Archive for the Mirages Category

Navie et Carole Maurel – Collaboration Horizontale

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Guerre, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2017] with tags , on 3 février 2017 by Yvan

Histoire d’amour interdite !

Navie et Carole Maurel - Collaboration Horizontale« Collaboration Horizontale » raconte une histoire d’amour interdite pendant l’Occupation allemande en France. À travers un long flash-back, Rose dévoile la peine profonde qui la dévore depuis tant d’années à sa petite fille : pendant que son mari était au front, elle a succombé au charme d’un militaire allemand…

Ce one-shot signé Navie et Carole Maurel plonge le lecteur en 1942, sous l’occupation allemande, dans un petit immeuble qui dévoile progressivement tous ses secrets. Parmi eux, il y a non seulement cette histoire d’amour interdite entre Rose et Mark, mais également des juifs que l’on tente de dissimuler à l’ennemi, des actes héroïques, mais également des gens qui n’hésitent pas à dénoncer leurs voisins. Le lecteur se glisse petit-à-petit dans l’intimité des nombreux personnages qui tentent de cohabiter, voire survivre, en cette période difficile pour tout le monde. Parmi cette galerie de personnages particulièrement réussie, le mari aveugle de la concierge a les sens plus développés que les autres, percevant avant tout le monde que tous les événements et les cachoteries qui prennent place au sein de ce huis-clos finiront forcément mal…

Les rapports entre voisins ne sont pas toujours évidents et cette période de suspicion où collabos et résistants se côtoient, parfois au sein d’une même demeure, n’est pas là pour faciliter les choses. L’histoire d’amour proposée par Navie est belle et touchante, même si l’adultère est particulièrement condamnable en temps de guerre, avec un mari parti défendre le pays et un amant issu du camp d’en face. Dépeignant une fresque intéressante, où les relations humaines se retrouvent complexifiées par la guerre, l’auteur aborde des sujets difficiles tels que la collaboration, l’adultère, la solidarité, la déportation des juifs et la vindicte populaire lors de la Libération… sans pathos et avec beaucoup de retenue.

Visuellement, le trait léger et tout en douceur de Carole Maurel accompagne avec beaucoup de justesse les souvenirs douloureux, mais pleins de nostalgie et d’amour, de cette grand-mère coupable d’adultère et victime de la guerre.

Un récit que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Si vous avez aimé cette bande dessinée, je vous invite vivement à lire le roman de Jean-Luc Seigle, « Je vous écris dans le noir », qui dresse également le portrait d’une femme forte, accusée de collaboration horizontale avec l’ennemi.

Ils en parlent également: Mo’

Paco Roca – La Maison

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 29 juin 2016 by Yvan

Une chronique familiale empreinte de nostalgie !

Paco Roca - La Maison« La Maison » est une chronique familiale signée Paco Roca (Rides), qui dresse le portrait de deux frères et d’une sœur qui viennent retaper la maison de campagne où ils ont grandi et que leur défunt père a construite de ses propres mains et entretenue avec grand soin tout au long de sa vie. Chaque objet qu’ils croisent en voulant remettre la maison en état réveille inévitablement des souvenirs d’enfance…

Cette histoire, probablement en grande partie autobiographique à en croire la photo en fin d’album, est certes d’une grande simplicité, voire banale, mais elle se révèle également d’une justesse et d’une authenticité rare. Au fil de flash-backs, qui font constamment ressurgir des souvenirs et des éléments du passé, l’auteur dévoile la nature des liens entre les différents membres de cette famille qui hésite encore entre garder ou vendre cette maison de vacances. Abordant le temps qui passe, les souvenirs, les liens familiaux, le deuil, l’héritage, l’enfance et la filiation avec énormément de subtilité, Paco Roca livre un album empreint de nostalgie et foncièrement humain.

Visuellement, l’auteur espagnol propose un album au format à l’italienne, qui donne l’impression d’allonger encore un peu plus le temps qui défile au fil des cases. Son dessin sobre et efficace accompagne avec brio les nombreux moments d’introspection, le tout rehaussé par une colorisation aux tons principalement ocres, qui laisse régulièrement filtrer les rayons de lumière de cet endroit ensoleillé qui réveille tant de souvenirs.

Une excellente surprise !

Ils en parlent également : Jérôme

Simon Kansara et Stéphane Fert – Morgane

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 10 juin 2016 by Yvan

Revisite originale de la légende arthurienne !

Simon Kansara et Stéphane Fert - MorganeCe one-shot publié dans l’excellente collection « Mirages » des éditions Delcourt propose une relecture moderne et pour le moins originale de la légende arthurienne.

Au centre de cette revisite imaginée par Simon Kansara et Stéphane Fert, l’on retrouve Morgane, fille du roi et héritière du trône de Tintagel. Le seul petit hic est que Morgane est une fille et qu’on lui découvre un demi-frère nommé Arthur qui, de surcroît, parvient à extraire l’épée Excalibur de la roche. Du coup, Morgane peut ranger ses ambitions au placard et son sang royal bout de colère.

Si on a l’habitude de voir Merlin, Arthur ou les chevaliers de la Table Ronde mis en avant, à l’instar d’Agnès Maupré avec son excellent « Milady de Winter», les auteurs décident d’offrir un point de vue original en se concentrant sur un personnage féminin de l’histoire. Le lecteur découvre donc un personnage complexe et avide de pouvoir, qui ne supporte pas d’être mise de côté dans un monde dirigé par les hommes. La colère de cette femme sulfureuse et bien décidée à être l’égale des hommes est d’ailleurs le véritable moteur de cette intrigue prenante, qui permet de revivre une histoire connue sous un nouvel angle. Si l’album dépeint Merlin comme un personnage ambigu aux desseins troubles, qui parvient à tirer son épingle du jeu à coups de fourberie, les autres protagonistes deviennent par contre vite insipides. D’Arthur, qui n’a rien d’un leader, aux chevaliers de la Table Ronde, qui sont représentés comme des brutes épaisses qui tyrannisent le peuple, les auteurs prennent visiblement un malin plaisir à ternir leur image.

Simon Kansara joue également avec maestria avec la chronologie du récit, en découpant son récit en chapitres qui débutent par une illustration pleine page. Chaque chapitre nous plonge dans un mélange prenant de luttes de pouvoir, de vengeances familiales et de cruauté. Si le tout est servi avec des dialogues parfaitement ciselées et une bonne dose d’humour, le traitement graphique proposé par Stéphane Fert vaut également le détour. D’un trait dynamique et faussement naïf, il brosse des personnages légèrement caricaturaux, mais particulièrement expressifs, qui véhiculent parfaitement les émotions. Puis, à l’aide d’une colorisation qui peut initialement surprendre, il parvient à insuffler une ambiance unique à cet album.

Un excellent one-shot, que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !

Ils en parlent également : Mo’

Eric Cartier – Route 78

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [DL 2015], [Grand public] with tags , on 6 avril 2015 by Yvan

Un trip à travers les States en ’78 !

Eric Cartier - Route 78Route 78 est un récit autobiographique que nous livre Eric Cartier, une sorte de carnet de route basé sur les souvenirs de ce voyage qu’il a effectué avec sa compagne lorsqu’ils avaient une vingtaine d’années.

L’histoire débute par leur arrivée à New York en 1978, sans un radis en poche, mais avec le rêve de rallier au plus vite San Francisco et sa légendaire communauté hippie. Ce plongeon dans l’Amérique de la fin des seventies livre une belle tranche de vie, rythmée par des rencontres en tout genre et parsemée de moments mémorables et d’anecdotes pas toujours amusantes. Les deux amoureux arrivent en effet dix ans trop tard, à un moment où le Flower Power ne sent plus forcément la rose…

La galère débute dès le premier jour, où les deux tourtereaux doivent déjà passer la nuit à la belle étoile, dissimulés dans les buissons d’un parc. L’Amérique dont ils avaient rêvé ne semble pas vraiment au rendez-vous et la traversée du pays en stop pour rejoindre le pays des Beatniks va poursuivre le désenchantement. Au milieu des laissés pour compte de l’Amérique, les situations glauques sont souvent plus nombreuses que les moments de bonheur. Entre les vétérans du Vietnam, les anti-communistes, les rednecks et les junkies, les véritables hippies se font rares. Malgré les cafards, la dope, la misère et la violence, Eric peut heureusement se raccrocher à l’amour de sa vie. Si la confrontation avec la réalité des States de l’époque s’avère très dure, le voyage de ces deux idéalistes s’avère finalement très beau.

Visuellement, le trait semi-réaliste et dynamique de l’auteur, superbement rehaussé par la colorisation douce de Pierô Lalune, restitue à merveille l’ambiance de l’époque, de New York à San Francisco.

Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione – Un océan d’amour

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Mirages, One-shots, Wilfrid Lupano, [Accessible], [Angoulême 2015], [DL 2014] with tags , , on 30 novembre 2014 by Yvan

Une petite perle muette !

Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione - Un océan d'amourAprès Ma révérence, Azimut, L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu et Les vieux fourneaux, le très prolifique Wilfrid Lupano s’attaque à une aventure muette en compagnie de Grégory Panaccione, un spécialiste du genre.

Ayant le vent en poupe, le scénariste s’intéresse aux déboires d’un marin-pêcheur binoclard qui se retrouve coincé en mer, et de son épouse partie à sa recherche. Le pitch de ce récit marin peut paraître très simpliste, mais l’alternance entre les aventures de ce petit bonhomme pris dans les filets d’un géant des mers et les tentatives de sa femme afin de retrouver son cher et tendre fonctionne à merveille. Portée par l’amour de ce couple très caricatural, l’histoire multiplie les situations drôles sans oublier de pointer du doigt certaines dérives économiques et écologiques de la mondialisation.

Visuellement, le dessin est d’une expressivité folle et propose deux personnages ultra attachants, sans oublier une mouette qui n’a pas grand-chose à envier à celle de Gaston. À l’aide d’un découpage millimétré qui n’hésite pas à utiliser les doubles pages, Grégory Panaccione insuffle énormément de rythme à cette bande dessinée qui se passe finalement volontiers du talent de dialoguiste de Wilfrid Lupano.

Une petite perle qui vous pouvez retrouver dans mon Top de l’année !

Ils en parlent également: Mo’, Noukette, Bibliocosme, Yaneck

Richard Guérineau – Charly 9

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Angoulême 2014], [DL 2013], [Grand public] with tags , , on 27 novembre 2013 by Yvan

Adaptation réussie de la biographie romancée éponyme !

Richard Guérineau - Charly 9Après « Je, François Villon », « Le Montespan » et « Le magasin des suicides », « Charly 9 » est la quatrième adaptation en bande dessinée d’un roman de Jean Teulé. Charly 9 est le surnom donné par Jean Teulé à Charles IX dans la biographie romancée qu’il consacre à ce roi de France resté tristement célèbre pour avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572.

Dans ce récit qui mêle habilement horreur et grotesque, Richard Guérineau (« Chant des Stryges ») raconte les deux dernières années du jeune monarque, de la nuit de la Saint-Barthélemy jusqu’à sa mort au château de Vincennes. Découpé en vingt courts chapitres, l’album accompagne cet homme qui sombre progressivement dans la folie, rongé par la culpabilité d’avoir donné l’ordre de tuer des milliers d’innocents sous la pression de ses conseillers et de sa mère, Catherine de Médicis. S’appuyant sur les rumeurs de l’époque et multipliant les anecdotes, comme celle du poisson d’avril ou du muguet du premier mai, l’auteur accompagne les émotions de ce personnage parfois euphorique et souvent dépressif, qui s’avère incapable de gérer la pression et qui croule sous le poids des responsabilités. La mise en images de cette déchéance progressive est assez classique, mais l’auteur surprend en variant les styles en cours de récit, tout en rendant hommage à quelques grands noms du neuvième art, tels que Peyo (avec une revisite de sa célèbre série Johan et Pirlouit) ou Morris (avec une reprise de la couverture de « Western Circus »).

Une très bonne surprise !

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Chloé Cruchaudet – Mauvais genre

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Guerre, Mirages, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2014], [DL 2013] with tags , , on 8 novembre 2013 by Yvan

Comment échapper à l’horreur des tranchées ?

Chloé Cruchaudet - Mauvais genreAprès « Groenland Manhattan » et le triptyque « Ida », Chloé Cruchaudet s’attaque à l’adaptation d’un essai biographique de Danièle Voldman et Fabrice Virgili (La garçonne et l’assassin).

Cette histoire vraie raconte celle d’un couple qui file le grand amour jusqu’au jour où la première guerre mondiale éclate. Afin de fuir l’horreur des tranchées l’homme va tout d’abord s’automutiler, puis déserter. Pour pouvoir profiter d’une certaine liberté durant ces dix années vécues dans la clandestinité, Paul Grappe décide de se travestir et devient Suzanne. C’est le début d’une étrange mutation pour cet homme qui va prendre de plus en plus de plaisir à endosser cette nouvelle identité, jusqu’à ne plus pouvoir s’en débarrasser.

L’évolution psychologique de ce couple hors-norme est particulièrement intéressante à suivre, qui ce soit au niveau des blessures liées à la guerre ou au niveau du changement d’attitude de ce mari qui finit par multiplier les excursions étranges au bois de Boulogne. Visuellement, l’album est également une belle réussite. Chloé Cruchaudet restitue à merveille l’ambiance sombre d’après-guerre de ce Paris des années folles.

Une très belle découverte !

Ils en parlent également: Noukette, Jérôme, Mo’, Moka