Archive for the Amélie Antoine Category

Amélie Antoine – Raisons obscures

Posted in Amélie Antoine, Littérature with tags , on 24 avril 2019 by Yvan

Souffrir en silence…

Amélie Antoine - Raisons obscuresAyant beaucoup aimé « Sans Elle » et littéralement adoré « Quand on n’a que l’humour » de l’auteure, j’ai plongé les yeux fermés dans ce nouveau roman d’Amélie Antoine… sans même lire le quatrième de couverture, ce qui est probablement le meilleur des plans !

Dès les premières pages, Amélie Antoine laisse entrevoir qu’un drame aura lieu, puis nous présente les deux familles qui seront au cœur de ce récit. Il y a d’un côté les Mariani, une famille de deux enfants, dont l’aînée, Sarah, vit très mal son diabète. De l’autre, il y a la famille Kessler, trois enfants et un couple qui bat un peu de l’aile…

Si la première partie du roman se concentre sur les tracas des parents, allant de soucis professionnels à des problèmes de couple, en passant par un voisin un peu trop bruyant, la seconde moitié donne la parole aux enfants. Cette construction particulièrement intelligente permet de tout d’abord planter le décor, en dressant le portrait de familles ordinaires, qui doivent certes faire face à quelques petits soucis, mais rien de véritablement insurmontable. Sauf qu’il y a cette introduction annonciatrice d’une tragédie et cette seconde partie qui vient brillamment faire écho à la première, révélant progressivement la partie enfuie de l’iceberg…

À l’instar d’autres très bons thrillers psychologiques réalistes, tels que ceux de Barbara Abel par exemple, celui-ci parvient également à dresser le portrait de personnages particulièrement authentiques, auxquels le lecteur n’a aucun mal à s’identifier. Mais la grosse claque qui transforme celui-ci en coup de cœur est l’incroyable maîtrise avec laquelle Amélie Antoine aborde un sujet hyper sensible et de grande actualité en deuxième partie de roman. Si le lecteur s’en voudra éventuellement d’être passé à côté de certains détails annonciateurs en première partie, il n’aura qu’une seule envie en découvrant l’issue tragique qui se profile au fil des pages : crier STOP !

Tout parent qui se respecte éprouvera en effet de la colère, de l’impuissance, de la frustration, de l’écœurement et de l’effroi en cours de lecture. En cause : le talent d’Amélie Antoine, cette capacité étonnante à décortiquer les sentiments humains avec un réalisme d’une justesse incroyable et à nous assommer avec une violence psychologique insoutenable, jusqu’à cet uppercut final dont on a du mal à se relever…

Un thriller psychologique glaçant de réalisme !
Une lecture indispensable… voire même obligatoire dans les écoles !

Raisons obscures, Amélie Antoine, XO, 381 p., 19,90€

Ils en parlent également : Mes échappées livresques, Mademoiselle Maeve, Lord ArsenikEvasion Polar, Sonia boulimique des livres, Sangpages, Le Nez dans les Bouquins, Les lectures de Louise, Le notebook de Gwen, Pause Polars, Aude Bouquine, A la page des livres, Stef Eleane, Mon rêve d’été, La bibliothèque de Céline, Lunatic, Les Lectures de Maman Nature, Mes Lectures du Dimanche, Lire et courir, Mélie et les livres, Koryfée, Antigone, Lectures d’A, Entre deux livres, Valmyvoyou lit, L’atelier de LitotePage après page

Retrouvez Amélie Antoine sur son site ou sur sa page Facebook !

Amélie Antoine – Sans elle

Posted in Amélie Antoine, Littérature with tags on 7 mars 2018 by Yvan

Et si… ?

Amélie Antoine - Sans elleAyant beaucoup aimé « Une bonne intention » de Solène Bakowski et « Quand on n’a que l’humour » d’Amélie Antoine, je me suis forcément intéressé à leur projet commun. « Sans Elle » et « Avec Elle » sont en effet deux romans publiés en même temps, dont les couvertures se font intelligemment écho et qui offrent un point de départ identique.

Le lecteur est en effet invité à suivre les déboires de la famille Simoëns, vivant dans un patelin nommé le Quesnoy, dans le Nord. Les deux récits débutent le 14 juillet 2004 en compagnie de la mère et d’une des jumelles de six ans, qui s’apprêtent à assister au feu d’artifice du village près de l’étang. Étant punie pour avoir renversé un flacon de parfum, l’autre sœur doit passer la soirée à la maison avec son père. À quelques instants du début du spectacle pyrotechnique, la petite Jessica repère un employé de mairie distribuant des colliers fluorescents et demande à sa mère si elle peut aller en chercher un. C’est l’instant où les deux romans bifurquent : un lacet mal noué, un moment d’inattention de la mère et c’est toute une existence qui peut basculer… ici, elle se poursuivra sans Jessica…

Pour ce projet d’écriture commun, les vingt premières pages des deux récits sont donc identiques, mais prennent ensuite une direction radicalement opposée, les auteurs imaginant une suite totalement différente, l’une sans Jessica et l’autre avec. L’histoire proposée par Amélie Antoine est donc celle d’une disparition d’enfant, qui s’intéresse surtout aux ressentis des différents protagonistes et à la descente aux enfers de cette famille incapable de se reconstruire après un tel évènement. Suivant cette famille sur une dizaine d’année, l’auteure décortique les différentes étapes qui suivent cette disparition, de l’espoir au deuil, en passant par la culpabilité, les doutes, l’angoisse, les reproches, les soupçons, le mal être et les fissures qui détruisent progressivement le reste de la famille.

En amateur de polars, j’ai eu tendance à trop vouloir m’accrocher à l’intrigue, espérant continuellement des rebondissements concernant l’enquête policière. J’ai donc mis du temps à réaliser que l’intérêt de ce thriller psychologique se situait ailleurs. Amélie Antoine invite en effet à vivre l’enfer des proches, à partager leurs émotions. Comme elle le fait très bien et que la disparition d’une enfant ne laisse forcément personne indifférent, on finit par se laisser emporter par le récit, à éprouver de l’empathie envers les proches et à également se sentir orphelin de la petite Jessica.

Il me reste à découvrir l’autre destinée de la famille Simoëns, celle imaginée par Solène Bakowski.

Amélie Antoine – Quand on n’a que l’humour

Posted in Amélie Antoine, Littérature with tags , on 26 juillet 2017 by Yvan

Au-delà des paillettes…

Amélie Antoine - Quand on n'a que l'humour« Quand on n’a que l’humour » c’est tout d’abord l’histoire d’un humoriste adulé de tous, mais dont l’humour n’est qu’une bouée de sauvetage, une façade qui dissimule un homme blessé. Au sommet de sa gloire, alors qu’il doit jouer devant un Stade de France comble, pour un spectacle de surcroît retransmis sur TF1, Edouard Bresson se souvient de son enfance douloureuse et regrette d’être aimé de tous, sauf de son fils…

« Quand on n’a que l’humour » c’est également l’histoire d’un garçon qui souffre des absences de ce père qui multiplie les tournées et les spectacles. Arthur ira même jusqu’à renier son nom de famille, trop difficile à porter… le nom d’un père qu’il ne connaît pas…

La construction en deux parties est intéressante. La première, relatant la soirée au Stade de France, parsemée de flashbacks revenant sur l’enfance et le parcours de l’humoriste, fait progressivement tomber le masque de ce personnage qui arbore un sourire sur scène, mais qui côtoie la solitude et la tristesse en coulisses. La seconde, offrant le point de vue du fils délaissé, se déroule sur plusieurs mois et jette une nouvelle lumière sur des évènements dévoilés lors de la première partie, que l’on pensait initialement anecdotiques…

« Quand on n’a que l’humour » est donc l’histoire d’une quête de soi et d’un père et d’un fils qui ne se sont pas trouvés. C’est l’histoire d’un monde où la notoriété et l’argent ne font pas forcément le bonheur, où les apparences sont souvent trompeuses et où le rire n’est pas nécessairement le prolongement du bonheur, mais un ultime cri de détresse issu d’une blessure beaucoup trop profonde. Si j’ai surtout aimé la première partie, qui offre le point de vue du père, la deuxième partie, dédiée au fils, est également très bien car elle permet à ces deux êtres séparés par la gloire et les paillettes de se rapprocher au fil des pages…

Amélie Antoine, dont j’ai subitement envie de lire le précédent roman « Fidèle au poste », retranscrit les sentiments de ses personnages avec grand brio. Cette capacité à saisir les émotions avec autant de justesse et à brosser le portrait de personnages d’une authenticité remarquable, crée énormément d’empathie envers des personnages que l’on prend plaisir à côtoyer et à découvrir au fil des pages.

Lecture fortement conseillée !