Archive for the K.BD Category

Benjamin Flao – Kililana song (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Diptyques, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Futuropolis, K.BD, [Accessible], [Angoulême 2014], [DL 2013] with tags , , , on 20 novembre 2013 by Yvan

Une tempête venue balayer la bêtise des hommes !

Benjamin Flao - Kililana song (Tome 2)Après avoir illustré deux scénarios de Christophe Dabitch (« La Ligne de fuite » et « Mauvais garçons »), Benjamin Flao livre la conclusion de son premier projet BD en solitaire. Pour ce premier voyage en solo, servi sous forme de diptyque, ce grand amateur de périples autour du monde invite les bédéphiles à l’accompagner en terre africaine, dans l’archipel kenyan de Lamu.

Si la vedette du premier volet était incontestablement le petit Naïm, c’est dorénavant la chanson de Kililana, accompagnée d’un vent de tempête, qui fait la pluie et le beau temps de cette suite. En suivant les pérégrinations de ce jeune orphelin de onze ans à travers les rues de la ville portuaire de Lamu, le lecteur avait fait la rencontre d’une galerie de personnages hauts en couleur. Les diverses rencontres du petit Naïm permettaient également au lecteur de découvrir les mœurs et le quotidien d’une région riche en traditions, dont l’identité s’apprête à être souillée par le capitalisme. Maintenant que la mise en place est terminée, Benjamin Flao continue d’entrelacer les destinées de Naïm, perdu en pleine mer avec le vieux Mzé et la dépouille sacrée du légendaire Liongo Fumo, du capitaine Günter, aux mains d’impitoyables ravisseurs Shebabs somaliens, d’Hassan, qui continue de s’inquiéter pour son frérot, de Jahid, le roi du trafic en tout genre, de cet ancien pêcheur devenu très philosophe au fil des ans ou des expatriés qui pullulent sur l’île. Tout en abordant les problématiques liées à la pauvreté, au trafic d’armes et de drogue, au colonialisme, aux magouilles, au capitalisme et à l’islamisme radical, l’auteur donne encore plus de profondeur à ses personnages et propose un récit débordant d’humanité et d’authenticité.

Si cet album appel au voyage, le graphisme somptueux de Benjamin Flao n’y est certainement pas étranger. Ce trait proche du crayonné, littéralement sublimé par une mise en couleur directe chaude et chatoyante, contribue à immerger le lecteur dans cette délicieuse ambiance africaine. En proposant des scènes maritimes époustouflantes, l’auteur étale tout son talent de dessinateur… et de narrateur. Alternant des scènes plus calmes dans les petites ruelles pittoresques de la ville à des passages plus dynamiques qui restituent toute la puissance de cette tempête venue balayer la bêtise des hommes, il maîtrise à merveille le rythme de ce récit chorale.

Même si quelques destinées méritaient d’être éclairées un peu plus longtemps, ce diptyque fait indéniablement partie des coups de cœur de cette année.

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Ils en parlent également: Mo’, Noukette, Jérôme, Yaneck, Oliv’

Visitez le blog de Benjamin Flao !
Benjamin Flao - Kililana song (Tome 2)

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Sean Murphy – Punk Rock Jesus

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, K.BD, One-shots, Urban Comics, Vertigo Deluxe, [DL 2013], [Sans super-héros] with tags , on 4 octobre 2013 by Yvan

Pogo irrévérencieux dans l’Amérique puritaine !

Sean Murphy - Punk Rock JesusVous connaissez sans doute Sean Murphy en tant qu’illustrateur d’excellentes séries telles que American Vampire Legacy de Scott Snyder ou Joe l’aventure Intérieure de Grant Morrison, mais vous vous souviendrez dorénavant de lui en tant que l’auteur de la mini-série en six épisodes Punk Rock Jesus !

Le récit se déroule dans un futur proche, où une émission de télé-réalité pour le moins controversée fait la une des médias. Le show télévisé veut en effet mettre en scène la vie d’un clone de Jésus Christ, recréé génétiquement à partir de l’ADN prélevé sur le Suaire du Turin. En s’attaquant aux dérives des médias et de la religion, l’auteur américain livre une critique acerbe de ce cette société américaine surmédiatisée, qui imprime « In God we trust » sur ses billets de banque.

Cette remise en question s’effectue à travers des personnages complexes et particulièrement attachants. Il y a tout d’abord Chris, le nouveau Messie, qui prend conscience de son rôle au fil du récit et finit par se rebeller contre l’ordre établi, crachant son dégoût et sa rage à travers une musique punk qui a ici droit à un revival jubilatoire. Il ne faudrait pas non plus oublier Thomas McKeal, le chef de la sécurité. Via des flashbacks distillés avec intelligence, le lecteur découvre progressivement l’histoire de cet irlandais charismatique à souhait, que l’auteur utilise afin d’aborder le thème de l’IRA (l’Armée Républicaine Irlandaise). Les autres personnages ne sont pas en reste, avec Gwen, la mère porteuse qui sombre dans la dépression, l’alcoolisme et la folie, ou le docteur Sarah Epstein, célèbre généticienne qui permet d’intégrer un soupçon d’écologie à l’aventure, sans oublier Rick Slate, le producteur cupide et sans scrupule, qui incarne toute la bêtise de ses émissions à grand audimat.

Si les rebondissements sont nombreux et qu’il est impossible de se détacher du sort des protagonistes, le lecteur prendra tout de même le temps de contempler les superbes planches en noir et blanc de Sean Murphy. Son trait nerveux et précis insuffle une énergie incroyable à ce récit qui secoue de la première à la dernière page.

Un one-shot déjà culte que vous pouvez retrouver dans mon Top du mois et dans mon Top de l’année !

Sean Murphy - Punk Rock JesusIls en parlent également : Yaneck, Zaelle

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu – Moins d’un quart de seconde pour vivre

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Franco-Belge, K.BD, L'Association, One-shots, [Avancé], [DL 1900 à 2000] on 17 juillet 2013 by Yvan

Un album précurseur du mouvement OuBaPo !

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivreCet album est un véritable exercice de style auquel se livre Lewis Trondheim. JC Menu lui a en effet dessiné huit cases sur lesquelles il doit s’appuyer pour faire cent strips de quatre cases. Même si l’OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle) a été créé un an après la parution de cette œuvre, celle-ci peut néanmoins être considérée comme faisant partie du mouvement oubapien.

Les cent strips proposés par Trondheim peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais finissent tout de même par former une œuvre cohérente. Au fil des pages les petites histoires s’alimentent les unes les autres, donnant ainsi naissance à un univers original qui gagne progressivement en consistance. Parvenir à un tel résultat en partant de huit cases différentes démontre une nouvelle fois tout le potentiel narratif de l’art séquentiel.

« Si je plonge, je serais heureux de nager. Si je reste ici au soleil, je serais tout autant heureux. Mais avoir le choix entre deux bonheurs sans pouvoir choisir, ça n’est pas le bonheur… ça fait chier… »

Pourvus d’excellents dialogues à la fois drôles et profonds, les différentes histoires invitent à s’interroger sur la vie, la mort, la solitude, l’amour, etc. Situations absurdes, réflexions philosophiques, préoccupations métaphysiques, …le tout s’enchaîne et s’emboîte avec grande fluidité.

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivre

Visuellement, cette œuvre est par contre d’une pauvreté extrême, voire même assez moche, mais l’intérêt se situe évidemment ailleurs.

Lewis Trondheim et Jean-Christophe Menu - Moins d'un quart de seconde pour vivre Ils en parlent également : Champi, Mo’, David

Lisez également l’avis à plusieurs mains sur le nouveau blog de K.BD !

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse – Souvenirs de l’empire de l’atome

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Franco-Belge, K.BD, One-shots, [Avancé], [DL 2013] with tags on 7 avril 2013 by Yvan

Hommage réussi à l’âge d’or de la SF !

Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse - Souvenirs de l’empire de l’atome« Souvenirs de l’empire de l’atome » est l’histoire d’un américain souffrant d’un trouble de la personnalité, qui est en contact télépathique avec un héros du futur. Dans cette histoire apparemment inspirée d’un fait divers réel, Thierry Smolderen (Ghost Money) rend un véritable hommage aux récits de science-fiction des années 50 et 60.

S’il parvient à installer une ambiance rétro-futuriste délicieuse, tout en intégrants de nombreuses références au sein de son récit, il propose surtout une construction assez audacieuse, qui passe constamment d’une époque à une autre. Ce découpage en chapitres qui ne respectent aucunement la chronologie oblige le lecteur à multiplier les allers-retours entre les époques (De 1926 au futur intersidéral, en passant par 1958). Ce va-et-vient incessant peut initialement perturber le lecteur, mais sans jamais le perdre car cette construction fractionnée s’avère parfaitement maîtrisée et constitue finalement l’un des attraits de cette bande dessinée.

L’autre point fort est indéniablement le graphisme d’Alexandre Clérisse qui insuffle une modernité indispensable à tout récit de science-fiction, tout en conservant ce côté désuet qui permet de rendre hommage à l’âge d’or du genre. L’exposition universelle organisée à Bruxelles en 1958 est également parfaitement mise en avant, ainsi que l’Atomium, son plus célèbre bâtiment conçu en forme d’atome de fer.

Une belle réussite !

Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse - Souvenirs de l’empire de l’atomeLisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Derf Backderf – Mon ami Dahmer

Posted in BANDES DESSINÉES, Ca et Là, Comics, Festival BD Angoulême, K.BD, One-shots, [Angoulême 2014], [DL 2013], [Sans super-héros] with tags , on 28 février 2013 by Yvan

La genèse du cannibale de Milwaukee !

Derf Backderf - Mon ami DahmerUn adolescent marche le long d’une route déserte, le pas lourd et lent. Scrutant le sol du haut de sa démarche raide, il s’immobilise soudain devant la dépouille d’un chat et l’emmène dans sa cabane à l’orée des bois. Là, sous le regard effrayé de quelques camarades de classe rencontrés en chemin, il plonge l’animal dans un bocal rempli d’acide, qu’il range ensuite dans sa collection de cadavres en décomposition. L’esprit de Jeffrey Dahmer est clairement dérangé, mais personne ne s’en soucie vraiment pour l’instant…

Contrairement à ce que laisse suggérer le titre de cet album, Jeffrey Dahmer n’avait pas de véritables amis, mais tout au plus quelques ados qu’il a côtoyé à l’école. Derf Backderf, l’auteur de cet ouvrage, est l’un d’eux. Originaire de Richfield, petite ville de l’Ohio située non loin de Cleveland, il fera la connaissance de Jeffrey au moment où il entre au collège en 1972. Six ans plus tard, à peine deux mois après la fin de leur année de terminale, Dahmer commettra son premier crime… un meurtre qui sera suivi de seize autres, perpétrés entre 1987 et 1991. Surnommé “le cannibale de Milwaukee”, il sera arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, où il finira assassiné par un codétenu en 1994.

Après le film avec Jeremy Renner, consacré à celui qui fut l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis, ce comics de veine indépendante s’attaque à la jeunesse de ce tueur en série, à travers les yeux d’un homme qui l’a connu durant ses années de scolarité au début des seventies. Basé sur des souvenirs personnels et sur une véritable enquête journalistique auprès d’anciens élèves, professeurs, famille ou voisins, s’appuyant sur les dossiers du FBI, cette bande dessinée tente d’expliquer comment ce jeune collégien au comportement étrange a pu devenir un tel monstre.

Journaliste de formation, Backderf décrit la personnalité décalée de ce garçon timide et solitaire, qui imite des crises d’épilepsie comme nul autre, au point d’en faire son image de marque auprès de copains de classe qui préfèrent visiblement en rire. Derrière cette allure de mascotte se cache néanmoins un gamin refoulant son homosexualité, submergé par des pulsions morbides et délaissé par des parents trop occupés à se disputer. Au fil des pages, le lecteur assiste impuissant à la descente aux enfers de ce personnage qui a clairement besoin d’aide, mais qui, dans l’indifférence générale de son entourage, s’enfonce progressivement dans une folie irréversible.

Cette genèse d’un futur meurtrier isolé dans son mal-être s’avère finalement aussi passionnante que dérangeante. Accompagné d’un dessin noir et blanc qui évoque le style underground de Robert Crumb, cette tragédie abandonne le lecteur avec un intense sentiment de gâchis vis-à-vis de ce jeune homme incompris, négligé et s’abandonnant lentement à ses démons… une métamorphose qui aurait peut-être pu être évitée !

Derf Backderf - Mon ami DahmerRetrouvez ce comics dans mon Top de l’année !

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Venez discuter de cet album sur BDGest.

Glyn Dillon – Le Nao de Brown

Posted in Akileos, BANDES DESSINÉES, Comics, K.BD, Maladie, One-shots, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 3 novembre 2012 by Yvan

Dans la peau d’une victime de TOC !

Glyn Dillon - Le Nao de BrownCertains se souviennent peut-être du passage de Glyn Dillon sur Sandman, d’autres le confondront sans doute avec son grand frère Steve (lisez Preacher!!!), mais pour la plupart des lecteurs, ce Nao de Brown constituera la véritable entrée de cet artiste sur le marché franco-belge du neuvième art.

Cet album, qui paraît quasiment en même temps que de l’autre côté de la Manche, invite à suivre le quotidien d’une jeune métisse anglaise à Londres. Nao Brown est une geek qui travaille à temps partiel dans un magasin d’art toys, tout en essayant de trouver l’amour de sa vie. Rien d’extraordinaire, me direz-vous, sauf que dès la première planche elle se présente comme étant « une putain de malade mentale ».

« Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale »

Souffrant de TOC violents, Nao s’imagine en train de tuer les personnes qui l’entourent, de l’innocent qu’elle rêve de pousser sous les rames du métro au chauffeur de taxi dont elle voudrait rompre le cou. Ces pulsions meurtrières, qui surgissent subitement au milieu de scènes de son quotidien, surprennent au début, mais, au fil des pages, le lecteur finit par les intégrer et par les accepter. Cette approche permet de partager et de mieux comprendre les angoisses de l’héroïne et de voir que les personnes qui souffrent de troubles obsessionnels compulsifs sont souvent conscients de la stupidité de leurs crises/rituels. A l’instar de l’Ascension du haut mal de David D., ce récit permet donc de mieux comprendre une maladie peu connue, qui pousse par exemple les gens à se laver les mains x fois par jours ou à compter leurs pas.

Si le sujet de ce one-shot est intéressant, le graphisme est véritablement de toute beauté. Le quotidien de Nao, réalisé à l’aquarelle, est visuellement splendide, avec des teintes qui varient intelligemment selon l’humeur de la jeune femme. La fable, qui narre la malédiction d’un individu mi-homme mi-arbre à la recherche de l’amour parfait, est réalisée dans des teintes plus sombres et dans un style qui semble issu d’une époque révolue. Si les deux récits se font progressivement écho, je pense que l’album aurait facilement pu se passer de ce conte d’une douzaine de pages.

Une très belle découverte, signée Akileos !

http://blogkbd.wordpress.com/2013/09/08/block-109-brugeas-toulhoat/Ils en parlent également: Mo’, David

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !

Olivier Vatine – Niourk

Posted in Ankama, BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, K.BD, Séries, [DL 2012], [En cours], [Grand public] with tags on 18 octobre 2012 by Yvan

Adaptation de l’œuvre de Stefan Wul !

Olivier Vatine - NiourkCet album inaugure la collection d’adaptation lancée par Ankama et Comix buro, axée sur l’œuvre de Stefan Wul (Pierre Pairault de son vrai nom). Alors que plusieurs grands noms (Vatine, Morvan, Yann, Cassegrain, Reynes, Lapière, etc) sont déjà annoncés pour s’attaquer aux romans de science fiction de l’auteur, c’est Olivier Vatine (Aquablue) qui remet à neuf le second ouvrage du maître : Niourk !

Sur une Terre post-apocalyptique où la civilisation a des allures préhistoriques, l’auteur invite à suivre les aventures d’un jeune enfant noir, tenu à l’écart par la tribu préhistorique. Dans ce quotidien dicté par les besoins les plus primaires, le lecteur découvre la quête initiatique de cet enfant qui part à la découverte d’un monde mystérieux recelant de nombreux dangers. La découverte de vestiges d’une civilisation ancienne confirme bel et bien que l’on se situe dans un roman d’anticipation, où les hommes doivent payer les erreurs de leurs lointains aînés.

Olivier Vatine restitue brillamment l’ambiance post-apocalyptique du roman, tout en insufflant beaucoup de rythme au récit à l’aide d’un découpage très cinématographique. Alternant scènes d’introspection, où le jeune garçon tente de trouver sa propre voie, et scènes d’action, où les humains doivent affronter les nombreuses menaces de ce monde, l’auteur livre une adaptation particulièrement réussie et accessible à tous.

Nul doute donc, que cette mise en bouche convaincante devrait inciter les lecteurs à découvrir les autres adaptations de l’œuvre de Stefan Wul, dont le premier tome de Oms, adapté par Jean-David Morvan et illustré par l’Américain Mike Hawthorne.

Olivier Vatine - NiourkRetrouvez cet album dans mon Top de l’année !

Lisez également l’avis à plusieurs mains de K.BD !