Archive for the Littérature Category

Philippe Lançon – Le Lambeau

Posted in Littérature with tags on 16 janvier 2019 by Yvan

Une mise à nu bouleversante !

Philippe Lançon – Le LambeauJournaliste à Libération et rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, Philippe Lançon revient sur la tuerie qui lui a arraché la partie inférieure du visage et sur la lente reconstruction physique et morale qui a suivie.

Le récit démarre dans sa vie d’avant, en partageant les moments d’insouciance qui ont précédé l’attaque. Puis vient l’enfer, les tueurs aux jambes noires qui abattent ses amis à la kalachnikov et qui l’abandonnent allongé dans le sang, la partie inférieure du visage réduite en bouillie. Blessé de guerre dans un pays en paix, il entre alors dans un monde parallèle à celui où la vie continue… celui d’une lente reconstruction.

Après un premier tiers de récit tout bonnement bouleversant, Philippe Lançon partage son chemin de croix de la Salpêtrière aux Invalides: 282 jours d’hôpital entouré de policiers armés, dix-sept opérations, un menton reconstruit à partir d’un morceau de son péroné, de nombreuses greffes de peau, beaucoup de bricolage et de rafistolage… sans oublier toutes les complications. Le parcours est certes long et particulièrement détaillé, mais il permet également de rendre hommage aux personnes qui l’ont accompagné durant ce calvaire, du corps médical aux policiers affectés à sa sécurité, en passant par tous ceux qui se sont succédé à son chevet.

Si l’écriture de Philippe Lançon est de toute beauté, ses nombreuses digressions ont parfois tendance à trop allonger le récit. Il affirme d’ailleurs lui-même que son gros défaut en tant que journaliste était la longueur de ses articles. L’accumulation de détails permet cependant de restituer la longueur des épreuves qu’il a affronté. Puis, comment pourrait-on reprocher à quelqu’un de mettre trop de mots sur quelque chose d’invivable, d’indicible… surtout que chaque mot, chaque note de musique, chaque petit bout de culture semble avoir contribué à le remettre sur pied et à le sauver des ténèbres…

Le roman se conclut dix mois plus tard lors d’un séjour à New York, censé constituer un tournant dans la reconstruction de Philippe Lançon, mais malheureusement marqué par l’écho des balles des djihadistes qui viennent d’ouvrir le feu au Bataclan. En terminant son roman par les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il démontre que le chemin sera encore long et que le fossé creusé entre l’ancien monde, celui où pas grand monde n’était Charlie, et celui où il est devenu une « gueule cassée » vivant constamment dans l’insécurité, est encore très grand…

Une mise à nu saisissante, récompensée par le prix Femina 2018 !

Le Lambeau, Philippe Lançon, Gallimard, 512 p., 21€

Lisez également : Antoine Leiris – Vous n’aurez pas ma haine, Luz – Catharsis, Catherine Meurisse – La légèreté

Ils en parlent également : La culture dans tous ses états, Ellettres, Mes belles lectures, Sonia boulimique des livres, Hanae part en livre, Plumes et Pages, Liseuse Hyperfertile, Des plumes et des pinceaux, Lectures de rêves, Topobiblioteca, Dadoulit

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Olivier Liron – Einstein, le sexe et moi

Posted in Littérature with tags on 13 janvier 2019 by Yvan

Je suis, je suis, je suis… un ovni !

Olivier Liron - Einstein, le sexe et moiCe roman autobiographique au titre pour le moins surprenant raconte la victoire d’Olivier Liron lors de la finale de Questions pour un Champion en 2012.

Le lecteur a donc d’une part l’impression d’assister à l’émission télévisée avec quelques anecdotes issues des coulisses en prime. Rythmée par la cadence endiablée des questions de Julien Lepers, cette finale qui fera de lui le « Super Champion » s’avère étonnamment prenante, même si le résultat est connu d’avance. Le lecteur redevient, le temps d’un récit, spectateur de l’émission et sent véritablement monter la tension au fil des pages.

“Je me suis rempli la tête d’informations pour peupler ma solitude. pour oublier l‘essentiel, pour dompter l’absence et le chagrin. Comme si apprendre des milliers d’informations sans queue ni tête, peupler la mémoire était un réflexe de survie.”

L’autre intérêt indéniablement drôle et parfois émouvant de ce récit est que le lecteur se retrouve d’autre part invité dans le cerveau du candidat. La restitution de cette finale est en effet parsemée de nombreuses digressions, qui permettent à l’auteur de dresser l’autoportrait d’un garçon qui a grandi dans la différence. Autiste Asperger, Olivier Liron partage non seulement ses déboires d’enfant solitaire, mais raconte également comment le savoir et la littérature lui ont permis de ne pas sombrer. Au fil des pages, cette finale de Question pour un Champion se transforme alors presque en quête identitaire…

“Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier.”

Je suis, je suis, je suis… un ovni littéraire divertissant, drôle et parfois émouvant à la fois !

Ils en parlent également: 22h05 rue des Dames, Lire au lit, L’Irrégulière, The Unamed Bookshelf, Mes échappées livresques, Le Nez dans les Bouquins, Les Dream-Dream d’une bouquineuse, Le jardin de Natiora, Lire&vous, A l’ombre du noyer, Syboulette, Nath, L’œil de M, Entre les lignes, Ju&Vous, Ça part en livres, La marmotte à lunettes, Maeve, Karine, LoupBouquin, La librairie Doucet, Les libraires masqués du Grenier

Einstein, le sexe et moi, Olivier Liron, Alma, 200 p., 18 €.

Mick Kitson – Manuel de survie à l’usage des jeunes filles

Posted in Littérature with tags on 9 janvier 2019 by Yvan

Deux sœurs dans la forêt !

Mick Kitson - Manuel de survie à l'usage des jeunes fillesCe premier roman de l’Écossais Mick Kitson raconte la fugue de Sal et Peppa, deux gamines de respectivement 13 et 10 ans, qui se réfugient au cœur d’une forêt des Highlands.

Sur base du titre pourtant assez original et intrigant, j’étais tenté de croire que ce roman ne m’était pas vraiment destiné. Même si, dans le genre, j’ai préféré « Dans la forêt » de Jean Hegland, l’histoire de ces deux sœurs qui s’enfuient de leur domicile pour aller vivre en pleine forêt au début de l’hiver ne m’a pas laissé indifférent.

Outre une petite leçon de survival, le lecteur découvre progressivement les raisons de cette fuite, permettant ainsi à Mick Kitson d’aborder des thèmes forts tout en rendant un hommage vibrant à la nature. Ce qui m’a le plus séduit dans ce récit, c’est l’amour inconditionnel que voue l’aînée à sa petite sœur. Comment ne pas être séduit par la magnifique relation entre la première, débrouillarde, déterminée, protectrice et véritable moteur de cette survie en pleine nature, et la seconde, inépuisable, pétillante, souriante et véritable source de lumière au sein d’un récit au fond particulièrement sombre? Le seul petit bémol est que tout est raconté à travers le regard de Sal et que cela se ressent un peu au niveau du style…

Un récit où le monstre ne se cache pas dans la forêt… mais au sein de l’environnement nocif que les deux fillettes tentent de fuir…

Ils en parlent également: PatiVore, Lire&vous, Lettres d’Irlande et d’Ailleurs, Christlbouquine, Elle M Lire, Syboulette, Mon coussin de lecture, Nom d’un bouquin!, Les Fringales littéraires

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson, Editions Métailié, 252 p., 18 €

Isabelle Duquesnoy – L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

Posted in Littérature with tags , on 2 janvier 2019 by Yvan

Immersion totale dans le Paris de la fin du XVIIIe siècle !

Isabelle Duquesnoy – L'embaumeurSi le roman historique n’est pas vraiment mon genre de prédilection, j’ai cependant beaucoup aimé les confessions de Victor Renaud durant ce procès de onze jours qu’il sait pourtant perdu d’avance. De son enfance jusqu’à ce crime dont on ne découvre la nature qu’en toute fin de récit, en passant l’apprentissage du métier d’embaumeur, Victor partage ses déboires et son ascension sociale sans aucune langue de bois. S’il a finalement choisi une profession qui lui permet d’embellir la mort, sa vie s’avère cependant particulièrement écœurante et sordide…

Les détails techniques de cette profession ont beau être assez glauques, le quotidien de cet embaumeur permet surtout une immersion totale dans le Paris de la Révolution à la fin du XVIIIe siècle, tant au niveau de la narration qu’au niveau de la description des mœurs de l’époque. Il faut à ce titre applaudir le travail colossal d’Isabelle Duquesnoy sur cette œuvre qui regorge de tant d’anecdotes historiques intéressantes qu’elle s’avère finalement captivante… même pour un lecteur qui n’est pas du tout fervent d’histoire. Le seul petit bémol est peut-être le manque d’empathie envers cet embaumeur rebutant au possible…

Un roman historique aussi captivant que surprenant, qui me voit non seulement ravi d’avoir franchi le pas en m’attaquant à ce genre que j’ai plutôt tendance à éviter, mais qui me voit surtout ravi d’être né à notre époque !

Ils en parlent également: Mes belles lectures, Franck’s Books, Sophie, LoupBouquin, Ô grimoire, Léger badinage, Chroniques Romanesques, En Quête littéraire, Horizons Lectures

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard, Isabelle Duquesnoy, La Martinière , 526 p., 20,90 €

Fred Vargas – Temps glaciaires

Posted in Littérature with tags on 26 décembre 2018 by Yvan

L’Islande et la Révolution française !

Fred Vargas - Temps glaciairesAyant déjà lu l’enquête suivante du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, cette lecture m’a donc permis de découvrir quel passif son équipe trimballait à l’entame de « Quand sort la recluse », alors que lui semblait encore perdu dans une brume islandaise bien épaisse.

Ce récit démarre par un double suicide, l’un à Paris et l’autre dans la vallée de Chevreuse. La découverte d’un étrange symbole griffonné près du corps de cette femme retrouvée les veines ouvertes dans sa baignoire et de ce châtelain mort d’une balle de fusil de chasse en plein gosier, marque néanmoins le début d’une vaste enquête qui va s’étendre de l’Islande (nous y sommes !) à la Révolution française (vous avez dit bizarre ?)…

Le premier plaisir de ce roman est de retrouver les policiers de la brigade criminelle du XIIIe arrondissement de Paris. De la force spectaculaire de Violette Retancourt à l’érudition d’un Danglard toujours aussi fan de vin blanc, en passant par les mèches rouges de Veyrenc, les personnages ne manquent pas de charisme, emmenés par un commissaire Adamsberg, dont on prend à nouveau grand plaisir à suivre le fil des pensées qui émergent sans prévenir au fil des pages. Le lecteur se laissera même attendrir par Marc… un sanglier pas comme les autres.

Le second est le style envoûtant, espiègle et élégant de Fred Vargas, cette capacité à envelopper un polar classique dans une ambiance unique. De « l’afturganga » islandais à la Tour hantée du « Creux », en passant par une société secrète qui voue un culte à Robespierre, l’auteure mélange les lieux et les époques, enrichit son récit de références historiques, tout en plongeant le lecteur dans une brume de mystères dont seul Adamsberg pourra le sortir. Ordonnant les pensées de son personnage principal de manière aussi chaotique que poétique, elle joue avec les mots, élevant au passage ce genre souvent décrié vers un niveau que peu d’auteurs parviennent à atteindre, tout en proposant une approche spiralienne vers la résolution de l’énigme… une impression de tourner légèrement en rond, tout en avançant lentement mais sûrement vers le cœur de l’intrigue… pas besoin de se presser… on est bien là, en compagnie de Fred Vargas et de son pelleteur de nuages…

Je reste fan !

Romans : Le Bilan de 2018

Posted in DIVERS, Littérature with tags , , on 23 décembre 2018 by Yvan

Comme je n’ai pas lu de bande dessinées cette année vous n’aurez droit qu’à un bilan romans… mais, du coup, il y en a beaucoup plus !

Voici ce que je retiens de ces nombreuses heures de lecture :

Mes coups de coeur de l’année :

Nicolas Mathieu – Leurs enfants après eux Heni Loevenbruck – J’irai tuer pour vous Laurent Gaudé – Salina, les trois exils
Adeline Dieudonné – La Vraie Vie Gabriel Tallent – My Absolute Darling Karine Giebel – Toutes blessent, la dernière tue
Tabitha Suzuma – Forbidden Anna McPartlin – Du côté du bonheur Véronique Mougin – Où passe l’aiguille…
Guy Boley – Quand Dieu boxait en amateur Martha Hall Kelley – Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux Luca Di Fulvio – Les Enfants de Venise

Les autres très bonnes lectures :

Jeremy Fel – Helena Carole Fives – Tenir jusqu’à l’aube Pascal Manoukian – Le Paradoxe d’Anderson
Tim Willocks - La Mort selon Turner Julie Ewa – Les petites filles C. J. Tudor – L’homme craie
Franck Bouysse – Glaise Franck Thilliez – Le manuscrit inachevé Denis Zott – Maudite !
Gavin’s Clemente-Ruiz – Le club des feignasses Barbara Abel – Je t’aime Virginie Grimaldi – Il est grand temps de rallumer les étoiles
Gail Honeyman – Eleanor Oliphant va très bien Mathieu Menegaux – Un fils parfait Sophie Daull – Camille mon envolée
Benoît Cohen – Mohammad, ma mère et moi Julien Sandrel – La chambre des merveilles Gaëlle Josse – Une longue impatience

Excellent, mais découvert sur le tard :

Guy Boley – Fils du Feu Cyril Massarotto – Quelqu’un à qui parler Marcus Malte – Le Garçon
John Boyne – Le garçon au sommet de la montagne Jackie Copleton – La Voix des vagues Emma Donoghue - Room

Encore une dose de bons polars pour les amateurs :

Angelina Delcroix – Ne la réveillez pas Claire Favan – Inexorable Donato Carrisi – L’égarée
Vincent Hauuy – Le tricycle rouge Joël Dicker – La disparition de Stéphanie Mailer Daniel Cole – L’Appât
Jacques Saussey – Enfermé.e Sandrine Collette – Les larmes noires sur la terre Jane Harper – Canicule
Hervé Commère – Sauf Amélie Antoine – Sans elle Anne Mette Hancock – Fleur de cadavre

-> Jetez également un œil à mon bilan de 2017 !

 

Emma Donoghue – Room

Posted in Littérature with tags , on 19 décembre 2018 by Yvan

Room… without a view !

Emma Donoghue - Room« Room » raconte l’histoire d’un petit garçon de cinq ans, né en captivité dans une pièce de 10 m2. Sa mère y est violée et séquestrée depuis que « Grand Méchant Nick » l’a kidnappée sept ans auparavant sur le campus d’une université américaine.

Librement inspiré de l’affaire Josef Fritzl, psychopathe autrichien ayant séquestré sa propre fille et les enfants nés de leurs relations incestueuses, « Room » partage assez magistralement le point de vue de ce petit bonhomme qui n’a jamais connu le monde extérieur. La narration du gamin et son univers composé de « Madame-Télé », « Monsieur-Tapis » ou « Madame-Lucarne » peuvent initialement déstabiliser, mais constituent finalement la grande force de ce roman. En donnant la parole à Jack et en exploitant à merveille toute la naïveté de son regard, Emma Donoghue parvient à installer une certaine distance par rapport à l’horreur de cette captivité.

Malgré l’ambiance sombre et oppressante, la romancière canadienne propose un récit lumineux et parsemé d’innocence. Abordant des sujets forts tels que l’amour maternel et la réinsertion, elle livre un roman bouleversant, d’une grande justesse et qui s’avère de surcroît prenant du début à la fin. Un véritable tour de force !

Coup de cœur !

Room, Emma Donoghue, Stock, 400 p., 21,50€.