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Apostolos Doxiadis – Logicomix

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, One-shots, Vuibert, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Sans super-héros] with tags , on 25 juin 2010 by Yvan

Dans les méandres de l’exactitude scientifique !

LogicomixSeptembre 1939, alors qu’en envahissant la Pologne, l’Allemagne plonge l’Europe dans l’horreur de la guerre, de l’autre côté de l’Atlantique, un homme s’apprête à tenir une conférence sur le «Rôle de la logique dans les affaires humaines». À l’entrée de l’université, Bertrand Russell est cependant pris à parti par des manifestants pacifistes qui lui demandent de soutenir la cause isolationniste en prônant la non-participation des États-Unis au conflit européen. Après avoir invité les protestataires à le rejoindre dans l’auditoire, il va leur raconter une histoire, la sienne, et leur donner l’outil qui leur permettra de prendre une décision concernant l’engagement de l’Amérique contre la dictature d’Hitler : la logique !

À l’instar du projet titanesque du dessinateur allemand Jens Harder (Alpha … directions), qui retrace l’histoire du genre humain depuis la création de l’univers, cette œuvre qui s’attaque aux fondements des mathématiques et de la logique unit science et neuvième art de la plus belle manière qui soit. Ambitieux et didactique, ce roman graphique imaginé par le mathématicien Apostolos Doxiadis et par le professeur d’informatique théorique Christos H. Papadimitriou, est illustré par Alecos Papadatos (dessin) et Annie Di Donna (Couleur). Si le sujet peut paraître rébarbatif, l’album, déjà traduit dans 15 langues, connaît pourtant un énorme succès … tout à fait mérité !

C’est à travers la vie du logicien Bertrand Russell (1872-1970), narrée par lui-même au cours d’une conférence au début de la Seconde Guerre mondiale, que Logicomix emmène le lecteur dans les méandres de l’exactitude scientifique. Démarrant dès l’enfance, la quête de vérité de Russell passe par la philosophie, les postulats, l’algèbre, les symboles logiques, la théorie des ensembles, les définitions circulaires, les algorithmes booléen, les calculs des prédicats, les théorèmes d’incomplétude, le langage et la controverse Poincaré-Hilbert. Ce voyage qui débute à la fin du dix-neuvième siècle et se prolonge jusqu’au milieu du vingtième, s’effectue en compagnie de mathématiciens et philosophes de renom, tels que Gauss, Boole, Kant, Hume, Von Neumann, Dedekind, Cantor, Frege, Poincaré, Hilbert, Gödel, Leibniz, Klein, Minkowski et Wittgenstein. De leurs théories souvent conflictuelles aux Principia Mathematica de Russell et Whitehead, en passant par le fameux paradoxe qui ébranla les fondements de la logique, ces pérégrinations à l’intérieur du monde scientifique n’ont pourtant rien d’un cours de maths ou d’histoire. En s’attachant surtout aux individus qui animent les débats intellectuels de l’époque, les auteurs parviennent en effet à produire un récit fascinant, celui d’une période riche en découvertes et de savants passionnés, dont l’obsession à résoudre des problèmes insolubles les mène parfois au bord de la folie. L’hallucinante histoire de Grigori Perelman démontre d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire de remonter à la démence de Georg Cantor ou à la paranoïa de Kurt Gödel pour affirmer que ce travail de recherche dépasse souvent les limites de la raison. Ce mathématicien russe de quarante-quatre ans qui vit reclus dans un petit appartement vétuste de Saint-Pétersbourg dans des conditions plus que rudimentaires, vient de refuser un prix d’un million de dollars. Une récompense offerte par l’Institut Clay du Massachussetts pour avoir résolu la conjecture de Poincaré, l’un des sept problèmes mathématiques les plus recherchés du millénaire, formulée pour la première fois par Henri Poincaré en 1904. Une décision qui paraît aberrante, mais que la lecture de ce psycho-thriller mathématique permet de mieux comprendre.

Le dessin style ligne claire est loin de révolutionner le neuvième art, mais se veut particulièrement lisible et contribue à vulgariser un sujet pourtant complexe. Les passages auto-référentiels, où les auteurs se mettent en scène afin d’expliquer certains concepts plus abstraits, renforcent encore l’accessibilité de l’ensemble. Ceux qui veulent en savoir plus sur les travaux des différents scientifiques, se délecteront du carnet de note final qui détaille la biographie des personnages et explore leurs découvertes plus en profondeur.

Même si les données de la science ne suffisent pas à comprendre le sens du monde, cette passionnante aventure intellectuelle vaut indéniablement la peine d’être vécue …

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