Archive for the Hiroshi Hirata Category

Hiroshi Hirata – La loi du temps

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Hiroshi Hirata, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2011] with tags , on 5 mars 2011 by Yvan

Les effets du temps …

Hiroshi Hirata - La loi du tempsÀ travers ce recueil de quatre histoires courtes, les Éditions Delcourt continuent de publier l’œuvre de Hiroshi Hirata (La force des humbles, Tueur !, L’âme du Kyudo, Satsuma, l’honneur de ses samouraïs, Zatoïchi, L’Incident de Sakai et autres récits guerriers et Plus forte que le sabre).

La première nouvelle, intitulée La danse de l’amour, relate la quête vengeresse d’une jeune femme, recueillie par sa tante à l’âge de deux ans suite à l’assassinat de son père et au suicide de sa mère. Le récit invite à remonter dans le temps afin de découvrir le parcours douloureux de Riya, pour se conclure par un affrontement salvateur avec le meurtrier. Il vivait des jours tranquilles … raconte l’histoire de Tamagaki Jûzaemon, un greffier rigoureux qui, afin de protéger la vertu de son épouse, décide de mettre fin aux dépravations d’un puissant seigneur local qui n’hésite pas à abuser des plus jolies femmes du domaine. La troisième histoire (La Brigade du Byakko-Taï) est celle d’Inuma Sadakichi, rescapé malgré lui d’un suicide rituel par seppuku de seize jeunes guerriers, sur un champ de bataille à l’aube de l’ère Meiji. Le dernier récit (Kenzan) est dédié à l’intransigeance d’un intendant tyrannique qui fait régner la terreur sur ses terres et n’autorise aucun répit aux paysans du fief de son maître.

À travers ces nouvelles, l’auteur aborde les effets du temps sur la vie et sur les convictions de quatre anonymes. En étalant les récits sur de nombreuses années, il invite les protagonistes à emprunter le chemin qui mène à la sagesse et à l’acceptation de soi et leur laisse le temps d’évoluer au fil des pages. Qu’il apporte la raison, permette de relativiser ou de prendre conscience de ses erreurs, le temps s’avère à chaque fois salvateur et permet de donner un sens aux nombreuses destinées.

À l’instar du précédent recueil de nouvelles de l’auteur, L’Incident de Sakai et autres récits guerriers, cet album est à nouveau principalement inspiré de faits authentiques. Outre cet ancrage historique, qui permet une analyse didactique des mœurs et coutumes des différentes époques de l’ère Edo, l’intérêt de ce manga réside également au niveau de personnages droits, forts et courageux, qui insufflent beaucoup d’humanité à l’ensemble. Dans un style soigné et réaliste, Hiroshi Hirata restitue le Japon médiéval avec un réalisme impressionnant et se nourrit de cette réalité souvent brutale pour livrer des récits alliant avec brio témoignage historique et aventure humaine. D’un trait vif et précis, ce maître incontesté du gekiga (manga dramatique) transmet toute son énergie à des planches dynamiques et pleines de vie. Malgré certaines ressemblances entre les protagonistes, il insuffle beaucoup de caractère à ses héros et leur confère une présence incontestable.

Si cette nouvelle production est un peu en deçà des meilleures œuvres du mangaka, ses qualités indéniables et un bonus intéressant (qui propose de découvrir une série d’échanges de mails entre Hirata et son directeur éditorial) ne manqueront pas de séduire les adeptes du genre ou du maître.

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Hiroshi Hirata – L’Incident de Sakaï

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Hiroshi Hirata, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2009] with tags , on 12 avril 2010 by Yvan

Hiroshi HirataLe 8 mars 1868, dans le port de Sakai, près d’Osaka, onze marins français de la frégate Dupleix sont tués à coups de carabine par des soldats de la province de Tosa, en charge du maintien de l’ordre dans le port. Au nom de la France, le ministre Léon Roches exige les excuses du ministre nippon, un châtiment exemplaire pour les assassins et une indemnité de 150.000 dollars. En réponse, les japonais condamnent vingt coupables à se faire hara-kiri dans l’enceinte du temple de Myokokuji, devant le regard ébahi d’une délégation française qui gardera longtemps en mémoire l’image de ces samouraïs morts en héros …

C’est par une interprétation légèrement partisane de cet incident historique que débute ce Lire la suite

Hiroshi Hirata – L’âme du Kyudo

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Hiroshi Hirata, Manga / Manhwa, One-shots, [Angoulême 2008], [DL 2007] with tags , , , on 4 février 2010 by Yvan

Hiroshi Hirata - L'âme du KyudoTouché par une flèche perdue en provenance d’un camp d’entraînement pour jeunes archers, le père de Kanza Hoshino s’écroule au beau milieu des champs. Afin que cette mort ne soit pas vaine, le jeune homme décide de profiter de ce drame pour quitter sa triste vie de samouraï de basse classe en essayant de devenir le « Premier sous le ciel » : titre réservé à chaque nouveau détenteur du meilleur record de l’épreuve du Tôshiya, qui consiste à faire passer le plus grand nombre de flèches possible sous un auvent de 120m de longueur sur une période de 24 heures.

Tenter de conquérir un lectorat européen avec une brique d’environ 450 pages consacré au Kyudo (l’art du tir à l’arc japonais) relèverait de l’utopie si l’œuvre en question n’était signée Hiroshi Hirata. Après Satsuma, l’honneur des samouraïs et Zatoïchi, Delcourt continue de publier cet auteur spécialisé dans l’étude comportementale des combattants du Japon médiéval, en s’attaquant à cette histoire datant de 1969.

Se déroulant au début de l’ère Edo, ce récit détaille fidèlement les mœurs de la classe guerrière du Japon féodal en se concentrant sur l’histoire d’une compétition mythique qui prenait place au temple de Sanjûsangen-dô à Kyôto. Malgré cet ancrage historique et un thème central loin des aventures classiques de samouraïs qui se battent à coups de sabres, l’ouvrage est loin d’être indigeste. En suivant le parcours tourmenté et incertain d’un protagoniste principal mû par le désir de gravir l’échelle sociale et repoussant inlassablement ses propres limites, ce gekiga (manga dramatique) parvient à allier témoignage historique et aventure humaine de manière efficace.

Ce gekigaka de renommé va éviter d’enjoliver la société de l’époque et même adopter un point de vue critique vis-à-vis d’un exercice sensé être la quintessence des épreuves d’archerie, mais réduit à un jeu de gloriole entre fiefs, au détriment des personnes de basse extraction. Un message qui trouve écho dans les dérives commerciales et autres du monde sportif actuel. Tout en s’autorisant quelques digressions personnelles aux faits authentiques, celui qui est reconnu comme l’instigateur de la mode du gekiga parvient à donner une dimension universelle à ce seinen. Son trait soigné et réaliste, combiné aux descriptions techniques, renforce encore la richesse didactique de cette analyse perspicace de la maîtrise d’un art martial et de cette société de samouraïs dominée par l’honneur et la fierté.

Le premier véritable rebondissement ne survenant qu’après 350 pages, ce one-shot au sujet peu porteur et qui ne tend pas trop la corde du divertissement à son arc, ravira surtout les pratiquants de budô et les amateurs de manga plus réalistes qui abordent des thèmes délaissés par les productions classiques.

Hiroshi Hirata - L'âme du KyudoLisez également l’avis à plusieurs mains sur K.BD !

Hiroshi Hirata – Tueur !

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Hiroshi Hirata, Manga / Manhwa, One-shots, [DL 2008] with tags , on 23 janvier 2010 by Yvan

Hiroshi HirataDans le Japon des années 1860, les fiefs partisans de l’isolationnisme font tout pour abolir le shôgunat afin de rétablir le règne tout-puissant de l’Empereur. Dans ce pays en crise et s’apprêtant à entrer dans une nouvelle ère, certains seigneurs n’hésitent pas à engager de véritables assassins dans une guerre politique sans pitié. Parmi ces tueurs experts dans le maniement du sabre se trouve Izô Okada, un samouraï de basse classe qui sert aveuglement les sombres desseins de son seigneur. Afin de satisfaire son maître, radical et extrémiste, et de subvenir à ses besoins, Izô exécute toutes les basses œuvres. Pourtant, au fil des missions punitives et malgré des enjeux politiques qui le dépassent, « Izô le tueur » va prendre conscience de la perfidie de son employeur et chercher une voie plus digne pour cet art du sabre qu’il s’efforce de perfectionner depuis l’enfance. Devenu rônin, délivré du joug qui l’enchaînait, Izô Okada va cependant découvrir le prix de la liberté !

Après L’âme du Kyudo (l’Essentiel du patrimoine du Festival d’Angoulême 2008), Satsuma, l’honneur des samouraïs et Zatoïchi, Delcourt continue de publier ce grand nom du gekiga (manga dramatique). Basée sur des faits et des personnages historiques, cette œuvre d’Hiroshi Hirata est une adaptation libre du film à succès d’Hideo Gosha (Hitokiri, 1969).

Hiroshi Hirata situe son récit dans un Japon féodal, au moment où le pays commence à s’ouvrir à l’Occident. Une période charnière pour la société nippone, marquée par la fin de l’époque Edo et les dernières années du shôgunat Tokugawa. Un contexte historique violent qui nourrit efficacement l’intrigue en complots, trahisons, alliances et meurtres et qui permet à l’auteur de livrer une analyse didactique des mœurs d’une société en transition.

En suivant le parcours tourmenté et incertain d’un protagoniste principal manipulé comme un pantin par ses supérieurs, ce gekigaka de renommé va adopter un point de vue critique vis-à-vis des seigneurs mus par la soif du pouvoir, au détriment des personnes de basse extraction. Inspiré de l’histoire vraie d’Okada Izo (1832-1865), guerrier de classe inférieure aussi redoutable que naïf, ce récit offre une vision différente des manga classiques de samouraïs. A travers la prise de conscience de cet individu qui remet en question son rôle de tueur, l’auteur aborde un thème qui lui est cher : vivre en accord avec soi-même !

Si ce one-shot parsemé de nombreuses références débute de manière un peu confuse au milieu d’une époque elle-même trouble, l’émancipation de ce héros rongé par le doute devient très vite intéressante à suivre. Malgré certaines ressemblances entre les personnages et un dessin un peu daté, le trait soigné et puissant d’Hiroshi Hirata donne beaucoup de caractère à l’ensemble et se prête parfaitement à cette histoire qui saura ravir les amateurs de manga plus réalistes.