.

Tout au long de cet album de près de 90 pages, l’auteur raconte l’incroyable transformation de cette petite de six ans perdue dans le noir. Page après page, il pénètre son univers et accompagne avec brio l’éveil de cette enfant handicapée qui parvient progressivement à mettre des mots sur le monde qui l’entoure. En relatant l’histoire de ces deux femmes qui parviennent à communiquer en se touchant les mains au rythme du langage des signes, Joseph Lambert narre non seulement une merveilleuse histoire d’amitié, mais il permet surtout d’assister à l’éveil d’un esprit et à la naissance d’un véritable symbole à une époque où l’intégration des personnes handicapées est encore complètement taboue.

Les progrès d’Helen sont entrecoupés de flash-backs qui permettent de revenir sur l’enfance traumatisante d’Annie et de mieux comprendre son comportement et son raisonnement en tant qu’instructrice.

Dans cette Amérique conservatrice, l’apprentissage de ces deux femmes normalement condamnées à vivre à l’écart, est racontée en toute simplicité, sans verser dans le larmoyant. Visuellement, le dessin peu attrayant de Joseph Lambert, découpé dans un format gaufrier de seize cases par planche, ne donne pas forcément envie de se plonger dans l’album. Son choix graphique pour représenter l’univers d’Helen est cependant magistral. Plongé dans l’obscurité dès la première page, le lecteur accompagne la petite dans ce périple qui la mène mot après mot vers la lumière. Au fil de ses progrès, les cases deviennent moins sombre et son monde commence à prendre forme. L’auteur parvient ainsi à faire passer toutes les émotions ressenties par cette petite fille aveugle, sourde et muette qui était perdue dans un océan d’obscurité avant qu’on lui tende la main.

Mon coup de cœur de 2013 !

Retrouvez d’ailleurs ce one-shot dans mon Top de l’année, dans mon Top du mois, dans mon Top du Festival d’Angoulême, ainsi que parmi les dix albums sélectionnés dans la catégorie « Meilleur album » des BDGest’Art.

Derf Backderf – Mon ami Dahmer

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Festival BD Angoulême, K.BD, One-shots, [Angoulême 2014], [DL 2013], [Sans super-héros] with tags , on 28 février 2013 by Yvan

La genèse du cannibale de Milwaukee !

Derf Backderf - Mon ami DahmerUn adolescent marche le long d’une route déserte, le pas lourd et lent. Scrutant le sol du haut de sa démarche raide, il s’immobilise soudain devant la dépouille d’un chat et l’emmène dans sa cabane à l’orée des bois. Là, sous le regard effrayé de quelques camarades de classe rencontrés en chemin, il plonge l’animal dans un bocal rempli d’acide, qu’il range ensuite dans sa collection de cadavres en décomposition. L’esprit de Jeffrey Dahmer est clairement dérangé, mais personne ne s’en soucie vraiment pour l’instant…

Contrairement à ce que laisse suggérer le titre de cet album, Jeffrey Dahmer n’avait pas de véritables amis, mais tout au plus quelques ados qu’il a côtoyé à l’école. Derf Backderf, l’auteur de cet ouvrage, est l’un d’eux. Originaire de Richfield, petite ville de l’Ohio située non loin de Cleveland, il fera la connaissance de Jeffrey au moment où il entre au collège en 1972. Six ans plus tard, à peine deux mois après la fin de leur année de terminale, Dahmer commettra son premier crime… un meurtre qui sera suivi de seize autres, perpétrés entre 1987 et 1991. Surnommé “le cannibale de Milwaukee”, il sera arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, où il finira assassiné par un codétenu en 1994.

Après le film avec Jeremy Renner, consacré à celui qui fut l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis, ce comics de veine indépendante s’attaque à la jeunesse de ce tueur en série, à travers les yeux d’un homme qui l’a connu durant ses années de scolarité au début des seventies. Basé sur des souvenirs personnels et sur une véritable enquête journalistique auprès d’anciens élèves, professeurs, famille ou voisins, s’appuyant sur les dossiers du FBI, cette bande dessinée tente d’expliquer comment ce jeune collégien au comportement étrange a pu devenir un tel monstre.

Journaliste de formation, Backderf décrit la personnalité décalée de ce garçon timide et solitaire, qui imite des crises d’épilepsie comme nul autre, au point d’en faire son image de marque auprès de copains de classe qui préfèrent visiblement en rire. Derrière cette allure de mascotte se cache néanmoins un gamin refoulant son homosexualité, submergé par des pulsions morbides et délaissé par des parents trop occupés à se disputer. Au fil des pages, le lecteur assiste impuissant à la descente aux enfers de ce personnage qui a clairement besoin d’aide, mais qui, dans l’indifférence générale de son entourage, s’enfonce progressivement dans une folie irréversible.

Cette genèse d’un futur meurtrier isolé dans son mal-être s’avère finalement aussi passionnante que dérangeante. Accompagné d’un dessin noir et blanc qui évoque le style underground de Robert Crumb, cette tragédie abandonne le lecteur avec un intense sentiment de gâchis vis-à-vis de ce jeune homme incompris, négligé et s’abandonnant lentement à ses démons… une métamorphose qui aurait peut-être pu être évitée !

Derf Backderf - Mon ami DahmerRetrouvez ce comics dans mon Top de l’année !

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Venez discuter de cet album sur BDGest.

Pat Mills et Joe Colquhoun – La grande guerre de Charlie, volume 3

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Guerre, Séries, [DL 2012], [En cours], [Sans super-héros] with tags , , on 8 janvier 2013 by Yvan

Il ne fait pas bon d’être pauvre quand la guerre fait rage !

Pat Mills et Joe Colquhoun - La grande guerre de Charlie, volume 3Charley’s War est un chef-d’œuvre de la bande dessinée britannique, paru sous forme d’épisodes dans la revue britannique Battle entre 1979 et 1986. Excepté quelques épisodes publiés dans les magazines “Bengali” et “Pirates”, cette histoire réalisée par Pat Mills et dessinée par Joe Colquhoun n’avait pas encore réussi à franchir la Manche. Grâce au label Delirium, fruit d’une collaboration entre les éditions Ça et Là et 360 Media Perspective, c’est maintenant chose faite… et de bien belle manière !

Alimentée par des faits authentiques, ce récit qui traite de la guerre 14-18 invite à suivre les aventures de Charly Bourne : un jeune « Tommy » de 16 ans qui, en mentant sur son âge, se retrouve au front, à quelques jours de la terrible bataille de la Somme. Le fait de suivre les pas de ce jeune britannique un peu stupide, mais courageux et foncièrement bon, permet non seulement de plonger le lecteur dans le quotidien de la Première guerre mondiale, mais surtout de lui faire découvrir le point de vue anglais.

Après un premier tome qui se déroulait entre les mois de juin et août 1916 et un deuxième volet qui couvrait la période d’août à octobre, cette saga poursuit la chronologie de la guerre et relate maintenant les derniers instants de cette fameuse bataille de la Somme, qui coûta la vie à plus d’un million de victimes pour seulement quelques kilomètres de terrain gagnés ou perdus. Après une seconde intégrale qui dénonçait l’injustice et l’inhumanité de certaines actions qui se déroulaient dans le camp des alliés et qui se ponctuait par les débuts de l’Opération Wotan, cet album poursuit l’offensive brutale et sans merci des allemands. L’arrivée de la section « du Jugement Dernier » en provenance du front russe ne fait qu’accroître les horreurs perpétrées sur le front. De l’utilisation d’armes chimiques à l’exécution sommaire de soldats obligés de sortir un par un d’un abri souterrain, tous les moyens semblent bons pour prendre quelques mètres à l’ennemi… même si c’est surtout la cruauté qui semble gagner du terrain au fil des pages…

Après un premier tome qui mettait en avant les attaques au gaz et un second volet mettait l’accent sur l’utilisation de tanks, celui-ci commence à souligner l’importance grandissante de l’aviation. D’avions qui balancent des flèches d’acier qui transpercent les soldats dans les tranchées aux gigantesques zeppelins qui s’apprêtent à larguer leurs bombes sur le sol britannique, le ciel n’apporte pas non plus grand-chose de fort réjouissant.

Ce troisième volet met également l’accent sur la ségrégation des classes sociales durant la guerre. Que ce soit le manque de reconnaissance du colonel Zeiss, issu de la classe ouvrière allemande, aux dérives de ce propriétaire d’une usine d’armes en Angleterre, les pauvres n’ont que trop rarement le bon rôle dans cette guerre. Pat Mills ne met d’ailleurs pas seulement le doigt sur le gouffre qui sépare la noblesse de cette classe inférieure qui termine massivement au fond des tranchées, mais également sur le décalage qui existe entre les soldats et la population civile. En ramenant son héros à Londres, l’auteur parvient à souligner cette différence de perception entre ceux qui y étaient et ceux qui sont incapables d’imaginer l’inimaginable.

Si le réalisme de ces scènes tirées de faits réels impressionne, c’est surtout l’humanité dégagée par cette œuvre qui fait mouche. Au sein de la Grande Histoire, Pat Mills invite en effet à découvrir les petites histoires de simples soldats. Multipliant les détails et les anecdotes (comme celle de ces soldats transportant des mitrailleuses sur leurs dos), Pat Mills restitue la dureté du conflit avec grand brio. Le graphisme noir et blanc de Joseph Colquhoun fourmille de détails et contribue également à dépeindre le quotidien des tranchées avec énormément de réalisme. Quant aux quelques pages en couleurs présentes dans ce tome… elles démontrent surtout que parfois, c’est quand même mieux de lire une BD en noir et blanc.

L’une des meilleures bandes dessinées jamais écrites sur la guerre et un quatrième volume prévu en mars 2013.

Retrouvez cet album dans mon Top comics de l’année !