Archive for the Jeanne Benameur Category

Jeanne Benameur – Ceux qui partent

Posted in Jeanne Benameur, Littérature with tags on 9 octobre 2019 by Yvan

L’antichambre du rêve américain !

Jeanne Benameur – Ceux qui partent« Ceux qui partent » raconte l’histoire de ceux qui viennent de débarquer sur Ellis Island après une longue traversée en bateau. Des déracinés qui ont déjà vue sur la statue de la Liberté, mais qui doivent encore passer des contrôles, afin d’être acceptés ou rejetés par ce pays qui vend certes du rêve, mais qui accueille toutefois cette nouvelle vague de migrants avec beaucoup de méfiance.

Ce roman choral qui se déroule sur une journée et une nuit à Ellis Island en 1910, dresse le portrait de personnages dont les vies s’entremêlent aux portes des Etats-Unis et qui dévoilent progressivement leurs rêves, leurs passions, leurs souvenirs et leurs doutes. Suspendus entre un avant qu’ils n’ont pas encore totalement quitté et un avenir rempli d’espoir, mais encore très flou, ils vont faire des choix et des rencontres qui risquent de bouleverser leur avenir…

Si le roman graphique entièrement muet de Shaun Tan (« Là où vont nos pères ») aborde le même sujet à coups de silences qui en disent souvent très long, on peut difficilement rêver mieux que la plume délicate de Jeanne Benameur (« Otages intimes ») pour restituer les émotions de ceux qui, par nécessité ou par choix, décident de partir vers une nouvelle vie… surtout que l’auteure, de père algérien et de mère italienne, a également connu l’exil à l’âge de cinq ans.

Même s’il ne se passe pas grand-chose et que certains passages peuvent paraître particulièrement lents, restituant au passage l’attente interminable de ces candidats au rêve américain, le sujet s’avère d’une actualité brûlante et les mots de Jeanne Benameur ne peuvent que transporter le lecteur…

Ceux qui partent, Jeanne Benameur, Actes Sud, 330 p., 21€

Ils en parlent également : Mes pages versicolores, Tours et culture, Lech’tur, La voie aux chapitres, Messageries littéraires, Les lectures de Cannetille, Nath, Vagabondage autour de soi, Mot-à-mots

Jeanne Benameur – Otages Intimes

Posted in Jeanne Benameur, Littérature with tags on 9 septembre 2016 by Yvan

Le douloureux retour à la vie…

Jeanne Benameur - Otages Intimes« Otages intimes » est le récit d’une lente reconstruction… Celle d’Etienne, photographe de guerre. Cet homme qui risquait sa vie pour mettre un visage sur les victimes de la guerre a été pris en otage et vient d’être libéré après de longs mois de captivité. La liberté qu’on lui octroie a cependant tout d’un leurre car le traumatisme est tellement profond qu’il demeure prisonnier des images de l’horreur qu’il a vécu. Afin de reprendre pied et de réapprendre à vivre, il retourne dans son village natal auprès de sa mère et de ses amis d’enfance… qui ne seront pas de trop pour l’accompagner sur ce long et douloureux chemin qui mène à la véritable liberté et à la paix, avec soi et avec les autres…

« Je pense toujours aux Chinoises et à leurs pieds bandés. Quand on enlevait les bandes qui avaient torturé ces pieds, la torture recommençait. Le sang qui circule à nouveau fait mal. »

« Otages intimes » est donc l’histoire d’un homme qui doit réapprivoiser les moindres petites choses du quotidien. Le temps qu’il a passé en apnée a été beaucoup trop long et la remontée des profondeurs ramène inévitablement le passé à la surface. Puis une fois sorti du gouffre, il doit retrouver son souffle, dépasser le traumatisme et retrouver la joie de vivre malgré les horreurs qui existent dans le monde…

« Derrière les paupières de mon fils il y a l’horreur du monde. Dans cette tête que je caresse, combien de cris perdus, d’appels de paroles brisées, les ruines de tant de vie les ruines, les ruines… mon dieu… comment faire pour vivre dans les décombres… la désolation… et les larmes d’Etienne coulent aussi sur son visage. »

« Otages intimes » c’est surtout le merveilleux style d’écriture de Jeanne Benameur. Des mots qui vous cueillent comme des notes de musiques et saisissent les émotions avec une justesse incroyable. Prenant tout son temps, elle nous installe au plus profond de l’intimité des personnages, en prise direct avec leurs sentiments. Débordante d’humanité, la mélodie qu’elle compose fait écho aux ravages causés par la captivité et permet de comprendre le ressenti de cet otage qui revient de loin et de ses proches qui ont également vécu dans la peur…

« Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du cœur qu’en donnant la vie à un être on l’a voué à la mort. Et plus rien pour se mettre à l’abri de cette connaissance que les jeunes mères éloignent instinctivement de leur sein. Parce qu’il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai. Par ton corps je viens au monde et je le quitterai seul.
Il n’y a pas de merci.
(…) Il faudra pourtant qu’elle réponde de cela toute sa vie dans la part obscure que les mères tiennent cachée. Et toute sa vie elle luttera contre la peur sourde de qui a voué un être au temps. Elle transportera la crainte d’abord sur les petits riens de l’enfance vulnérable : une chute possible, un mauvais mal. Mais la grande peur, celle qui traverse les rêves obscurs, elle n’en parlera à personne. Jamais. C’est l’ombre des mères. »

Un joli coup de cœur, qui mérite donc une belle place dans mon Top Livres !

Ils en parlent également : Noukette, Jérôme

« Sous tous les gestes de mère il y a un soupir. Toujours. Et personne pour l’entendre. Pas même celle qui soupire. Les mères prennent tellement l’habitude de faire et faire encore qu’elles ne savent plus elles-mêmes le soupir suspendu dans leur cœur. »