Archive for the L’Association Category

Killoffer – Tel qu’en lui-même enfin

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2016], [DL 2015], [Sélectif] with tags , , on 15 février 2016 by Yvan

Une autobiographie autodestructrice !

Killoffer - Tel qu'en lui-même enfinLe titre de cet ouvrage annonce immédiatement la couleur et ceux qui connaissent un peu l’artiste ne s’étonneront probablement pas d’être invité à entrer dans sa peau.

Chaque planche de ce recueil, qui reprend les pages parues dans la revue mensuelle le Tigre entre 2010 et 2015, débute d’ailleurs par les mots « Killoffer en… », permettant notamment de découvrir l’artiste en Killoffer, mais surtout en enfer. Le garçon n’est en effet pas tendre avec lui-même et au bout de 108 pages d’autocritique et d’autoflagellation bien appuyée, il ne reste plus grand-chose de l’illustrateur adulé. Chaque saynète est servie sous la forme d’un gaufrier à huit cases, accompagné d’une illustration en page de gauche qui fait admirablement écho à la planche de droite.

Le gros problème, lorsqu’on s’enfile toutes ces histoires courtes qui contribuent à dresser le portrait peu reluisant de l’auteur, d’un seul coup, c’est que l’écœurement et la saturation finissent par être au rendez-vous. De plus, l’empathie éventuelle envers le personnage principal disparaît inévitablement au fil du récit. C’est même plutôt l’envie de sortir de la peau de cet homme dépressif et porté sur une boisson qu’il n’a pas forcément bonne qui augmente au fil des pages. C’est un peu dommage car ce trip narcissique est illustré avec une virtuosité incroyable et une maîtrise du noir et blanc assez impressionnante.

Arrivé à la fin de l’album, le graphisme donne donc forcément envie d’encenser l’artiste, mais le contenu autodestructeur me donne plutôt envie de lui mettre deux paires de tartes…

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Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu – Moins d’un quart de seconde pour vivre

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, K.BD, L'Association, One-shots, [Avancé], [DL 1900 à 2000] on 17 juillet 2013 by Yvan

Un album précurseur du mouvement OuBaPo !

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivreCet album est un véritable exercice de style auquel se livre Lewis Trondheim. JC Menu lui a en effet dessiné huit cases sur lesquelles il doit s’appuyer pour faire cent strips de quatre cases. Même si l’OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle) a été créé un an après la parution de cette œuvre, celle-ci peut néanmoins être considérée comme faisant partie du mouvement oubapien.

Les cent strips proposés par Trondheim peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais finissent tout de même par former une œuvre cohérente. Au fil des pages les petites histoires s’alimentent les unes les autres, donnant ainsi naissance à un univers original qui gagne progressivement en consistance. Parvenir à un tel résultat en partant de huit cases différentes démontre une nouvelle fois tout le potentiel narratif de l’art séquentiel.

« Si je plonge, je serais heureux de nager. Si je reste ici au soleil, je serais tout autant heureux. Mais avoir le choix entre deux bonheurs sans pouvoir choisir, ça n’est pas le bonheur… ça fait chier… »

Pourvus d’excellents dialogues à la fois drôles et profonds, les différentes histoires invitent à s’interroger sur la vie, la mort, la solitude, l’amour, etc. Situations absurdes, réflexions philosophiques, préoccupations métaphysiques, …le tout s’enchaîne et s’emboîte avec grande fluidité.

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivre

Visuellement, cette œuvre est par contre d’une pauvreté extrême, voire même assez moche, mais l’intérêt se situe évidemment ailleurs.

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivre Ils en parlent également : Champi, Mo’, David

Lisez également l’avis à plusieurs mains sur le nouveau blog de K.BD !

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Anders Nilsen – Big questions

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Festival BD Angoulême, L'Association, One-shots, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 18 décembre 2012 by Yvan

Les débats existentiels d’une communauté de volatiles !

Anders Nilsen - Big questionsAnders Nilsen est l’auteur de plusieurs ouvrages, mais ce « Big questions », entamé il y a plus de quinze ans, peut néanmoins être considéré comme son premier livre, même si celui-ci ne s’est achevé qu’en 2011.

Débuté comme un fanzine auto-édité, mettant en scène les débats existentiels d’une colonie de moineaux dans un lieu inconnu, cette histoire a finalement donné naissance à une épopée fantastique de près de 600 pages, éditée en français par l’Association.

Tout commence dans une plaine isolée, en compagnie d’oiseaux dotés de la parole et d’un minimum d’intelligence, qui s’interrogent sur la faim et sur la signification des choses. Dans cet environnement restreint ne résident que deux personnages humains : une grand-mère et son petit-fils idiot, qui sont à l’origine des miettes de donuts dont se nourrissent les volatiles. Une série de phénomènes mystérieux, dont l’apparition d’un œuf géant et le crash d’un avion, va cependant faire basculer leur existence banale dans un monde aussi fascinant qu’angoissant.

Suite à cet événement détonateur, le lecteur accompagne les différents personnages dans un monde en pleine évolution, particulièrement déstabilisant, et assiste à la genèse d’une nouvelle société. Au fil des pages, les oiseaux vont dévoiler leur personnalité et soulever de nombreuses grandes questions relatives au sens de leur existence. En proie à des questionnements et à de nombreux doutes, la petite communauté doit notamment revoir le fondement de ses croyances. Alliant questionnements philosophiques abstraits sur la mort, sur l’origine des choses ou sur l’au-delà, cette belle brique invite à la réflexion. Faisant écho aux angoisses de notre société et à ce besoin de comprendre à tout prix le monde qui nous entoure, cette parabole existentielle saupoudrée d’humour absorbe progressivement le lecteur. Divisé en quatre-vingt chapitres, cette histoire conçue à la base comme une succession de strips, met certes un peu de temps à trouver son rythme, mais prend progressivement forme, tout en parvenant à se trouver une cohérence.

Cette évolution, se retrouve également au niveau du visuel, avec un dessin fort dépouillé qui s’étoffe au fil de la lecture. S’appuyant initialement sur un échange de dialogues sur fond visuel simpliste, l’album offre ensuite de plus en plus de séquences muettes qui contribuent à installer une ambiance. Cette mise en avant du graphisme qui multiplie les passages silencieux, incite également le lecteur à s’interroger sur la signification des différents événements.

« Big questions » est un petit chef-d’œuvre que je vous invite à découvrir au plus vite et que vous retrouverez également dans mon Top de l’année et dans mon Top du Festival d’Angoulême.

Emmanuel Guibert – L’enfance d’Alan

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2013], [Avancé], [DL 2012] with tags , on 5 novembre 2012 by Yvan

Avant la guerre d’Alan…

Emmanuel Guibert - L'enfance d'AlanAprès La Guerre d’Alan, qui racontait les souvenirs de guerre d’Alan Ingram Cope, Emmanuel Guibert s’attaque à l’enfance de son ami américain installé en France et décédé en 1999.

De sa naissance en 1925 à la mort de sa mère en 1936, Alan partage son enfance en Californie du Sud, pendant l’entre-deux-guerres. La famille d’Alan a certes souvent déménagé, mais son parcours n’a rien de vraiment particulier et l’enfance d’Alan est somme toute très ordinaire. La famille, les jeux avec les enfants du voisinage, les changements de logis, quelques anecdotes marquantes… mais rien de bien extraordinaire.

Et pourtant… les souvenirs du vieil homme sont remplis de nostalgie et renvoient vers une époque révolue: celle de l’Amérique des années 30, frappée de plein fouet par la crise. Au fil des pages, l’universalité de ces quelques scènes issues du quotidien d’une famille américaine modeste pendant les années de la Grande Dépression, finit par séduire le lecteur.

Le trait à l’encre de Chine d’Emmanuel Guibert contribue à plonger le lecteur dans l’ambiance de l’époque. Alternant décors épurés et planches photo-réalistes, le graphisme légèrement rétro restitue à merveille les souvenirs du vieil homme.

Universalité, humanité et nostalgie… Que demander de plus?

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Guy Delisle – Pyongyang

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags , , on 16 mars 2012 by Yvan

Bienvenue en Corée du Nord !

Guy Delisle - PyongyangAprès avoir lu ses Chroniques Birmanes et ses Chroniques de Jérusalem, je me devais donc d’attaquer ce séjour en Corée du Nord en lisant « Pyongyang ».

La grosse différence par rapport aux deux ouvrages précités est que Delisle est encore célibataire lors de cette aventure plus ancienne. Alors qu’il accompagne son épouse en mission sur place pour MSF lors des récits plus récents, on le suit ici dans le cadre de son travail en tant que superviseur de dessin animé européen fabriqué à Pyongyang. Étant plus fan de sa vision du pays visité que de ses (més)aventures en tant que père au foyer, cette approche différente a déjà tout pour me plaire.

Dans « Pyongyang », Guy Delisle raconte les deux mois qu’il a passé dans un des pays communistes les plus fermés au monde. Voguant entre le carnet de voyage et une succession d’anecdotes, le récit permet de visiter le pays de l’intérieur. Le séjour très encadré de l’auteur n’offre certes qu’une vue assez limitée de la réalité, mais il demeure tout de même très instructif.

Au fil des pages, l’auteur se heurte régulièrement à ce régime totalitaire qui contrôle et surveille tout. Ce pays dirigé de main de fer par la dynastie Kim Jong va jusque dans le cerveau des gens en diffusant constamment une propagande mensongère destinée à glorifier le leader suprême et à diaboliser les autres pays, emmenés par les États-Unis. Après lecture de cet ouvrage, les images de ce peuple pleurant la mort de son bourreau fin décembre 2011 prennent tout leur sens.

Alors certes, « Capitaine Sim n’est pas de notre galaxie… » mais la vision que Delisle propose de son monde est aussi édifiante qu’amusante. L’auteur offre un regard très détaché de ce pays qui rationne l’éclairage, mais qui ne lésine pas sur les monuments et les photographies représentant Kim Il-Sun. Usant d’un ton légèrement ironique, il parvient à dépeindre les situations avec humour, simplicité et justesse.

Le dessin minimaliste est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits. Quant au noir et blanc, il colle parfaitement à l’atmosphère froide et austère de cette ville sombre.

Si la visite du pays n’est pas conseillée, la lecture de cet ouvrage qui lui est consacré l’est bel et bien !

David B. – L’ascension du haut mal, Intégrale

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Intégrales, L'Association, Maladie, [Avancé], [DL 2011] with tags , , on 20 janvier 2012 by Yvan

En parallèle d’un frère épileptique !

David B. - L'ascension du haut malAprès avoir été séduit par le premier tome de cette saga qui raconte l’histoire d’une famille de trois enfants dont l’aîné est épileptique, je me suis attaqué à l’intégrale de cette bande dessinée autobiographique en six tomes imaginée par David B.

Si le fil rouge du récit est la maladie de son frère aîné, David B. raconte plein d’autres choses sur sa jeunesse et multiplie les digressions qui s’inspirent de son vécu. Au fil des tomes, l’histoire se concentre de plus en plus sur l’auteur, faisant passer la maladie du frère au second plan. Mais, ce qui m’a le plus dérangé (hormis certains choix effectués par des parents un peu naïfs), ce sont ces nombreux passages « type Wikipedia » qui traînent l’histoire en longueur sans lui apporter un véritable plus. De la généalogie de sa famille aux descriptions des différentes médecines utilisées pour « soigner » son frère, en passant par de nombreux passages dédiés aux sectes, l’auteur multiplie les digressions et alourdit inutilement son récit.

Mais malgré l’aspect décousu de la narration, la trame principale ne manque pas de séduire. Tout en ouvrant les yeux sur une maladie peu connue, David B. parvient à garder un ton juste qui ne sombre jamais dans le catastrophisme. Le fait d’aborder le récit à travers le regard d’un enfant contribue également à conserver une certaine légèreté, malgré la dureté de l’histoire. Le fait de se livrer, tout en décrivant l’évolution de la maladie de son frère est également assez intéressant. Du désarroi des parents à la manière dont il assimile la maladie de son frère, l’auteur distille des émotions qui sonnent juste. Au fil des pages, le lecteur entre donc dans la vie intime de l’auteur et finit par accrocher à l’histoire de cette famille.

Le dessin noir et blanc, simple et efficace, se contente d’aller à l’essentiel et accompagne avec brio cette histoire autobiographique. Les passages oniriques sont par contre splendides et accompagnent les émotions et les envolées oniriques de l’auteur avec beaucoup d’ingéniosité.

Marjane Satrapi – Poulet aux prunes

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Franco-Belge, K.BD, L'Association, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Sans super-héros] with tags , , on 16 octobre 2011 by Yvan

Les derniers instants d’une vie pleine de fausses notes…

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesÀ l’instar de l’excellent Persepolis, Marjane Satrapi livre un nouveau récit au parfum autobiographique et puise son inspiration dans son histoire familiale. L’auteure délaisse donc quelque peu l’Historique de l’Iran pour se concentrer sur celle de son oncle Nasser Ali Khan.

Situant son récit dans l’Iran des années 50, elle narre les derniers jours de ce grand musicien qui a perdu toute envie de vivre et décide de se laisser mourir. Au fil des pages de ce récit dont l’issue est connue d’avance, le lecteur découvre que la destruction de l’instrument de musique préféré de Nasser, n’est finalement que la goutte qui a fait déborder le vase.

Servi sous la forme d’un long flashback, le récit revient sur le passé de ce père de famille de trois enfants, livrant au lecteur les clés qui permettent de comprendre le désespoir qui pousse ce musicien à se laisser dépérir. Ce compte-à-rebours des 8 derniers jours de la vie permet donc de comprendre l’acte irraisonnable de feu l’oncle Nasser, le tout sur fond d’histoire iranienne.

La narration typique de Marjane Satrapi fait à nouveau mouche, distillant ce drame familial sous forme de conte et n’oubliant jamais cette petite touche d’humour qui permet de dédramatiser une histoire qui n’a pourtant rien de réjouissant à la base. Cette légèreté emplie de poésie se retrouve également au niveau du graphisme. Un style simple et naïf que l’on prend à chaque fois plaisir à retrouver en s’étonnant de son efficacité.

Retrouvez cet album récompensé du Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême de 2005 dans mon Best Of du Festival d’Angoulême.

Marjane Satrapi - Poulet aux prunesLisez également l’avis sur K.BD !
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