Archive for the Littérature Category

Michel Bussi – Code 612. Qui a tué le Petit Prince?

Posted in Guerre, Littérature with tags on 23 octobre 2021 by Yvan

Une relecture du Petit Prince !

Michel Bussi - Code 612. Qui a tué le Petit Prince?Derrière ce titre qui « spoile » la fin du célèbre roman d’Antoine de Saint-Exupéry, Michel Bussi s’attaque à un monument de la littérature. Avec une publication en 318 langues, « Le Petit Prince » est en effet le livre le plus traduit dans le monde après la Bible et le livre de chevet de l’auteur des « Nymphéas noirs » depuis l’adolescence. Après avoir multiplié les clins d’œil à l’ouvrage au fil de ses romans et accumulé un paquet de documentation sur cette œuvre qui fête ses 75 ans, Michel Bussi décide non seulement de mener l’enquête sur la mort du Petit Prince, mais également d’élucider la mort de son créateur, mystérieusement disparu à bord de son avion le 31 juillet 1944, lors d’une mission de reconnaissance dans la Méditerranée.  

Pour mener à bien cette contre-enquête, Michel Bussi donne vie à Andie et Neven, deux détectives qui partent à la recherche des membres du club 612, rassemblant les 6 plus grands fans du conte. De New-York à l’Arabie Saoudite, en passant par le Salvador, le duo se lance dans un jeu de piste, rassemblant les différents points de vue, passant en revue les hypothèses et essayant de lire entre les lignes de l’ouvrage afin d’y dénicher la clé qui permettra de résoudre cette double enquête.  

Servi comme une enquête policière philosophique et poétique, « Code 612. Qui a tué le Petit Prince? » est surtout un hommage au Petit Prince, qui invite à redécouvrir ce merveilleux conte tout en cherchant le message qu’Antoine de Saint-Exupéry voulait transmettre.    

Si ce roman donne envie de relire « Le Petit Prince », Michel Bussi (« J’ai dû rêver trop fort », « Rien ne t’efface ») a également choisi de reverser tous ses droits d’auteur à la “Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse”, qui finance de multiples projets dans les domaines l’éducation et l’environnement.

Code 612. Qui a tué le Petit Prince?, Michel Bussi, Presses de la Cité, 240 p., 14,90€

Ils en parlent également : Stelphique, Julie, Culture VSNews

 

 

Clara Dupont-Monod – S’adapter

Posted in Guerre, Littérature with tags on 20 octobre 2021 by Yvan

Une fratrie chamboulée par le handicap !

Clara Dupont-Monod - S'adapterN’étant pas fan de romans historiques, je n’avais encore jamais rien lu de Clara Dupont-Monod.  Comme elle s’attaque ici à une œuvre plus intime, relatant l’histoire d’une fratrie bouleversée par l’arrivée d’un enfant lourdement handicapé, j’ai profité de l’occasion pour combler cette lacune.

« S’adapter » nous emmène dans les Cévennes, en compagnie d’une famille dont le quotidien est mis à rude épreuve par l’arrivée d’un nouveau-né handicapé dont l’espérance de vie est de surcroît réduite à seulement quelques années. Paralysé, muet et aveugle, sa présence ne se limite cependant pas seulement à quelques bruits car il prend immédiatement beaucoup de place au sein de cette famille.    

L’adaptation qui intéresse l’autrice n’est pas vraiment celle des parents, mais plutôt celle des autres enfants de la fratrie, constituant ainsi toute l’originalité du récit. Divisant son roman en trois parties distinctes, elle partage respectivement les points de vue de l’aîné, de la cadette et du petit dernier. L’aîné sacrifiera sa propre existence afin de protéger et d’accompagner au mieux ce petit frère qui demande beaucoup d’attention et de soins. La cadette, plus rebelle, oscillera entre dégoût, indifférence et haine vis-à-vis de cet être qui accapare l’attention de tous et lui vole son grand frère. Le dernier, né après la disparition de cet enfant différent, tentera de se faire une place dans l’ombre de ce frère certes disparu mais toujours omniprésent, tout en se demandant s’il serait né si l’autre n’était pas mort…     

Sans dévoiler les noms des protagonistes et en donnant étrangement la parole aux pierres de la demeure familiale, Clara Dupont-Monod parvient à livrer trois portraits bouleversants de justesse et criants de vérité, tout en abordant les difficultés auxquelles se heurtent les familles d’enfants handicapés. Afin d’éviter les répétitions, le roman aurait pour ma part pu se limiter au récit poétique et tout bonnement bouleversant de l’aîné, même si l’ensemble permet d’alterner les points de vue tout en débordant d’amour familial.    

S’adapter, Clara Dupont-Monod, Stock, 171 p., 18,50 €

Ils en parlent également : Eve, Karine, Ffloladilettante, Joëlle, Tortellini, Willy, Céline, Abelya

Richard Powers – Sidérations

Posted in Guerre, Littérature with tags on 15 octobre 2021 by Yvan

Un récit intelligent, écologique et profondément humain !

Richard Powers - SidérationsDepuis le décès de sa femme dans un accident de voiture, Theo Byrne, astrobiologiste, élève seul son fils de neuf ans, Robin. Ce dernier est sujet à des troubles du comportement assez préoccupants sur lesquels les spécialistes ont du mal à coller un nom définitif, allant de TOC à Asperger. Ne voulant pas que l’on administre un traitement à base de psychotropes à son fils, le scientifique se tourne vers une thérapie alternative, le « neurofeedback ». Même si celle-ci est encore au stade expérimental, les résultats dépassent vite toutes les espérances, mais… car il y a forcément un mais !

« Sidérations » est un roman foncièrement humain, axé autour de la relation émouvante et quasi fusionnelle entre un père et son fils et proposant de surcroît des personnages aussi profonds que touchants. Il y a tout d’abord le petit Robin, inspiré de Greta Thunberg, qui met toute son énergie au service de la préservation de l’environnement et qui peine à comprendre cette société gouvernée par le profit et la croissance. Il y a ensuite son père, créateur d’exoplanètes et recherchant toute forme de vie à travers l’espace, qui stimule la curiosité insatiable de son fils et l’invite régulièrement à s’évader de sa planète en voie d’extinction pour aller se réfugier sur celles qu’il invente. Puis, finalement, il y a le vide abyssal laissé par cette mère décédée, mais particulièrement présente tout au long du récit…

En marge de cette relation père-fils particulièrement touchante, Richard Powers invite à réfléchir sur le sort désastreux de notre planète.  Du dérèglement climatique aux catastrophes sanitaires, en passant par l’extinction rapide de nombreuses espèces et une gouvernance écologique catastrophique, l’auteur aborde des thématiques on ne peut plus actuelles et dresse un bilan qui laisse malheureusement entrevoir le pire pour les prochaines générations.   

« Sidérations » est surtout un récit intelligent, qui mêle astrologie et neurologie afin d’embarquer le lecteur au cœur d’un univers si vaste et si riche, qu’il en ressort conscient de son insignifiance à l’échelle de l’univers. Chaque voyage sur les planètes imaginées par Théo, fait brillamment écho aux troubles qui animent ce quotidien difficile qu’il partage avec son fils, offrant non seulement un moment de repos, mais également un moment de poésie, d’érudition, de réflexion et de beauté.

Un récit qui vous emmène sur de nombreuses autres planètes, foisonnantes d’imagination, pour finalement vous inviter à regarder autour de vous, afin d’admirer la beauté et la diversité de la nature qui nous entoure…profitons-en tant qu’elle est encore là et mettons tout en œuvre pour la préserver.

Sidérations, Richard Powers, Actes Sud, 400 p., 23€

Ils en parlent également : Yann, Ceciloule, Nicole, Benzine Mag, Touchez mon blog

Grégoire Delacourt – L’Enfant réparé

Posted in Littérature with tags , on 13 octobre 2021 by Yvan

Une mise à nu bouleversante !

Grégoire Delacourt - L’Enfant réparéCe dixième roman de Grégoire Delacourt aux allures de biographie est celui qui apporte un nouvel éclairage sur tous les précédents et en particulier sur «Mon Père», où l’auteur livrait un huis-clos écœurant entre un prêtre pédophile et le père de sa victime, tout en donnant une voix aux enfants abusés qui se murent dans le silence.

D’entrée, l’auteur de «La Liste de mes envies» et d’ «Un jour viendra couleur d’orange» nous glace en annonçant que le père de «Mon Père» et l’enfant abusé sont en fait la même personne. Si l’homme qu’il est devenu allait en effet à la recherche de l’enfant abusé qu’il était, dans ce roman il va de surcroît tenter de le réparer…  

« Je regarde mon corps et je me demande où cela a commencé. Quelle partie a d’abord été touchée. Engloutie. Caressée peut-être. Les caresses ne laissent pas de trace. Les baisers non plus. Seules les morsures des affamés cisaillent la chair. Je n’ai pas été mordu. Je n’ai pas été brûlé, ni coupé. C’est pire. Il ne reste rien. Aucune preuve. »

Cinquante ans plus tard, le traumatisme est tellement profond que l’esprit en a effacé toute trace consciente. Au fil des pages de cette introspection, les souvenirs longtemps enfouis refont surface et les mots viennent progressivement nommer ce mal qui le ronge depuis l’enfance. En remontant le fil de sa vie, Grégoire Delacourt se met à nu avec beaucoup de franchise, revient sur son enfance, ses amours, le décès de ses parents, sa psychanalyse et finit par comprendre son incapacité d’aimer, ses lâchetés, les traumatismes de ses personnages lors de précédents romans et son incapacité à vivre heureux à cause de cet enfant mort qu’il trimbale depuis le début !

Ce chemin de croix qu’il mène la plume à la main ne révélera pas seulement les abus d’un père, mais surtout l’amour invisible d’une mère qui le changeait de chambre et l’envoyait en pension, non pas pour lui tourner le dos comme il l’a toujours cru, mais pour le protéger comme toute mère se doit de le faire…

Un roman émouvant, bouleversant qui jette un nouvel éclairage sur toute l’œuvre de cet auteur !

L’Enfant réparé, Grégoire Delacourt, Grasset, 240 p., 19€

Ils en parlent également : Matatoune, Aude, Karine, Caroline, Lili 

 

Akira Mizubayashi – Âme brisée

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 9 octobre 2021 by Yvan

Prix des libraires 2020 !

Akira Mizubayashi – Âme briséeC’est avec un peu de retard que je me suis attaqué à ce roman de l’écrivain japonais Akira Mizubayashi, couronné par le Prix des Libraires 2020.

L’âme qui se retrouve brisée est celle du violon de Yu Mizusawa, à Tokyo, en 1938. Ce dernier avait osé jouer une œuvre de Schubert en compagnie de trois étudiants chinois restés au Japon malgré les prémices de la guerre sino-japonaise. En entendant le bruit des bottes des militaires entrant dans le centre culturel municipal de Tokyo, Yu a le réflexe de cacher son fils Rei, âgé de 11 ans, dans une armoire. Par le trou de la serrure, le gamin voit les soldats fracasser le violon de son père et embarquer le quatuor. Quelques instants plus tard, le lieutenant Kurokami, grand mélomane, découvre la cachette de l’enfant, mais ne trahit pas sa présence et lui confie même les débris de l’instrument de son père…  

« L’âme brisée » est l’histoire d’une reconstruction. Celle d’un gamin qui mettra toute sa vie à comprendre les aboutissants de cet évènement tragique qui le sépara à jamais de son père, mais également celle d’un luthier qui vouera toute sa vie à la restauration d’un violon pourtant jugé irrécupérable. Un roman sur le déracinement, sur les origines et sur la musique qui traverse les époques et véhicule les émotions au-delà des guerres…  

Si l’auteur nippon, tombé amoureux de la langue française au point d’écrire celui-ci directement en français, livre un roman classique au style simple et dépouillé, il ne délaisse pas pour autant ses origines et baigne son œuvre dans la poésie et la délicatesse de la culture japonaise. Malgré le déchirement provoqué par la scène initiale et la noirceur qui entoure toute guerre, Akira Mizubayashi demeure positif tout au long du récit et ne s’attarde pas trop sur les fausses notes de l’humanité…  

Âme brisée, Akira Mizubayashi, Gallimard, 244 p., 19 €

Vous aimerez également: « Le Stradivarius de Goebbels » de Yoann Iacono, « Corps et âme » de Frank Conroy, « Le Piano oriental » de Zeina Abirached

Ils en parlent également : Mumu, Sophie, Emi lit, Natiora, Chill & Art, Marguerite, Anne-Sophie, Gigi, Mélanie, Page après page, Cannetille, Ghislaine

Laurent Mauvignier – Des hommes

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 5 octobre 2021 by Yvan

Le silence coupable d’une guerre jamais oubliée… 

Laurent Mauvignier – Des hommesJ’ai déjà lu quelques romans qui évoquent « La guerre d’Algérie », tel que l’excellent « L’art de perdre » d’Alice Zeniter, mais sans véritablement m’intéresser à ce sujet plus étroitement lié à l’histoire de la France qu’à celle de la Belgique. Mais bon, les critiques étant dithyrambiques et le père de Laurent Mauvignier étant lui-même un ancien d’Algérie s’étant suicidé, je me suis finalement attaqué à ce roman qui raconte certes cette guerre, mais à hauteur d’hommes.
 
D’ailleurs, Laurent Mauvinier n’en parle pas vraiment de cette page sombre de l’histoire de la France car personne ne veut en parler…même pas ses personnages. Pourtant, Bernard et d’autres jeunes ont été appelés durant la guerre d’Algérie, y ont participé en tant que bourreaux, tueurs, violeurs, victimes, voire juste témoins impuissants face à l’imbécilité des hommes. Mais bon, ils sont vieux maintenant et même si l’Algérie hante encore leurs cauchemars, nourrit encore leurs regrets, s’invite parfois même au cœur de non-dits que l’on passe au plus vite sous silence, ils ressassent leurs pensées… Jusqu’au jour où…
 
Bernard a d’ailleurs quitté sa femme et ses enfants, tourné le dos à sa famille, ruminant son passé dans la solitude et noyant ses regrets dans l’alcool. Pourtant, lors de l’anniversaire de sa sœur Solange, la seule qui le comprend encore un peu, un incident met subitement le feu aux poudres. Les vieilles rancœurs familiales font irruption et le passé ressurgit…
 
Au fil des pages, Laurent Mauvignier délivre les pensées de ces hommes abimés par les ravages de la guerre d’Algérie. D’un style hachuré, il partage des phrases inachevés, sans ponctuation distinctive, des mots qui se bousculent et tentent de refaire surface, un silence qui ponctue les non-dits d’une honte révélatrice. Le lecteur, lui, colle son oreille aux pages du livre, filtre les pensées et les mots qui remontent à la surface, se fait progressivement une idée du drame vécu, mais gardé sous silence, entrevoit progressivement tous les traumas enfouis au fond des mémoires. Au-delà du silence, les voix étouffées au fond de gorges nouées deviennent subitement assourdissantes, la porte de la guerre d’Algérie vient de s’entrouvrir…
 
Des hommes, Laurent Mauvignier, Les Editions de Minuit, 280 p., 17,75€
 
Ils en parlent également: Matatoune, Mumu, Bénédicte, Chantal, L’oeil fertile, Sylvie, Charlie, Fanny, Hecate, Denis, Jean-Luc, Alex, Krol, Clara

Pedro Correa – Matins Clairs, Lettre à tous ceux qui veulent changer de vie

Posted in Guerre, Littérature with tags on 2 octobre 2021 by Yvan

Les rebelles du bonheur !

Pedro Correa – Matins Clairs, Lettre à tous ceux qui veulent changer de vieLe 29 novembre 2019, Pedro Correa sort de l’anonymat en prononçant un discours dans un auditoire de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique, lors de la remise des diplômes de la section polytechnique. Lui-même diplômé de cette faculté, mais ayant abandonné une voie toute tracée pour devenir photographe, il conclut ce discours (vu par des millions de personnes sur les réseaux sociaux depuis) par les mots suivants :   

« Le monde n’a plus besoin de battants, de gens qui réussissent, il a besoin de rêveurs, de personnes capables de reconstruire et de prendre soin… et surtout, surtout, on a tous besoin aujourd’hui, plus que jamais, de gens heureux. »

« Matins clairs » raconte le parcours de cet homme qui, après avoir effectué un travail d’écoute de soi, a décidé de quitter son poste de cadre dans une banque belge et tous les autres idéaux imposés par la société, pour vivre de sa passion. Dans ce témoignage, livré sous forme d’une lettre à tous ceux qui veulent changer de vie, Pedro Correa explique comment la mort de son père a été l’élément déclencheur de cette quête de soi qui l’a poussé à s’interroger sur le sens de sa vie et à faire face à ses peurs pour finalement trouver la voie du bonheur.

« La dictature parfaite…aurait des apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves « auraient l’amour de leur servitude. »

Je tiens à préciser que je ne lis jamais de livres de développement personnel et que je ne suis pas fan de romans, tels que « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano, qui s’amusent à vulgariser les techniques de développement personnel en les appliquant à leurs personnages. Ayant fait les mêmes études que l’auteur et étant entouré de personnes qui continuent de se lever tous les matins pour effectuer des tâches totalement inutiles à la société, mais dont le salaire compense l’absence totale de sens, j’ai immédiatement accroché à ce discours qui ne vous invite pas à appliquer les théories de développement personnel, mais qui vous invite à vous inspirer du vécu de cet homme qui a compris que l’argent n’est qu’un moyen, pas une fin et qu’ « être » est finalement beaucoup plus important qu’ « avoir »  et « paraître ».   

« Notre époque est aux prises avec un terrible paradoxe, celui de vouloir à tout prix préserver et allonger nos vies, tout en les passant terrés dans des bunkers émotionnels, financiers et sanitaires. Nous nous mettons à l’abri de tout, mais aussi du risque d’être heureux. »

Une réflexion chaudement recommandée sur notre place dans la société et le sens de la vie, que je ferai lire à mes enfants…lorsqu’ils auront terminé leurs études 😊

Matins Clairs, Lettre à tous ceux qui veulent changer de vie, Pedro Correa, L’iconoclaste, 122 p., 17€