Archive for the Rackham Category

Joe Sacco – Goražde

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Guerre, Intégrales, Rackham, [DL 2011], [Sans super-héros] with tags , on 10 décembre 2011 by Yvan

Faites attention à vos voisins !

Joe Sacco - GoraždeDix ans après sa première publication en France, Goražde sort dans une édition anniversaire, enrichie d’un bonus de plus de 70 pages qui retrace la genèse de cette BD reportage.

Goražde est une des trois enclaves musulmanes de Bosnie déclarées « zones de sécurité » par l’ONU pendant la guerre de Yougoslavie. Alors que les deux autres villes (Srebrenica et Žepa) sont tombées sous les attaques de l’ennemi, cette parcelle de terrain entourée de territoires majoritairement serbes est la seule à avoir survécu. En 1995, vers la fin du conflit, le journaliste dessinateur américain Joe Sacco se rend plusieurs fois en Ex-Yougoslavie et témoigne de la situation sur place à travers trois ouvrages : Soba, The Fixer et Goražde.

Connu du grand public pour ses reportages illustrés sur le conflit israélo-palestinien (Palestine et Gaza 1956), il donne ici la parole aux survivants de cette ville quasiment coupée du monde, reliée à Sarajevo par la « Route Bleue » de l’ONU, sorte de cordon ombilical fort fragile, permettant d’acheminer par intermittence vivres et produits de première nécessité. Optant pour une méthode journalistique identique à ses œuvres précédentes, il s’immisce au sein de la population, partage son quotidien, tout en enquêtant sur des événements du passé.

Tout en décrivant la situation de la population à la fin du conflit, il revient sur les origines et le déroulement du drame qu’a connu cette région des Balkans en recueillant les témoignages des habitants. Mêlés aux événements du présent, ces flashbacks bouleversants font ressortir toute l’horreur de cet affrontement entre voisins. Si l’approche de Joe Sacco permet de partager la peine, la misère et le désarroi des rescapés de ce nettoyage ethnique, sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur parvient également à intégrer et à expliquer les faits historiques de manière claire et didactique. En ne proposant que le point de vue d’un des deux camps, le travail de Joe Sacco peut certes paraître un peu partisan. Les Serbes (« Tchetnik c’est enculé ! ») n’ont donc pas le beau rôle, mais cela n’enlève rien à la force de ces témoignages éclairants qui invitent à la réflexion et mettent également le doigt sur les insuffisances de l’ONU et de la politique internationale.

La mise en images des témoins bosniaques est très efficace et le dessin noir et blanc confère une certaine pudeur aux nombreuses scènes violentes, qui sont néanmoins montrées avec un réalisme parfois insoutenable. Présentées sur fond noir afin d’accentuer leur noirceur, ces images du passé captent la cruauté et l’ignominie du drame qui s’est perpétré loin du regard de la communauté internationale.

Un ouvrage didactique incontournable et un travail journalistique méticuleux qui mérite d’être salué !

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Frank Miller – 300

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, Guerre, One-shots, Rackham, [Angoulême 2000-2005], [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros] with tags , , on 28 avril 2010 by Yvan

300 frank miller300 est tiré de la bataille des Thermopyles et de la résistance d’une poignée de Spartiates à l’invasion de l’armée Perse en Grèce, mais n’a cependant pas du tout l’ambition d’être un récit historique.

300 est un hommage à la guerre et au courage des guerriers, mais pas n’importe quels guerriers : les Spartiates. Et qui de mieux que l’auteur de Sin City pour rendre hommage à la violence, à l’héroïsme et à l’état d’esprit des hommes de Leonidas lors de cette bataille dont l’issue importe finalement peu, car peu importe le flacon … du moment qu’on ait l’ivresse !

Car l’issue de ce récit est en effet sans surprises, le scénario prévisible et la profondeur obsolète. Par contre la force dégagée par cette œuvre est impressionnante. Le ciel, la terre, les hommes, les armes, les ombres et les couleurs baignent dans la brutalité, la violence et dans le sang.

Les vrais héros, ceux qui n’ont pas de collants ridicules, se trouvent à l’intérieur de cet ouvrage au format aussi judicieux qu’onéreux et Miller leur rend merveilleusement hommage.

Et je vous conseille d’ailleurs d’aller voir l’adaptation cinématographique de 300 : pour l’honneur, pour la gloire, pour Sparte, mais surtout pour … Frank Miller !

Alex Robinson – Derniers rappels

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, One-shots, Rackham, [DL 2006], [Sans super-héros] with tags on 23 avril 2010 by Yvan

alex robinson derniers rappelsDeux ans après « De mal en pis », Alex Robinson livre à nouveau de la BD indépendante américaine de haute qualité avec ce récit récompensé d’un Eisner Awards en 2006 dans la catégorie meilleur roman graphique de l’année.

Le récit est construit autour de six personnages dont la psychologie est développée séparément à la manière de Short Cuts et dont les destins se rejoignent lentement sous forme d’un compte à rebours de 50 chapitres.

Alex Robinson construit à merveille ses six personnages et parvient à les rendre crédibles et sympathiques, malgré des traits de caractère pas toujours louables. De chapitre en chapitre on va ainsi suivre le quotidien de Ray, rock star en pleine crise créative vivant dans l’excès; Nick, menteur invétéré et faussaire d’images de collection; Phoebe, jeune fille à la recherche d’un père qu’elle n’a jamais connu; Steve, fan névrosé de Ray; Caprice, serveuse au cœur brisé; et de Lily, stagiaire dans une maison de disques, qui va devenir la muse de Ray.

Leurs histoires se développent en parallèle pour finalement se rejoindre dans le drame et la violence après trois cent pages. Un acte final tragique qui donnera une nouvelle direction aux destins des différents protagonistes auxquels on s’attache au fil des pages et dont on a du mal à se séparer malgré la fin du récit.

Frank Miller – Sin City

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, K.BD, Rackham, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags , on 20 mars 2010 by Yvan

Marv est une brute sans pitié, il est ce qu’on trouve de plus laid (même les putes ne veulent pas de lui), sa tronche et son cerveau sont ravagés par les coups et l’alcool. En plus il vit dans une ville dégueulasse, pleine de cadavres, où les dirigeants sont des crapules et les flics des ripoux : Sin City.

Normalement, Marv, n’a aucune raison de vivre quand il se réveille le matin, mais ce matin, c’est différent. Hier, il s’est fait draguer par Goldie, une femme qui sent bon, un vrai canon, et jamais il n’avait connu une nuit pareille. Alors, ce matin, quand il se réveille à côté d’une Goldie raide morte avec des flics déjà prêts à le coffrer, il a trouvé un but dans sa vie : trouver qui a tué Goldie et pourquoi.

Sin City, rien qu’en se baladant c’est déjà pas top pour survivre, mais quand on se met à remuer la merde, il faut être solide pour durer. La quête de Marv se déroule dans les bas-fonds de Sin City, au milieu des prostituées, des crapules, des flics véreux et de psychopathes cannibales. Nourri par la haine et la vengeance, Marv commence une descente en enfer, repoussant les limites de son corps et surtout, sans rien à perdre.

La narration de Frank Miller n’est pas des plus subtiles, c’est une narration qui sort des tripes, bourrée de sentiments, mélange de démence, d’amour et de colère. Le dessin, tout comme l’histoire, est sombre et noir. Mais quelle maîtrise graphique ! On en viendrait presque à regretter l’invention de la couleur ou du moins à douter de son utilité au sein du 9ième art.

Frank Miller maîtrise le noir et le blanc à la perfection. En contrastant ces deux couleurs, souvent violemment et parfois délicatement, il fait jaillir des sentiments palpables et d’une profondeur extrême. J’ai particulièrement apprécié les scènes sous la pluie battante : chaque goutte sur la carapace sombre de Marv fait jaillir une lumière apaisante et libératrice. Impressionnant !

Le noir et le blanc qui luttent de planche en planche pour un combat de toute beauté, un dessin flirtant avec le caricatural qui va à l’essentiel et des découpages cinématographiques : une grosse claque graphique !

Un chef-d’œuvre de Frank Miller, adapté cinématographiquement par Robert Rodriguez avec Mickey Rourke dans le rôle de Marv.

Frank Miller – Sin CityLisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Frank Miller – Sin City, Cet Enfant de Salaud

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, Rackham, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags on 23 janvier 2010 by Yvan

Sin City Miller FrankMême si chronologiquement ce tome se situe avant les 3 premiers tomes et que chaque tome peut se lire indépendamment, je comprends que certaines personnes qui n’ont lu que ce tome, n’aient pas trop aimé.

Ceux qui, par contre ont commencé cette série par le premier tome connaissent déjà la ville de Sin City et ne s’étonne pas du raisonnement primaire et destructeur des personnages et de l’environnement corrompu, glauque et foncièrement sombre de Sin City. Ils n’ont pas besoin d’explications sur les motivations de Hartigan, car ils savent qu’elles se situent au coeur même de l’esprit de Sin City.

Le personnage central de ce tome est Hartigan, le seul flic non corrompu de Sin City. C’est son dernier jour de service avant la retraite et pourtant il va défier la famille la plus puissante de Sin City pour sauver une petite fille de onze ans nommé Nancy.

Hartigan, pétant les plombs, faisant sortir son instinct bestial et repoussant les limites de son corps, fait fortement penser à Marv du premier tome. Tout comme Marv, il aura les couilles de s’attaquer à la famille la plus puissante et la plus malsaine de Sin City : les Roark. Marv s’était attaqué au Cardinal Roark, Hartigan, lui, va s’attaquer au Sénateur Roark et à son sadique de fils. Tout comme dans le premier tome on retrouvera d’ailleurs la ferme des Roark, épicentre de tous les vices de cette famille.

On prendra également plaisir à croiser d’autres personnages des tomes précédents, comme Dwight (et ses problèmes relationnels avec Ava) et Shelly. Mais on découvrira surtout le passé de Nancy Callahan, la danseuse au lasso, à qui Frank Miller aime dédier des planches entières de toute beauté depuis le début de cette série.

Le titre original de ce tome étant «This Yellow bastard», on comprend également mieux l’ajout d’une troisième couleur, alors que les autres tomes ne contrastaient que le noir et le blanc. Et puis, le contraste de deux couleurs, plus l’ajout du jaune pour faire ressortir des éléments et un personnage principal qui a des problèmes cardiaque, moi ça me fait fortement penser à une autre série assassine

Aaah Sin City : Violence gratuite, corruption jusqu’à la moelle, une narration pleine de sentiments bruts qui va racler au plus profond de la psychologie des personnages et un dessin où le blanc et le noir continuent de s’affronter de planche en planche pour un combat graphique de toute beauté.

Exquis !

Frank Miller – Sin City, Le Grand Carnage

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, Rackham, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags on 23 janvier 2010 by Yvan

miller sin cityL’orage se rapproche de Sin City, cette ville glauque où putes, truands et flics véreux font la loi et où les cadavres se ramassent à la pelle. Une ville où un quartier en particulier est plus mortel que les autres, un quartier où même les flics ne s’aventurent pas : la vieille ville.

Une ville que l’on croyait sans règles, une ville où l’on pensait que tout était permis, mais ce troisième tome vient prouver le contraire. Il y a bien certaines choses à ne pas faire à Sin City, certains accords à respecter si on ne veut pas compromettre l’équilibre fragile qui règne entre bandits, flics corrompus et catins, certaines choses qu’il faut éviter de faire si on ne veut pas provoquer un Grand Carnage !

Dans ce tome Miller va moins se focaliser sur un personnage afin de mieux explorer les bas-fonds de la vieille ville et de mettre à jour certains accords qui régissent cet univers plein de perversion. Un univers où l’on va cependant retrouver certains personnages des tomes précédents.

Il y a d’abord ces putes tueuses (Gail, Miho, Manute, etc.) qui règnent sur la vieille ville et qui vont jouer un rôle central et ravageur dans cette histoire. Et puis il y a Dwigth Mc Carthy du tome précédent. Mais ce n’est plus le Dwight détective privé qui chasse les couples infidèles et qui se laisse mener par le bout du nez par Ava. Non, le Dwight dans ce tome est différent psychologiquement et aussi physiquement, car il a même un nouveau visage.

Et même si c’est à nouveau à cause d’une femme (Shellie en l’occurrence) que le personnage principal va se voir embarquer dans une histoire sanglante, contrairement aux tomes précédents le personnage principal ne va pas péter les plombs. Alors que dans les tomes précédents la haine et la bête sauvage jaillissaient hors du personnage central, on trouve ici un Dwight plutôt calculateur, aux actions réfléchies. C’est aussi le premier tome sans Marv, un Marv plus impulsif et charismatique que Dwight et qui manque cruellement à ce tome pour ma part.

Ce qui n’a pas changé par contre, c’est la narration divine (ou faut-il dire endiablée) de Frank Miller, ainsi que sa maîtrise graphique incroyable. Des nouvelles scènes exquises sous la pluie battante tout comme dans le premier tome, des femmes aux silhouettes aguichantes et lumineuses qui sortent de l’obscurité répugnante de Sin City. Des contrastes de noir et de blanc, de lumière et d’ombres découpés avec violence et dynamisme de la première à la dernière page.

Frank Miller – Sin City, J’ai tué pour elle

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, Rackham, Séries, [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros], [Terminées] with tags , on 23 janvier 2010 by Yvan

Sin City MillerAvec ce deuxième tome de Sin City, Frank Miller continue de construire cette ville glauque et pourrie qu’est Sin City. Une ville d’alcool, de truands et de putes sauvages où certains quartiers sont mortels pour les flics (pour la plupart corrompus).

Contrairement au premier tome ce n’est pas avec Marv, mais en compagnie de Dwight que l’on va continuer de découvrir cet îlot de malheur pour psychopathes avertis qu’est Sin City. Dwight est détective privé avec comme spécialité (peu honorable): la prise en flagrant délit de couples infidèles.

Tout comme Marv (et la quasi totalité des personnages de Sin City), Dwight a un sérieux problème psychologique : il a également une bête qui sommeille en lui et Sin City n’est pas l’endroit idéal pour dompter cette bête. En plus, il a un sérieux problème relationnel avec Ava, femme fatale pour laquelle la plupart des hommes sont prêts à vendre leur âme (ou ce qu’il en reste).

Ava va donc libérer la bête en Dwight, qui va s’enfoncer dans un merdier pas possible et devra faire appel à Marv pour venir faire le ménage et quand Marv fait le ménage, le noir et le blanc ont tendance à gicler des pages.

Le personnage de Dwight est différent et légèrement plus fouillé que cette brute sans pitié qu’est Marv, quant à Ava, elle cache tellement bien son jeu, que même le lecteur a du mal à tirer la ligne entre mensonge et réalité.

La narration va racler au plus profond de la psychologie des personnages de Sin City afin de nous raconter ces choses qu’il est déjà dérangeant de penser. Ces recoins obscurs de la pensée que Miller prend plaisir à mettre à la lumière du jour à l’aide d’une narration pénétrante et d’un dessin où noir et blanc livrent un combat incessant et passionnant.

Magistral !