Archive for the Aire Libre Category

Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat – Les gens honnêtes Tome 3

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dupuis, Franco-Belge, Séries, [DL 2014], [En cours] with tags on 16 avril 2014 by Yvan

Une chronique villageoise débordante d’humanité!

Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat  - Les gens honnêtes Tome 3Suite au décès de son ami bouquiniste et amateur de grands crus, Philippe Manche quitte son travail de coiffeur à bord du TGV pour ouvrir une librairie dans un petit village cerné de vignes au cœur du Bordelais. Entre les parties de pêche avec les copains et sa relation épistolaire avec Camille, il y mène une vie paisible. À l’arrivée de l’été, sa mère et son fils le rejoignent dans ce petit coin de paradis où, malgré un ciel bleu, quelques nuages se profilent à l’horizon…

Si le premier volet relatait la descente aux enfers de ce quinquagénaire divorcé suite à un licenciement où les huissiers avaient finalement pris la place des indemnités, le second tome avait permis à Philippe de reprendre goût à la vie. L’arrivée d’un petit-fils et d’un bon-vivant amoureux des classiques de la littérature avait contribué à le remettre sur les rails, accompagné d’une bonne paire de ciseaux et de la jolie Camille. Cette troisième partie concoctée par Christian Durieux (dessin et scénario) et Jean-Pierre Gibrat (co-scénariste) permet d’assister à une nouvelle reconversion professionnelle du personnage, toujours entouré de bons livres et d’excellent pinard.

Délaissant le vacarme de la grande ville et les allers-retours ferroviaires bondés de monde entre Paris et Bordeaux, les auteurs installent cette suite dans la tranquillité d’un petit bled où leur héros devient propriétaire de l’unique commerce de la commune. À l’instar de Magasin Général, ils invitent à y suivre une chronique villageoise débordante d’humanité. Dans cet endroit paisible, où renverser un peu de vin blanc sur un album de Buck Danny constitue un événement majeur, il ne faut pas s’attendre à une avalanche de rebondissements, mais tout simplement à une accumulation de petits bonheurs et de désillusions.

S’il ne se passe rien d’extraordinaire, le plaisir de retrouver ces gens honnêtes augmente au fil des tomes. Que ce soit Philippe, qui doit affronter des problèmes sentimentaux, tout en portant un nouveau regard sur sa mère, ou ses proches, qui vont et viennent au gré des aléas de la vie et dévoilent progressivement leurs petits secrets, tous sont d’une authenticité rare. Les nombreux villageois qui se joignent à la danse s’avèrent également particulièrement attachants et l’un d’entre eux servira même d’excuse à un bref voyage dans le temps en Transcaspie. Une escapade qui prendra tout son sens lors de la postface de Christian Durieux, juste avant l’annonce d’un quatrième volet qui devrait venir conclure cette saga.

Malgré quelques passages moins drôles, l’ambiance du récit demeure toujours optimiste, notamment grâce aux petites touches d’humour qui viennent pimenter des dialogues d’une grande justesse. Visuellement, le dessin de Christian Durieux demeure parfaitement adapté au ton de cette chronique sociale et retranscrit à merveille les émotions des personnages.

Avec ou sans verre de vin à la main, le charme continue d’opérer !

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Benoît Feroumont – Gisèle & Béatrice

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2013] with tags on 3 janvier 2014 by Yvan

Harcèlement sexuel et condition féminine !

Benoît Feroumont - Gisèle & BéatricePetit format et album souple dont la couverture coquine est dissimulée dans un fourreau, « Gisèle & Béatrice » surprend au sein de la collection Aire Libre de chez Dupuis.

S’inspirant des inégalités entre hommes et femmes dans le monde de l’entreprise, Benoît Feroumont raconte l’histoire de Béatrice, une femme bien décidée à se venger du harcèlement sexuel de son patron. Grâce à une étrange potion venue d’Afrique, elle parvient en effet à transformer son boss en femme. L’arroseur arrosé devient alors la femme de ménage et l’objet sexuel de cette employée qu’il obligeait à coucher pour obtenir une promotion.

L’auteur propose une satire sociale, mêlant humour et érotisme, qui s’adresse donc à un public averti. Malgré un point de départ un peu farfelu et quelques rebondissements capillo-tractés, cette comédie très décalée se dévore à grande vitesse. L’évolution de la relation entre Gisèle et Béatrice est plutôt amusante, tout comme la manière choisie par l’auteur pour aborder la condition féminine

Visuellement, le dessin tout en rondeurs de Benoît Feroumont contribue à insuffler une certaine légèreté à ce conte érotique. Se concentrant plus sur les expressions faciales que sur les décors, le graphisme installe un décalage plutôt loufoque entre le thème abordé et l’atmosphère.

Un album cocasse et divertissant, que vous retrouverez également parmi les dix albums sélectionnés dans la catégorie « Meilleur scénario » des BDGest’Art.

Benoît Peeters et Frédéric Boilet – Demi-tour 2.0

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [DL 2010], [Grand public] with tags on 13 mars 2013 by Yvan

Benoît Peeters et Frédéric Boilet - Demi-tour 2.0Cette version 2.0 n’est autre que l’histoire publié en 1997 dans la collection Aire libre des éditions Dupuis et resservie sous un nouveau format suite à une publication au Japon.

Située à la veille des élections présidentielles opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac, l’histoire relate la rencontre entre deux personnes aux opinions politiques divergentes. Lui, un français de gauche de 38 ans, elle, une jeune française d’origine japonaise, plutôt fan de Chichi. En guise d’arbitre et de « sponsor », le lecteur découvre un étrange personnage du nom d’André-Marie. Fervent adepte du pensémiotisme, il analyse les coïncidences de la vie, pour en tirer une logique pour le moins surprenante. Analysant chaque détail, il va lier les destinées de ces deux personnes que tout semble pourtant opposer. L’intrigue est donc portée par l’étrange science de cet homme et ces coïncidences apparemment anodines.

Le découpage en format «gaufrier» de six cases, divisé en deux parties symétriques, permet de renforcer le parallélisme entre le parcours des deux personnages et permet de faire ressortir chaque rencontre comme une conclusion de cette étrange logique des coïncidences.

C’est particulièrement bien fait et ça se laisse lire.

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Valérie Mangin et Griffo – Abymes, première partie

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Trilogies, [Accessible], [DL 2013] with tags , on 28 janvier 2013 by Yvan

Balzac vu par Balzac !

Valérie Mangin et Griffo - Abymes, première partieComme j’avais été fortement déçu lors de la lecture de Trois Christs, qui reposait sur un concept audacieux consistant à raconter trois fois la même histoire sous forme d’un puzzle narratif et graphique impressionnant résultant finalement en trois interprétations différentes, j’hésitais fortement à m’attaquer à ce nouveau défi conceptuel relevé par Valérie Mangin (Alix SenatorLe fléau des Dieux) et Denis Bajram (Universal War One).

Le challenge consiste cette fois à proposer une trilogie basée sur le principe de la mise en abyme, le tout en seulement trois mois et dessiné par trois dessinateurs différents. Bien décidée à exploiter ce procédé qui consiste à imbriquer une œuvre dans une œuvre du même type, invitant ainsi aux deux récits de se faire écho, Valérie Mangin propose donc trois albums dédiés à trois auteurs de différentes époques. Si la première victime de l’auteure est Honoré de Balzac (dessiné par Griffo), les deux suivantes, mises en images par Loïc Malnati et Denis Bajram, seront respectivement consacrées au cinéaste Henri-Georges Clouzot (préparant un film sur Balzac) et à Valérie Mangin en personne (découvrant les trois albums d’Abymes bien avant leur parution).

Ce premier tome met en scène Honoré de Balzac alors qu’il découvre qu’il est le héros d’un roman-feuilleton anonyme qui remplace sa propre création (La Peau de chagrin) dans La revue de Paris. Ce jeu de miroir mêlant histoire, humour et fantastique permet de confronter le célèbre auteur à sa propre biographie, tout en s’amusant de ses réactions face à la révélations de ses plus profonds secrets ou de sa stupeur en réalisant que certains événements de l’histoire se déroulent au moment où il la lit.

Alors que le concept avait totalement noyé l’histoire dans Trois Christs, cette vraie-fausse biographie amusante, combinée à une enquête policière qui invite Balzac à trouver celui qui se joue de lui, parvient à passer outre l’exercice de style. Malgré une fin légèrement prévisible, le récit parvient en effet à entretenir un certain suspense, tout en plongeant Balzac dans une descente aux enfers qui exploite ses travers tout en tutoyant sa folie.

Visuellement, Griffo livre également de l’excellent travail en proposant des personnages hauts en couleurs, croqués avec cocasserie et grande expressivité, ainsi que des décors du XIXème siècle, restitués avec grand soin. Le traitement graphique façon gravure ancienne, utilisé pour relater les événements du roman-feuilleton, fonctionne également à merveille.

Un premier volet original et de très bonne facture !

Bastien Vivès, Florent Ruppert et Jérôme Mulot – La Grande Odalisque

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Bastien Vivès, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2013], [DL 2012] with tags , on 14 septembre 2012 by Yvan

« Cat’s Eyes » is back !

Bastien Vivès, Florent Ruppert et Jérôme Mulot - La Grande OdalisqueEtant assez fan du travail de Bastien Vivès, j’ai immédiatement été attiré par ce one-shot édité dans la superbe collection Aire Libre de Dupuis. L’association avec Florent Ruppert & Jérôme Mulot, deux auteurs de la bande dessinée indépendante dont j’ai eu l’occasion de lire « Safari monseigneur » et Panier de singe, est par contre plus surprenante. Si le caractère OuBaPien de ces deux albums édités au sein de la collection Ciboulette aux éditions de l’Association n’avait pas totalement réussi à me séduire malgré quelques inventions graphiques audacieuses, j’étais tout de même curieux de découvrir cette œuvre entièrement réalisée à six mains.

Ce trio d’auteurs invite à suivre les aventures de cambrioleuses hyper sexys, spécialisées dans le vol de tableaux dans les plus grands musées. « La Grande Odalisque » d’Ingres est d’ailleurs la prochaine toile qu’elles doivent dérober au Musée du Louvre pour un commanditaire sans scrupules. Les aventures rocambolesque de ces drôles de dames au physique séduisant font clairement référence aux « Cat’s Eyes » du mangaka Tsukasa Hojo (« City Hunter »).

Les trois auteurs proposent une bande dessinée d’action, saupoudrée d’humour et de sexe, où les cases s’enchaînent à grande vitesse jusqu’à ce final explosif à l’intérieur du Louvre. Multipliant les planches muettes, passant de poursuites en moto à l’affrontement d’un cartel de la drogue au Mexique, cet album se lit très vite et ne laisse pas le temps au lecteur de s’ennuyer. Ce côté James Bond permet de livrer une histoire riche en rebondissements, mais il faut savoir passer outre le manque de réalisme de certains passages. Tout ne doit pas forcément être plausible dans ce genre de récit, mais certaines facilités scénaristiques font quand même froncer les sourcils. Sacrifiant la vraisemblance au profit du divertissement, les auteurs oublient également de donner un véritable but aux actions apparemment vaines de leurs héroïnes (comme c’est le cas dans Cat’s Eyes).

Si tous ont participé au scénario, le graphisme est également le fruit d’un mélange entre les trois auteurs. Sans vraiment s’accorder de tâches précises, ils parviennent néanmoins à livrer une belle réussite visuelle.

Un bon thriller d’action !

Christian Lax et Jean-Claude Fournier – Les chevaux du vent, Seconde partie

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Diptyques, DIVERS, Dupuis, Franco-Belge, [Accessible], [DL 2012] with tags , on 22 août 2012 by Yvan

Périple historique sur le toit du monde !

Christian Lax et Jean-Claude Fournier - Les chevaux du vent, Seconde partieIl aura donc fallu attendre quatre ans pour connaître la conclusion de ce diptyque himalayen, de quoi mettre la patience d’un moine bouddhiste rudement à l’épreuve.

Le lecteur retrouve donc le massif himalayen, dans le Népal du XIXème siècle, sous le joug des colons britanniques et dont les frontières sont de plus en plus hermétiques. Le premier volet invitait à suivre le périple d’un père de famille, rongé par le remord d’avoir abandonné son fils sourd-muet à des moines bouddhiste afin qu’il puisse échapper aux brimades des autres enfants de son âge. Si cet album permettait à Lax d’aborder le rôle des pundits, ces espions cartographes qui font des relevés topographiques de la région pour le compte des anglais, la fin abandonnait le vieux Calay en bien mauvaise posture, capturé par la police locale. Le sort de sa famille n’était d’ailleurs guère beaucoup plus reluisant avec deux fils en dispute car il convoitaient la même femme, dont un finissait par s’engager comme militaire chez l’ennemi britannique.

Ce deuxième volet débute d’ailleurs par le retour du fils prodigue qui, constatant l’état de santé de sa mère et l’absence de son père, décide de déserter l’armée afin de se lancer sur les traces de son père et de son jeune frère bouddhiste. Le contexte historique demeure très intéressant et ce nouveau périple dans les montagnes du Népal est à nouveau parsemé de nombreuses embûches. Cette suite permet non seulement de retrouver le policier qui a traqué son père, mais également de faire la connaissance de Tashi Bhai, un vieil amchi qu’il sauve d’une attaque de brigands. Les personnages sont particulièrement attachants et portent véritablement ce récit très humain dont le thème principal est la famille. A travers la destinée de cette pauvre famille népalaise et d’un père de famille tourmenté par des choix nécessaires à la survie de son foyer, l’auteur livre donc une quête familiale touchante. Une histoire familiale qui contribue également à refléter le contexte géopolitique et culturel de l’époque : la colonisation britannique, le mode de vie des paysans himalayens, des frontières de plus en plus hermétiques, la culture et les traditions népalaises.

Visuellement, on retrouve Jean-Claude Fournier, cet ancien qui a dessiné Spirou pendant des années et qui nous surprend à mettre en image des paysages somptueux et des destinés émouvantes au sein d’un contexte historique ultra-réaliste. Il réussi parfaitement à adapter son style au sujet abordé par Lax et contribue à nous faire voyager à travers le temps, sur le sommet du monde.

Retrouvez cet album de la collection Aire Libre de Dupuis dans mon Top de l’année.

Ils en parlent également : Choco

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Didier Alcante et Fanny Montgermont – Clair-Obscur dans la Vallée de la Lune

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2012] with tags , on 20 juin 2012 by Yvan

Une belle tranche de romance, servie dans un pays qui se remet péniblement des années Pinochet…

Didier Alcante et Fanny Montgermont - Clair-Obscur dans la Vallée de la LuneEssayant d’oublier son mari et son enfant, le temps d’un voyage touristique, Joan Johansson se rend au Chili. C’est José Suarez, un homme pas très causant et rongé par un lourd secret, qui sera son guide durant ce séjour. Alors qu’il dévoile les somptueux panoramas à la belle Américaine, c’est pourtant elle qui va finalement lui ouvrir les yeux…

Plusieurs années après une première collaboration sur Quelques jours ensemble, Didier Alcante (XIII Mystery, Colonel Amos) et Fanny Montgermont récidivent au sein de la prestigieuse collection Aire libre des éditions Dupuis, pour une nouvelle rencontre entre deux êtres qui vont se trouver au fil des pages dans un one-shot d’une grande justesse.

Ce récit qui se déroule à la fin des années 90, sur les hauts-plateaux de l’Atacama, permet tout d’abord à la dessinatrice de faire défiler des paysages désertiques de toute beauté. Derrière cette superbe couverture, elle invite au voyage en proposant des décors à couper le souffle et contribue également à traduire les sentiments de ces deux personnages profondément blessés par la vie. Cette rencontre va en effet permettre aux deux protagonistes de se connaître et de se dévoiler, pour finalement essayer de surmonter leurs traumatismes ensemble.

Servant son récit sous forme de flash-backs, Alcante dévoile par petites touches les douleurs qui déchirent Joan et José, obligeant le lecteur à aller chercher la dernière page de l’album pour connaître le fin mot de l’histoire. Mêlant aventure, quête vengeresse et chronique sociale, le scénariste sert surtout une belle tranche de romance, servie dans un pays qui se remet péniblement des années Pinochet, le tout ponctué d’une fin intelligente qui laisse le lecteur avec un sentiment de satisfaction.

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