Archive for the Dupuis Category

Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat – Les gens honnêtes (Tome 4)

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Séries, [DL 2016], [Terminées] with tags on 13 avril 2016 by Yvan

Une chronique villageoise débordante d’humanité!

Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat - Les gens honnêtes (Tome 4)Philippe Manche tient toujours sa librairie dans un petit village cerné de vignes au cœur du Bordelais. Après l’enterrement du père Ducousso, il invite tout le monde à boire un verre dans son commerce et propose au fils du défunt de l’accompagner à Paris afin de rencontrer un photographe qui pourrait être intéressé par d’anciennes photos de Nadar héritées de son aïeul.

Même si le nom de Jean-Pierre Gibrat apparaît encore sur la couverture de ce quatrième volet, c’est bel et bien Christian Durieux qui s’est chargé tout seul de la conclusion de cette saga. Le lecteur y suit la fin du parcours mouvementé de ce quinquagénaire divorcé qui s’était tout d’abord reconverti en coiffeur à bord du TGV suite à un licenciement douloureux, avant d’entamer une ultime reconversion professionnelle, entouré de bons livres et d’excellent pinard. Malgré un début d’album qui semble initier un nouveau voyage plein de surprises, l’auteur installe définitivement son héros dans ce petit bled tranquille, où il devient propriétaire de l’unique commerce de la commune. À l’instar de Magasin Général, il invite à suivre une chronique villageoise débordante d’humanité, où il ne faut pas s’attendre à une avalanche de rebondissements, mais tout simplement à une accumulation de petits bonheurs et de désillusions.

S’il ne se passe rien d’extraordinaire, le plaisir de retrouver ces gens honnêtes augmente au fil des tomes. Que ce soit Philippe, qui doit encore résoudre ses problèmes sentimentaux après avoir trouvé racine au sein de cette communauté qui semble l’avoir définitivement adopté. Ou ses proches, qui vont et viennent au gré des aléas de la vie et dévoilent progressivement leurs petits secrets, tous sont d’une authenticité rare. Malgré quelques nouveaux revers, qui confirment que la vie de Philippe est tout sauf un long fleuve tranquille, l’ambiance du récit demeure toujours optimiste, notamment grâce aux petites touches d’humour qui viennent pimenter des dialogues d’une grande justesse. Graphiquement, le dessin demeure d’ailleurs parfaitement adapté au ton de cette chronique sociale et retranscrit à merveille les émotions des personnages.

Il serait donc dommage de passer à côté de cette série en quatre tomes qui, au passage, est l’une des plus longues proposée au sein de la collection Aire Libre des éditions Dupuis.

Hermann – Jeremiah, Jungle City (Tome 34)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [DL 2015], [Grand public] with tags on 31 octobre 2015 by Yvan

Toujours la même chose !

Hermann – Jeremiah, Jungle City (Tome 34)À vrai dire, j’avais arrêté cette série culte il y a deux tomes. Mais bon, voilà, on passe en librairie, on voit cette pile plus impressionnante que les autres consacrée à une saga qui continue visiblement de se vendre malgré son incapacité à se renouveler et puis on craque en voyant cette couverture qui déchire. Je prends donc l’album en me disant… Bah, on verra bien, peut-être que c’est mieux maintenant…

Et bien, je n’aurais pas dû le prendre cet album car le scénario n’a pas évolué d’un jota et la série continue visiblement de tourner en rond, sans même essayer de relever le niveau. Hermann ne s’est donc pas vraiment foulé et poursuit ce road-movie post-apocalyptique dans une nouvelle ville, à nouveau contrôlée par un despote local, qui a la main mise sur la population en détenant les droits sur l’eau potable. Le riche industriel n’hésite évidemment pas à utiliser la force pour régler ses problèmes et nos deux compères vont forcément se retrouver au milieu d’un conflit, qu’ils ne chercheront d’ailleurs aucunement à comprendre. On comprend donc bien vite qu’Hermann n’aura une nouvelle fois rien à nous dire et qu’il compte rester en surface d’un scénario qu’il déroule pour la énième fois. Malgré quelques répliques qui fusent entre les deux héros, l’ensemble s’enfonce lamentablement dans les stéréotypes avec un Kurdy qui reste sur la touche, une bouteille à la main et les yeux rivés sur une jolie poupée (enfin, cela reste à relativiser étant donné l’incapacité d’Hermann à dessiner les personnages féminins), tandis que Jeremiah se contente de distribuer des pains dans la tronche de ceux qui l’emmerdent.

Reste alors le superbe dessin en couleurs directes pour se consoler. C’est bien peu me direz-vous, surtout quand on se souvient de la qualité des débuts de cette saga !

Un album que vous avez déjà lu… avant même de l’ouvrir !

Cyril Pedrosa – Les Equinoxes

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2015] with tags , on 14 octobre 2015 by Yvan

Chaque vie mérite d’être vécue !

Cyril Pedrosa - Les EquinoxesAprès l’excellent « Portugal », Cyril Pedrosa signe un nouveau récit au sein de la collection Aire Libre des Editions Dupuis.

L’auteur de « Trois ombres » invite à suivre le quotidien de plusieurs protagonistes qui cherchent à donner un sens à leur vie. Il y a Camille, une trentenaire sans boulot et sans attaches, qui ne se lie aux autres gens qu’à travers l’objectif de son appareil photo. Puis il y a Vincent, orthodontiste divorcé qui a du mal à comprendre Pauline, sa fille de 14 ans, dont il partage la garde avec son ex-femme. Il y a également Louis, un ex-militant septuagénaire fatigué, qui vit entouré de livres et avec la mémoire de ce fils qu’il a perdu à l’âge de onze ans…

Ce récit choral dresse le portrait de personnages qui se cherchent et s’interrogent sur leur place dans ce monde qui semble avancer sans eux. Souffrant d’une même forme de solitude, ils sont également confrontés à la peur de ne pas avoir existé pleinement. Des destins insignifiants, faits d’incertitude, d’inquiétude et de déceptions, qui finissent par se croiser au fil des pages…

«Je pense à toutes ses vies qui auraient été possibles et j’ai l’impression de ne pas en avoir vécu une seule. Au moins une.»

Cette histoire de portraits croisés, qui défilent sur près de 330 pages, est chapitré en quatre saisons, de l’automne à l’été. Malgré la tristesse et le désespoir qui entoure initialement ses vies au début du récit, au fil des saisons, l’ombre fait progressivement place à la lumière… Les équinoxes étant le moment où l’ombre et la lumière s’équilibrent parfaitement. L’album peut alors se refermer sur une lueur d’espoir et avec la conviction que chaque individu, aussi insignifiant soit-il, peut finalement laisser une trace de son passage sur Terre…

Chaque saison démarre d’ailleurs par un interlude qui transporte le lecteur en pleine préhistoire, en compagnie d’un jeune garçon du néolithique, qui cherche également sa voie et qui finira par laisser une trace. Les différents chapitres sont également régulièrement entrecoupés par des textes qui apportent un éclairage sur certains personnages. Des tranches de vies qui sont saisies par l’objectif de la jeune photographe, invitant à découvrir leurs pensées les plus profondes… Des portraits qui s’intègrent aux autres pour finalement former un tout et rendre palpable toutes ces émotions qui font le sel de la vie…

Visuellement, Cyril Pedrosa accompagne d’ailleurs les humeurs de ses personnages avec brio. Le style change également au fil des saisons, les couleurs foncées et froides, liées à l’époque hivernale, faisant progressivement place aux pastels à l’arrivée du printemps. Splendide !

Un très gros coup de cœur, que vous retrouverez bien évidemment dans mon Top BD de l’année !

Ils en parlent également: Jérôme, Marie

Sylvain Savoia – Les Esclaves oubliés de Tromelin

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [DL 2015] with tags , on 7 septembre 2015 by Yvan

Sur les traces d‘esclaves abandonnés…

Sylvain Savoia - Les Esclaves oubliés de TromelinCet album proposé par Sylvain Savoia dans la collection Aire Libre de Dupuis retrace en parallèle le destin tragique d’esclaves abandonnés sur un bout d’île au milieu de l’océan Indien et une expédition scientifique visant à comprendre ce qu’il s’est passé jadis.

Le calvaire des esclaves oubliées de Tromelin débute en 1761, lorsque la frégate de la Compagnie des Indes Orientales fait naufrage au large des côtes africaines, sur l’île de Sable ou île de Tromelin, avec à son bord 80 esclaves. Grâce au travail commun des rescapés français et malgaches, une embarcation de fortune est construite, mais seuls les blancs peuvent finalement y embarquer, abandonnant les esclaves à leur triste sort!

En revisitant les faits à travers les yeux de Tsimiavo, une jeune malgache d’une dizaine d’années, et en ne rendant que les paroles des noirs compréhensibles, Sylvain Savoia a la bonne idée de se placer du côté des esclaves. Cela permet de mieux comprendre leur désarroi lors du transport, leur isolement sur ce bout de terre aride et leur sentiment d’abandon durant ces quinze années passées sur l’île avant d’être enfin secourus. Seuls huit esclaves seront récupérés le 29 novembre 1776 !

Les fouilles archéologiques menées de nos jours par Max Guérout sur Tromelin, sont relatées sous forme de documentaire par Sylvain Savoia. En tant que membre de l’expédition, l’auteur de la série « Marzi » croque les recherches de cette équipe scientifique, tout en restituant également le sentiment d’isolement qui les envahit après seulement quelques jours. Cette partie contemporaine du récit se rapproche d’ailleurs de l’approche d’Emmanuel Lepage dans « Voyage aux îles de la Désolation » et « La Lune est blanche ».

Visuellement, l’auteur change également de style lorsqu’il passe d’un récit à l’autre, passant d’un style « carnet de voyage » pour le documentaire à un dessin plus épique pour le quotidien des naufragés.

Un excellent album, que vous pouvez d’ailleurs retrouver dans mon Top BD de l’année !

Gani Jakupi et Jorge Gonzalez – Retour au Kosovo

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, One-shots, [Avancé], [DL 2014] with tags , on 27 novembre 2014 by Yvan

Deuxième témoignage poignant de Jakupi sur le Kosovo !

Gani Jakupi et Jorge Gonzalez - Retour au KosovoDans « La dernière image », paru en 2012, Gani Jakupi relatait déjà son retour au Kosovo à la fin du conflit, au moment où les forces armées internationales (la KFOR) avaient repris le contrôle. C’est à la demande d’un magazine qu’il était retourné dans son pays d’origine accompagné d’un photographe afin d’y relater l’après-guerre. Ce premier ouvrage réalisé en solo se concentrait cependant sur le travail des correspondants de guerre, mais l’auteur avait apparemment encore d’autres choses à partager sur le conflit kosovar.

Ce nouveau one-shot permet de partager les impressions de cet homme qui a vécu ce confit de loin à travers la presse et montre les conséquences dramatiques et les stigmates de cette guerre qui a divisé à jamais les Kosovars et les Serbes. Cette traversée du Kosovo de l’après guerre revient également sur les horreurs que réserve toute guerre, mais se concentre surtout sur les relations humaines à jamais marquées par l’horreur des évènements.

Après avoir lu ses deux récits sur le Kosovo, force est de constater que j’ai apparemment du mal à accrocher au style d’écriture de Jakupi. À l’instar de « La dernière image », j’ai trouvé que cette multiplication de rencontres et d’anecdotes manquait au final de liant et de fil narratif. Cela reste évidemment un documentaire, mais je n’adhère visiblement pas à la manière dont Jakupi relate ses observations.

Cet album s’avère néanmoins beaucoup plus efficace et poignant que le précédent et la présence de Jorge Gonzalez au dessin y est probablement pour beaucoup. En esquissant les formes et en jouant sur les flous il ne privilégie certes pas la lisibilité des cases, mais distille une ambiance oppressante qui renforce ce nouveau témoignage de Jakupi.

 

Philippe Tome et Dan Verlinden – Soda, Résurrection (Tome 13)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Séries, [DL 2014], [En cours], [Grand public] with tags , on 21 novembre 2014 by Yvan

Soda est de retour !

Philippe Tome et Dan Verlinden - Soda, Résurrection (Tome 13)Après 9 ans d’absence, Soda est enfin de retour dans les rues de la Big Apple. Quoi de neuf après tout ce temps ?

Le principal changement se situe au niveau de l’ambiance, beaucoup plus sombre, de ce tome. Depuis « Code Apocalypse », la ville de New York a en effet été le théâtre d’un drame qui a marqué les habitants et les policiers en particulier. La destruction des Twin Towers lors des attentats du 11 septembre 2001 ont changé la donne, ainsi que l’atmosphère de cette saga. La lutte anti-terroriste fait dorénavant partie des priorités des agents, qui doivent désormais opérer dans un climat ultra-sécuritaire.

Ce nouveau contexte est d’ailleurs à la base du scénario proposé par Philippe Tome (lisez Berceuse Assassine !!!). Comme il l’explique dans le dossier de huit pages qui conclut cet album, l’auteur s’est basé sur les thèses d’un éventuel complot visant à dissimuler la vérité sur les évènements de 9/11 et sur de nouvelles menaces terroristes pour construire cette nouvelle intrigue policière.

L’autre changement majeur se situe au niveau du dessin car, après Luc Warnant et Bruno Gazzoti, c’est Dan Verlinden qui s’occupe de la mise en images de la série. Ses planches sur fond noir fonctionnent à merveille et de la restitution de la ville de New York aux personnages, en passant par le découpage, il livre de l’excellent travail tout en conservant l’esprit graphique de ces prédécesseurs.

Sinon, pour le reste, les ingrédients demeurent les mêmes. Linda, Mary et Bab’s sont à nouveau au rendez-vous et Soda continue de troquer son costume de flic pour celui de pasteur afin de rassurer sa maman. Seul Pronzini manque à l’appel… victime des attentats de 9/11. Mêlant à nouveau action, suspense et humour de manière remarquable, Philippe Tome livre un treizième tome qui répond aux attentes, voire plus, ainsi qu’une conclusion qui donne envie de découvrir la suite au plus vite.

Un excellent tome que vous pouvez retrouver dans mon Top de l’année !

 

Lewis Trondheim et Matthieu Bonhomme – Texas cowboys (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Intégrales, Matthieu Bonhomme, [DL 2014], [Grand public] with tags , on 24 octobre 2014 by Yvan

Nouvel hommage réussi au genre !

Lewis Trondheim et Matthieu Bonhomme - Texas cowboys (Tome 2)Jihaaaaaaa ! Alors que le tome précédent avait tout d’un one-shot, les Texas Cowboys de Lewis Trondheim et Matthieu Bonhomme sont de retour pour une nouvelle virée à Fort Worth, l’endroit le plus dangereux de l’Ouest américain.

Le récit se déroule six ans après les évènements du volet précédent, mais invite de nouveau à suivre les pas de Harvey Drinkwater. Devenu célèbre grâce à ses chroniques sur Fort Worth, ce dernier retourne dans ce bled perdu de l’ouest sauvage afin d’y aider son ami Ivy Forest, dont la famille est retenue prisonnière par les anciens partenaires de Sam Brass.

Outre ce personnage qui doit faire face à des gens qui ont encore un compte à régler avec lui, Trondheim invite également à suivre les déboires d’une galerie de nouveaux personnages absolument succulents. De Thomas Woodham, un vétéran sudiste alcoolique qui raconte de quel manière il a perdu son bras, à Butch La Framboise, une grande gueule qui cherche la bagarre à tout le monde, en passant par la propriétaire de bétail Madame Cooper, les auteurs brossent le portrait de personnages charismatiques et haut en couleurs, qui s’entrecroisent au fil des pages, donnant progressivement tout son sens à ce récit choral géré de main de maître.

La narration exemplaire, ponctuée de dialogues savoureux, permet de mener plusieurs récits en parallèle, sans jamais perdre le lecteur. À coups de six cases par planche, Lewis Trondheim assemble un puzzle dont les pièces s’assemblent au fil des pages. Le découpage en chapitres de 16 pages, précédés d’une couverture pleine page au style d’antan, entretient l’aspect feuilleton du récit. Le graphisme judicieusement vieillot de Matthieu Bonhomme vient couronner cette belle réussite.

Ce nouveau récit qui peut se lire indépendamment du premier est donc un pur hommage au genre, qui mêle shérifs, brigands, poker, bagarres de saloon, femmes fatales et une bonne dose d’alcool, dans un endroit rythmé par les duels au colt entre cow-boys, où les couteaux plantés dans des mains tenant deux as de cœur ne sont pas rares.

Un véritable coup de cœur, que vous pouvez retrouver dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !