Archive for the Mirages Category

Alfred – Come prima

Posted in Alfred, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Angoulême 2014], [DL 2013], [Grand public] with tags , , on 23 octobre 2013 by Yvan

Un road-movie d’une justesse époustouflante !

Alfred - Come primaCe qui est bien avec les récits d’Alfred (Le désespoir du singe, Je mourrai pas gibier, Pourquoi j’ai tué Pierre) c’est tout d’abord le plaisir de savoir qu’un nouvel album arrive, puis ce sentiment de bien-être qui perdure même après avoir terminé la lecture. Vous imaginez alors mon bonheur en voyant qu’il s’attaque ici à une œuvre en solo, inspirée de son histoire familiale. Lui qui est capable de s’approprier les histoires d’autrui comme nul autre, comme en témoigne ce chef-d’œuvre où il ne faisait plus qu’un avec son ami Olivier Ka, va donc pouvoir mettre ses propres émotions en images. Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité et activer cette joie pavlovienne qui accompagne la vue de son nom sur la couverture d’une bande dessinée.

« Come prima »(« Comme avant ») raconte l’histoire des frères Fratelli qui traversent la France et l’Italie en Fiat 500 (lisez cinquecento) pour rejoindre leur village natal. En invitant à suivre les pas de deux frangins que tout oppose, Alfred livre un road movie aux allures de tragicomédie à l’italienne. Le chemin emprunté par Fabio et Giovanni lors de cet été de 1958 croise inévitablement celui du passé, faisant remonter d’anciennes tensions et ouvrant d’anciennes blessures. L’aîné, devenu boxeur, n’a pas uniquement encaissé des défaites sur le ring. Refusant d’accepter les défaites de sa vie, lui qui a endossé une chemise noire mussolinienne pour échapper à un destin tout tracé, n’est pas vraiment chaud pour rentrer au pays. Le cadet, quant à lui, tente de mettre de côté sa rancœur pour renouer les liens avec celui qui les a trahi, mais envers qui il n’a jamais cessé d’avoir de l’admiration. Au fil du voyage, le lecteur s’attache inévitablement à ces deux protagonistes qui se révèlent, s’affrontent… mais qui au bout du compte s’aiment. Parsemé de pointes d’humour, cette tragédie humaine allie sincérité et émotions. Des sentiments qu’Alfred restitue une nouvelle fois avec maestria sur le plan visuel. De flash-backs plus flous en aplats de couleurs à des cases rougeâtres pleines de colère, en passant par ce quotidien empli de nostalgie qui invite au voyage, l’auteur livre un travail époustouflant de justesse. Multipliant les non-dits et parsemant son récit de pages muettes, il démontre une nouvelle fois sa capacité à révéler des sentiments tellement profonds qu’ils ne s’expriment pas par la bouche. N’étant moi-même pas très bavard quand il s’agit d’exprimer mes émotions, j’apprécie énormément la force évocatrice de ces moments plus contemplatifs.

Encore un coup de cœur signé Alfred, que vous retrouverez également dans mon Top de l’année !

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Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau – Le singe de Hartlepool

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, Franco-Belge, Guerre, Mirages, One-shots, Wilfrid Lupano, [Accessible], [Angoulême 2013], [DL 2012] with tags , , , on 3 octobre 2012 by Yvan

Mieux vaut rire de la bêtise humaine…

Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau - Le singe de HartlepoolCe one-shot signé Wilfried Lupano (Alim le tanneur, L’assassin qu’elle mérite, L’Honneur des Tzarom, L’homme qui n’aimait pas les armes à feu, Azimut) et Jérémie Moreau s’inspire d’une anecdote folklorique peu glorieuse, qui fait partie de la légende de la petite ville côtière d’Hartlepool, sur la côte Est du nord de l’Angleterre.

En 1814, un navire français s’échoue le long des côtes anglaises et les habitants d’Hartlepool découvrent un survivant parmi les restes du naufrage. N’ayant jamais vu ni entendu de français, ils prennent un chimpanzé déguisé en officier par des marins qui en avaient fait leur mascotte, pour un espion de Napoléon. Leur haine viscérale envers l’ennemi aidant à transformer cette ignorance en bêtise, ils décident donc de pendre le pauvre singe haut et court.

Dès les premières planches, Wilfried Lupano nourrit son récit de la rivalité qui oppose français et anglais depuis des lustres. Les dialogues sont cinglants et les répliques balancées à la tête de l’ennemi sont souvent hilarantes. Il faut dire que les personnages, de l’ancien combattant ayant perdu ses jambes au Québec au maire tavernier qui ne se contente pas de mettre des bières sur le comptoir de son bistrot, mais qui tente également de mettre son village sur la carte à travers la capture de ce bouffeur de grenouilles, sont particulièrement truculents.

Cet album est donc profondément drôle car les auteurs ont choisi de rire de la bêtise humaine, alors qu’il serait probablement plus approprié d’en pleurer. D’ailleurs, derrière ses allures de comédie, cet album emprunte un ton beaucoup plus sombre. Entre deux rires, l’auteur dénonce la bêtise humaine et le racisme basé sur l’ignorance et la méconnaissance de l’autre. Ce nationalisme stupide est malheureusement d’actualité et les mouvements de foule qu’il provoque n’ont certes rien de rigolo, pourtant cette dénonciation qui joue délibérément la carte de parodie fonctionne à merveille. Bien joué !

Derrière cette splendide couverture, le lecteur peut également découvrir l’étendue du talent de Jérémie Moreau. Pour son premier ouvrage, ce jeune dessinateur, lauréat du Prix Jeunes Talents au Festival d’Angoulême en 2012, livre de l’excellent boulot en proposant un dessin délicieusement caricatural rehaussé d’une colorisation judicieuse, qui accompagne brillamment ce savant mélange entre parodie et drame.

Un conte universel drôle et cruel sur la nature humaine, qui vient s’ajouter à cette superbe collection Mirages des éditions Delcourt.

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

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Boulet et Pénélope Bagieu – Page blanche

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2012] with tags on 30 mai 2012 by Yvan

Quête identitaire livrée par deux stars de la blogosphère !

LA PAGE BLANCHE de Pénélope BAGIEU et BOULET (Delcourt)Ce one-shot débute comme un thriller en compagnie d’une jeune parisienne qui a perdu la mémoire. Au fil des pages, Eloïse tente de recoller les morceaux et se retrouve confrontée à une multitude de questions concernant sa propre existence : comment s’appelle-t-elle, où habite-t-elle, a-t-elle un boulot, des amis, des centres d’intérêts particuliers… qui est-elle ?

Si la quête identitaire de cette amnésique ressemble à du travail de détective, ces recherches ne sont pas dénuées d’humour, comme en témoigne cette scène où elle s’imagine ce qu’elle pourrait éventuellement découvrir derrière la porte de ce qui semble être son appartement.

Mais, à travers la perte de mémoire de son héroïne, Boulet dénonce également le conformisme de notre société de consommation et invite le lecteur à s’interroger sur ce qui le différencie des autres. Quand on enlève ce que nous copions des autres et ce qui est imposé par la société, reste-t-il plus qu’une page blanche ? Avons-nous une propre identité ?

Si le scénario aurait peut-être pu creuser un peu plus profondément cette piste philosophique, il s’avère néanmoins très maîtrisé et parfaitement accompagné par le dessin limpide de Pénélope Bagieu. D’une grande lisibilité, ce graphisme qui se passe volontiers de texte est d’une efficacité exemplaire.

Un bon one-shot, que vous pouvez d’ailleurs retrouver parmi les douze nominés pour le prix des libraires 2012.

Ils en parlent également : David, Pauline

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Eric Corbeyran & Thierry Murat – Elle ne pleure pas elle chante

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, DIVERS, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2000 à 2005] with tags on 30 novembre 2011 by Yvan

Elle ne chante pas, elle crie ses larmes !

Eric Corbeyran & Thierry Murat - Elle ne pleure pas elle chanteDerrière ce titre de toute beauté, Eric Corbeyran et Thierry Murat abordent un sujet pourtant très douloureux. Dès les premières pages de cette adaptation du roman d’Amélie Sarn, le lecteur est plongé dans le vif du sujet et est confronté à la douleur de cette jeune femme et aux méfaits de ce père abusif qui délaissait régulièrement le lit conjugal pour rejoindre celui de sa fille.

Le père étant maintenant cloué à un lit d’hôpital suite à un accident de la route, ce one-shot donne la parole à la victime. Le temps d’un long monologue, celle-ci va crier sa haine et se délester de ce poids qui l’empêche de vivre pleinement. Le ton est froid, dur, mais extrêmement juste et chaque mot est un coup de poing, donné avec rage dans le huis-clos de cette chambre d’hôpital. Plongé dans un profond coma, le père reçoit les paroles et les souvenirs d’enfance de sa fille en pleine face. Le lecteur, médusé, accompagne cette petite fille marquée au fer rouge par les agissements abjects d’un être qui a le culot de se faire appeler ‘papa’, dans l’horreur, l’angoisse et l’incompréhension. Malgré l’horreur indescriptible des actes de ce père incestueux, il s’étonnera sans doute également de déceler une certaine dualité dans les sentiments éprouvés par cette jeune fille envers son père.

Tout comme Pourquoi j’ai tué Pierre, chef-d’œuvre également édité dans cette collection « Mirages » de Delcourt, ce récit constitue une sorte d’exécutoire d’un mal refoulé pendant plusieurs années. Confrontée à son bourreau, elle tue également son Pierre en criant sa haine, se libérant ainsi de chaînes portées pendant beaucoup trop d’années. Si le texte relayé par Eric Corbeyran est clairement le point fort de cette œuvre, la mise en images de Thierry Murat (Les larmes de l’assassin) accompagne le récit en toute sobriété. Faisant preuve de beaucoup de retenue, le dessin épargne les actes monstrueux du père au lecteur, le texte étant déjà suffisamment explicite.

Ils en parlent également : Choco, Theoma, Mo’, Noukette, Yaneck

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Sibylline – Sous l’entonnoir

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Avancé], [DL 2011] with tags , on 22 novembre 2011 by Yvan

Un séjour sans entonnoir sur la tête !

Sibylline - Sous l’entonnoir« Sous l’entonnoir » est un récit autobiographique qui, quinze ans après les faits, revient sur le mois que l’auteure a passé en hôpital psychiatrique. Alors âgée de dix-sept ans, elle se retrouve pieds et poings liés sur un lit de l’hôpital Sainte Anne à Paris après une tentative de suicide aux médicaments. C’est via un personnage au prénom fictif que Sibylline revient sur cette partie sombre de son existence, relatant ce séjour avec grande justesse.

C’est donc à travers le regard d’Aline, une jeune adolescente de dix-sept ans, que le lecteur découvre le quotidien de cet endroit clos, rythmé par l’ennui et par les cris des patients. Si la vision très personnelle offerte par la jeune patiente ne manque pas d’intérêt, le recul de la narratrice, quinze ans après les faits, fait de ce one-shot une belle réussite. Le rendu de ses sensations lors de cet « emprisonnement », combiné à la découverte de l’origine de son malaise et une certaine distance vis-à-vis d’un passé qui semble dès lors classé, font toute la force de ce récit.

Visuellement, le trait juste et expressif de Natacha Sicaud colle parfaitement au scénario. Les couleurs fades et les décors minimalistes accentuent l’atmosphère triste et aseptisée de cet endroit sans âme où le temps semble suspendu.

À travers ce one-shot autobiographique Sibylline offre une perception juste et émouvante de cet endroit où l’on entre plus facilement que l’on ne ressort.
WOMEN BD

Paco Roca – Rides / La tête en l’air

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Delcourt, DIVERS, Franco-Belge, K.BD, Maladie, Mirages, One-shots, [Accessible], [DL 2007] with tags , on 3 août 2011 by Yvan

Alzheimer… en toute légèreté !

gif creator onlineEn abordant la maladie d’Alzheimer et la dégénérescence due à l’âge, « Rides » traite d’un sujet difficile. Pourtant, il parvient à le faire de manière habile, sans jamais tomber dans le pathos. Certes, l’approche de la vieillesse est moins joyeuse que dans l’excellent Les petits ruisseaux de Rabaté, mais l’auteur parvient néanmoins à intégrer de la légèreté et de la drôlerie sur un fond pourtant foncièrement triste et touchant.

Paco Roca relate ici le quotidien d’une maison de retraite et a d’ailleurs puisé son inspiration d’anecdotes véridiques, ce qui contribue au ton réaliste et amusant. A l’inverse du sujet abordé ici, le dessin et la colorisation n’ont absolument rien de triste et contribuent au contraire à dédramatiser l’histoire. La couverture reflète d’ailleurs admirablement le ton et le sujet de cet album : un ton léger et des personnages dont les images qui constituent la mémoire s’échappent une à une de la tête en attendant que le train entre en gare afin de mettre fin au voyage.

Encore un bien bel album qui vient s’ajouter à cette splendide collection Mirages des Editions Delcourt (Pourquoi j’ai tué Pierre, Fritz Haber, Les âmes sombres) et qui est maintenant réédité sous un nouveau titre (« La tête en l’air »).

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Rides / La tête en l'air (Roca)

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Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Pierre Place – Celle qui réchauffe l’hiver

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Franco-Belge, Mirages, One-shots, [Avancé], [DL 2011] with tags on 27 mai 2011 by Yvan

Un quotidien entre réalité et imaginaire !

Pierre Place - Celle qui réchauffe l'hiverPar le biais de personnages extrêmement attachants, Pierre Place invite les lecteurs en terre de légendes Inuits, là où la spiritualité côtoie encore le quotidien. C’est en compagnie de chamanes, de chasseurs, d’esprits et de divinités que l’on découvre un monde régi par les dures lois d’une nature particulièrement hostile et expliqué par des croyances profondément ancrées dans ce peuple des glaces.

De Géants qui soufflent le froid sur la banquise à l’immense chevelure de la Déesse sous la mer qui retient le gibier prisonnier, en passant par le Roi-ours et le vieux chamane Taaugilak, l’auteur mêle admirablement mythe et réalité, dans un univers où nature et esprits vont régulièrement de pair.

Divisé en chapitres distincts, le récit entremêle habilement croyances, aventures, émotion et humour. Le graphisme se place d’ailleurs au diapason de l’histoire et entretient savamment un flou très artistique entre réalité et imaginaire. Les planches qui résultent de cette communion ont souvent quelque chose de magique.

Une très bel album, à découvrir au sein de la collection Mirages des éditions Delcourt.