Archive for the Maël Category

Olivier Morel et Maël – Revenants

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Maël, One-shots, [Avancé], [DL 2013] with tags , on 3 octobre 2013 by Yvan

Les cauchemars de soldats incapables de réintégrer l’American Dream !

Olivier Morel et Maël - RevenantsAprès avoir réalisé un documentaire (L’âme en sang) consacré aux vétérans américains traumatisés par la guerre en Irak, Olivier Morel leur consacre une bande dessinée. Ce one-shot qui suit le parcours du cinéaste durant la réalisation du documentaire n’est pas l’album du film, mais l’histoire des liens et des rencontres qui se sont tissés durant la réalisation du projet.

Les gens qu’Olivier croise durant cet album sont atteints du syndrome de stress post-traumatique. L’un a vidé sa mitraillette sur un corps inanimé, l’autre a braqué son fusil sur des enfants irakiens qu’il connaissait, un troisième a torturé des prisonniers dans la prison d’Abou Grahib. Tous sont certes revenus, mais ils ne sont plus les mêmes et aucun ne connaîtra plus jamais la paix après cette guerre qui a marqué leurs esprits.

« Revenants » raconte les repérages de l’auteur, ses premières rencontres avec les revenants, les drames qu’ils ont vécus et l’impact de ces histoires sur celui qui les relate. Le lecteur découvre des personnes isolées, qui n’ont pas l’habitude de recevoir la parole. Une fois la confiance installée, les langues se délient, les doutes, la colère, la peur et la culpabilité remontent à la surface. Les fantômes avec lesquels ils doivent constamment se battre deviennent visibles et le lecteur finit par comprendre pourquoi beaucoup de ces laissés pour compte terminent SDF ou finissent par se suicider. Hantés par les cauchemars de ce qu’ils ont vu et vécu, ils sont dorénavant incapables de réintégrer l’American Dream.

Si cet album poignant dénonce la guerre en donnant la parole à ceux qui n’en sont pas revenus indemne, il invite également le lecteur réfléchir et pousse même l’auteur français naturalisé américain à s’interroger sur sa situation personnelle. Par contre, le passage d’un vétéran à l’autre manque souvent de fluidité et ce manque de structure empêche le lecteur de s’immerger complètement dans ses tranches de vies entremêlées de manière un peu désordonnée. C’est un peu dommage car, individuellement, la plupart de ces histoires s’avèrent poignantes.

Visuellement, Maël (Notre mère la guerreL’encre du passé) livre à nouveau un travail exemplaire, surtout au niveau de la colorisation. Il utilise en effet des teintes rougeâtres et orangées pour mettre les peurs, les souvenirs et les hallucinations des protagonistes en images. Il parvient ainsi à visualiser les traumatismes invisibles et renforce la puissance du récit.

Regardez également la bande annonce :

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Kris et Maël – Notre Mère la Guerre, Requiem

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Kris, Maël, Séries, [Accessible], [DL 2012], [Terminées] with tags , , on 1 novembre 2012 by Yvan

À la guerre, tout le monde perd !

Kris et Maël - Notre Mère la Guerre, RequiemCe « Requiem », qui prolonge «La Der des Ders» d’un tome supplémentaire, referme brillamment cette enquête policière qui permet de découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale.

Alors que l’enquête semblait être sur une voie de garage avec l’extermination des principaux suspects par les Allemands et que le conflit touche tout doucement à sa fin, Kris et Maël invitent une dernière fois à suivre les pas du Lieutenant Vialatte. Alors que le mystère sur l’identité de l’auteur des cinq crimes odieux reste entier, Kris propose un ultime rebondissement à son histoire, permettant ainsi à Vialatte de clore son enquête. Si l’auteur livre toutes les réponses concernant l’identité du tueur et le pourquoi de ses agissements, le prix à payer s’avère néanmoins énorme.

Cette recherche de la vérité, qui n’était jusqu’à présent qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur de la guerre, permet une nouvelle réflexion sur l’utilité de cette guerre qui abandonne ses acteurs avec des blessures profondes et à la recherche d’une humanité qu’ils ont dû mettre à l’écart. Pour ces soldats rejetés par la population civile, qui ont perdus la plupart de leurs compagnons, qui reviennent du front physiquement et/ou psychologiquement mutilés et qui découvrent au passage l’infidélité de leurs femmes, les blessures de la guerre ne se refermeront jamais. Cette guerre n’a pas de gagnants, mais l’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, aura cependant permis de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement.

« Une histoire de guerre véridique n’est jamais morale. Elle n’est pas instructive, elle n’encourage pas la vertu, elle ne suggère pas de comportement humaniste idéal, elle n’empêche pas les hommes de continuer à faire ce que les hommes ont toujours fait. Si une histoire de guerre vous paraît morale, n’y croyez pas. Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes la victime d’un très vieux et horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal. »

Les dessins de Maël combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance ravagée et froide de la guerre 14-18. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Un « Requiem » qui confirme toute la qualité de cette saga dédiée à la Grande Guerre et en fait une référence en la matière.

Merci messieurs les auteurs !

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

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Kris & Maël – Notre Mère la Guerre, troisième complainte

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Kris, Maël, Trilogies, [Accessible], [DL 2011] with tags , on 16 novembre 2011 by Yvan

Reprise de l’enquête à l’arrière des combats !

Kris & Maël - Notre Mère la Guerre, troisième complainteDifficile d’estimer la durée d’une guerre, surtout lorsque les combats reprennent de plus belle. Alors que ce tome devait conclure cette saga qui invite à découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale à travers une enquête policière, les auteurs décident de prolonger «La Der des Ders» d’un tome.

Ce troisième volet démarre plus de deux ans après l’offensive meurtrière qui coûta la vie aux jeunes soldats de la section Peyrac et replonge immédiatement le lecteur au cœur des hostilités. Le lecteur continue de suivre les pas du lieutenant Vialatte, dorénavant engagé comme volontaire dans une unité spéciale de char à l’avant des combats. Cette Troisième Complainte l’enfonce encore un peu plus dans l’horreur de cette guerre des tranchées, où l’apparition d’armes nouvelles (chars, gaz, …) plonge la guerre dans une ère nouvelle, mais toujours aussi violente. Des scènes de combats aussi brutales qu’aberrantes aux corps criblés de balles, en passant pas des corps brûlés, les auteurs ne lésinent pas sur les moyens pour faire ressortir toute la barbarie du conflit. L’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, permet également de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement. Des textes dont la poésie tranche fortement avec la barbarie qui anime cet enfer, mais dont la précision dépasse largement celle des tirs adverses.

Alors que l’enquête semblait être sur une voie de garage avec l’extermination des principaux suspects par les Allemands, celle-ci repart de zéro en compagnie du Lieutenant Vialatte et du Maréchal des Logis, Desloches. Tout comme lors des deux tomes précédents, cette recherche de la vérité n’est finalement qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur de la guerre. Les investigations reprennent donc de plus belle, mais bien loin des tranchées car c’est à l’arrière des combats, tout d’abord dans la capitale et ensuite du côté d’Arras en compagnie des « rosbifs », que les deux hommes partent à la recherche de l’identité du meurtrier de ces femmes. Cette balade permet à Kris de décrire l’ambiance qui régnait à l’arrière des combats et de montrer cette guerre à travers le regard particulièrement humain de personnages attachants croisés au fil des pages.

Les dessins de Maël combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance ravagée et froide de la guerre 14-18. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Une « Troisième Complainte » qui confirme toute la qualité de cette saga dédiée à la Grande Guerre et en fait une référence en la matière.

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

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Kris & Maël – Notre Mère la Guerre, deuxième complainte

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Kris, Maël, Trilogies, [Accessible], [DL 2010] with tags , on 23 décembre 2010 by Yvan

Tuer en toute impunité ?

Kris & Maël - Notre Mère la Guerre, deuxième complainteVoici le deuxième tome de cette trilogie qui se déroule pendant «La Der des Ders» et qui invite à découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale à travers une enquête policière à l’avant des combats, là où l’ennemi se trouve à portée de voix.

Si, en suivant les pas d’un «planqué», le tome précédent permettait déjà au lecteur de se retrouver au cœur des hostilités, partageant le quotidien de jeunes gens transformés en chair à canon, cette deuxième complainte l’enfonce encore un peu plus dans l’horreur de la guerre. Des scènes de combats aussi brutales qu’aberrantes aux corps criblés de balles, en passant pas des corps déchiquetés, les auteurs ne lésinent pas sur les moyens pour faire ressortir toute la barbarie du conflit.

Si le scénario du tome précédent, articulé autour d’une série d’homicides, démontrait déjà clairement que la recherche du meurtrier n’était finalement qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur des tranchées, ce tome-ci relègue également l’enquête au second plan. Au sein d’un environnement qui donne une fausse impression d’impunité, là où tuer devient un acte patriotique quotidien, il devient même presque indécent de rechercher un meurtrier. Néanmoins, au milieu de deux salves ennemies, l’enquête de Vialatte, désormais un peu plus accepté par les « vrais soldats », avance et propose de nouvelles pistes intéressantes.

L’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, permet à l’auteur de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement. Des textes dont la poésie tranche fortement avec la barbarie qui anime cet enfer, mais dont la précision dépasse largement celle des tirs adverses. Dans le silence qui succède au bruit des salves ennemies, telle une ultime rengaine à un tableau des plus misérables, une longue complainte agonisante résonne ainsi au loin : «Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau … »

Le même contraste se retrouve au niveau des dessins de Maël, qui combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance brumeuse et froide de ces avant-postes boueux et sanglants de la guerre 14-18. A l’instar du récent « L’encre du passé », le dessinateur livre un travail graphique splendide. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Une « Deuxième Complainte » qui confirme toute la qualité de ce triptyque dédié à la Grande Guerre et qui impose cette saga comme une référence en la matière.

Retrouvez cette BD dans MON TOP 2010 !

Maël & Bauza – L’encre du passé

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Maël, One-shots, [Accessible], [DL 2009] with tags on 3 avril 2010 by Yvan

MaëlCe one-shot de la collection Aire Libre de Dupuis invite à suivre le voyage artistique et sentimental de trois personnages extrêmement attachants : Môhitsu Hideo, calligraphe errant fuyant son passé, Nishimura, vieux peintre de renom, et la petite Atsuko, dont le talent artistique ne demande qu’à être cultivé. Tous les trois vont tenter de trouver l’harmonie entre le parchemin, l’encre et le pinceau, mais seuls les grand-maîtres parviennent à inscrire le reflet de l’âme dans leurs œuvres.

Au fil des pages de ce voyage initiatique, le lecteur découvre l’histoire de ces différents personnages liés par l’art et se retrouve plongé au sein des traditions et de l’ambiance de ce Japon sous l’ère d’Edo. Bien loin des combats de samouraïs, c’est sur un ton lent et contemplatif que ce récit dévoile toutes ses richesses humaines et artistiques.

Que ce soit Maël (« Les rêves de Milton », « Dans la colonie pénitentiaire ») aux pinceaux ou Bauza (« Les Mille Origamis du seigneur Kimotama ») au scénario, tous deux respectent l’atmosphère de l’époque et la culture nippone et livrent une histoire d’apprentissage digne des meilleurs mangaka, tout en respectant un découpage européen.

Manga au formatage franco-belge ou bande dessinée au parfum asiatique ? La réponse n’a que peu d’importance tant cette ode au Japon traditionnel et à l’art est d’une justesse quasi irréprochable.

Kris et Maël – Notre mère la guerre

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Kris, Maël, Trilogies, [Accessible], [DL 2009] with tags , on 27 mars 2010 by Yvan

notre mere la guerreEn 1915, au milieu des nombreux cadavres recrachés par les tranchées, c’est surtout celui de Joséphine Taillandier qui suscite l’indignation. La jeune serveuse de bar est retrouvée la gorge tranchée et portant sur elle une lettre rédigée par son assassin. Tout désigne le seconde classe Albert Choffard, qui sera d’ailleurs fusillé en toute hâte et sans aucune sommation. Malheureusement, les meurtres ne s’arrêtent pas pour autant car une infirmière de la Croix Rouge et une journaliste canadienne sont également retrouvées parmi les victimes de la ligne de front. Le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est alors envoyé sur place pour élucider ces crimes scandaleux.

Après le « Mattéo » de Jean-Pierre Gibrat, Futuropolis lance donc une seconde saga se déroulant pendant «La Der des Ders». Malgré l’abondance de ce genre de récits ces derniers temps, Kris et Maël optent pour une approche originale en faisant découvrir les méandres de la Première Guerre mondiale à travers une enquête policière à l’avant des combats, là où l’ennemi se trouve à portée de voix.

Si le scénario s’articule autour d’une série d’homicides au sein d’un environnement donnant une fausse impression d’impunité, la recherche du meurtrier ne s’avère finalement qu’un prétexte pour faire découvrir toute l’horreur et l’aberration de ce conflit. C’est en suivant les pas d’un «planqué» qui n’a pas sa place au milieu des soldats, que le lecteur se retrouve au cœur des hostilités, partageant le quotidien de jeunes gens transformés en chair à canon. L’utilisation d’un héros narrateur, lettré et cultivé, permet à l’auteur de coller les mots justes sur des événements qui ne le sont que rarement. Des textes dont la poésie tranche fortement avec la barbarie qui anime cet enfer, mais dont la précision dépasse largement celle des tirs adverses. Dans le silence qui succède au bruit des salves ennemies, telle une ultime rengaine à un tableau des plus misérables, une longue complainte agonisante résonne ainsi au loin : «Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau … »

Le même contraste se retrouve au niveau des dessins de Maël, qui combinent légèreté, sensibilité et élégance à une retranscription extrêmement réaliste de l’ambiance brumeuse et froide de ces avant-postes boueux et sanglants de la guerre 14-18. A l’instar du récent « L’Encre du passé », le dessinateur livre un travail graphique splendide. Usant d’aquarelles en couleurs directes et jouant sur les nuances de quelques tons savamment choisis, l’artiste propose des planches de toute beauté qui dépeignent avec beaucoup de brio cette fresque violente.

Livré sous forme d’intrigue policière, cette « Première Complainte » inaugure de manière fort convaincante ce nouveau triptyque dédié à la Grande Guerre.