Archive for the Futuropolis Category

Kris, Barbara Pellerin et Vincent Bailly – Mon père était boxeur

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Kris, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 17 août 2016 by Yvan

Un uppercut riche en émotions !

Kris, Barbara Pellerin et Vincent Bailly - Mon père était boxeurAprès l’adaptation d’ « Un sac de Billes » de Joseph Joffo, Kris (Coupures irlandaises, Le monde de Lucie, Notre mère la guerre, Les Ensembles contraires, Un homme est mort) et Vincent Bailly (Coupures irlandaises) s’attaquent au portrait d’un père… qui était avant tout un boxeur.

Le titre est cependant assez trompeur car ce one-shot est tout sauf un album dédié à ce sport de combat, mais surtout l’histoire d’une relation difficile entre Barbare Pellerin et son père. L’album s’ouvre certes sur la troisième finale des Championnats de France Poids Lourds perdue par Hubert Pellerin, mais les auteurs raccrochent ses gants après seulement quelques pages afin de raconter l’histoire de cette fille qui redécouvre son père au fil des pages. Elle réalisera d’ailleurs un documentaire (offert en DVD avec l’album) sur ce père dont elle aimerait avoir une autre image que celle dont elle se souvient en tant que petite fille : un ancien boxeur dont les abus d’alcool et les crises de violence étaient la cause d’un contexte familial tendu…

Aidée par quelques photos et une vidéo super 8, qui font office d’unique héritage, l’auteure se souvient et reconstruit progressivement l’image de ce père qu’elle n’a jamais vraiment connu,… décédé seulement quelques mois après le reportage qu’elle lui a consacré. Si le portrait est sans concession, les retrouvailles s’avèrent malheureusement trop brèves et trop tardives… Visuellement, le trait de Vincent Bailly insuffle beaucoup de punch et d’énergie à ce récit pourtant très intimiste.

Un très bon one-shot !

Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn – Car l’enfer est ici, Deux visions pour un pays (Tome 4)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2016], [En cours], [Grand public] with tags , on 20 mai 2016 by Yvan

Pour une politique plus humaine !

Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn - Car l'enfer est ici, Deux visions pour un pays (Tome 4)« Deux visions pour un pays » est le quatrième volet tant attendu du second cycle du cultissime polar « Le Pouvoir des innocents« .

À la fin du tome précédent, Luc Brunschwig abandonnait mon personnage préféré pour morte, dans les bras d’un Domenico Coracci, chargé de se débarrasser du corps de la jeune punkette démocrate. N’ayant pas vraiment apprécié la victoire surprenante de Lou Mac Arthur à l’élection du nouveau gouverneur de l’État, Angelo Frazzier, le parrain de la maffia locale, venait en effet de passer ses nerfs sur la pauvre petite. La victoire du démocrate soutenu par Jessica Ruppert et sa prise de position contre la peine de mort provoquent d’ailleurs également une émeute à la prison de Rickers Island, où les détenus ne partagent visiblement pas l’idée d’épargner la vie de Joshua Logan, l’auteur présumé de l’attentat qui coûta la vie aux 508 partisans de la démocrate Jessica Ruppert.

« Deux visions pour un pays » plonge le lecteur au sein d’une Amérique partagée entre deux visions antagonistes : l’une particulièrement radicale, en faveur de la peine de mort et basée sur la répression, puis l’autre, celle de Lou Mac Arthur, de Jessica Ruppert… et de Luc Brunschwig, plus sociale, plus humaine et donnant sa chance à la rédemption. Des politiciens qui s’impliquent sur le terrain, la création d’une police de proximité, un système carcéral plus participatif basé sur la réinsertion, offrant une seconde chance aux brebis égarées… Yep, moi je vote Brunschwig !

« On peut tuer légalement une personne et s’imaginer avoir réglé le problème qu’elle représentait. On peut aussi la laisser en vie… Recueillir sa parole… Savoir ce qui l’a poussé à ce geste fou… Comprendre quels mouvements haineux couvent au sein de notre ville et peut-être trouver comment apaiser durablement cette fureur. »

Si le fond de l’intrigue est clairement politique et sociétal, Luc Brunschwig vous sert néanmoins sa vision des choses avec grande maestria, en basant l’ensemble sur une intrigue en béton armée et des personnages profondément humains et attachants. Procès médiatique, enquête policière et histoire d’amour sont donc au rendez-vous de ce tome qui se déroule entre le mercredi 10 novembre 1999 et le mardi 27 février 2001 et fait évoluer les différents protagonistes au fil de chapitres de quelques pages, au rythme soutenu, qui s’intègrent avec brio dans l’ensemble, tout en multipliant les rebondissements. Du grand art !

Et comment parler d’art sans évoquer le travail à quatre mains absolument remarquable de Laurent Hirn et de David Nouhaud. Si le dessinateur originel de la série s’occupe avec brio du story-board et de la colorisation de la saga et que David Nouhaud (« Maxime Murène ») propose un dessin réaliste, détaillé et expressif, il faut également noter la contribution pour le moins surprenante de Thomas Priou, qui signe deux pages en forme de dessin animé satyrique, parodiant le quotidien de Wyatt Whitaker, un candidat à la présidence fortement inspiré de Georges W. Bush.

Le meilleur tome de ce second cycle !

Retrouvez d’ailleurs cet album dans mon Top BD de l’année !

Lisez également Les Enfants de Jessica !

Didier Tronchet et Olivier Balez – L’Homme qui ne disait jamais non

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Accessible], [DL 2016] with tags on 2 mai 2016 by Yvan

Un amnésique en quête de soi-même…

Didier Tronchet et Olivier Balez - L'Homme qui ne disait jamais nonCe one-shot imaginé par Didier Tronchet et dessiné par Olivier Balez invite à découvrir qui est vraiment Étienne Rambert. Ce dernier se réveille en effet totalement amnésique à bord d’un vol en direction de Lyon. Heureusement, Violette, l’une des hôtesses de l’air, propose de l’aider à remonter le fil de son existence. Il faut dire qu’en tant qu’étudiante en psychologie, visant à devenir profiler à l’aéroport, Violette tient là un beau sujet pour sa thèse…

Didier Tronchet propose un scénario assez rocambolesque, mêlant polar et quête de soi, le tout saupoudré de quelques considérations philosophiques et d’un brin d’humour. Multipliant les rebondissements et les révélations, l’auteur livre progressivement toutes les pièces du puzzle. Il en fait certes parfois un peu trop et le tout n’est pas toujours très cohérent, voire même légèrement brouillon, mais le divertissement est au rendez-vous et la lecture s’avère donc très plaisante. De plus, le dessin réaliste d’Olivier Balez colle parfaitement au récit et contribue à rendre les deux personnages très attachants.

Un bon moment de détente !

Ils en parlent également : Yaneck

Florent Chavouet – L’Île Louvre

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Accessible], [DL 2015] with tags on 17 février 2016 by Yvan

Une visite assez anecdotique du Louvre !

Florent Chavouet - L'Île LouvreÀ l’instar de Période Glaciaire, « Les Sous-sols du Révolu », « Aux heures impaires », Les Gardiens du Louvre ou Le chien qui louche, « L’île Louvre » est un one-shot coédité par Futuropolis et le musée du Louvre. Florent Chavouet (Petites coupures à Shioguni) n’est donc pas le premier auteur à recevoir comme mission de s’attaquer à une œuvre, une collection ou une partie du célèbre musée…

Florent Chavouet se prête donc à l’exercice, se mêle aux visiteurs et exprime son ressenti des lieux à travers une œuvre qui prend immédiatement des allures de carnet de voyage, style que l’auteur de « Tokyo Sanpo » et « Manabé Shima » maîtrise à la perfection. Il va d’ailleurs représenter le Louvre comme une île, visitée par ses touristes et régulée par ses propres lois, à l’image de ce pass qu’il se voit délivré par les autorités du musée… un document qui lui permet de devenir un citoyen à part entière de cette île… le temps d’un album.

Errant à travers les nombreuses pièces du musée, l’auteur croque les visiteurs avec beaucoup d’humour, partage les anecdotes des gardiens, saisit quelques dialogues amusants au vol et nous plonge ainsi dans la vie quotidienne du Louvre. Il s’intéresse un peu moins aux œuvres que certains de ses prédécesseurs, préférant s’attarder sur le comportement et les réflexions des gens qui déambulent à travers les nombreux couloirs du prestigieux musée.

La visite proposée par l’auteur est donc légère et drôle, dans un style graphique très coloré et détaillé, reconnaissable au premier coup d’œil, mais le tout manque cruellement de liant et de fil conducteur. Parmi toutes les bandes dessinées réalisées au sein de cette collection, celle-ci n’est donc pas celle qui m’a fait la plus forte impression.

Sympa donc, mais assez anecdotique au final !

Ils en parlent également : Lunch, Mo’

 

Benoit Collombat et Etienne Davodeau – Cher pays de notre enfance

Posted in BANDES DESSINÉES, Davodeau, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2016], [DL 2015] with tags , on 10 février 2016 by Yvan

Tous pourris !

Benoit Collombat et Etienne Davodeau - Cher pays de notre enfanceBenoît Collombat, grand reporter à France Inter, avait déjà enquêté sur les dessous de la Ve République avec « Un homme à abattre – Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin » et il s’associe ici avec un grand habitué des documentaires en BD : Etienne Davodeau (Rural, Les Mauvaises gens, Les Ignorants). Ensemble, ils reviennent sur plusieurs affaires non-résolues (lisez : jetées aux oubliettes) des années 70.

Du braquage de l’Hôtel des Postes à Strasbourg par le Gang des Lyonnais en 1971 à la tuerie d’Auriol en 1981, en passant par les assassinats du juge Renaud en 1975 et du ministre Robert Boulin en 1979, le duo s’attaque à des « Cold case » qui dérangent car elles éclaboussent de nombreux hommes politiques de l’époque et une organisation en particulier : le Service d’Action Civique (SAC), dont l’ombre plane sur toutes les affaires.

Le lecteur a donc droit à un véritable documentaire de plus de 200 pages, mêlant interviews, témoignages d’époque et même lectures d’archives. L’aspect bavard, particulièrement chargé en informations, de cette accumulation d’entretiens pourra certes rebuter certains lecteurs, mais ce que l’on apprend est absolument sidérant. Même pour moi, qui ne m’intéresse pas trop à la politique et encore moins à celle de la France, cette enquête dessinée m’a permis de mieux comprendre le contexte politique de l’époque. De plus, en nous replongeant dans plusieurs affaires de meurtres, les auteurs confèrent un côté polar à leur documentaire. Ils sautent certes d’un évènement à l’autre au fil des chapitres, mais conservent néanmoins l’ombre du SAC comme fil conducteur. Il devient en effet vite clair que c’est cette milice de mouvance gaulliste qui s’occupait des basses besognes du régime à l’époque, allant même jusqu’à assassiner des ministres. Il n’y a donc pas que l’Italie qui a connu des « années de plomb » dans les années 70 ! Edifiant !

Visuellement, on reconnaît immédiatement le style graphique d’Etienne Davodeau, qui n’a plus à prouver son efficacité sur ce genre de récits.

La douce France de Trenet se prend une belle claque avec cette enquête qui continue de déranger, 40 ans après les faits !

Luz – Catharsis

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, One-shots, [Angoulême 2016], [Avancé], [DL 2015] with tags , on 1 février 2016 by Yvan

La résurrection lente et pénible d’un dessinateur psychologiquement détruit !

Luz - CatharsisJ’ai donc attendu un peu plus d’un an après les événements dramatiques de Charlie Hebdo pour revenir sur cet album qui relate la résurrection lente et pénible d’un dessinateur épargné physiquement par le drame, mais psychologiquement ravagé.

Luz n’est pas seulement le dessinateur de cet album, c’est aussi celui qui a osé se moquer du Prophète Mahomet en couverture de Charlie Hebdo. C’est pourtant lui qui arrivera en retard à la réunion de rédaction du 7 janvier 2015, le jour de son 43ème anniversaire, échappant ainsi de justesse au massacre perpétré par les frères Kouachi au nom d’Allah. Arrivé sur place quelques minutes après le drame, il découvre ses confrères et amis gisant dans un bain de sang. Ils sont morts… lui se relèvera, mais cela prendra beaucoup de temps…

À ce titre, cet album est une sorte de thérapie, où l’auteur se livre et se met à nu. Du « tak tak tak » des kalachnikovs des frères Kouachi à cette protection rapprochée qui ne le lâche pas d’une semelle, en passant par Ginette, sa boule au ventre, Luz partage ce qu’il ressent. Il nous donne les clés de son mental et invite à constater les dégâts : du choc de la découverte de la tragédie à ses crises, en passant par la difficulté de retrouver son dessin ou le goût de vivre…

« Un jour, le dessin m’a quitté. Le même jour qu’une poignée d’amis chers. A la différence qu’il est revenu, lui. Petit à petit. A la fois plus sombre et plus léger. Avec ce revenant, j’ai dialogué, pleuré, ri, hurlé, je me suis apaisé à mesure que le trait s’épurait. »

Un incontournable de 2015 !

Ils en parlent également: Dionysos

Luc Brunschwig et Cécil – Holmes, Livre IV, La Dame de Scutari

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [Accessible], [DL 2015], [En cours] with tags , on 16 décembre 2015 by Yvan

Les femmes de l’Angleterre Victorienne !

Luc Brunschwig et Cécil - Holmes, Livre IV, La Dame de ScutariEt bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite vieille qui orne la couverture aura mis du temps à arriver en librairie. Au rythme d’un tome tous les trois/quatre ans, les fans de cette saga doivent d’ailleurs s’armer de patience. Et oui, dans un monde du neuvième art où la vitesse prend de plus en plus le pas sur la qualité, il reste encore quelques irréductibles Gaulois qui prennent le temps de peaufiner chaque case jusque dans les moindres détails, certes au détriment du rythme de parution (et probablement de leur portefeuille), mais, mon Dieu, que l’Art en ressort grandi. Les planches que livre Cécil (Le Réseau bombyce) sont époustouflantes de réalisme et font preuve d’un souci du détail impressionnant. Les vignettes semblent issues d’un vieil album photo et plongent le lecteur dans une ambiance rétro qui colle parfaitement à l’Angleterre Victorienne d’antan. Les jeux d’ombres sont à nouveau splendides et son lavis monochrome accompagne avec brio les allers-retours effectués dans le temps (bleu-gris pour le présent, sépia pour le passé). Cet album est donc le fruit d’un travail d’orfèvre, que tout bédéphile se doit d’applaudir à deux mains… sans trop regarder sa montre.

L’autre avantage de ce rythme de parution assez lent est qu’à chaque tome, je dois relire tous les précédents et pour un type comme moi, qui a la mémoire en compote, c’est un véritable plaisir de redécouvrir chaque album, avant d’arriver à celui-ci, où Luc Brunschwig a visiblement choisi de mettre les femmes à l’honneur. Il y a tout d’abord Violet, la mère de Mycroft et Sherlock, qui joue un rôle central dans ce quatrième volet, de la naissance de Sherlock jusqu’au chevet de sa nourrice, en passant par sa participation à la guerre de Crimée. Il y a ensuite Miss Nightingale, la célèbre infirmière de Scutari, qui multiplie les révélations concernant le passé des Holmes. Mais il ne faudrait pas oublier Judy Brown, la jeune femme de l’East End condamnée pour un double infanticide, Miss Bannister, l’ancienne nourrice de Sherlock, et l’infirmière à la jambe de bois qui prend soin de Siger Holmes. Mais attention, Brunschwig (Lloyd Singer, Le sourire du clownUrban, Car l’enfer est ici, Les enfants de Jessica, La mémoire dans les poches, Bob Morane) ne délaisse pas pour autant les hommes de cette saga, car le docteur Dudley Parks est également omniprésent, tandis que Mycroft continue de jouer un rôle de plus en plus intriguant.

Le fait de développer la psychologie des proches de Holmes permet donc de mieux cerner la personnalité complexe du célèbre détective et d’en apprendre plus sur son passé. En creusant le mystère qui entoure le héros de Conan Doyle, Brunschwig rend non seulement hommage à son créateur, mais parvient également à faire revivre Holmes au détour de chaque case de cet œuvre qui se déroule pourtant après sa mort. Les différents récits se croisent avec brio et Brunschwig ne serait pas Brunschwig, s’il ne profitait pas de l’occasion pour aborder des thèmes sociaux. Il dresse non seulement un portrait particulièrement convaincant de l’Angleterre Victorienne et de ses femmes, mais profite également du procès de l’empoisonneuse de L’East End pour pointer du doigt l’industrie et les riches qui exploitent les pauvres.

Incontournable !

Retrouvez d’ailleurs cet album dans mon Top BD de l’année !

Ils en parlent également : Yaneck