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Wilfrid Lupano et Paul Cauuet – Les vieux fourneaux, Ceux qui restent

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Séries, Wilfrid Lupano, [Angoulême 2015], [DL 2014], [En cours], [Grand public] with tags , , on 23 avril 2014 by Yvan

Trois septuagénaires en grande forme !

Wilfrid Lupano et Paul Cauuet - Les vieux fourneaux, Ceux qui restentCette nouvelle saga signée Wilfrid Lupano invite à suivre les pas de trois vieillards qui se retrouvent lors d’un enterrement. S’il profitent de l’occasion pour ressasser de vieux souvenirs, c’est une lettre post-mortem de la défunte qui va mettre le feu aux poudres et transformer ces retrouvailles en une course-poursuite drôlement touchante.

Le récit repose en grande partie sur les personnages hauts en couleurs et terriblement attachants proposés par l’auteur. Au fil de ce road-movie il distille subtilement plusieurs flashbacks qui permettent de découvrir les liens qui unissent les différents protagonistes. Si Antoine, Mimile et Pierrot gagnent progressivement en épaisseur, les trois inséparables démontrent surtout que leurs vieux fourneaux sont encore loin d’être refroidis malgré leur âge avancé.

En se reposant sur les vaillants représentants de cette génération soixante-huitarde dont l’engagement syndical est parfaitement exploité, Wilfrid Lupano parvient également à pointer du doigt les dérives du monde capitaliste et individualiste dans lequel nous vivons. La tirade de Sophie est à ce titre aussi amusante que pertinente. Tous les dialogues sont d’ailleurs finement ciselés et particulièrement truculents.

Si les répliques des trois septuagénaires sont souvent à mourir de rire, l’aspect légèrement caricatural du dessin semi-réaliste de Paul Cauuet contribue également à l’expressivité de ces personnages extrêmement attachants et foncièrement humains. Le dessinateur avait déjà travaillé sur « L’Honneur des Tzarom » avec Wilfrid Lupano et livre une nouvelle fois de l’excellent boulot.

Un véritable coup de cœur que vous retrouverez dans mon Top de l’année.
Wilfrid Lupano et Paul Cauuet - Les vieux fourneaux, Ceux qui restent

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Manu Larcenet – BLAST, Pourvu que les bouddhistes se trompent (Tome 4)

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Dargaud, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Manu Larcenet, Séries, [Angoulême 2015], [Avancé], [DL 2014], [Terminées] with tags , , on 12 mars 2014 by Yvan

Enfin libre !

Manu Larcenet – BLAST, Pourvu que les bouddhistes se trompentLe voilà, le dernier BLAST ! La dernière confrontation entre la grasse carcasse de Polza Mancini et les deux inspecteurs qui poursuivent inlassablement l’interrogatoire de cet homme dont la culpabilité n’a jamais vraiment fait de doute, mais dont la motivation des actes barbares demeure cependant inconnue.

A coups de flash-backs, le lecteur poursuit le compte-rendu de cet homme qui a abandonné son foyer pour se mettre en marge de la société, à la recherche du BLAST, cet état second qui lui permet de s’évader d’une réalité qui ne lui a jamais vraiment souri. Une descente aux enfers certes rythmée par la prise d’alcool, de médicaments et de drogues, mais également accompagnée d’une bouffée de liberté et d’une communion avec la nature et marquée par quelques rencontres surprenantes. Après sa rencontre avec Jacky Jourdain, un dealer SDF, et celle de Vladimir et Illitch lors du tome précédent, Polza Mancini termine son errance auto-destructrice en compagnie de Roland Oudinot et sa fille Carole… celle qu’on le soupçonne d’avoir tuée. En attendant l’été pour reprendre la route, Polza lève le voile sur les pathologies de chacun, livrant au passage les dernières pièces qui permettront à tout le monde de reconstruire le puzzle des événements. Allant au bout de la noirceur de son récit, Larcenet ponctue la fuite de son héros d’un huis-clos en compagnie son ami schizophrène et de celle qu’il aime et d’un ultime BLAST… celui qui précède son arrestation.

Manu Larcenet prend à nouveau tout son temps pour narrer l’histoire de son personnage, alternant des passages muets pourvus d’une grande force évocatrice et des passages plus verbeux où chaque mot semble néanmoins pesé. Une justesse narrative qui permet de toucher à la personnalité de cet homme et d’aller bien au-delà de sa grasse carcasse, créant énormément d’empathie envers cet homme au casier judiciaire presque aussi imposant que sa masse corporelle. Physiquement, l’homme obèse et répugnant n’a rien pour plaire, mais dans le fond, cet écrivain de profession a quelque chose de poétique et de touchant. C’est avec grand intérêt que le lecteur accompagne l’errance de cet individu en rupture avec la société et qui, depuis sa « tendre » enfance est mis à l’écart. Le but de ce long voyage introspectif est la recherche du prochain BLAST, cet instant magique où il s’évade de son corps pour entrer en communion avec le monde, ce sentiment de plénitude qui, un bref instant, le libère de tous ses maux. Usant d’une narration proche de la perfection, l’homme se livre, partage ses angoisses, ses divagations, son mal-être, sa folie, ses malaises vis-à-vis de la société et ses réflexions sur le sens de la vie. Un parcours (sur)prenant qui permet à l’auteur d’aborder des thèmes qui lui sont chers, tels que la mort paternelle, l’angoisse, la dépression et l’automutilation. Un tome qui permet de plonger dans la noirceur de la nature humaine, dans la spirale auto-destructrice d’un homme privé d’amour paternel et vite qualifié « hors norme » par une société dont il cherche à se libérer. Au bout de cette torture psychologique et de cette recherche de liberté, une seule solution s’impose… une bouée de sauvetage pour cette vie et pour toutes les suivantes… une envie d’en finir à tout jamais… un adieu ponctué de mots qui témoignent de l’ampleur de sa souffrance : « Pourvu que les Bouddhistes se trompent… ».

Et pour couronner le tout, le récit est ponctué d’un épilogue qui apporte un nouvel éclairage sur l’ensemble des événements, qui permet de mieux comprendre ce qu’il se passe dans la tête de Polza Mancini lors de ses BLAST et qui appelle à une nouvelle lecture des quatre tomes de cette perle du neuvième art.

Graphiquement, nuançant le noir et le blanc avec brio, Manu Larcenet livre une ambiance sombre et glauque et des personnages répugnants, mais d’une grande expressivité. Si les dialogues lors de l’interrogatoire sont accrocheurs et les monologues du personnage central prenant, les moments plus contemplatifs et les silences proposés par l’auteur allient force et splendeur. Et que dire de ces dessins d’enfants (les siens), tout en couleurs, qui viennent interrompre le ballet grisâtre pendant les BLAST ? Ces quelques passages en couleur sont distillés avec justesse et parcimonie et accompagnent avec brio ces moments où Polza se déconnecte totalement de la réalité. Après les collages réalisés par Polza à l’hôpital psychiatrique lors du tome précédent et ces étranges tableaux qui semblaient exprimer sa propre souffrance, Manu Larcenet proposent de nouvelles trouvailles visuelles lors de cette conclusion qui démêle toutes les intrigues. Il y a tout d’abord les strips de « Jasper l’ours bipolaire » dessinés par son ami Ferri, mais il y a surtout ces nouveaux collages qui illustrent avec maestria les pulsions sexuelles perverses de Roland Oudinot.

Chef-d’œuvre, ovni, série coup de poing, grosse claque ou BLAST… faites votre choix, mais peu importe le terme choisi, cette saga ne laissera personne indifférent !

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année et dans mon Top du mois !

Une lecture commune que je partage avec Yaneck !

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Jens Harder – Beta … Civilisations

Posted in BANDES DESSINÉES, BD du mercredi, Editions de l'An 2, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Trilogies, [Angoulême 2015], [DL 2014], [Sélectif] with tags , on 26 février 2014 by Yvan

Après le Big Bang, place aux civilisations…

Jens Harder - Beta … Civilisations« Beta … Civilisations » est le deuxième volet du projet titanesque du dessinateur allemand Jens Harder (« Leviathan », « La Cité de Dieu ») : Une trilogie qui s’attaque à la création de l’univers (« Alpha… directions »), à l’apparition de l’homme (« Beta … Civilisations ») et au futur du genre humain (« Gamma … Visions »).

Le premier volet, paru il y a cinq ans et primé au festival d’Angoulême, était un véritable chef-d’œuvre. L’auteur y narrait l’histoire de la création de la Terre et de ceux qui la peuplent, tout en proposant un condensé des connaissances actuelles dans tous les domaines du savoir (géologie, biologie, astrophysique, anthropologie, …). Parmi les différentes théories existantes, il faisait des choix et traçait avec brio le chemin de l’univers et de l’humanité.

Si Alpha partait du Big Bang initial pour aller jusqu’à l’apparition des différentes formes de vie, en passant la formation des galaxies, des étoiles, du soleil et des planètes, Beta suit le voyage de l’homme. Alors que le volume précédent résumait quatorze milliards d’années en plus ou moins 2000 vignettes (une image par sept millions d’années), la richesse de cette nouvelle période oblige l’auteur à ralentir le rythme à plus ou moins une image tous les deux mille ans et même à scinder cette seconde période en deux tomes. Cette première partie, qui raconte les premiers pas de l’homme, s’arrête donc à la naissance du Christ. La suite, prévue pour 2020 au plus tard, se concentrera sur l’histoire des deux derniers millénaires.

Au fil des pages de ce tome qui voit l’homme descendre de son arbre pour partir à la conquête de nouveaux territoires, le lecteur assiste à l’avènement de l’homme et à la création de différentes civilisations. De la maîtrise du feu à l’invention de la roue, en passant par l’apparition du langage, de l’écriture et de l’art, Jens Harder s’attarde sur les faits les plus marquants de l’évolution humaine. La technique narrative, consistant à proposer un kaléidoscope d’images empruntées aux sources les plus diverses (films, peintures, gravures, bandes dessinées, photographies, culture populaire, etc), voyage beaucoup plus dans le temps que lors du premier volume. Ce jeu des références qui consiste à faire des bonds dans le temps afin de montrer le potentiel de certaines inventions, tout en soulignant les dérives de l’humanité (par exemple de la maîtrise du feu à la bombe atomique), finit cependant par être trop répétitif, devient même un peu lassant à la longue et nuit finalement à la linéarité du récit. Ces ricochets visuels qui consistent à associer des images plus contemporaines aux événements décrits sont certes d’une richesse incroyable, mais deviennent pénible à la longue et font perdre le fil rouge du récit.

Cette juxtaposition d’images est à nouveau accompagnée d’une voix-off particulièrement discrète et d’une mise en couleur bichromique différente par chapitre, qui contribue à séparer les différentes périodes clés de l’histoire de l’humanité. Je suis cependant plus dubitatif vis-à-vis de l’utilisation des teintes métalliques et je regrette que la fin des phrases (qui se terminent dans la reliure) ne soit pas toujours lisible en début d’ouvrage.

Lisez « Alpha… directions » !

Retrouvez cet album dans mon Top de l’année !

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Jérémie Moreau – Max Winson, la Tyrannie

Posted in BANDES DESSINÉES, Delcourt, Encrages, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, Séries, [Accessible], [Angoulême 2015], [DL 2014], [En cours] with tags , , on 3 février 2014 by Yvan

La victoire a 100 pères, la défaite est orpheline…

Jérémie Moreau - Max Winson, la TyrannieAprès une entrée remarquée dans le monde du neuvième art grâce à l’excellent « Singe de Hartlepool », Jérémie Moreau décide de frapper un grand coup en solo en proposant une histoire qui plonge le lecteur dans le monde du tennis.

Et ça tombe plutôt bien car, la série « Happy » de Naoki Urasawa étant terminée, j’attendais avec impatience une autre saga s’attaquant à la petite balle jaune. C’est donc en plein Australian Open, que j’ai découvert l’incroyable histoire de Max Winson, un jeune homme de vingt-cinq ans qui n’a jamais perdu un seul match depuis le début de sa carrière professionnelle à l’âge de seize ans. Premier mondial incontesté, invaincu sur le circuit ATP et vainqueur de près de trente grands chelems d’affilés, le jeune homme est formaté depuis sa plus tendre enfance pour atteindre la perfection sur les courts de tennis.

La maladie de son père/entraîneur tyrannique va cependant l’obliger à sortir de sa bulle. Lui qui vivait jusque là dans une prison dorée, forcé de s’entraîner quotidiennement jusqu’à l’épuisement, découvre qu’il y a également une vie en dehors des courts et que la sienne n’est pas forcément rose. S’il est indestructible une raquette à la main, le timide jeune homme voit son monde vaciller lorsqu’il échappe à l’emprise de cet homme qui a le mot victoire sur les lèvres jusqu’à son dernier souffle.

Cette réflexion sur l’enfance volée des sportifs professionnels est servie par le trait dynamique de l’auteur, qui opte cette fois pour un dessin noir et blanc qui accompagne avec grande efficacité le jeu puissant et rapide de son héros. Pourvu d’un rythme haletant et d’un découpage éclair, cette première réalisation en solo se lit à grande vitesse et avec grand plaisir.

Une excellente surprise aux allures de one-shot, dont j’attends la suite avec grande impatience et que vous retrouverez bien entendu dans mon Top de l’année.

Blutch – Lune l’envers

Posted in BANDES DESSINÉES, Dargaud, Festival BD Angoulême, Franco-Belge, One-shots, [Angoulême 2015], [DL 2014], [Sélectif] with tags , on 28 janvier 2014 by Yvan

Un nouvel ovni signé Blutch !

Blutch - Lune l'enversPour ce nouveau voyage au sein de l’étrange, Blutch (La volupté) invite à suivre les pas de la jeune Libling au début de sa carrière professionnelle et de Lantz, un talentueux dessinateur. Pour son premier boulot, la première doit glisser ses mains dans une drôle de machine, Eurifice, sans même savoir ce qu’elle fabrique. Au même moment, le second se fait taper sur les doigts par sa hiérarchie car le nouvel album de sa série phare, le « Nouveau Nouveau Testament », n’avance pas d’un iota. Après sa première journée de travail, Liebling rentre retrouver Lantz, son petit ami qui espère prochainement devenir le dessinateur officiel du « Nouveau Nouveau Testament ».

Si la gestion de la temporalité du récit surprend d’entrée, le temps qui passe constitue l’un des principaux sujets de cet album qui s’amuse à dénoncer notre société de consommation, ainsi que le monde de l’édition. Blutch plonge en effet le lecteur dans un futur où les gens ne savent plus à quoi ils travaillent et ont donc perdu tout lien avec le produit de leur labeur. Cette critique acerbe du monde du travail s’attaque en particulier aux éditeurs qui exploitent leurs auteurs à succès et regardent d’un mauvais œil ceux préfèrent travailler à l’ancienne.

L’atmosphère très seventies des planches dessinées par Blutch et colorisées par Isabelle Merlet contribue à accentuer l’aspect décalé du scénario.

Une histoire onirique et déstabilisante, qui invite à réfléchir sur la vie, le travail, l’amour et le temps qui passe…