Archive for the Le Lézard Noir Category

Lars Martinson – Tônoharu

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Diptyques, Festival BD Angoulême, Le Lézard Noir, [Angoulême 2012], [DL 2011], [Sans super-héros] with tags , , , on 28 octobre 2011 by Yvan

Récit d’une expatrié qui, confronté aux barrières culturelles, aperçoit le reflet vide de sa propre existence !

Lars Martinson - TônoharuCe diptyque paru aux éditions Le Lézard Noir est un roman graphique semi-autobiographique inspiré de l’expérience de Lars Martinson, lorsqu’il fut professeur d’anglais au japon pendant trois ans.

Le récit invite à suivre le quotidien de Daniel Wells, un expatrié américain qui se retrouve assistant scolaire au Japon, dans une école située dans un petit bled de province nommé Tônoharu. Si le mur érigé par les différences culturelles et la barrière linguistique semble plus difficile à franchir que prévu, l’attitude attentiste de ce jeune homme de vingt-cinq ans n’est pas non plus étrangère à ses problèmes d’intégration. Ses contacts plutôt pathétiques avec les locaux se limitent à quelques collègues de travail et même ses échanges avec les autres expatriés sont finalement d’une maladresse rare. Au fil des errances de ce spectateur passif, perdu au sein d’une culture assez étanche à l’ouverture vers autrui, le lecteur finit d’ailleurs par comprendre que Daniel a du mal à s’intégrer dans la société, peu importe l’endroit. L’histoire de cet homme qui se cherche est donc renforcée par un exil qui rend tout contact social encore plus difficile et accentue encore un peu plus son isolement. À la limite, il se sert même inconsciemment de cette immersion dans la société japonaise comme d’une excuse à sa condition, mettant ainsi son incapacité à s’intégrer sur le dos de la différence.

C’est avec une grande justesse de ton que Lars Martinson relate ce plongeon vers l’inconnu, offrant ainsi un regard différent sur le pays du soleil le levant : le regard d’un américain confronté au vide de sa propre existence.

Dans un style qui fait penser au travail de Seth, Lars Martinson parvient à accentuer l’immobilisme de son personnage. Usant d’un format gaufrier de quatre cases par page, d’un cadrage très statique et de décors immobiles répétitifs, il impose un rythme lent qui fait écho au quotidien monotone du personnage principal. Le dessin monochrome aux tons verdâtres tristes renforce l’atmosphère pesante du récit et la solitude déprimante de cet étranger.

Et, contrairement à ce personnage qui hésite à prolonger son séjour d’un an en terre nippone, le lecteur est tout de suite partant pour un deuxième tome.

Retrouvez ce comics dans MON TOP 2011 !

Découvrez le teaser de cet album:

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Takashi Fukutani – Le Vagabond de Tokyo

Posted in BANDES DESSINÉES, DIVERS, Festival BD Angoulême, Intégrales, K.BD, Le Lézard Noir, Manga / Manhwa, [Angoulême 2010], [DL 2009] with tags , , , on 9 septembre 2011 by Yvan

Une critique sociale pour lecteurs avertis

Takashi Fukutani - Le Vagabond de TokyoCe premier tome est une sélection des meilleures histoires parmi les 663 épisodes que compte cette saga parue au Japon de 1979 à 1993.

Takashi Fukutani y narre les aventures de Yoshio Hori, un personnage réel qu’il a rencontré durant ses années de galère, et y intègre également plusieurs passages autobiographiques. Yoshio est un looser qui vit dans une piaule misérable de la Résidence Dokudami dans des conditions d’hygiène déplorables et qui s’accommode de petits jobs payés à la journée pour pouvoir ingurgiter une quantité quotidienne suffisante de nouilles lyophilisées et d’alcool. Mais ce marginal au grand cœur est également un véritable obsédé sexuel aux fantasmes débordants. Tout comme son anti-héros, l’auteur a également connu une existence en marge de la société lors de certaines périodes de sa vie, ce qui explique que les passages auto-biographiques s’intègrent parfaitement dans l’ensemble.

Abordé au premier degré, « Le Vagabond de Tokyo » s’apparente à un récit vulgaire à l’humour lourd, grossier et parfois scatologique. Mais derrière ce ton résolument comique et léger se dissimule une critique de la société japonaise des années 80. Derrière cet humour assez gras, l’on découvre alors une certaine sensibilité et une envie profonde de donner la parole aux laissés pour compte d’une société qui se contrefiche de ceux qui n’arrivent pas à se fondre dans la machine économique et qui errent le ventre creux entre deux jobs de fortune. Les témoignages issus de la propre vie de l’auteur ne font d’ailleurs qu’amplifier le réalisme de ce quotidien en marge de la société.

Les personnages hauts en couleurs et la crudité de certaines scènes réservent cette saga aux lecteurs avertis. Au milieu des travestis, des fétichistes pervers qui reniflent des petites culottes usagées, des provinciales qui cherchent un avenir dans la prostitution et d’un héros qui claque sa paie dans les bars à hôtesses, le lecteur baigne dans le vulgaire, le scabreux et l’érotisme chaud. Le dessin accompagne d’ailleurs ostentatoirement les nombreuses scènes salaces et n’hésite pas à jouer la carte du théâtral en multipliant les attitudes expressives à outrance de personnages déjà très caricaturaux.

Derrière une lourdeur apparente, les éditions Le Lézard Noir proposent donc un album intéressant, mais particulièrement onéreux.

Takashi Fukutani - Le Vagabond de TokyoLisez également l’avis de Champi sur K.BD !