Archive for the [Angoulême 2011] Category

Malherbe & Perriot – Belleville Story T1

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Diptyques, Franco-Belge, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Grand public] with tags , on 30 novembre 2010 by Yvan

Polar sombre et quartier parisien !

Malherbe & Perriot - Belleville Story T1Avec « Belleville Story », Arnaud Malherbe et Vincent Perriot récidivent avec un second diptyque.

Les auteurs de « Taïga rouge » ont choisi le quartier de Belleville à Paris comme décor pour ce polar bien sombre. Ils invitent à suivre les pas de Freddy, une petite frappe qui se retrouve pris au piège dans une histoire de trafique et de contrat. L’incursion nocturne dans ce quartier rythmé par les trafics en tout genre, la prostitution, les descentes de police et la mafia chinoise, s’avère très efficace. Le scénario faussement classique est porté par une narration parfaitement maîtrisée et par des personnages hauts en couleurs. Il y a d’abord Freddy, un caïd agressif qui ne gagne la sympathie du lecteur qu’au fil des pages, en dévoilant ses faiblesses et son amour pour une prostituée du quartier. Mais il y a également la cible de ce contrat que doit honorer Freddy, un certain Mr. Zhu, fraîchement débarqué de Chine et que le côté mystérieux de l’intrigue.

Le graphisme proposé par Vincent Perriot contribue également à l’immersion réussie au sein de la mafia chinoise de Paris et colle parfaitement au ton sombre et glauque de ce polar haletant. Alternant les planches muettes, qui permettent de s’imprégner de l’ambiance pesante du quartier, à des planches d’action, qui permettent de retranscrire la violence qui y règne, il insuffle énormément de fluidité au récit. Un rythme dynamique qui se retrouve encore renforcé par le découpage très cinématographique de cette histoire qui fut d’ailleurs d’abord réalisée sous forme de téléfilm par Arnaud Malherbe.

Une belle surprise !

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2011 !

Borris & Céka – Lutte majeure

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Franco-Belge, Guerre, KSTR, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2011], [DL 2010] with tags , , , on 30 novembre 2010 by Yvan

Le siège de Leningrad en musique !

Borris & Céka - Lutte majeure« Lutte Majeure » revient sur une page historique du long siège qu’a subi Leningrad durant la deuxième guerre mondiale. C’est dans cette ville assiégée par les troupes de la Wehrmacht que Staline, à des fins propagandistes, décide de faire jouer la septième symphonie, la dernière création de Chostakovitch.

Céka (« Billy Wild ») se concentre donc sur l’organisation de ce concert historique, joué ce fameux soir du 9 août 1942. Délaissant les affrontements entre nazis et soviétiques, il se concentre sur des assiégés qui, malgré la misère et la faim, vont tout faire pour que l’événement aie lieu et ainsi montrer un bel exemple de résistance. Les conditions de vie difficiles des habitants sont particulièrement bien rendues et ces quelques notes de musiques qui s’élèvent au milieu de la désolation et du chaos allient surréalisme et beauté.

À l’instar de « Maus: Un survivant raconte », Borris a opté pour des personnages zoomorphes, donnant ainsi vie à des cochons humanoïdes au fil des pages. Ce choix n’est pas particulièrement dérangeant et la colorisation de Brice Follet contribue à plonger le récit dans une ambiance étouffante et oppressante.

Un très bon one-shot !

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2011 !

Antunes & Martin – Toute la poussière du chemin

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, One-shots, [Accessible], [Angoulême 2011], [DL 2010] with tags , on 30 novembre 2010 by Yvan

Road-movie dans un pays en crise !

Antunes & Martin - Toute la poussière du chemin« Toute la poussière du chemin » nous emmène sur les routes poussiéreuses du sud des États-Unis, au lendemain de la crise économique de 1929.

On y suit les pas de Tom, un homme qui, comme tant d’autres, a tout perdu à cause de cette grande dépression qui plonge le pays dans la misère et qui fait ressortir toute la laideur du genre humain. Entouré de traine-savates à la recherche de travail, de hobos à la recherche d’autres horizons et de vagabonds prêts à tout pour survivre, Tom tente de retrouver le fils d’un homme qui est sur le point de mourir. Il nous entraîne dans un road-movie parsemé de faillites, de chômage, d’émigration, d’injustice, de misère, de haine et de racisme.

L’errance du personnage principal n’est finalement qu’un prétexte, utilisé par le scénariste brésilien Wander Antunes (« Big Bill est mort ») pour aligner les rencontres insolites et étaler le malheur qui frappe le pays. Cette construction narrative parsemée de petits récits individuels, permet de dresser le tableau de cette société américaine à la dérive. Usant de tons tristes et d’un trait gras et clair, Jaime Martin (« Ce que le vent apporte ») étale toute la misère des laissés-pour-compte et restitue très bien l’atmosphère déprimante et chaotique de l’époque.

Un bon one-shot !

Retrouvez cet album parmi les titres sélectionnés au Festival d’Angoulême 2011 !

Mangin & Bajram – Trois Christs

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, One-shots, Quadrant, [Angoulême 2011], [Avancé], [DL 2010] with tags , on 30 novembre 2010 by Yvan

Concept ambitieux & puzzle narratif !

Mangin & Bajram - Trois ChristsOhlala, quelle déception. Pourtant avec des noms tels que Valérie Mangin (« Le fléau des Dieux », « Le dernier Troyen »), Denis Bajram (« Universal War One ») et Fabrice Neaud (« Journal (Les riches heures) »), je m’attendais à un excellent one-shot.

Je pourrais évidemment surtout m’amuser à souligner l’audace du concept, mais je constate malheureusement surtout la médiocrité du résultat. Il y avait pourtant de l’idée et le défi semblait audacieux : raconter trois fois le même événement, celui de l’apparition du «Saint» Suaire durant la semaine pascale à Lirey en 1353, et proposer trois interprétations différentes. Malheureusement, le fait de recycler les lieux, les personnages, les dialogues et même les cases sonne finalement un peu faux. La narration devient trop forcée, voire décousue, et les histoires ont un arrière-goût trop artificiel, surtout que l’histoire ne casse déjà pas trois pattes à un canard à la base et que les personnages ne sont pas vraiment attachants. Du coup, la lecture devient fort ennuyeuse et le fait d’être invité à suivre les nombreuses références achève de sortir définitivement le lecteur de l’histoire.

Le seul attrait de ces trois histoires christiques, l’une dévote, l’autre iconoclaste et la dernière irradiée, est la mise en images originale de Denis Bajram. Un dessin en couleurs directes, légèrement flou, qui insuffle une ambiance particulière aux récits. Soulignons également les interludes en noir et blanc de Fabrice Neaud, qui procurent un contexte historique et scientifique intéressant à l’ensemble.

Un puzzle narratif et graphique impressionnant, riche de plus de 700 références croisées, mais une histoire inintéressante, trois fois mal racontée !

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Nury & Vallée – Il Etait Une Fois en France T4

Posted in BANDES DESSINÉES, Fabien Nury, Franco-Belge, Glénat, Guerre, Séries, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Grand public], [Terminées] with tags , , , on 27 novembre 2010 by Yvan

Traître collabo ou résistant héroïque ?

Nury & Vallée - Il Etait Une Fois en FranceCette série dont le titre est une sorte de clin d’oeil au cultissime «Once upon a time in America» de Sergio Leone, confirme sa qualité au fil des tomes.

Le personnage de Joseph Joanovici constitue toujours la véritable force de cette histoire. Inspiré du personnage réel, cet immigré roumain qui s’est construit une immense fortune pendant l’Occupation et qui manoeuvre avec grande efficacité au milieu de fonctionnaires, policiers et juges corrompus, est d’une ambiguïté extrêmement intéressante. A l’étroit dans son costume de collabo et pas encore véritablement à l’aise dans sa tenue de résistant, le ferrailleur d’origine juive doit constamment retourner sa veste et à chaque fois les moyens financiers requis sont de plus en plus importants et les dégâts psychologiques de plus en plus visibles. A cheval entre un statut de héros et celui de traître, Joseph Joanovici perd sa propre identité et renie toutes ses valeurs. Passant de victime attachante à fourbe cupide et déloyal, Joseph montre aussi bien ses faiblesses que ses qualités et contribue au réalisme de ce récit. Rongé par une conscience qui commence à peser très lourd, l’éternel opportuniste se retrouve le cul entre deux chaises, tout en perdant toute emprise sur cette famille qu’il délaisse affectivement depuis le début du conflit. Anticipant la débâcle allemande, l’homme tente dorénavant de redorer son blason auprès de la résistance et force est de constater qu’il ne laisse pas indifférent et continue de fasciner le lecteur.

Si le développement psychologique du personnage central demeure la pièce maîtresse, le contexte historique joue également un rôle prépondérant dans cette saga. A travers les choix et la destinée de Joseph Joanovici les auteurs baignent le lecteur dans la réalité de l’occupation allemande et démontrent la complexité de l’âme humaine. Abordant les thèmes de l’antisémitisme, de la collaboration et de la résistance à travers son « héros », l’auteur livre un personnage touchant et torturé, ainsi qu’une tranche d’histoire des plus intéressantes. Si la période de l’occupation allemande obligeait déjà l’ami Joseph à faire des choix difficiles afin de protéger sa vie et son empire, les nombreux faits d’arme de notre ami débrouillard durant l’Occupation risquent de fortement compromettre son avenir au sein d’une France libérée du joug nazi.

Une série incontournable !

Fabien Nury et Vallée - Il était une fois en France T3Retrouvez cette BD dans MON TOP 2010 !

Lisez également l’avis sur K.BD !

Charles Burns – ToXic T1

Posted in BANDES DESSINÉES, Charles Burns, Comics, Cornélius, Trilogies, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Sans super-héros] with tags , on 11 novembre 2010 by Yvan

Tintin au pays de Burns !

Charles Burns - ToXic T1Dans la pénombre, une houppette bleue apparaît. Lentement et complètement déboussolé, Doug se réveille avec un pansement sur le crâne. Au loin, Inky, son chat noir – pourtant mort depuis plusieurs années – se tient devant un trou béant. Étonné, le jeune homme se lève et suit le félin de l’autre côté du mur de briques. Là, un décor étrange, fait d’inondations, de décombres et d’humanoïdes bizarres, s’offre à lui. Bienvenue dans l’univers de Charles Burns

Publié simultanément aux États-Unis sous le titre de « X’ed Out » et clairement influencé par l’œuvre d’Hergé et de William S. Burroughs, ce premier tome de « ToXic » marque le retour de l’auteur du cultissime « Black Hole« . De cette couverture ouvertement inspirée de « L’Étoile mystérieuse » à cette première scène de l’autre côté du miroir, visiblement tirée de l’album « Le Trésor de Rackham le rouge », en passant par ce personnage à la silhouette caractéristique et au nom d’artiste éloquent (Nit Nit, Tintin à l’envers), les références au petit protégé de Moulinsart sont légion.

Pour son premier livre en couleurs, l’auteur s’approprie d’ailleurs également ce style ligne clair familier des tintinophiles, mais ne manquera pas de prendre le lecteur à contre-pied par la suite. Car il devient vite évident qu’en suivant les pas de Doug, Burns a bel et bien l’intention de nous emmener dans son monde à lui, d’évoluer vers un style visuel plus sombre et d’user de la puissance évocatrice de son dessin pour livrer des protagonistes plus inquiétants et d’ainsi dégager un sentiment de malaise profond au fil des planches.

Construisant son histoire sous forme d’ellipses, multipliant les allers-retours et proposant une narration très fragmentée, l’auteur s’amuse à brouiller les pistes et accompagne brillamment les errances de ce héros à la dérive. Passant d’un personnage alité et drogué aux souvenirs embrumés d’une soirée Punk-Art en compagnie d’une fille aux goûts artistiques glauques, sans oublier les flashs psychédéliques au sein d’un monde peuplé de créatures étranges, l’album entremêle habilement le quotidien, les rêves et les hallucinations de Doug. D’abord déroutant, avant de devenir prenant, le récit se joue des repères spatio-temporels et permet à Burns d’aborder des thèmes qui lui sont chers, tels que la prise de drogues, la violence et les découvertes sexuelles qui caractérisent le mal-être adolescent dans l’Amérique ultra codifiée des années soixante-dix.

Oscillant entre rêve et réalité, ce premier volet de « ToXic » abandonne le lecteur complètement étourdi et légèrement frustré d’être sorti de cet univers envoûtant avant la fin de ce nouveau trip artificiel proposé par ce génie graphiste au style souvent imité mais rarement égalé.

Retrouvez ce comics dans MON TOP 2010 !

Fabien Nury – L’Or & le Sang T2

Posted in 12bis, BANDES DESSINÉES, Fabien Nury, Franco-Belge, Glénat, Séries, [Angoulême 2011], [DL 2010], [Grand public], [Terminées] with tags , , on 23 octobre 2010 by Yvan

 Les futurs princes du Djebel !

Fabien Nury - L'Or & le Sang« Inch’ Allah » poursuit l’histoire d’amitié entre deux hommes que tout oppose, imaginée par Maurin Defrance. Après s’être liés d’amitié sous les salves ennemies de la guerre 14-18 et s’être libérés de leur ancienne vie, Léon Matilo, ancien truand corse, et Calixte de Prampéand, aristocrate issu d’une riche famille d’industriels, se laissent emporter par le souffle de liberté qui concluait le tome précédent et entament un périple qui s’annonce mouvementé.

S’appuyant sur un fond historique et sur le talent narratif de Fabien Nury (« Je suis légion », « Il Etait Une Fois en France« , « La mort de Staline »), cette saga ouvre grand les portes du récit d’aventure. Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde en suivant l’incroyable destinée des futurs princes du Djebel. Reconvertis en trafiquants d’armes, balancés entre les conflits tribaux, manipulés par les Espagnols et par le gouvernement français, les deux aventuriers tentent de trouver leur voie et leur bonheur au Maroc. C’est têtes baissées que les deux foncent à l’encontre de leurs destins. Inch’ Allah !

Côté dessin, le travail à quatre mains de Fabien Bedouel et Merwan Chabane, agrémenté de la colorisation de Romain Trystram, demeure surprenant, mais s’avère toujours aussi efficace. Dans un style qui se détache de la majorité de la production actuelle, les auteurs livrent un graphisme dynamique et séduisant. Alliant scènes d’embuscade spectaculaires et paysages chauds du Maghreb, les auteurs proposent une mise en images personnelle, originale et convaincante.

Retrouvez cette BD dans MON TOP 2010 !