Archive for the Long Courrier Category

Nicolas Debon – L’Essai

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, [Accessible], [DL 2015] with tags on 14 mai 2015 by Yvan

L’histoire vraie d’une communauté anarchiste.

Nicolas Debon - L'EssaiCe one-shot signé Nicolas Debon invite à suivre le projet fou de Fortuné Henry, un homme de conviction, bien décidé à fonder une société nouvelle, où les hommes et les femmes partageraient tout en commun, sans gouvernement et sans autorité. Tout débute en 1903, sur une parcelle de terre dans les Ardennes, au cœur du village d’Aiglemont, que ce frère d’anarchiste guillotiné pour avoir fomenté un attentat à la bombe vient d’acquérir afin d’y fonder sa communauté du futur.

« Tout ce que nous avons fait ici l’a été sans qu’un ordre soit donné. »

De la construction d’un premier abri de fortune, seul et avec seulement quelques outils, jusqu’à la vente des récoltes afin de subvenir aux besoins des camarades venus rejoindre la « colonie communiste d’Aiglemont », l’auteur relate toutes les difficultés rencontrées par cet homme rêvant d’un modèle de société, exempt de hiérarchie et fonctionnant de manière autonome sur le principe de liberté et de solidarité. Outre l’aspect historique de ce témoignage qui s’inspire de l’histoire vraie de cette communauté qui est parvenue à acquérir une certaine notoriété à l’époque, il faut également souligner l’approche narrative qui donne l’impression de vivre cette aventure de l’intérieur. Malgré cela, je n’ai jamais réussi à m’accrocher à ce projet utopique, ni aux personnages. Il y a tout d’abord l’impression que l’auteur ne fait qu’effleurer les grandes lignes de cette entreprise fragile, puis le manque d’empathie envers des personnages secondaires dont on apprend finalement très peu. Il reste certes la chronique réaliste de ce village anarchiste voué à l’échec et dont le dénouement ne faisait donc aucun doute dans mon esprit. Il faut probablement conclure que le sujet n’était pas fait pour moi car ce récit ne souffre que de peu de défauts…

Visuellement, Nicolas Debon (Le Tour des Géants) livre des planches de toute beauté. Des champs bercés de soleil, qui font renaître l’espoir de ce projet fou, à une nature plus hostile, qui vient constamment accentuer la fragilité de cette entreprise qui continue tout de même de dépendre de l’autorité de son fondateur, ses illustrations en couleurs directes sont superbes et s’installent au diapason du scénario avec grand brio.

Visitez également le blog de Nicolas Debon : https://nicolasdebon.wordpress.com/

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Zidrou et Benoit Springer – Le beau voyage

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, Zidrou, [Accessible], [DL 2013] with tags , on 16 janvier 2013 by Yvan

Encore de l’excellent Zidrou !

Zidrou et Benoit Springer - Le beau voyageLydieLa peau de l’ours et Les folies bergères… Au fil des albums, le papa de l’Elève Ducobu ne se cantonne plus à un genre particulier et se détache avec grand brio de l’étiquette « auteur jeunesse » qui lui collait au dos.

Zidrou continue donc sur sa lancée avec ce one-shot plus intimiste, qui invite à suivre les pas de Léa, une jeune femme forte et libérée… en apparence du moins. La mort soudaine de son père va raviver de vieilles blessures et l’inciter à remonter le fil de ses souvenirs… jusqu’à cet autre décès familial qui l’a marquée au plus profond de son être. De flashbacks en révélations, le lecteur découvre progressivement qui se cache véritablement derrière cette fille de vingt-cinq ans. De ce père médecin trop occupé à cette mère partie avec un vendeur d’aspirateurs, sans jamais se retourner, en passant par cette meilleure amie rencontrée le jour de son avortement, Léa remonte le fil de sa vie… jusqu’à cette tragédie fondatrice de sa personnalité. Face à ce drame qui hantera à jamais la mémoire familiale, Léa s’affirme comme elle peut, souvent de manière extravagante ou provocatrice.

La mort de son père est l’occasion de faire le tri dans son existence, de changer l’eau de la piscine pour repartir à zéro et donner un nouveau sens à sa vie. Au fil de cette redécouverte de soi, une véritable empathie s’installe envers cette femme qui se cherche depuis l’enfance. Zidrou livre à nouveau une tranche de vie tendre et authentique, à la fois dramatique et incroyablement touchante, mais surtout d’une grande justesse au niveau des dialogues.

Visuellement, le trait réaliste et sobre de Benoit Springer (Les funérailles de Luce) accompagne ce drame familial avec beaucoup de délicatesse et de clarté. Si c’est un dessin d’enfant, celui d’une maison qui pleure, qui est à l’origine de cet album, les auteurs intègrent également quelques scènes plus adultes au récit, semblant ainsi confirmer la volonté de Zidrou de s’éloigner un peu plus de son ancien lectorat…

Mon premier coup de cœur de l’année et le premier album dans mon Top de l’année.

Ils en parlent également : Choco

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Renaud Dillies – Bulles et Nacelle

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, [Accessible], [DL 2009] on 10 octobre 2012 by Yvan

Poétique et merveilleux !

Renaud Dillies - Bulles et NacelleAprès « Betty Blues », « Sumato » et « Mélodie au crépuscule » chez Paquet, Renaud Dillies a proposé ce one-shot dans la collection Long Courrier de Dargaud.

Le héros de cette histoire, Charlie, est une petite souris blanche à laquelle on s’attache très vite. En suivant les pas de cette petite souris écrivain et mélomane en mal d’inspiration, l’auteur aborde les thèmes de la solitude et de la création artistique sur fond musical. Une aventure onirique qui incite à une réflexion mélancolique sur la vie, la solitude et le manque d’inspiration.

Si l’histoire, très contemplative, est sympathique à suivre et la réflexion intéressante à mener, c’est surtout le graphisme enchanteur qui m’a séduit. Exploitant à merveille un format gaufrier pourtant classique, le dessinateur d’Abelard livre des planches de toute beauté qui sont encore plus mises en valeur par ce grand format. Les couleurs sont splendides, le héros à croquer, l’univers poétique et les dessins merveilleux.

Graphiquement somptueux !
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Nicolas Debon – Le Tour des géants

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, [Accessible], [DL 2009] with tags , on 30 septembre 2012 by Yvan

L’ambiance du Tour de 1910 !

Nicolas Debon Le tour des géants« Le tour des Géants » livre un nouveau one-shot consacré au Tour de France, mais pas n’importe lequel, celui de 1910. 15 étapes herculéennes, 110 coureurs au départ et seulement 41 à l’arrivée et le mystique col du Tourmalet qui figure pour la première fois au programme. Et quel programme !

C’est sous la forme d’un reportage journalistique illustré que Nicolas Debon relate cette course mythique. Au fil des 15 chapitres, un par étape, l’auteur livre ses commentaires sportifs riches en anecdotes. Si ce tour de 1910 est caractérisé par un duel héroïque et passionnant entre Faber et Lapize, l’auteur ne parvient malheureusement pas vraiment à faire ressortir le suspens de cette édition du Tour de France. Une certaine redondance s’installe au fil des étapes et plombe un peu le récit. Par contre, au niveau des anecdotes et de l’immersion au sein de cette époque totalement révolue, cet album s’avère très intéressant.

Le lecteur est totalement plongé dans l’ambiance de ce Tour 1910. L’épreuve s’avère dantesque avec des étapes harassantes sur des vélos de plus de 13 kilos sans dérailleurs. Outre des routes quasi impraticables, souvent rendues mortelles par des conditions météorologiques effroyables, le lecteur découvre les produits et aliments que les coureurs prenaient pour survivre jusqu’à la fin de l’épreuve, les magouilles et trucs qu’ils utilisaient pour éliminer les concurrents, les moyens techniques quasi inexistants, des organisateurs qualifiés d’assassins et des étapes de plus de 400km qui démarrent en pleine nuit. Inimaginable !

Côté graphique, si la couverture est extrêmement séduisante, les dessins de cet auteur issu de l’illustration ne m’ont pas trop convaincu. Un peu à l’image des premières diffusions télévisées de courses cyclistes en noir et blanc, on a du mal à reconnaître ces coureurs qui se ressemblent tous. Si au niveau de l’ambiance, le graphisme fait son boulot, l’espèce de brouillard qui plane sur ces cases aux tons sombres ne rend pas la lecture agréable au niveau visuel. Dommage !

Un récit héroïque qui ravira les amateurs de cyclisme et les nostalgiques de cette époque où les aspects commerciaux n’avaient pas encore gommé cet amateurisme attachant et l’authenticité de ce sport d’endurance. Car si le marathon se court parfois encore pieds nus, le Tour, lui, a bien changé. Quand on entend les plus anciens dire que le Tour de France, ce n’est plus comme avant on a souvent du mal à comprendre. C’est vrai, on a vu des images en noir et blanc à la télé, des anciennes photos d’époque, mais souvent on ne reconnaît aucun de ces héros des générations précédentes du Tour. Tout comme L’Aigle sans orteils, « Le tour des Géants » à le mérite de nous faire vivre l’ambiance du Tour de France avant la première guerre mondiale tout en donnant un visage très humain à cette épreuve.

Vive le Tour !

Zidrou et Oriol – La peau de l’ours

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, Zidrou, [DL 2012], [Grand public] with tags , on 1 août 2012 by Yvan

Les confessions d’un vieux mafieux amoureux !

Zidrou et Oriol - La peau de l'oursAprès l’excellent Lydie, Zidrou fait à nouveau mouche dans un registre totalement différent.

Dans ce one-shot, l’auteur invite à découvrir le passé insolite de Don Palermo, un vieil aveugle qui attend chaque jour que le jeune Amadeo vienne lui lire son horoscope. Si le futur n’annonce jamais la nouvelle espérée, les rencontres quotidiennes des deux hommes nouent des liens d’amitié et permettent au vieux de revenir sur une existence pour le moins mouvementée.

Alors que le lecteur attend avec impatience la prochaine confidence de cet ancien mafieux, afin de connaître la suite de l’histoire, Zidrou étale son extraordinaire talent de narrateur. À coups de flashbacks, il lève progressivement le voile sur la vie de cet ancien montreur d’ours, qui croisa un jour la route sanguinaire de Don Pomodoro, avant de tomber follement amoureux de la fille de ce parrain au costume blanc, quotidiennement souillé par le sang des autres. Livrant un scénario au fond classique, mais aux allures atypiques, Zidrou propose un récit mêlant violence et romantisme, brutalité et tendresse, nostalgie et cynisme, cruauté et poésie, humour et tragédie, vengeance et lâcheté, espoir et remords, trahison et pardon.

« Un montreur d’ours sans ours, c’est comme un exhibitionniste sans bite ! »

Cette alternance entre douceur et dureté se retrouve également au niveau du graphisme, avec des images qui complètent admirablement les textes de Zidrou. Alliant sobriété et expressivité, le coup de crayon anguleux et nerveux d’Oriol Hernández livre une galerie de personnages marquants et attachants. À l’aise sur les scènes les plus dures et débordant d’humanité sur les autres, le dessinateur espagnol propose un dessin doté d’une réelle personnalité, rehaussé par une mise en couleurs de toute beauté. Parachevé par un découpage irréprochable, cette histoire d’amour et de mafieux mérite donc amplement l’autocollant « coup de cœur » apposé sur la couverture de l’album.

Un excellent one-shot, que vous retrouverez également dans mon Top de l’année, ainsi que dans mon Top du mois.

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Fabien Nury et Brüno – Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Fabien Nury, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, K.BD, Long Courrier, One-shots, [Angoulême 2012], [DL 2011], [Grand public] with tags , , on 20 octobre 2011 by Yvan

La vengeance d’une marchandise de premier choix !

Fabien Nury & Brüno - Atar Gull ou le destin d'un esclave modèleInspiré d’un roman d’Eugène Sue, ce one-shot de la collection Long Courier des éditions Dargaud s’aventure dans l’univers sans merci de l’esclavagisme.

Situé au début du XIXe siècle, le récit plonge le lecteur au centre d’un trafic sordide et pose un regard sombre sur la traite des noirs. Parmi ces nombreux esclaves entassés dans les soutes des bateaux et vendus comme de la marchandise au plus offrant, un homme se détache cependant du lot : Atar Gull !

À travers le destin tragique de cet homme arraché à sa tribu pour être vendu à un riche planteur, Fabien Nury revient sur cette période où les négriers faisaient fortune entre l’Afrique et le nouveau continent. Au-delà de l’esclavagisme en général, l’auteur propose surtout la quête vengeresse d’un homme plus fort, plus solide et plus déterminé que les autres : Atar Gull, fils du roi de la tribu des petits Namaquas !

Visuellement, Brüno met son style typique au service de cette destinée tragique et propose des personnages hauts en couleurs, tels que Atar Gull ou le capitaine Brulart, l’impitoyable pirate négrier. Un dessin très typé et une nouvelle fois brillamment mis en valeur par la colorisation subtile de Laurence Croix.

Le destin indispensable d’un homme qui ne pleure jamais… ou presque !

Fabien Nury et Brüno - Atar Gull ou le destin d'un esclave modèleVisitez également le blog de Brüno !

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Fabien Vehlmann & Franz Duchazeau – Les cinq conteurs de Bagdad

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, DIVERS, Fabien Vehlmann, Franco-Belge, Long Courrier, One-shots, [Accessible], [DL 2006] with tags on 15 juin 2011 by Yvan

Un bel éloge aux auteurs de bandes dessinées !

Fabien Vehlmann & Franz Duchazeau - Les cinq conteurs de BagdadAprès leurs deux œuvres communes précédentes (« La nuit de l’Inca » et « Dieu qui pue, Dieu qui pète »), Vehlmann et Duchazeau récidivent au sein de la collection Long Courrier avec cette ode subtile à la narration.

Le scénario toute en finesse de Vehlmann commence par une introduction interactive avec le lecteur et qui incite ce dernier à se préparer à entendre une histoire fabuleuse. Ensuite, avant de nous emmener en voyage autour du monde à la découverte d’histoires extraordinaires, Vehlmann aura le culot de nous dévoiler l’essentiel de l’histoire avant même son commencement.

L’histoire est celle de cinq conteurs perses qui vont parcourir le monde à la recherche d’histoires pour fabriquer le plus beau conte imaginable, et ainsi remporter le grand concours de contes organisé par le calife de Bagdad. Son développement intelligent va inciter le lecteur à réfléchir sur l’art de raconter des histoires et sur le pouvoir des mots.

Les cinq personnages sont très bien choisis et d’une extraordinaire complémentarité, avec Anouar l’antisocial rebelle, Ahmed le fils du calife aux remarques qui font mouche, Nazim la brute au cœur en or, Tarek le charmeur et Wahida la féministe. Leurs relations et leurs péripéties vont nous emmener dans un récit puissant, mélangeant humour, poésie, philosophie et aventure.

Même si toutes les histoires ne se valent pas forcément et qu’il manque un petit quelque chose à la fin du récit (la cerise sur le gâteau) pour le rendre culte, le mélange de légèreté et de profondeur offert tout au long du récit est à applaudir.

Le dessin typé et légèrement hachuré de Franz Duchazeau fait un peu penser à celui de Sfar dans « Le chat du rabbin » et contribue parfaitement à l’ambiance de ce conte des mille et une nuits.

Bref, un bel éloge aux conteurs d’histoires que sont les auteurs de bandes dessinées et qui explique peut-être même pourquoi il faut parfois attendre trois ans après une histoire.

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