Archive for the L’Association Category

Matthias Picard – Jeanine

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Avancé], [DL 2011] with tags , on 3 mai 2011 by Yvan

Le best-seller d’Isa la Suédoise !

Matthias Picard - JeanineAprès le récit autobiographique d’Ulli Lust (Trop n’est pas assez), c’est au tour de Matthias Picard de livrer le portrait d’une femme qui a connu une existence pour le moins turbulente : « Jeanine » est son nom.

Si Jeanine n’est au départ qu’une voisine de l’auteur, son parcours vaut néanmoins le détour et, à travers ce one-shot pré-publié dans « Lapin » (périodique de L’Association), Matthias Picard lui donne la parole. De son enfance en Algérie à sa carrière de prostituée, en passant par son acte héroïque dans les rues d’Alger lors de la manifestation du 26 mars 1962 ou son emprisonnement en Allemagne, cette femme, maintenant âgée de 70 ans, reconstruit lentement le puzzle de son passé. Au travers des différents chapitres de cet album, l’auteur retrace la vie de celle qui faisait fureur sous le nom d’Isa la Suédoise dans les rues de Strasbourg et qui continue de faire honneur à la plus vieille profession du monde malgré son âge avancé.

Au fil des pages, le lecteur découvre la complicité qui s’installe entre Matthias et Jeanine et prend plaisir à lire ces échanges qui ne virent jamais dans le glauque ou le sordide, mais conservent une certaine légèreté malgré une existence qui ne nage pas dans le bonheur. Le trait sombre de Matthias Picard accompagne avec efficacité cette vie qui se déroule principalement de nuit et permet à l’auteur de dresser un portrait attachant et d’une grande justesse.

Sacrée Jeanine !

Retrouvez cette BD dans MON TOP 2011 !

Nine Antico – Coney Island Baby

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Sélectif] with tags , , on 30 décembre 2010 by Yvan

Biographie romancée de deux icônes sexuelles !

Nine Antico - Coney Island BabyDerrière ce titre qui réfère à la célébrissime chanson de Lou Reed, Nine Antico propose une double biographie romancée.

Le narrateur de ces deux destins croisés n’est autre que Hugh Hefner himself, le célèbre créateur du magazine Playboy. C’est vêtu de son légendaire peignoir et inévitablement accompagné de deux jeunes filles coiffées d’oreilles de lapin, qu’il nous conte l’histoire de deux icônes de la révolution sexuelle américaine des années 50 et 70. C’est donc en parallèle que le lecteur découvre ainsi l’histoire de Bettie Page, célèbre pin-up du magazine Playboy dans les années 50, et celle de Linda Lovelace, première star du cinéma porno, dont le don pour la fellation fut révélé dans le célébrissime « Gorge Profonde » en 1972. Si l’on a d’abord droit à l’ascension et au succès de ces deux symboles de l’érotisme et de la pornographie, on a ensuite droit à leur déclin … avant de se prendre une pirouette scénaristique totalement inutile dans la tronche, qui vient remettre la crédibilité de l’entièreté du récit en question.

Si l’on fait abstraction de ces dernières pages qui viennent gâcher l’entièreté du récit, l’album s’avère cependant tout sauf inintéressant. Il y a d’abord deux trajectoires totalement distinctes, mais qui s’avèrent toutes les deux finalement tragiques. Deux vies brisées par l’industrie du X, deux icônes sexuelles aveuglées/attirées par une gloire éphémère et destructrice. Il y a également une immersion intéressante dans le monde du X et la décadence des célèbres soirées de la Playboy Mansion. Mais il y a surtout une critique acerbe du mythe du rêve américain et du l’univers porno. Car si l’ascension se veut fulgurante, le déclin n’est que plus douloureux. Manipulés, instrumentalisés, exploités à des fins strictement commerciales, ces deux objets de désir finissent par renier leur passé, l’une cherchant son salut dans la religion et l’autre devenant militante anti-porno. Le récit est bien construit, les dégâts humains évidents, puis vient cette fin totalement inattendue, qui tombe comme un cheveu dans la soupe et gâche toute l’histoire.

Au niveau du graphisme, même si ce dessin assez simpliste parvient à aller à l’essentiel sans jamais sombrer dans la vulgarité, je ne suis quand même pas trop fan. Je trouve également que la collection Ciboulette aurait pu attendre encore un volume avant de publier celui-ci, qui est le soixante-huitième volume de la Collection.

Un one-shot à la fin exécrable, nommé au festival d’Angoulême 2011.



Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2011 !

Winshluss – Pat Boon

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, Winshluss, [Avancé], [DL 2000 à 2005] with tags on 22 juillet 2010 by Yvan

Winshluss - Pat BoonAu début de la lecture de « Pat Boon », on croit avoir à faire à de petits strips/gags indépendants, mais au fil des pages, on se rend vite compte que le tout forme un ensemble cohérent, racontant les mésaventures de Pat Boon et de son entourage.

Les différents personnages sont donc récurrents et leurs déboires assez amusants. Il y a d’abord Pat Boon himself, un petit bonhomme infortuné. Mais il y a aussi le chanteur de blues noir, les deux membres du Ku Klux Klan, les débuts de Peggy dans le cinéma pornographique, etc …

Tous les protagonistes en prennent plein la tronche et le tout est enveloppé d’un humour noir et souvent sadique. Le style cartoonesque utilisé par Winshluss (« Monsieur Ferraille ») ajoute d’ailleurs encore un petit côté caricatural à cet humour.

Un petit récit d’une trentaine de pages pour 6 euros, qui permet déjà de dévoiler le talent de cet auteur qui vient de créer le chef-d’œuvre nommé « Pinocchio« .

Debbie Drechsler – Daddy’s girl

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, L'Association, One-shots, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros] with tags on 27 avril 2010 by Yvan

daddy's girl« Daddy’s girl » est un excellent album, même si le terme n’a pas vraiment sa place compte-tenu du thème douloureux de ce one-shot. C’est d’ailleurs dès les premières pages que le lecteur est plongé dans le vif du sujet et est confronté aux méfaits de ce père abusif.

De l’enfance à l’âge adulte, le lecteur accompagne Lilly dans l’horreur, l’angoisse et l’incompréhension. Une petite fille marquée au fer rouge par les agissements abjects d’un être qui a le culot de se faire appeler ‘papa’. Cette innocence cueillie par l’innommable révolte et dégoûte au fil des pages. Les répercussions sur les Lire la suite

Aristophane – Conte démoniaque

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, One-shots, [DL 1900 à 2000], [Sélectif] with tags on 5 avril 2010 by Yvan

AristophaneCela faisait déjà quelques années que cette œuvre me faisait de l’œil et que je faisais le yo-yo entre des avis positifs et un premier feuilletage rebutant. Finalement, j’ai bien fait de franchir le pas !

Pourtant, en début de lecture j’ai eu des sérieux doutes, car cette œuvre est assez difficile d’accès. Il y a d’abord une hiérarchie, des niveaux et des relations difficiles à saisir au sein de ce chaos nommé Enfer … car c’est bel est bien en Enfer que se situe ce récit. Il y a ensuite ce graphisme noir et blanc qui rebute et ne facilite pas la lisibilité et l’accès de ce chef-d’œuvre.

Cependant, au fil des pages, la magie finit par opérer et l’Enfer finit par prendre vie. Les liens entre les nombreux démons s’installent et l’Enfer prend forme. Les conflits s’intensifient, les affrontements se font de plus en plus violents et chaque démon essaie d’agrandir ou de consolider son territoire. Pendant ce temps les âmes damnées souffrent et errent au milieu de la désolation, l’horreur et le chaos. Lentement le lecteur découvre toute la densité de ce récit de près de 300 pages et consomme les planches à la même vitesse que l’Enfer consomme ses âmes. Du chaos initial surgit alors une œuvre maîtrisée et le talent d’un auteur regretté.

Et finalement, on finit même par se dire que ce graphisme noir et blanc, au sein duquel on a parfois du mal à distinguer les événements et les personnages, dépeint à la perfection ce lieu de désolation et la noirceur de ceux qui tentent d’y survivre.

L’auteur, Firmin Aristophane Boulon, dit Aristophane (1967-2004), est malheureusement décédé à 37 ans, mais il laisse derrière lui une œuvre aussi imposante que grandiose.

Emmanuel Guibert – La guerre d’Alan T3

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Guerre, L'Association, Trilogies, [Angoulême 2009], [Avancé], [DL 2008] with tags , , on 5 mars 2010 by Yvan

Emmanuel Guibert - La guerre d'Alan T3Ce tome clôture le triptyque consacré à une partie de la vie d’un vétéran de la guerre : Alan Ingram Cope. Scrutant sa mémoire parfois défaillante, cet ancien G.I. nous raconte les anecdotes d’une vie pas vraiment comme les autres.

Après l’apprentissage d’Alan à l’armée dans le premier tome et une expérience de guerre sur un front sans ennemis dans un deuxième tome qui avait tout d’un voyage à travers l’Europe sur le compte du gouvernement américain, Alan nous raconte ici ses souvenirs d’après-guerre. Après avoir croisé le Continent Européen d’Ouest en Est sans rencontrer l’ennemi dans le tome précédent, Alan se prépare maintenant à rentrer aux Etats-Unis. Un retour qui a tout d’une excuse afin de pouvoir à nouveau partager son amour pour l’Europe et pour les gens qu’il y croisa.

Le premier tome était tout simplement sublime. Le deuxième tome, malgré l’inactivité, l’ennui et l’absence de combats, m’avait tout de même emballé de par cette vision absurde d’un peloton gambadant au sein d’une fin de guerre désorganisée. Ce troisième tome reste très bon, mais m’a pourtant moins enthousiasmé. L’histoire se détache de l’armée et de la guerre pour se recentrer sur un Alan Ingram Cope qui a certes eu une vie intéressante, mais pas autant qu’une Marjane Satrapi par exemple. De plus, l’auteur agrémente cet ultime volet de lettres, de cartes postales et partitions musicales, ce qui a tendance à ralentir le rythme de lecture et renforce l’impression que ce récit se traîne un peu.

Rien d’extraordinaire ne se passe, c’est tout simplement le récit honnête d’un type qui a certes eu une existence mouvementée et passionnante, mais sans événements extraordinaires. On prend pourtant un réel plaisir à lire les nombreuses anecdotes de ce type comme les autres qui confie ici ses souvenirs à Emmanuel Guibert (« Le photographe »). Alan Ingram Cope souligne d’ailleurs à la fin de son récit que toutes les parties d’une vie ont leur importance et ont le droit d’être évoquées quand on brosse le tableau d’une existence.

Les sauts de mémoire, les morceaux de discussions, les bribes de rencontres pourront peut-être agacer les amateurs de récits plus structurés, mais donnent l’impression de vivre la narration en « live ». Cette impression de côtoyer cet ancien militaire qui scrute sa mémoire, se souvient, s’égare, pour mieux repartir sur autre chose, apporte cependant beaucoup de réalisme et de force à ce récit. Le graphisme aux tons sépia renforce le côté attachant et paisible du récit et contribue à restituer l’ambiance d’époque.

La deuxième partie de cet album au code barre amovible m’a également fait réaliser à quel point il était difficile de retrouver d’anciennes connaissances à cette époque où tout se faisait encore par écrit. Comme quoi le désir de retrouver quelqu’un importe souvent plus que le moyen utilisé pour le retrouver.

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2009 !

Marjane Satrapi – Persepolis

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, Séries, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Terminées] with tags , , , on 23 février 2010 by Yvan

Marjane Satrapi persepolisHonnêtement je n’avais pas trop envie de l’acheter cette bande dessinée. Le petit format, la couverture souple, les dessins enfantins, le titre et la couverture qui n’incitent pas vraiment à la lecture. Sans parler de la notoriété de la bande dessinée iranienne vis-à-vis de manga, comics et autres envahisseurs du neuvième art.

Qu’une fatwa soit prononcée sur tous les imbéciles qui auront encore de tels préjugés sur cet album après la lecture de cet avis !

Commençons par l’auteur, Marjane Satrapi, née en 1969, qui a grandi à Téhéran et qui a eu un jour la bonne idée de venir à Paris. Elle y rencontre Christophe Blain et surtout David B. qui demandera à Marjane ce qu’elle attend pour produire le premier album de bandes dessinées iranien sur base de son histoire personnelle et qui fait d’ailleurs la préface de l’album. Un David B. que Marjane Satrapi remerciera lors de la réception de l’Alph-Art « Coup de coeur » d’Angoulême en 2001 et dont on sent clairement l’influence au niveau graphisme.

Un graphisme minimaliste en noir et blanc qui sied parfaitement à ce récit autobiographique. Tout d’abord parce que la narratrice est une enfant de dix ans et qu’à cet âge là on voit souvent les choses en noir et blanc et que le dessin enfantin colle parfaitement à cette narration assez naïve. Ensuite, la révolution islamiste iranienne n’a vraiment pas grand-chose de réjouissant et n’a donc pas besoin d’être affiché en couleurs.

Dans ce premier tome Marjane va relater le début de la révolution islamiste iranienne à travers son regard d’enfant. Elle va retracer une partie de son enfance et de l’histoire de sa famille, leur participation à la révolution qui aboutira à la fin du régime du Shah et les conséquences du nouveau régime de terreur, jusqu’au début de la guerre avec l’Irak.

Au lieu de vivre ces événements à travers les médias, on va les vivre de l’intérieur, à travers le regard d’une enfant de 10 ans. Le récit touchant, honnête, intime, courageux, lucide et clairvoyant nous livre une image nouvelle de cette page capitale de l’histoire du Moyen-Orient. Quelques 60 pages non dépourvues d’humour, qui nous ouvrent les yeux sur un pays qui n’a pas fini de marquer l’histoire.

Un récit limpide et plein de fraîcheur qui a bouleversé ma perception (médiatiquement influencé) de ce pays. Un sujet difficile, traité de façon admirable, pour un tome qui m’incite finalement à réfléchir sur les actualités du moment.