Archive for the [Angoulême 2013] Category

Chester Brown – Vingt-Trois Prostituées

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Cornélius, Festival BD Angoulême, One-shots, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 3 janvier 2013 by Yvan

Allez aux putes avec Chester Brown !

Chester Brown - Vingt-Trois ProstituéesRécit autobiographique de Chester Brown, « Vingt-Trois Prostituées » permet à l’auteur canadien de partager son expérience personnelle concernant le sexe tarifié, tout en livrant une sorte de pamphlet en faveur de la légalisation de la prostitution.

« Vingt-Trois Prostituées » est donc l’histoire d’un auteur de comics qui, suite à une rupture avec sa compagne, rejette toute possibilité d’amour romantique et a recours à une forme de relation plus pratique et moins compliquée pour lui. Cet album résume cette décennie de rencontres éphémères et tarifiées.

Chester Brown y relate donc son expérience personnelle en tant que client régulier en décrivant ses actes sexuels de façon crue et presque clinique, mais sans jamais devenir vulgaire. Afin de préserver l’anonymat des différentes femmes qu’il rencontre, l’auteur élimine toutes les informations qui pourraient compromettre leur identité. Ne vous attendez donc pas à retrouver la même empathie qu’envers la Jeanine de Matthias Picard, car Carla, Angelina, Anne, Amanda, Susan, Wendy, Diane, Danielle, Jolene, Yvette, Gwendolyn, Alexis, Hillary, Béatrice, Jenna, Kitty, Larissa, Arlène, Edith, Laura, Denise, Nancy, Millie ne sont que les noms d’emprunt de ces corps sans véritable personnalité.

L’intérêt principal de cet album est le questionnement de l’auteur tout au long de ces vingt-trois rencontres payées, ainsi que l’interprétation honnête et distanciée qu’il en donne par après. De ses états d’âmes aux réactions d’amis à qui il ne cache rien, en passant par ses interrogations concernant la sécurité, les maladies, le proxénétisme, la peur d’être arrêté ou la nécessité de laisser un pourboire, ce journal propose un témoignage intéressant sur le plus vieux métier du monde, mais également un éclairage sur la vie personnelle de l’auteur.

Ce récit est non seulement drôle et cynique, mais également particulièrement sincère et courageux. Si l’honnêteté de l’auteur n’est pas à remettre en cause, ses thèses concernant le sexe tarifié ne feront par contre pas l’unanimité. Il poursuit d’ailleurs son plaidoyer pour la libéralisation de la prostitution lors d’une longue postface de près de cinquante pages. Je ne partage absolument pas son pessimisme envers le couple et l’amour, ni sa vision ultralibérale de la prostitution, où le corps se résume à un objet commercial dont chacun est libre de disposer comme bon lui semble, mais j’ai malgré tout bien aimé cet album.

Visuellement, on retrouve cette même froideur dans ce dessin noir et blanc épuré, dénué de toute émotion, ainsi que dans ce découpage simple en gaufrier de huit cases par planche.

Une album que vous retrouverez également dans mon Top du Festival d’Angoulême 2013 et que j’ajoute également dans mon bilan de 2012.

Ils en parlent également : OliV’

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Denis Bajram, Valérie Mangin et Thierry Demarez – Alix Senator

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Trilogies, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Grand public] with tags , on 27 décembre 2012 by Yvan

Enquête policière dans la Rome antique

Denis Bajram, Valérie Mangin et Thierry Demarez - Alix SenatorVous cherchez l’avis d’un type qui n’a jamais lu un seul tome d’Alix auparavant, pour savoir ce que pensent les néophytes du spin-off de ce monument de la bande dessinée créé en 1948 par Jacques Martin ? Et bien, vous l’avez, car je n’avais encore jamais lu d’album d’Alix avant d’attaquer cette remise à neuf. Enfin, je ne sais pas si on peut vraiment parler de remise à neuf car Denis Bajram, Valérie Mangin et Thierry Demarez ont vieilli le héros d’une trentaine d’année.

Cette histoire prévue en trois tomes démarre donc en l’an 12 avant JC, dans une ville de Rome sous le règne de l’Empereur Auguste, où Alix est devenu sénateur. Lorsque des aigles aux serres d’or se mettent à assassiner des hauts dignitaires de la ville, le vieil Alix doit aller démêler les fils (assez gros) de cette intrigue meurtrière qui vogue joyeusement entre le complot et la malédiction divine.

Je n’ai évidemment pas saisi toutes les allusions au passé d’Alix, mais cela n’est pas vraiment dérangeant à la lecture. L’histoire est donc très accessible, même pour un lectorat qui n’a jamais lu Alix, mais elle est également peu originale, voire assez banale. On ne peut pas non plus vraiment parler de réalité historique, mais plutôt d’ambiance historique, avec une Rome en proie à une lutte de pouvoir, quotidiennement influencée par une présence divine, qui est restituée avec un certain brio.

Le travail minutieux de Thierry Demarez au niveau des décors n’y est d’ailleurs pas étranger. J’avais déjà feuilleté plusieurs albums d’Alix et l’on est en effet bien loin des dessins datés de Jacques Martin et des cases pleines de texte. C’est donc beaucoup plus moderne et ça donne enfin l’envie d’être lu. Par contre, je trouve que le personnage d’Alix ressemble souvent plus à un adolescent avec des rides qu’à un sexagénaire.

Bref, un tome sympa, mais je reste surtout fan de Murena.

Retrouvez cet album dans mon Top du Festival d’Angoulême !

Découvrez la bande annonce de cet album :

Charles Burns – La Ruche

Posted in BANDES DESSINÉES, Charles Burns, Comics, Cornélius, Festival BD Angoulême, Trilogies, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 22 décembre 2012 by Yvan

Bienvenue dans l’univers de Charles Burns…

Charles Burns - La RucheCette saga qui marque le retour de l’auteur du cultissime de Black Hole est clairement influencée par l’œuvre d’Hergé et de William S. Burroughs. De la couverture du tome précédent, ouvertement inspirée de « L’Étoile mystérieuse », à cette première scène de l’autre côté du miroir, visiblement tirée de l’album « Le Trésor de Rackham le rouge », en passant par ce personnage à la silhouette caractéristique, flanqué d’une houppette qui l’est tout autant et au nom d’artiste éloquent (Nit Nit, Tintin à l’envers), les références au petit protégé de Moulinsart sont d’ailleurs légion. Pour son premier livre en couleurs, l’auteur s’approprie d’ailleurs également ce style ligne clair familier des tintinophiles, mais ne manquera pas de prendre le lecteur à contre-pied par la suite. Car, si aventure de Tintin il y a, ce sera dans la Quatrième Dimension ! Il devient en effet vite évident qu’en suivant les pas de Doug, Burns a bel et bien l’intention de nous emmener dans son monde à lui, d’évoluer vers un style visuel plus sombre et d’user de la puissance évocatrice de son dessin pour livrer des personnages plus inquiétants et d’ainsi dégager un sentiment de malaise profond au fil des planches.

« La Ruche » poursuit donc le trip halluciné de ce personnage complètement déboussolé. Il y a tout d’abord la version tintinesque de Doug qui poursuit son périple dans un univers onirique suffocant. Abandonné au pied de La Ruche en fin de tome précédent, il se retrouve maintenant à l’intérieur, employé par une créature verte, et se lie d’amitié avec l’une des femmes sur le point d’accoucher d’on ne veut pas trop savoir quoi. Dans la réalité, l’auteur se concentre principalement sur la relation entre Doug et Sarah, deux adolescents qui se découvrent et se livrent au fil des pages.

Construisant son récit sous forme d’ellipses, multipliant les allers-retours et proposant une narration très fragmentée, l’auteur s’amuse à brouiller les pistes et accompagne brillamment les errances de ce héros à la dérive. Passant d’un personnage alité et drogué aux souvenirs enfumés d’une relation avec une fille aux goûts artistiques glauques, sans oublier les flashs psychédéliques au sein d’un monde peuplé de créatures étranges, l’album entremêle habilement le quotidien, les rêves, les cauchemars, les fantasmes et les hallucinations de Doug. Burns prend un malin plaisir à faire disparaître les frontières entre fiction, réalité, passé et présent, comme en témoigne cette scène où Doug feuillette une bande dessinée des aventures de Nitnit, son alter ego tintinesque. Les différentes versions de Doug se superposent avec brio et l’auteur ajoute encore une nouvelle couche en insérant une référence aux vieux romance comics des années 50/60, qu’il s’amuse à mettre en images dans le style de l’époque. Ce nouvel écho à la vie de Doug s’ajoute aux différents niveaux de lecture de cette saga qui intrigue tout en conservant une fluidité déconcertante.

Progressivement Charles Burns livre les pièces de ce puzzle narratif étonnant. D’abord déroutant, avant de devenir prenant, le récit se joue des repères spatio-temporels et permet à Burns d’aborder des thèmes qui lui sont chers, tels que la prise de drogues, le désir, les névroses, l’avortement et les découvertes sexuelles qui caractérisent le mal-être adolescent dans l’Amérique ultra codifiée des années soixante-dix.

Oscillant entre rêve et réalité, ce deuxième volet abandonne son héros en compagnie d’une tête de mort et cela tombe bien car la conclusion de cette trilogie s’intitulera « Calavera ». En attendant, le lecteur, complètement étourdi et légèrement frustré d’être sorti de cet univers envoûtant avant la fin, devra s’armer de patience avant de pouvoir vivre la fin de ce nouveau trip artificiel proposé par ce génie graphiste au style souvent imité mais jamais égalé.

Retrouvez ce comics dans mon Top du Festival d’Angoulême et dans MON TOP de l’année !

Fabien Nury – L’Or et le Sang T3

Posted in 12bis, BANDES DESSINÉES, Fabien Nury, Franco-Belge, Glénat, Guerre, Séries, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Grand public], [Terminées] with tags , , , on 20 décembre 2012 by Yvan

Deux aventuriers déjouant les plans colonialistes franco-espagnols

Fabien Nury - L'Or et le Sang T3« Les princes du Djebel » poursuit l’histoire d’amitié entre deux hommes que tout oppose, imaginée par Maurin Defrance. Après s’être liés d’amitié sous les salves ennemies de la guerre 14-18 et s’être libérés de leur ancienne vie, Léon Matilo, ancien truand corse, et Calixte de Prampéand, aristocrate issu d’une riche famille d’industriels, se laissent emporter par le souffle de liberté qui souffle sur le rif marocain et mettent les Espagnols en déroute.

S’appuyant sur un fond historique et sur le talent narratif de Fabien Nury (Atar Gull, Il Etait Une Fois en FranceLa mort de Staline), cette saga ouvre grand les portes du récit d’aventure. Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde en suivant l’incroyable destinée de ces princes du Djebel. Reconvertis en trafiquants d’armes, puis en leaders de la révolution, balancés entre les conflits tribaux et manœuvrant habilement entre les plans colonialistes des Espagnols et des Français, les deux aventuriers tentent de trouver leur voie et leur bonheur au Maroc.

Et pour la première fois depuis le début de la série, leurs chemins vont se séparer et leur amitié sera même mise à rude épreuve. Alors que Calixte de Prampéand change de nom, se convertit à l’islam et embrasse pleinement la cause des rifains, son ami corse fait la fiesta à Tanger et profite pleinement de son nouveau statut. Alors que l’un recherche l’argent et les filles faciles, l’autre poursuit le combat et tente de séduire la belle Anissa. Deux trajectoires totalement différentes qui, au milieu de ce jeu de manipulations, risquent bien d’avoir un effet néfaste sur leur amitié.

Côté dessin, le travail à quatre mains de Fabien Bedouel et Merwan Chabane, agrémenté de la colorisation de Romain Trystram, demeure surprenant, mais s’avère toujours aussi efficace. Dans un style qui se détache de la majorité de la production actuelle, les auteurs livrent un graphisme dynamique et séduisant. Alliant scènes de combats et paysages chauds du Maghreb, les auteurs proposent une mise en images personnelle, originale et convaincante, sans parler du charisme des personnages et du pouvoir de séduction d’Anissa.

Une saga à ne pas rater, que vous retrouverez également dans mon Top de l’année et dans mon Top du Festival d’Angoulême.

Anders Nilsen – Big questions

Posted in BANDES DESSINÉES, Comics, Festival BD Angoulême, L'Association, One-shots, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Sans super-héros] with tags , , on 18 décembre 2012 by Yvan

Les débats existentiels d’une communauté de volatiles !

Anders Nilsen - Big questionsAnders Nilsen est l’auteur de plusieurs ouvrages, mais ce « Big questions », entamé il y a plus de quinze ans, peut néanmoins être considéré comme son premier livre, même si celui-ci ne s’est achevé qu’en 2011.

Débuté comme un fanzine auto-édité, mettant en scène les débats existentiels d’une colonie de moineaux dans un lieu inconnu, cette histoire a finalement donné naissance à une épopée fantastique de près de 600 pages, éditée en français par l’Association.

Tout commence dans une plaine isolée, en compagnie d’oiseaux dotés de la parole et d’un minimum d’intelligence, qui s’interrogent sur la faim et sur la signification des choses. Dans cet environnement restreint ne résident que deux personnages humains : une grand-mère et son petit-fils idiot, qui sont à l’origine des miettes de donuts dont se nourrissent les volatiles. Une série de phénomènes mystérieux, dont l’apparition d’un œuf géant et le crash d’un avion, va cependant faire basculer leur existence banale dans un monde aussi fascinant qu’angoissant.

Suite à cet événement détonateur, le lecteur accompagne les différents personnages dans un monde en pleine évolution, particulièrement déstabilisant, et assiste à la genèse d’une nouvelle société. Au fil des pages, les oiseaux vont dévoiler leur personnalité et soulever de nombreuses grandes questions relatives au sens de leur existence. En proie à des questionnements et à de nombreux doutes, la petite communauté doit notamment revoir le fondement de ses croyances. Alliant questionnements philosophiques abstraits sur la mort, sur l’origine des choses ou sur l’au-delà, cette belle brique invite à la réflexion. Faisant écho aux angoisses de notre société et à ce besoin de comprendre à tout prix le monde qui nous entoure, cette parabole existentielle saupoudrée d’humour absorbe progressivement le lecteur. Divisé en quatre-vingt chapitres, cette histoire conçue à la base comme une succession de strips, met certes un peu de temps à trouver son rythme, mais prend progressivement forme, tout en parvenant à se trouver une cohérence.

Cette évolution, se retrouve également au niveau du visuel, avec un dessin fort dépouillé qui s’étoffe au fil de la lecture. S’appuyant initialement sur un échange de dialogues sur fond visuel simpliste, l’album offre ensuite de plus en plus de séquences muettes qui contribuent à installer une ambiance. Cette mise en avant du graphisme qui multiplie les passages silencieux, incite également le lecteur à s’interroger sur la signification des différents événements.

« Big questions » est un petit chef-d’œuvre que je vous invite à découvrir au plus vite et que vous retrouverez également dans mon Top de l’année et dans mon Top du Festival d’Angoulême.

Tardi – Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Casterman, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Guerre, Séries, [Angoulême 2013], [Avancé], [DL 2012], [En cours] with tags , , , , on 12 décembre 2012 by Yvan

Après Spiegelman, un autre survivant raconte…

Tardi - Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIBAprès avoir multiplié les ouvrages sur la Der des Ders, Jacques Tardi se penche pour la première fois sur la Seconde Guerre Mondiale. À l’origine de cette saga, il y a trois cahiers d’écolier datant des années 80, minutieusement remplis par René Tardi à la demande de son fils. C’est sur base de ces souvenirs écrits, ponctués de petits croquis pour mieux visualiser les choses, que l’auteur revient sur les évènements que son père a vécus pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Si la première partie de l’album s’attarde brièvement sur le passé militaire de René et sur ses quelques faits d’armes anecdotiques, il se concentre ensuite sur ses cinq années de captivité dans un camp de prisonniers : le Stalag II B, au nord de l’Allemagne en Poméranie. René Tardi y raconte son quotidien en tant que prisonnier de guerre : la faim, le froid, les projets d’évasion, les problèmes de salubrité, les brutalités, les souffrances physiques et psychologiques, les appels quotidiens, la surpopulation, les travaux proches de l’esclavagisme, le marché noir, les maladies,… l’enfer de la guerre et de ses prisonniers.

Je ne suis pas trop fan de l’approche narrative qui consiste à inclure l’auteur dans l’histoire, sous forme d’un enfant en culottes courtes qui accompagne son paternel tout en le questionnant tout au long de son périple. Si ce questionnement dynamise le récit, tout en permettant d’y ajouter quelques touches d’humour, cette présence m’a dérangé tout au long de l’album. D’un autre côté, cette démarche permet à Tardi d’enfin poser les questions qu’il n’a jamais réussi à lui poser de son vivant. Son père a en effet toujours tenté d’enfouir ce passé de prisonnier, qui semble tellement ridicule face aux exploits du grand-père Tardi dans les tranchées de 14-18. Pourquoi parler de ses années de souffrance, alors qu’il vivait comme un roi comparé aux victimes des camps de concentration et qu’il ne faisait qu’attendre sa libération pendant que les résistants menaient le véritable combat ?

Découpant ses planches en trois cases horizontales panoramiques, Tardi plonge le lecteur dans un rôle de spectateur, décrivant avec minuties le supplice enduré par tous ces prisonniers de guerre. C’est Rachel Tardi, la fille de l’auteur, qui se charge de la colorisation, rehaussant le travail de son père d’aplats gris et de quelques touches de couleur (pour les drapeaux par exemple). On peut même parler de saga familiale, car c’est Oscar (le fils), qui s’occupe de la documentation, alors que dans un des camps décrit dans l’album, René Tardi croise un certain Jean Grange, le futur beau-père de son fils Jacques.

Mais, « Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB » n’est pas vraiment une saga familiale, ni une biographie, mais plutôt un témoignage historique bouleversant, restituant avec brio le calvaire vécu par près de 1,8 millions de prisonniers français durant le conflit 40-45. Une survie dans les camps et une relation père/fils que l’on rangera d’ailleurs fort précieusement auprès de l’inégalable « Maus » d’Art Spiegelman.

Vivement la suite !

Un excellent album que vous retrouverez également dans mon Top de l’année, ainsi que dans ma sélection du Festival d’Angoulême 2013.

bd du mercredi Allez découvrir les autres BDs du mercredi sur le blog de Mango !

Atsushi Kaneko – Soil, Tome 11

Posted in Ankama, BANDES DESSINÉES, Manga, Manga / Manhwa, Séries, [Angoulême 2013], [DL 2012], [Terminées] with tags , on 6 novembre 2012 by Yvan

La fin d’un manga déjà culte !

Atsushi Kaneko - Soil, Tome 11Ce onzième tome lève enfin le voile sur les derniers mystères qui entouraient encore cette saga qui débuta comme une enquête policière sur la disparition de la famille Suzushiro et du policer Ichinose, mais qui vira très vite vers le thriller fantastique horrifique.

À l’occasion de ce final très attendu, le capitaine Yokoi et le lieutenant Onoda sont à nouveau réunis dans cette ville de Soil qui a réapparu aussi brusquement qu’elle avait disparu. Ce sont néanmoins les investigations d’Onoda qui vont apporter le plus de réponses concernant les phénomènes étranges qui se déroulent à Soil. Si, lors du tome précédent, Yokoi avait déjà réussi à lever partiellement le voile sur la disparition de la famille Suzushiro et sur les crises de narcolepsie de la jeune Mizuki, sa collègue va maintenant découvrir le terrible secret de la psychologue scolaire Kosaka. De l’identité de l’homme aux « écailles » à la disparition du policier Ichinose, en passant par la cave du professeur Kosaka, l’auteur lève progressivement le voile sur tous les éléments de cette histoire particulièrement originale et labyrinthique.

Atsushi Kaneko (« Bambi » aux éditions IMHO) propose un thriller policier fantastique tortueux au possible, qui tient en haleine depuis le premier tome et dont le rythme s’accélère en vue de la dernière ligne droite. L’auteur sait clairement où il va et semble vouloir aller directement au but, ne perdant par exemple plus de temps à alléger l’atmosphère du récit via la piste extra-terrestre des deux collégiens Tomiyama et Seki. En faisant place aux choses sérieuses, il installe une ambiance encore plus sombre et malsaine que d’habitude, révélant au passages les déviances de quelques habitants de la ville. Ce sont ces imperfections, ces corps étrangers qui sont à la base des bouleversements et de cette fissure avec la réalité.

Le labyrinthe proposé par Atsushi Kaneko est également visuel et l’auteur ne se lance donc pas dans de longues explications verbeuses pour éclaircir toutes les zones d’ombre. Graphiquement, « Soil » se démarque des codes classiques du manga et propose un style assez inhabituel, largement influencé par la culture américaine underground. A l’aide d’un trait épais, l’auteur propose un style graphique qui ne plaira certes pas à tout le monde, mais son talent narratif devrait par contre faire l’unanimité. En proposant un découpage astucieux des planches et en s’attardant par moments avec brio sur les détails anodins, l’auteur démontre une grande maîtrise de l’art séquentiel, confère un rythme prenant à son récit et parvient à distiller une atmosphère malsaine et oppressante tout au long de cette saga.

La conclusion de Soil apporte donc toutes les réponses attendues, tout en invitant le lecteur à relire la saga… dans l’espoir de peut-être trouver un sens à toute cette folie.

Retrouvez ce manga dans mon Top de l’année !