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Chris Ware – Jimmy Corrigan

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Contrebande, Delcourt, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [DL 2000 à 2005], [Sans super-héros] with tags , , on 6 janvier 2011 by Yvan

Chris Ware - Jimmy CorriganJ’étais totalement passé à côté de cette histoire partiellement autobiographique de Chris Ware, primée à Angoulême en 2003.

Ce récit, étalé sur quatre générations et entremêlant rêves, fantasmes et réalité, est assez difficile d’accès. Chris Ware prend tout son temps pour nous narrer l’histoire de la famille Corrigan, en se concentrant sur deux périodes en particulier. Il y a évidemment l’histoire de Jimmy, un homme étouffé par une mère omniprésente et possessive, un être mal dans sa peau, socialement isolé, d’une timidité maladive et sujet à des angoisses persistantes. Mais il y a aussi l’histoire bouleversante de l’enfance de son grand-père.

Construite sur base de petites tranches de vie finalement assez anodines, cette histoire d’une banalité exemplaire démontre les échecs générationnels de cette famille, incapable de bâtir des relations familiales normales de père en fils. Une histoire qui, à l’aide de quelques ellipses et d’une narration plus conventionnelle aurait sans doute pu être racontée en trois fois moins de pages, mais qui aurait du coup perdu une grande partie de sa force. Car malgré son côté hermétique et un début de lecture assez exigeant, l’humanisme touchant et l’audace narrative de cette œuvre finissent par séduire.

Graphiquement, Chris Ware explose tous les codes du neuvième art : couverture dépliante, format à l’italienne, conseils de lecture, sens de lecture variable, découpage original, cases minuscules, schématisations généalogiques, pictogrammes, interludes sous forme de jeux, de découpage et d’assemblage … l’utilisation du médium est poussé à son extrême et demande un effort considérable de la part du lecteur. La multiplication de petites cases qui s’attardent sur des non-événements étire le récit et contribue à son rythme de lecture volontairement lent. Le temps semble ainsi peser sur les personnages, accentuant ainsi leur malaise et permettant à l’auteur d’utiliser les non-dits à la perfection. Le dessin minimaliste, fort géométrique et du type ligne claire est pourtant assez classique, mais mis au service de cette narration surprenante, il se révèle finalement d’une efficacité incroyable.

Un chef-d’œuvre !

Yoshiaru Tsuge – L’homme sans talent

Posted in BANDES DESSINÉES, Ego comme X, Manga / Manhwa, One-shots, [Angoulême 2000-2005], [DL 2000 à 2005] with tags , , on 3 juillet 2010 by Yvan

Yoshiaru Tsuge - L’homme sans talentCe one-shot édité par Ego Comme X a été publié au Japon il y a plus de vingt ans et a même déjà été adapté au cinéma en 1991.

« L’homme sans talent » invite à suivre le quotidien d’un homme qui n’a aucun talent ou dont le talent consiste du moins à ne pas utiliser ceux qu’il a. Ce mangaka sans travail accumule en effet les petits boulots sans perspectives qui ne demandent pas trop d’efforts. Sa dernière trouvaille consiste à vendre des cailloux qu’il ramasse dans la rivière. Les ventes se faisant évidemment très rares, cet utopiste fainéant et solitaire ne parvient plus à subvenir aux besoins de sa famille. Inutile au sein de la société, accumulant les métiers minables et gâchant sa vie et celle de ses proches, ce loser s’enfonce de plus en plus dans la misère et perd lentement toute l’estime de son entourage.

Un roman graphique de plus de 200 pages sur un homme qui erre au creux de la vague n’a rien de vraiment intéressant à la base, surtout que les personnages qu’il croise n’ont pas une vie beaucoup plus passionnante. Mais malgré un sujet peu vendeur et un personnage pas vraiment attachant, voire agaçant, Yoshiaru Tsuge parvient à rendre son récit intéressant. La narration est certes lente, mais souvent amusante, voire drôle. Plus que les tensions familiales ou la déveine professionnelle, ce sont surtout les touches philosophiques et poétiques, ainsi que la restitution de certaines valeurs nippones et les anecdotes sur la société japonaise, qui rendent l’ensemble très agréable à lire.

Le dessin accompagne également parfaitement l’absurdité du quotidien de cet anti-héros et soigne particulièrement les expressions des personnages.

Une œuvre forte et personnelle !

Moore & O’Neill – La Ligue des gentlemen extraordinaires

Posted in Alan Moore, BANDES DESSINÉES, Comics, Editions USA, Intégrales, [Angoulême 2000-2005], [DL 2000 à 2005], [Sans super-héros] with tags , on 7 mai 2010 by Yvan

Moore & O'Neill - La Ligue des gentlemen extraordinairesAprès « Watchmen » et « From Hell », voici donc un autre chef-d’œuvre signé Alan Moore. Cette première intégrale rassemble les six épisodes de la première mini-série dédiée à ces Gentlemen extraordinaires.

Le principal attrait de cette saga se situe au niveau du casting. Réutilisant plusieurs personnages extraits de grandes œuvres littéraires, Alan Moore propose une brochette de personnages aux caractères bien trempés. Ceux-ci sont recrutés afin de former une sorte de groupe de super-héros, au service de la Reine dans une Angleterre victorienne. Le lecteur redécouvre ainsi des personnages tels que Allan Quattermain (Les Mines du roi Salomon – Henry Rider Haggard), Wilhelmina Murray (Dracula – Bram Stocker), Griffin (L’homme invisible – H.G. Wells), Dr Jekyll et son double maléfique Mr Hyde (Docteur Jekyll et Mister Hyde – Robert Louis Stevenson), ainsi que le capitaine Nemo et son Nautilus (20.000 lieues sous les mers – Jules Verne). Ces personnages sont revisités avec brio et servent à merveille cette intrigue d’espionnage. Les dialogues sont d’une grande justesse et les relations entre les différents personnages sont parfaitement exploitées. Au sein d’une ambiance Steampunk particulièrement réussie, l’auteur développe un récit mêlant action, humour et références multiples. Le lourd passé de Mina entretient quant à lui cette part de mystère qui ne manquera pas de nous titiller tout au long de cette saga.

Si le graphisme ne séduira pas tout le monde j’ai été totalement conquis par les dessins de Kevin O’Neill (« Marshall Law »). Des décors urbains grandioses, parfaitement rendus par le grand format de cette intégrale, aux visages expressifs et légèrement caricaturaux des personnages, en passant par une colorisation parfaitement adaptée à cette époque victorienne version Steampunk, j’ai vraiment pris grand plaisir à contempler chacune des planches de cet album.

Un chef-d’œuvre qui inspira notamment l’excellente série en six tomes « La Brigade Chimérique ».

Frank Miller – 300

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Frank Miller, Guerre, One-shots, Rackham, [Angoulême 2000-2005], [DL 1900 à 2000], [Sans super-héros] with tags , , on 28 avril 2010 by Yvan

300 frank miller300 est tiré de la bataille des Thermopyles et de la résistance d’une poignée de Spartiates à l’invasion de l’armée Perse en Grèce, mais n’a cependant pas du tout l’ambition d’être un récit historique.

300 est un hommage à la guerre et au courage des guerriers, mais pas n’importe quels guerriers : les Spartiates. Et qui de mieux que l’auteur de Sin City pour rendre hommage à la violence, à l’héroïsme et à l’état d’esprit des hommes de Leonidas lors de cette bataille dont l’issue importe finalement peu, car peu importe le flacon … du moment qu’on ait l’ivresse !

Car l’issue de ce récit est en effet sans surprises, le scénario prévisible et la profondeur obsolète. Par contre la force dégagée par cette œuvre est impressionnante. Le ciel, la terre, les hommes, les armes, les ombres et les couleurs baignent dans la brutalité, la violence et dans le sang.

Les vrais héros, ceux qui n’ont pas de collants ridicules, se trouvent à l’intérieur de cet ouvrage au format aussi judicieux qu’onéreux et Miller leur rend merveilleusement hommage.

Et je vous conseille d’ailleurs d’aller voir l’adaptation cinématographique de 300 : pour l’honneur, pour la gloire, pour Sparte, mais surtout pour … Frank Miller !

Rabaté – Ibicus

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Pascal Rabaté, Séries, Vents d'Ouest, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 1900 à 2000], [Terminées] with tags , , on 5 avril 2010 by Yvan

IbicusC’est en achetant par hasard un livre à un demi euro que Rabaté est tombé amoureux et a décidé d’adapter en BD cette histoire écrite par un homonyme de Tolstoï. Et il faut bien avouer qu’après lecture de ce premier tome on peut difficilement lui en vouloir d’avoir adapté cette histoire.

On se retrouve à Petrograd en 1917 au début de la révolution russe. Tous les russes sont nerveux et inquiets, sauf un : Siméon Nevzorof ! Car Siméon va enfin pouvoir accomplir la destinée qu’une tzigane lui avait prédit il y a quatre ans : vivre des aventures incroyables et devenir riche quand le reste du pays sera en guerre.

C’est stimulé (voir incité) par cette prédiction qu’il va scruter la misère qui commence à l’entourer, à l’affût de la moindre opportunité pour s’enrichir et tirer profit du malheur des autres. On va suivre les aventures et les rencontres de cet anti-héros, qui tel un charognard va lâchement profiter de la guerre qui l’entoure.

Une ambiance de guerre, de désolation et de misère qui est admirablement retransmise grâce à un dessin sublime en noir et blanc.

Un dessin somptueux, une perception de la révolution russe plus qu’originale avec un anti-héros qui perçoit l’arrivée de cette guerre comme un gigantesque casino qui s’avance vers lui et d’où il est certain de ressortir gagnant car une tzigane l’a lu dans ses mains : il est né sous le signe d’IBICUS.

Taiyou Matsumoto – Ping Pong

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, K.BD, Manga / Manhwa, Séries, Taiyou Matsumoto, [Angoulême 2000-2005], [DL 2000 à 2005], [Terminées] with tags , , , on 3 avril 2010 by Yvan

Le ping-pong comme métaphore de la vie !

Ping pongPing Pong est un manga en 5 volumes du mangaka Taiyou Matsumoto (Printemps bleu, Amer béton, Frères du Japon, Number 5, Gogo Monster).

A l’instar de Hikaru No Go, Ping Pong parvient à créer une histoire prenante autour d’un sport sans que le lecteur soit obligé d’avoir une affinité pour ce sport. D’ailleurs, le ping-pong est ici principalement utilisé comme métaphore de la vie. Les protagonistes vont évoluer au fil des épreuves, des rencontres et des obstacles, au sein d’une société japonaise exigeante envers ses élèves.

Tout comme les deux héros d’Amer béton, tout semble opposer Makoto Tsukimoto, alias Smile, et Yutaka Hoshino, alias Péko. Pourtant, tels le yin et le yang, leur complémentarité et une longue amitié les rend inséparables. Smile ne veut pas faire de sacrifices pour Lire la suite

Marjane Satrapi – Persepolis

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, L'Association, Séries, [Angoulême 2000-2005], [Avancé], [DL 2000 à 2005], [Terminées] with tags , , , on 23 février 2010 by Yvan

Marjane Satrapi persepolisHonnêtement je n’avais pas trop envie de l’acheter cette bande dessinée. Le petit format, la couverture souple, les dessins enfantins, le titre et la couverture qui n’incitent pas vraiment à la lecture. Sans parler de la notoriété de la bande dessinée iranienne vis-à-vis de manga, comics et autres envahisseurs du neuvième art.

Qu’une fatwa soit prononcée sur tous les imbéciles qui auront encore de tels préjugés sur cet album après la lecture de cet avis !

Commençons par l’auteur, Marjane Satrapi, née en 1969, qui a grandi à Téhéran et qui a eu un jour la bonne idée de venir à Paris. Elle y rencontre Christophe Blain et surtout David B. qui demandera à Marjane ce qu’elle attend pour produire le premier album de bandes dessinées iranien sur base de son histoire personnelle et qui fait d’ailleurs la préface de l’album. Un David B. que Marjane Satrapi remerciera lors de la réception de l’Alph-Art « Coup de coeur » d’Angoulême en 2001 et dont on sent clairement l’influence au niveau graphisme.

Un graphisme minimaliste en noir et blanc qui sied parfaitement à ce récit autobiographique. Tout d’abord parce que la narratrice est une enfant de dix ans et qu’à cet âge là on voit souvent les choses en noir et blanc et que le dessin enfantin colle parfaitement à cette narration assez naïve. Ensuite, la révolution islamiste iranienne n’a vraiment pas grand-chose de réjouissant et n’a donc pas besoin d’être affiché en couleurs.

Dans ce premier tome Marjane va relater le début de la révolution islamiste iranienne à travers son regard d’enfant. Elle va retracer une partie de son enfance et de l’histoire de sa famille, leur participation à la révolution qui aboutira à la fin du régime du Shah et les conséquences du nouveau régime de terreur, jusqu’au début de la guerre avec l’Irak.

Au lieu de vivre ces événements à travers les médias, on va les vivre de l’intérieur, à travers le regard d’une enfant de 10 ans. Le récit touchant, honnête, intime, courageux, lucide et clairvoyant nous livre une image nouvelle de cette page capitale de l’histoire du Moyen-Orient. Quelques 60 pages non dépourvues d’humour, qui nous ouvrent les yeux sur un pays qui n’a pas fini de marquer l’histoire.

Un récit limpide et plein de fraîcheur qui a bouleversé ma perception (médiatiquement influencé) de ce pays. Un sujet difficile, traité de façon admirable, pour un tome qui m’incite finalement à réfléchir sur les actualités du moment.