Archive for the Luc Brunschwig Category

Luc Brunschwig et Cécil – Holmes, Livre IV, La Dame de Scutari

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [Accessible], [DL 2015], [En cours] with tags , on 16 décembre 2015 by Yvan

Les femmes de l’Angleterre Victorienne !

Luc Brunschwig et Cécil - Holmes, Livre IV, La Dame de ScutariEt bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite vieille qui orne la couverture aura mis du temps à arriver en librairie. Au rythme d’un tome tous les trois/quatre ans, les fans de cette saga doivent d’ailleurs s’armer de patience. Et oui, dans un monde du neuvième art où la vitesse prend de plus en plus le pas sur la qualité, il reste encore quelques irréductibles Gaulois qui prennent le temps de peaufiner chaque case jusque dans les moindres détails, certes au détriment du rythme de parution (et probablement de leur portefeuille), mais, mon Dieu, que l’Art en ressort grandi. Les planches que livre Cécil (Le Réseau bombyce) sont époustouflantes de réalisme et font preuve d’un souci du détail impressionnant. Les vignettes semblent issues d’un vieil album photo et plongent le lecteur dans une ambiance rétro qui colle parfaitement à l’Angleterre Victorienne d’antan. Les jeux d’ombres sont à nouveau splendides et son lavis monochrome accompagne avec brio les allers-retours effectués dans le temps (bleu-gris pour le présent, sépia pour le passé). Cet album est donc le fruit d’un travail d’orfèvre, que tout bédéphile se doit d’applaudir à deux mains… sans trop regarder sa montre.

L’autre avantage de ce rythme de parution assez lent est qu’à chaque tome, je dois relire tous les précédents et pour un type comme moi, qui a la mémoire en compote, c’est un véritable plaisir de redécouvrir chaque album, avant d’arriver à celui-ci, où Luc Brunschwig a visiblement choisi de mettre les femmes à l’honneur. Il y a tout d’abord Violet, la mère de Mycroft et Sherlock, qui joue un rôle central dans ce quatrième volet, de la naissance de Sherlock jusqu’au chevet de sa nourrice, en passant par sa participation à la guerre de Crimée. Il y a ensuite Miss Nightingale, la célèbre infirmière de Scutari, qui multiplie les révélations concernant le passé des Holmes. Mais il ne faudrait pas oublier Judy Brown, la jeune femme de l’East End condamnée pour un double infanticide, Miss Bannister, l’ancienne nourrice de Sherlock, et l’infirmière à la jambe de bois qui prend soin de Siger Holmes. Mais attention, Brunschwig (Lloyd Singer, Le sourire du clownUrban, Car l’enfer est ici, Les enfants de Jessica, La mémoire dans les poches, Bob Morane) ne délaisse pas pour autant les hommes de cette saga, car le docteur Dudley Parks est également omniprésent, tandis que Mycroft continue de jouer un rôle de plus en plus intriguant.

Le fait de développer la psychologie des proches de Holmes permet donc de mieux cerner la personnalité complexe du célèbre détective et d’en apprendre plus sur son passé. En creusant le mystère qui entoure le héros de Conan Doyle, Brunschwig rend non seulement hommage à son créateur, mais parvient également à faire revivre Holmes au détour de chaque case de cet œuvre qui se déroule pourtant après sa mort. Les différents récits se croisent avec brio et Brunschwig ne serait pas Brunschwig, s’il ne profitait pas de l’occasion pour aborder des thèmes sociaux. Il dresse non seulement un portrait particulièrement convaincant de l’Angleterre Victorienne et de ses femmes, mais profite également du procès de l’empoisonneuse de L’East End pour pointer du doigt l’industrie et les riches qui exploitent les pauvres.

Incontournable !

Retrouvez d’ailleurs cet album dans mon Top BD de l’année !

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Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand – Bob Morane Renaissance, Les terres rares

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Lombard, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2015], [En cours], [Grand public] with tags on 11 novembre 2015 by Yvan

Un Bob Morane moderne !

Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand - Bob Morane Renaissance, Les terres raresBob Morane fait partie des héros qui ont bercé mon enfance et, apparemment, les éditeurs ont décidé de tous les ressusciter alors que ces bandes dessinées hibernent depuis plusieurs décennies dans des cartons, quelque part dans le grenier de mes parents. S’ils avaient déjà réussi à trouver un scénariste que j’affectionne particulièrement pour dépoussiérer « Ric Hochet », ils ont fait encore plus fort pour le célèbre aventurier d’Henri Vernes en choisissant mon auteur franco-belge préféré : Luc Brunschwig !

Pour ce reboot, Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray (au scénario), accompagnés de Dimitri Armand (au dessin), remettent donc les compteurs à zéro, tout en débarrassant le personnage de son contexte un peu trop vieillot. Les auteurs ancrent cette renaissance dans un monde plus contemporain, voire même légèrement anticipatif et livrent une aventure mêlant terrorisme, enjeux économiques et technologie, sans oublier une réflexion engagée sur le rôle et l’exploitation de l’Afrique dans notre monde actuel.

Les personnages emblématiques de la saga sont bien évidemment au rendez-vous de cette remise à jour… De l’incontournable Bill Ballatine à Miss Ylang-Ylang, en passant par Sophia Paramount et même le charismatique Ming, qui vient pimenter la toute fin d’album. Il s’agit certes d’un tome de mise en place, mais les auteurs démontrent déjà tout leur savoir-faire en proposant un contexte convaincant, des personnages crédibles et un premier volet particulièrement prometteur.

Visuellement, Dimitri Armand contribue également à la réussite de cette remise à neuf. En proposant un découpage dynamique et des cadrages très cinématographiques, il contribue à l’apparence plus moderne de ce reboot. De plus, d’un trait réaliste, il livre des personnages qui ont beaucoup de charisme, dont un Bill Ballantine dont j’apprécie beaucoup le look Cro-Magnon.

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Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn – Car l’enfer est ici, Quatre millions de voix (Tome 3)

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2015], [En cours], [Grand public] with tags , on 20 février 2015 by Yvan

Une intrigue politique profondément humaine !

Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn - Car l'enfer est ici, Quatre millions de voix (Tome 3)Le voilà enfin ce troisième volet de « Car l’enfer est ici » ! J’attends chaque tome du deuxième cycle du cultissime polar « Le Pouvoir des innocents » avec grande impatience, afin de découvrir au plus vite ce qu’il advient de Joshua Logan six mois après l’attentat qui coûta la vie aux 508 partisans de la démocrate Jessica Ruppert.

En décidant de se rendre aux autorités afin de prouver son innocence, Joshua Logan a non seulement transformé cette saga en un combat beaucoup plus juridique, parsemé de manipulations politiques, mais il a surtout mis son scénariste dans de sales draps. Le principal suspect de cette terrible tragédie qui a endeuillé l’élection municipale de New York se retrouve en effet enfermé dans une petite cellule, privant ainsi la série de son personnage principal. Lors du tome précédent, Brunschwig revenait encore intelligemment sur quelques zones d’ombre du passé de l’ancien militaire, mais ici, il le laisse gentiment croupir en prison. Le garçon est d’ailleurs au plus mal et son avenir ne s’annonce pas beaucoup plus rose car les responsables du complot font tout pour effacer les éventuelles pistes et le témoignage de la petite Amy Ruppert risque bien de ne pas peser bien lourd dans la balance…

Luc Brunschwig se retrouve donc tout nu, sans personnage principal et… pour se compliquer encore un peu la tâche, il va tenter de nous tenir en haleine avec un meeting politique dont la vedette orne la couverture. Complètement fou ce Romain ! L’ami Brunschwig va cependant s’en sortir et même haut la main. Vous savez pourquoi ? C’est simple : L’art de raconter et de dresser le portrait de personnages secondaires qui sont attachants dès la première case, avant de vous bouleverser au fil des planches. Et, au niveau des personnages secondaires attachants, autant vous dire que le garçon avait du choix et qu’il n’avait plus qu’à se servir !

Il aurait évidemment pu donner la vedette à la petite Lucy dont je suis fan dès la première minute. Mais non, il prend ce crétin de gros bras de Domenico qui n’est pas mon meilleur copain et le candidat démocrate Lou Mac Arthur, qui doit probablement être le personnage auquel j’adhère le moins (moi et la politique hein !). Et vous n’allez pas me croire… ben si, le type s’en sort encore haut la main… et vous ne savez même pas le sort qu’il réserve à ma petite Lucy… Je l’ai même maudit sur le coup… mais je vous laisse bien évidemment découvrir…

En résumé, on peut donc dire que Luc Brunschwig laisse son personnage principal de côté, qu’il n’est pas sympa du tout avec ma petite favorite, qu’il s’amuse à rendre un gros con hyper attachant et qu’il nous sert un meeting politique d’une longueur qu’il faut qualifier d’indécente quand on connaît le prix que le lecteur doit payer par planche de neuvième art. Mais arrivé à la fin de l’album… BAM !!!… on vote Lou Mac Arthur, on veut serrer le gros Domenico dans ses bras et on demande poliment la suite du récit au maître : mais dépêche-toi fieu, tu n’as pas honte de nous abandonner sur un cliff-hanger pareil ! Allez hop, au boulot !

Bon, voilà, pendant qu’il se remet au boulot ce bachi-bouzouk, je vais encore vous dire deux mots sur les deux seuls types qui ne me cherchent pas des poux sur cette saga. Il y a évidemment Laurent Hirn, le dessinateur originel de la série, qui s’occupe dorénavant avec brio du story-board et de la colorisation de la saga. Puis il y a David Nouhaud (« Maxime Murène ») qui a la lourde tâche de dessiner toutes les abominations imaginées par Brunschwig. Obliger son dessinateur à mettre un meeting politique en images pendant près de dix planches, lui faire dessiner des scènes chocs qui l’empêchent probablement de dormir la nuit… ahlala… courage les gars et bravo pour l’excellent travail !

Bref, « Quatre millions de voix », le troisième album du second cycle du Pouvoir des innocents, est un album qui abandonne le lecteur sans voix… et comme la plupart des albums de Brunschwig, vous savez où le retrouver : yep, dans mon Top de l’année… et il vaut mieux commencer à chercher dans le haut du classement !

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Luc Brunschwig et Roberto Ricci – Urban, Que la lumière soit… (Tome 3)

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2014], [En cours], [Grand public] with tags , on 17 septembre 2014 by Yvan

Let there be light !

Luc Brunschwig et Roberto Ricci - Urban, Que la lumière soit... (Tome 3)La fin du tome précédent abandonnait non seulement le lecteur sur un « cliffhanger » de format, mais livrait surtout un message important : Luc Brunschwig ne compte à nouveau pas ménager ses personnages !

À l’aide d’une narration toujours aussi experte, distillant ses flash-backs avec précision et parcimonie, mon scénariste préféré apporte un nouvel éclairage sur certains de ses protagonistes, dont Ishrat et Springy Fool. Si l’histoire de cette jeune fille couverte de tatouages commerciaux nous est enfin révélée, c’est l’homme habillé en lapin blanc que Brunschwig choisit de placer sous ses projecteurs. En revenant sur son passé et sur la genèse de Monplaisir, il montre le vrai visage de l’homme qui anime cette cité à l’apparence idyllique. Un portrait qui n’a rien de vraiment reluisant…

L’éclairage apporté aux personnages se fait néanmoins dans la pénombre car la ville de tous les plaisirs est victime d’un attentat qui a provoqué une gigantesque panne électrique. Cette coupure générale plonge non seulement la mégapole dans un chaos total, mais contribue surtout à une mise à nu de toute la superficialité de cette société accro à la téléréalité, construite sur des inégalités sociales et donnant à l’argent le pouvoir de l’illusion du bonheur. Après avoir livré les regards innocents de Zach et du jeune Niels sur ce gigantesque parc d’attractions, l’auteur fait maintenant tomber les masques et les décors, laissant ainsi entrevoir toute la noirceur des coulisses peu glamour de ce paradis artificiel dorénavant privé de paillettes. Les effets de la panne d’électricité se font d’ailleurs également ressentir en dehors de Monplaisir, où le scénariste nous réserve aussi quelques rebondissements surprenants, qui donnent envie de découvrir la suite au plus vite.

Mais, ce sera pour le prochain tome, assez de révélations pour cette fois-ci, il est temps d’éteindre à nouveau la lumière, de refermer l’album… la lumière fût, mais ce qu’elle dévoila n’était que noirceur… assez d’émotions pour aujourd’hui… merci Luc !

Hola ! Attendez ! Rallumez ! J’ai oublié de vous parler du truc le plus important de cet album : Roberto Ricci ! Je vous ai déjà souvent dit que les planches de l’artiste transalpin sont à flinguer, que le travail minutieux qu’il réalise au niveau de l’architecture et des décors force mon admiration et qu’il parvient à plonger ce monde fait de néons, de paillettes et de couleurs dans une ambiance oppressante, tout en distillant la noirceur qui anime les coulisses de cet univers enjôleur. Et bien, il a fait encore plus fort lors de cet album. S’il profite comme d’habitude de ce monde costumé, qui met gratuitement des milliers de déguisements à la disposition de ses visiteurs, pour truffer ses planches de nombreux clins d’œil savoureux, il a cette fois eu la gentillesse d’intégrer mes enfants dans une des cases. Ainsi, page 53, vous pouvez découvrir Iben et Alec déguisés en Mega Mindy et Mega Toby, pour le plus grand bonheur de leur papa. Grazie mille Roberto !

Iben et Alec

Retrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn – Car l’enfer est ici, 3 Témoignages (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2014], [En cours], [Grand public] with tags , on 30 avril 2014 by Yvan

La suite incontournable d’une série culte !

Luc Brunschwig, David Nouhaud et Laurent Hirn - Car l'enfer est ici, 3 Témoignages (Tome 2)« Car l’enfer est ici » est le deuxième cycle du cultissime polar « Le Pouvoir des innocents ». Après un excellent premier tome qui se déroulait seulement six mois après l’attentat qui coûta la vie aux 508 partisans de la démocrate Jessica Ruppert, dont le célèbre boxeur Steven Providence, ce second volet retrace la journée du 4 septembre 1999.

En décidant de se rendre aux autorités afin de prouver son innocence, Joshua Logan a transformé cette saga en un combat beaucoup plus juridique, parsemé de manipulations politiques. Le principal suspect de cette terrible tragédie qui a endeuillé l’élection municipale de New York aura cependant beaucoup de mal à faire éclater la vérité car les responsables du complot font tout pour effacer les éventuelles pistes, tandis que son avocat est passé à tabac pour avoir pris la défense de l’ennemi public numéro un.

Le talent narratif de Luc Brunschwig n’est plus une chose à démontrer, mais une certitude qu’il faut savourer au fil des tomes. Passant habillement d’un personnage à l’autre, il distille une nouvelle fois les informations au compte-goutte, tenant le lecteur en haleine avec un brio que peu de scénaristes parviennent à égaler. Utilisant l’innocence de Joshua comme fil rouge, il mène plusieurs intrigues en parallèle et propose, comme le titre de cet album laissait présager, trois témoignages capitaux : celui d’Angela Twist l’infirmière qui a suivi Logan au centre psychiatrique, celui des travailleurs immigrés qui détiennent des informations concernant le meurtre de Carole Ann Stone en fin de tome précédent et celui de Joshua en personne.

Comme d’habitude, Luc Brunschwig s’appuie sur des personnages hauts en couleurs, dont il soigne la psychologie au fil des cases. De Cyrus Chappelle, l’avocat gay et noir de Joshua, à Domenico, l’homme de main de la mafia, en passant par Lucy, dont je suis immédiatement devenu fan, il parvient à faire émerger des personnages aussi intéressants qu’attachants. Mais la grande force de ce tome est que l’auteur n’oublie pas son personnage principal, dont il dévoile intelligemment quelques zones d’ombre du passé. En revenant sur son évasion du centre médical en compagnie d’Amy et en dévoilant les raisons de son engagement au Viêt-Nam, il crée un lien encore plus fort avec la série d’origine. Bien vu !

Et Luc ne serait pas Luc s’il ne profitait pas de ce nouveau cycle pour s’attarder sur le contexte sociétal. En dressant un portrait peu reluisant de la société américaine et en décrivant avec justesse les rouages politiques, il livre un thriller politico-social prenant qui pointe du doigt les dérives de ce pays qui exploite la main d’œuvre étrangère et qui laisse croupir des innocents en prison alors que les plus grands malfrats se promènent aux bras des politiciens.

Visuellement, épaulé par Laurent Hirn au story-board, David Nouhaud (« Maxime Murène ») livre une nouvelle fois de l’excellent boulot. Notons finalement que les auteurs ont finalement reçu l’autorisation des Editions Delcourt (l’éditeur du premier cycle) pour reprendre le nom original de la série et qu’ils en ont profité pour proposer une nouvelle maquette pourvue d’une couverture splendide. Nul doute que cela alimentera quelques discussions concernant le format, les tranches et autres aspects visuels qui n’ont d’importance qu’une fois l’album rangé sur une étagère, mais faut-il s’attarder sur ces détails qui n’auront peut-être plus aucune raison d’être dans une ère de plus en plus numérique qui tente progressivement de supprimer les versions papier ? Bref, il faut arrêter de nous soûler avec le flacon… car du moment qu’on a l’ivresse… hips…

Retrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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Luc Brunschwig et Olivier Martin – Lloyd Singer, 1985 (Tome 8)

Posted in Bamboo, BANDES DESSINÉES, Diptyques, Franco-Belge, Luc Brunschwig, [DL 2013], [Grand public] with tags , on 1 mai 2013 by Yvan

Bye bye Lloyd Singer !

Luc Brunschwig et Olivier Martin - Lloyd Singer, 1985 (Tome 8)Non mais allô quoi, t’aime la BD et tu n’as pas lu « Lloyd Singer » ? Non mais allô quoi !

C’est quoi ton problème ? Le changement d’éditeur et de nom de cette saga qui vit le jour chez Dupuis (Makabi) et qui a finalement eu droit à une deuxième jeunesse au sein du catalogue « Grand Angle » des éditions Bamboo ? Une nouvelle identité, un nouveau look, un nouveau flacon… certes, mais l’ivresse est là, 100% garantie ! Allez, juste une gorgée ?

Quoi ? Le changement de dessinateur, c’est ça ? Ben non, c’est Olivier qui dessine du début à la fin. Le changement de nom de famille ? Bah, c’est uniquement pour ajuster cette série aux valeurs plus cinématographiques de cette nouvelle collection, sans véritable cassure de style. Tu verras, ça passe comme une lettre à la poste !

Pardon ? La tronche du héros ne te plaît pas ? Bon, là, c’est vrai… entre l’agent gouvernemental binoclard, avec sa tête à claques, et son double « Makabi », avec son sac à deux balles sur la tête, j’avoue que le personnage n’a pas beaucoup d’atouts pour séduire. Mais, les deux personnalités s’emboîtent pourtant avec brio, rendant le personnage central plus complexe qu’il ne paraît… et je peux te garantir qu’au fil des tomes tu vas l’adorer ce p’tit con !

En fait, le seul point négatif de cette saga est qu’elle se termine après seulement huit tomes ! Et oui, c’est terminé, car « 1985 » ne conclut pas seulement le troisième cycle de la série, c’est aussi le dernier tome de cette saga… et c’est à nouveau une véritable tuerie que tu as loupé ! Ah, c’est ton libraire qui ne te l’as pas conseillé ? Et bien, tu changes de libraire illico presto et tu vas chez un pro !!! Non, mais allô quoi, une BD, ça ne s’achète pas n’importe où ! Au supermarché, t’achète tes salades, mais pas du neuvième art !

Oui, tout à fait, de l’art messieurs dames, du grand art même ! Normalement, quand je parle d’une série policière que j’ai apprécié, je bassine le lecteur pendant des heures avec les qualités de l’intrigue pour terminer par un « … et le scénariste soigne également parfaitement le développement psychologique des personnages ». Mais ici, la dimension humaine est tellement poussée, que j’oublierais presque de te dire à quel point l’intrigue policière est menée de main de maître. Pourquoi cet oubli ? Parce que cette histoire de sérial-killer est intimement liée au passé de la famille Singer et que les agissements de ce vieillard ne sont pas incorporés par hasard, juste pour occuper le lecteur avec un petit polar classique. Non, cette histoire de meurtres est intégrée avec grande méticulosité, entièrement au service du développement psychologique futur des personnages. La grande classe quoi… ouais comme Nabila, mais en beaucoup mieux !

Parlons-en d’ailleurs, de la dimension psychologique de ce scénario parfaitement huilé, riche en surprises et qui tient en haleine du début à la fin. Lors de la première partie de ce diptyque, Luc Brunschwig avait déjà allongé toute la famille Singer sur le divan d’une psychiatre afin de trouver l’origine de l’anorexie qui ronge la fille ainée. Il continue de faire le point sur les fêlures qui sont à l’origine du mal collectif qui ronge la famille Singer et plonge encore plus profondément dans les zones d’ombre du passé de ce personnage qui devient de plus en plus attachant au fil des tomes. En multipliant les flashbacks qui remontent à l’enfance de Lloyd, l’auteur parvient à installer une tension émouvante tout au long de l’album, tout en développant une histoire aussi prenante que bouleversante. À l’aide de dialogues parfaitement maîtrisés, il nourrit l’empathie grandissante envers des personnages complexes et attachants, qu’il dévoile par petites touches et dont on finit par comprendre la fragilité émotionnelle et la rage au fil des pages. Des rapports ambigus entre les parents de Lloyd à l’assassinat d’une employée de l’épicerie familiale, l’auteur va très loin dans la mise à nu de son personnage, recherchant l’origine des névroses et du traumatisme qui la poussé à revêtir un masque et à endosser une identité sécrète. Arrivé au bout de cette lecture riche en émotions, tout devient clair, la boucle est bouclée et il est alors temps de faire ses adieux à un personnage pour lequel on s’est pris d’affection. On aimerait certes en apprendre plus sur cette famille, sur la prochaine mission de Lloyd… mais non, il est temps de refermer cette porte d’hôpital, le cœur lourd, très lourd… ah qu’il est difficile de refermer un tel chef-d’œuvre !

… et dire qu’on ne le reverra probablement plus… non mais allô quoi ?

Adieu Llloyd !

P.S. : Le « non mais allô quoi » est une marque déposée par Nabilla, alors tu ne le lis pas tout haut, sinon tu douilles ! T’as compris ? Allez, va vite te procurer cette saga maintenant, sinon tu ne reviens plus ici !!!

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Luc Brunschwig et Roberto Ricci – Urban, Ceux qui vont mourir (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, Futuropolis, Luc Brunschwig, Séries, [DL 2013], [En cours], [Grand public] with tags , on 13 février 2013 by Yvan

À Monplaisir, le lecteur ressort gagnant !

Luc Brunschwig et Roberto Ricci - Urban, Ceux qui vont mourir (Tome 2)À une époque où les tomes 1 poussent comme des champignons et que le neuvième art se noie dans les préquelles, les suites à rallonge, les cycles de trop, les adaptations inutiles, les cross-overs et autres inventions commerciales destinées à garder la tête hors de l’eau tout en faisant déborder un peu plus la baignoire, Luc Brunschwig vient peut-être de trouver la solution pour ralentir cette machine infernale, tout en garantissant de la qualité. Vous publiez tout d’abord une histoire, puis vous attendez une bonne dizaine d’années. Si passé ce cap, les gens continuent de réclamer la suite, vous leur resservez une version plus travaillée de cette histoire qui aura eu le temps de mûrir pendant plus de dix ans. Succès garanti !

Tout commence donc en 1999, lorsque Luc Brunschwig publie « Urban Games » chez Les Humanoïdes Associés et visite une première fois cette ville de tous les plaisirs accompagné de Jean-Christophe Raufflet. Les lecteurs ont beau immédiatement crier « Bingo ! », le Casino ferme très vite ses portes et les joueurs doivent malheureusement quitter prématurément la salle de jeu. Et alors qu’on n’y croyait plus vraiment, voilà que l’auteur décide de réanimer ce beau bébé abandonné peu après la naissance, mais qui lui tient visiblement à cœur. Le pari est certes de taille, mais ceux qui ont foulé «Les Rues de Monplaisir » savent évidemment reconnaître les bons coups. Fini de jouer, « Urban » est né !

Le premier tome permettait donc de fouler à nouveau les rues perverties de Monplaisir et posait les bases de cet univers que les lecteurs d’antan n’avaient jamais véritablement oublié. Il ne leur fallut d’ailleurs que quelques planches pour se laisser à nouveau happer par cet univers fascinant et force est de constater qu’après toutes ces années, ils retrouvèrent très vite leurs repaires au sein d’un univers certes remodelé, mais toujours rythmé par des jeux de téléréalité et axé sur des plaisirs immédiats et futiles.

Après la découverte d’une cité à l’apparence idyllique, ce deuxième volet invite à plonger un peu plus loin dans l’envers du décor en suivant les pas de plusieurs personnages extrêmement attachants. Il y a bien entendu Zachary Buzz, qui poursuit son entraînement d’Urban Interceptor et s’apprête d’ailleurs à affronter le célèbre tueur Antiochus Ebrahimi. Mais il y a également le petit Niels Colton, qui est perdu dans cette ville gérée par A.L.I.C.E, l’ordinateur central, et animée par un étrange lapin blanc nommé Springy Fool, mais qui se retrouve sous l’aile protectrice et pas totalement désintéressée d’un des nombreux laissé pour compte de cette ville de débauches. Sans oublier le lieutenant-enquêteur Gunnar Carl Christiansen, qui reprend l’enquête menée par Ahn Loon Bangé, ou la fille de l’ascenseur, dont les publicités ne cessent de capter les regards. Que du beau monde donc !

Si la vision délicieusement naïve de ce futur policier issu de sa campagne permettait déjà d’entrevoir quelques sombres secrets de la mégapole, le regard innocent du jeune Niels sur ce gigantesque parc d’attractions fait également mouche. En donnant énormément de profondeur à ses personnages, Luc Brunschwig exploite brillamment leur humanité afin de mettre toute la superficialité de cette société à jour. Derrière les paillettes et les faux semblants, il dénonce ainsi subtilement les méfaits de ce monde futuriste et montre l’autre facette de ce havre de bonheur. En entrelaçant les destins de plusieurs personnes, il nous plonge dans les méandres de Monplaisir et laisse intelligemment entrevoir les dangers d’une société accro à la téléréalité, construite sur des inégalités sociales et donnant à l’argent le pouvoir de l’illusion du bonheur. Et que dire de cette narration experte, qui emmène le lecteur vers un final explosif, l’abandonnant en plein suspense, de manière cruelle, voire presque sadique, mais convaincu que la suite réservera encore de très bonnes surprises. Tel un joueur accro, on est alors prêt à tout pour tourner ne fût-ce qu’une page de plus. Vous voilà donc prévenus : Brunschwig a encore livré de la bonne came et seule la prochaine dose de ce dealer de renom pourra vous soulager !

De plus, le trip est cette fois également visuel car, pour mettre en images ce phénix qui renaît de ses cendres, Don Brunschwig a fait appel à un italien dont le nom risque bien de faire trembler toute la Cosa Nostra. Les planches de Roberto Ricci sont en effet une nouvelle fois à flinguer et, à l’inverse du pistolero qui œuvrait sur « Urban Games », ce tueur transalpin parvient à plonger ce monde fait de néons, de paillettes et de couleurs dans une ambiance oppressante et à distiller la noirceur qui anime les coulisses de cet univers enjôleur. Le travail minutieux qu’il réalise au niveau de l’architecture et des décors renforce encore l’attrait de ce « redesign ». Usant d’un dessin précis et détaillé, il profite également de ce monde costumé qui met gratuitement des milliers de déguisements à la disposition de ses visiteurs, pour truffer ses planches de nombreux clins d’œil savoureux. Tout en disant grazie pour le Casimir que j’avais suggéré lors de mon avis du tome précédent, je salue également la présence de ce cahier graphique final, réservé à la première édition de ce second opus, qui permet d’admirer le travail préparatif de l’artiste.

Il vous reste des jetons à miser ? En les plaçant sur « Urban », vous ressortirez gagnants à tous les coups !

Retrouvez cet album dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

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