Archive for the [Angoulême 2015] Category

Florent Chavouet – Petites coupures à Shioguni

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, One-shots, Philippe Picquier, [Accessible], [Angoulême 2015], [DL 2014] with tags , on 3 février 2015 by Yvan

Du polar made in Chavouet !

Florent Chavouet - Petites coupures à ShioguniAprès deux carnets de voyage (Tokyo Sanpo et Manabé Shima), Florent Chavouet se lance dans la fiction avec un polar publiée chez Philippe Picquier.

Tout débute par un cuistot qui se fait malmener par des yakuzas qui ne sont visiblement pas venus pour goûter les plats de son restaurant. C’est là le point de départ d’une enquête policière qui fait office de fil rouge au sein d’une course poursuite dans les rues de Shioguni qui part dans tous les sens. Au fil des pages, le lecteur va progressivement découvrir ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit-là.

L’histoire, une fois remise dans l’ordre, est certes burlesque, mais tout sauf compliquée. La narration non-linéaire et les témoignages contradictoires et pas toujours fiables obligent néanmoins le lecteur à assembler lui-même les pièces de ce puzzle. Cette narration, qui alterne dépositions, rapports de police, coupures de presse et autres documents d’enquête à des planches revenants sur les évènements de cette nuit étrange dans le désordre, peu surprendre au début, mais s’avère finalement parfaitement maîtrisée.

L’un des points forts de ce one-shot sont les personnages, tous plus farfelus les uns que les autres. De ce cuisinier plutôt tenace à des policiers pas très perspicaces, en passant par des truands pas forcément doués et une gamine insaisissable, ma préférence va à ce petit garçon abandonné par ses parents, dont le témoignage m’a bien fait rire. Les dialogues entre les différents protagonistes valent également le détour.

Mais, la véritable force de cet ouvrage qui se démarque déjà des autres bandes dessinées au niveau du format, est indéniablement le graphisme de Florent Chavouet. Outre des personnages particulièrement expressifs et des décors urbains fourmillant de détails, l’auteur propose également des cadrages vertigineux. Le lecteur est littéralement happé par l’ambiance de ces rues partiellement éclairées par des lampadaires et des enseignes en tout genre.

Un polar efficace, servi avec beaucoup de talent !

Ils en parlent également: Jérôme

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Jérémie Moreau – Max Winson, L’échange (Tome 2)

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Encrages, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Séries, [Accessible], [Angoulême 2015], [DL 2014], [En cours] with tags , , , on 25 décembre 2014 by Yvan

Le véritable champion, c’est Jérémie Moreau !

Jérémie Moreau - Max Winson, L'échange (Tome 2)Après une entrée remarquée dans le monde du neuvième art grâce à l’excellent « Singe de Hartlepool », Jérémie Moreau avait frappé un grand coup en solo en proposant la première partie de ce diptyque qui plonge le lecteur dans le monde du tennis. Ce premier volet invitait à découvrir l’incroyable histoire de Max Winson, un jeune homme de vingt-cinq ans qui n’a jamais perdu un seul match depuis le début de sa carrière professionnelle à l’âge de seize ans. Premier mondial incontesté, invaincu sur le circuit ATP et vainqueur de près de trente grands chelems d’affilés, le jeune homme est formaté depuis sa plus tendre enfance pour atteindre la perfection sur les courts de tennis. Au fil des pages, ce jeune homme qui vivait jusque-là dans une prison dorée, forcé de s’entraîner quotidiennement jusqu’à l’épuisement, découvre cependant qu’il y a également une vie en dehors des courts et que la sienne n’est pas forcément rose. S’il est indestructible une raquette à la main, le timide jeune homme voit son monde vaciller lorsqu’il échappe à l’emprise de ce père/entraîneur tyrannique qui a le mot victoire sur les lèvres jusqu’à son dernier souffle. Cette conclusion invite donc Max à délaisser la petite balle jaune et à trouver sa voie dans la véritable vie. Livré à lui-même, le garçon doit se construire et devenir un homme en dehors du tennis.

Après avoir livré une réflexion intelligente sur l’enfance volée des sportifs professionnels, Jérémie Moreau continue d’utiliser les travers du sport business et des médias pour inviter le lecteur à réfléchir sur la société et sur les rapports humains. À l’image du titre de ce second volume, Max ne cherche en effet plus à imposer son jeu à l’adversaire, mais à rechercher le plaisir de l’échange. Au passage, l’auteur livre une véritable déclaration d’amour au tennis d’antan, évoquant cette période où la beauté du sport n’avait pas encore été remplacée par le big business. Dès les premières caresses de balle d’El Gantès, l’amateur de tennis se laisse volontiers emporter par cette ode nostalgique à cette époque moins commerciale où le plaisir du jeu et la beauté du geste étaient plus souvent recherchés.

« Le tennis est un art. C’est un art de l’échange. »

Je dois avouer que Jérémie Moreau est parvenu à me prendre à contrepied sur cet album. Je me satisfaisais en effet de cet excellent premier tome aux allures de one-shot et redoutait un peu que la qualité ne soit plus au rendez-vous de cette suite. L’auteur est cependant parvenu à encore hisser son niveau de jeu en proposant un personnage central beaucoup plus humain. Lui qui devait jusque-là laisser ses émotions au vestiaire, s’ouvre ici aux autres et découvre toute la richesse de l’échange et des relations humaines. Poussé à l’individualisme dès le plus jeune âge, le tennisman découvre un nouvel univers, complexe et riche en émotions.

Ce passage à l’âge adulte est à nouveau admirablement servi par le trait dynamique de l’auteur, qui opte pour un dessin en noir et blanc qui accompagne avec grande efficacité le jeu puissant et rapide de son héros. Le choix des cadrages et le découpage éclair insufflent également un rythme haletant à cette première réalisation en solo qui se lit à grande vitesse et avec grand plaisir.

Un coup de cœur !

Ils en parlent également : Oliv’

Taiyou Matsumoto – Sunny (Tome 1)

Posted in BANDES DESSINÉES, Kana, Manga / Manhwa, Séries, Taiyou Matsumoto, [Angoulême 2015], [DL 2014], [En cours] with tags , , on 9 décembre 2014 by Yvan

La nouvelle perle de Taiyou Matsumoto !

Taiyou Matsumoto - Sunny (Tome 1)Sunny est la nouvelle série du génialissime Taiyou Matsumoto. L’auteur d’Amer béton et de Ping Pong puise dans ses souvenirs d’enfance, en orphelinat, pour relater le quotidien d’un centre pour enfants forcés de grandir sans parents.

Le premier volet de cette chronique douce-amère emmène le lecteur dans les années 1970 afin d’y faire la connaissance des membres de ce foyer situé en pleine campagne, qui accueille des jeunes qui ne peuvent plus être élevés auprès de leurs parents. Si Haruo, Sei, Junsuke, Shôsuke, Kenji, Kiiko, Taro, Megumu et les autres ont des raisons diverses pour expliquer leur présence à l’orphelinat (une mère malade, un père alcoolique, …), ils partagent cependant tous le sentiment d’avoir été abandonnés. Heureusement, perdue au fond d’un terrain vague, l’épave d’une vieille voiture abandonnée permet aux jeunes de s’évader de cette réalité pesante. Une fois installés à bord de la vieille « Sunny », ils peuvent laisser libre cours à leur imagination et s’évader…

Délicatement, par petites touches, le mangaka brosse le portrait d’une galerie de personnages marqués par ce délaissement. Un pot de Nivea qui fait penser à l’odeur maternelle, un trèfle à quatre feuilles qui pourrait accélérer le rétablissement d’une mère hospitalisé… tant de petits détails parsemés au fil des chapitres, qui permettent de saisir les sentiments de ces gosses séparés de leurs parents. Empli de tristesse et de mélancolie, le récit se veut également positif. Ne cherchant pas à uniquement dépeindre la noirceur, Taiyou Matsumoto laisse suffisamment de place à la lumière et à l’espoir. Même dans un orphelinat, la vie réserve de beaux moments et vaut la peine d’être vécue…

Profondément humaine et touchante de sincérité et d’authenticité, cette nouvelle œuvre du mangaka s’annonce donc très prometteuse… surtout que visuellement, c’est à nouveau un immense plaisir de retrouver le style personnel et immédiatement identifiable de Taiyou Matsumoto (Printemps bleu, Amer béton, Frères du Japon, Ping Pong, Number 5, Gogo Monster). On sent qu’il croque ses personnages avec grande affection… et les quelques planches en couleur sont somptueuses.

Vivement la suite de cette saga que l’auteur prévoit de terminer en six volumes.

Un tome que vous pouvez retrouver dans mon Top du mois, dans mon Top manga de l’année, ainsi que dans la Sélection Officielle du Festival d’Angoulême 2015.

Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville – Lastman (Tome 6)

Posted in BANDES DESSINÉES, Bastien Vivès, Casterman, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, KSTR, Séries, [Angoulême 2015], [DL 2014], [En cours], [Grand public] with tags , , , on 5 décembre 2014 by Yvan

Mission remplie pour ce premier cycle !

Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville - Lastman (Tome 6)Ce sixième volet met fin au premier cycle de ce « manga à la française » signé Yves « Balak » Bigerei, Bastien Vivès et Michaël Sanlaville. Avec six tomes en deux ans, à raison de vingt pages par semaine, les auteurs ont réussi le pari fou de s’imposer un rythme de production digne des mangaka ! Bravo les gars, mais hop, allez, on ne se repose pas sur ses lauriers car on attend déjà le deuxième cycle nous !

Lors de ce sixième opus, les auteurs jouent pleinement la carte de l’action… et de Richard Aldana. Accompagné du journaliste Verkaik, du mystérieux Cristo et de H, ce dernier se rend en effet à Iguana Bay afin d’y délivrer Marianne, Adrian et Tomie des mains d’une secte qui cherche à récupérer la carte de la Vallée des Rois. Sur place, nos amis doivent affronter une belle brochette d’adversaires hypertrophiés et tous plus balèzes les uns que les autres.

Outre un savant mélange d’action et d’humour, le lecteur à également droit à une bonne dose de révélations, notamment à propos de Cristo ou concernant la dispute entre Richard Aldana et son ancien coéquipier. Au niveau du scénario les auteurs proposent un récit dynamique au rythme soutenu, sans oublier de continuer de développer l’univers autour de la Vallée des Rois. Quant au dessin, il ne s’attarde pas inutilement dans les détails, mais se contente d’aller à l’essentiel et démontre une nouvelle fois tout le savoir-faire du trio au niveau de la narration et de la mise en scène. Si les premières pages sont à nouveau en couleurs, la suite se poursuit en noir et blanc, se contentant de quelques nuances de gris.

Et alors que cette fin de cycle semble emmener le lecteur vers une jolie happy-end… BOUM… un dernier uppercut et un saut temporel d’une dizaine d’années qui donne déjà envie de découvrir ce second cycle qui se concentrera sur la jeune Elorna, la copine d’Adrian. Allez, au boulot j’ai dit !!!

Un album que vous pouvez retrouver dans mon Top de l’année, ainsi que dans la sélection officielle du dernier Festival d’Angoulême.

Riff Reb’s – Hommes à la mer

Posted in BANDES DESSINÉES, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Noctambule, One-shots, Soleil, [Accessible], [Angoulême 2015], [DL 2014] with tags , on 4 décembre 2014 by Yvan

C’est pas l’homme qui prend la mer…

Riff Reb's - Hommes à la merAprès avoir inauguré cette collection Noctambule avec l’adaptation de « À bord de l’Étoile Matutine » de Pierre Mac Orlan et avoir propose une seconde passerelle entre les romans et la bande dessinée en s’attaquant au « Loup des mers » de Jack London, Riff Reb’s (« Le bal de la sueur », « Glam et Comet », « Myrtil Fauvette ») clôt sa trilogie maritime avec « Hommes à la mer ».

Au lieu de s’attaquer à un nouveau roman, l’auteur varie cette fois les sources en choisissant d’adapter huit nouvelles, qu’il entrecoupe intelligemment de doubles pages qui illustrent des extraits d’autres œuvres littéraires. Si Joseph Conrad (« Un Sourire de la fortune ») est à nouveau de la partie, l’auteur se frotte également aux textes de William Hope Hodgson (« Les Chevaux marins » et « Le Dernier voyage de Shamraken »), Pierre Mac Orlan (« La Chiourme » et « Le Grand Sud »), Edgar Allan Poe (« Une descente dans le Maelström »), Marcel Schwob (« Les Trois gabelous ») et Robert Louis Stevenson (« Le Naufrage »). Les sept doubles pages illustrant des extraits de textes de Victor Hugo (« Les Travailleurs de la mer »), Homère (« L’Odyssée »), Jules Verne (« Le Sphinx des glaces »), Eugène Sue (« Kernok le pirate »), Émile Condroyer (« Malgorn le baleinier »), Traven (« Le Vaisseau des morts ») ou encore Jack London (« Un typhon ») proposent des interludes de toute beauté, qui permettent de reprendre son souffle entre chaque récit.

« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. »

Si la mer est à nouveau omniprésente, le fait de s’attaquer à des histoires plus courtes ne permet pas à l’auteur de donner autant d’épaisseur à ses personnages et certaines histoires sont inévitablement moins intéressantes que les autres. J’ai particulièrement apprécié « Les chevaux marins », qui narre le destin tragique d’un enfant fasciné par les chevaux marins et par les histoires de son grand-père plongeur, ainsi que « Une descente dans le maelström » qui raconte les déboires de deux frères happés par un tourbillon. J’ai également beaucoup aimé la superbe conclusion de « Le Grand sud », qui se déroule dans un décor totalement différent et relate la dernière marche d’un équipage dont le navire à échoué sur la banquise. Le ton plus léger et le côté plus philosophique des derniers échanges entre un second et son capitaine à bord d’une embarcation condamnée à couler dans « Le Naufrage » m’a également beaucoup plu.

Si au niveau du scénario, ce troisième volet est légèrement moins bon, au niveau de l’ambiance, ces récits qui mêlent noirceur et poésie sont par contre à nouveau une très belle réussite. Une atmosphère sombre parfaitement rendue par une bichromie aux tons variables suivant les chapitres, qui renforce l’ambiance coin du feu de l’album. D’un trait appuyé, Riff Reb’s livre des personnages particulièrement charismatiques, aux visages marqués par un environnement souvent hostile. Un travail remarquable, minutieux, riche en détails et terriblement immersif qui démontre une nouvelle fois tout le talent de Riff Reb’s.

Que vous ayez le pied marin ou non, cette trilogie s’avère incontournable !

Un récit qui fait partie de la sélection officielle du Festival d’Angoulême 2015 !

Fabien Nury – L’Or et le Sang, Khalil (Tome 4)

Posted in BANDES DESSINÉES, Fabien Nury, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Glénat, Guerre, Séries, [Angoulême 2015], [DL 2014], [Grand public], [Terminées] with tags , , , , on 2 décembre 2014 by Yvan

Incontournable !

Fabien Nury - L'Or et le Sang, Khalil (Tome 4)« Khalil » propose la conclusion de cette histoire d’amitié entre deux hommes que tout oppose. Le moins que l’on puisse dire est que le parcours des « Princes du Djebel » ne fut pas de tout repos. Après s’être liés d’amitié sous les salves ennemies de la guerre 14-18 et s’être libérés de leur ancienne vie, Léon Matilo, ancien truand corse, et Calixte de Prampéand, aristocrate issu d’une riche famille d’industriels, se sont en effet laissés emporter par le souffle de liberté qui souffle sur le rif marocain. Malgré une amitié qui finit par vaciller et des Français et des Espagnols qui feront tout pour que ce rêve de liberté et de République du Rif ne se réalise jamais, les deux héros comptent bel et bien poursuivre l’aventure jusqu’au bout et entrer définitivement dans la légende.

S’appuyant sur un fond historique méconnu et sur le talent narratif de Fabien Nury (Atar Gull, Il Etait Une Fois en FranceLa mort de Staline), cette saga ouvre grand les portes du récit d’aventure. Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer une seconde en suivant l’incroyable destinée de ces princes du Djebel. Reconvertis en trafiquants d’armes, puis en leaders de la révolution, balancés entre les conflits tribaux et manœuvrant habilement entre les plans colonialistes des Espagnols et des Français, les deux aventuriers tentent de trouver leur voie et leur bonheur au Maroc.

Après avoir fait la fiesta à Tanger et profité pleinement de son nouveau statut, Léon, le narrateur de ce récit, tourne définitivement le dos à ceux qui l’ont corrompu pour rejoindre la cause de cet ami qui répond dorénavant au nom de Khalil. Une reconversion à l’islam qui montre non seulement sa détermination à embrasser pleinement la cause des rifains, mais qui lui a également permis de séduire définitivement la belle Anissa.

Si, au niveau du scénario, ce mélange d’action, d’amitié, de trahisons, de magouilles et d’humour fonctionne toujours à merveille, côté dessin, le travail à quatre mains de Fabien Bedouel et Merwan Chabane, agrémenté de la colorisation experte d’Alice Bohl et de Sandrine Bonini, demeure surprenant, mais toujours aussi efficace. Dans un style qui se détache de la majorité de la production actuelle, les auteurs livrent un graphisme dynamique et séduisant. Alliant scènes de combats et paysages chauds du Maghreb, les auteurs proposent une mise en images personnelle, originale et convaincante, sans parler du charisme des personnages et du pouvoir de séduction d’Anissa.

Une saga à ne rater sous aucun prétexte, que vous retrouverez également dans mon Top de l’année !

Loisel et Tripp – Magasin Général, Notre-Dame-des-Lacs (Tome 9)

Posted in BANDES DESSINÉES, Casterman, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Loisel, Séries, [Angoulême 2015], [DL 2014], [Grand public], [Terminées] with tags , on 1 décembre 2014 by Yvan

Magasin Général ferme boutique !

Loisel et Tripp – Magasin Général, Notre-Dame-des-Lacs (Tome 9)Et voilà, après neuf années de travail en commun, Régis Loisel (au crayonné des planches) et Jean-Louis Tripp (à l’encrage et à la finalisation des dessins) mettent fin à cette saga québécoise réalisée à quatre mains. Cela tombe bien car, au rythme d’un album par an, cette tranche de vie québécoise initialement prévue en seulement trois tomes commençait tout doucement à s’essouffler. Ce neuvième tome est donc l’occasion de profiter une dernière fois de l’alchimie magnifique entre ces deux grands talents de la bande dessinée et de faire nos adieux à cette petite paroisse rurale de Notre-Dame-des-Lacs.

« Magasin Général » raconte l’évolution d’une petite communauté rurale du fin fond du Québec des années 1920-30. Cette chronique rurale dépeint la lente émancipation de cette paroisse québécoise où se met subitement à souffler un vent de liberté et de modernité. Cette révolution tout en douceur vis-à-vis des mœurs de l’époque est faite de gastronomie, de couture, d’airs de Charleston et de valeurs humaines.

Ce récit choral débute par le décès du propriétaire de l’unique commerce de la commune et invite ensuite à suivre la vie des habitants du village sur plus de 600 pages. Le personnage central est Marie, la jeune veuve de Félix Ducharme, qui décide de reprendre les activités du Magasin Général à la mort de son époux, mais les personnages secondaires ne sont pas en reste. Du jeune curé au simplet du village, en passant par les trois bigotes qui finissent par pécher avec le sourire, ces seconds couteaux s’avèrent truculents et leurs tranches de vie font toute la saveur de cette saga. De plus, les auteurs (avec l’aide du montréalais Jimmy Beaulieu) ont également opté pour une narration franco-québécoise compréhensible des deux côtés de l’Atlantique et riche en expressions locales savoureuses.

Lors de ce final, les auteurs poursuivent cette chronique sociale gentillette et continuent de mettre en avant le caractère des différents personnages hauts en couleurs et, malgré tout, remplis d’humanité et de générosité. De la crise de foi du prêtre à la grossesse inespérée et inexpliquée de Marie, en passant par le retour des hommes et la mise à l’eau du bateau de Noël, le quotidien des habitants est toujours aussi plaisant à suivre. Sans oublier la voix-off de Félix qui, tout comme nous, finit par abandonner le petit village entre de bonnes mains, ou ce générique de fin servi sous forme d’album photo, qui permet de contempler une dernière fois tous nos amis et de faire nos adieux à cette saga profondément humaine qui allie simplicité, humour, bonne humeur, tolérance et générosité. Des valeurs qui se font bien rares de nos jours…