Archive for the Guerre Category

Martha Hall Kelley – Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux

Posted in Guerre, Littérature with tags , on 18 avril 2018 by Yvan

Trois regards sur l’horreur !

Martha Hall Kelley - Le lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureuxCe premier roman à trois voix (féminines) de Martha Hall Kelly propose trois visions différentes de la Seconde Guerre Mondiale.

Les trois narratrices qui permettent à l’auteure d’alterner les points de vue tout au long du récit sont une américaine qui travaille bénévolement pour l’ambassade de France, une polonaise prisonnière du camp de concentration de Ravensbrück et une allemande qui y travaille comme médecin.

En suivant les destins de ces trois femmes de 1939 aux années 60, le lecteur découvre non seulement la manière dont elles ont chacune vécu l’horreur de la guerre, mais également les conséquences sur leur vie d’après-guerre.

Ce roman qui s’inspire de personnages et de faits réels plonge inévitablement le lecteur au cœur de l’atrocité, mais propose également une magnifique histoire d’amour, d’amitié, de courage et de solidarité, tout en levant le voile sur des événements moins connus, tels que ces jeunes filles charcutées au nom de la science, que l’on surnomme les « lapins » de Ravensbrück.

Un premier roman poignant et une auteure à suivre de près !

Lisez également « Kinderzimmer » de Valentine Goby.

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Franck Bouysse – Glaise

Posted in Guerre, Littérature with tags , , on 11 février 2018 by Yvan

Quand la guerre prive la campagne de ses hommes valides…

Franck Bouysse - GlaiseCe roman de Franck Bouysse débute au mois d’août 1914, au moment où le père de Joseph, 15 ans, doit quitter les siens pour aller combattre l’ennemi dans la boue des tranchées. L’adolescent, entouré de sa mère et de sa grand-mère, devient subitement l’homme de la famille. Si le vieux voisin d’à côté n’hésite pas à lui donner un coup de main pour faire tourner la ferme, il doit cependant se méfier de l’autre voisin, un pervers alcoolique et violent à la main atrophiée, dont le fils est également parti rejoindre le front…

L’auteur effectue le choix judicieux de ne pas suivre ceux qui partent à la guerre, mais de raconter le quotidien des femmes, enfants, vieillards et infirmes qui restent. En installant son récit à Chantegril, au pied du Puy-Violent, une montagne du Cantal située dans l’arrière-pays rural, il demeure bien loin des affrontements et de cette guerre qui vide progressivement les campagnes de ses hommes valides. Si les nouvelles du front se limitent souvent à quelques lettres, voire des avis de décès, l’inquiétude, l’attente et l’absence plus longue que prévue, commencent à peser sur ces paysans qui se tuent à la tâche à défaut de le faire au front…

À travers le quotidien de ces familles amputées de leurs bras les plus solides, Franck Bouysse dépeint avec grand talent une palette de sentiments humains, allant du premier amour à ceux beaucoup plus nauséabonds. En plongeant le lecteur dans un monde de corvées, d’amertume et de non-dits, mais également d’entraide et d’amitié, il livre un roman certes sombre, mais éclairé de sa plume emplie de poésie. Si je suis plutôt du genre à me nourrir de l’intrigue, ici, la dégustation des phrases alignées avec brio par Franck Bouysse aura suffi à me rassasier. La lenteur du récit s’accompagne ainsi du bonheur d’avoir le temps de peser chaque mot et de s’en imprégner afin de prolonger le plaisir…

Une fois le livre refermé, il ne reste plus qu’à enlever la glaise qui colle encore à nos chaussures, tout en continuant à distinguer ces personnages rugueux et taiseux qui errent encore dans la brume de notre esprit.

Beaucoup aimé !

Sébastien Spitzer – Ces rêves qu’on piétine

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 décembre 2017 by Yvan

Les derniers jours du régime nazi !

Sébastien Spitzer - Ces rêves qu’on piétineDe prime abord, ce premier roman de Sébastien Spitzer pourrait passer pour un énième récit sur la Seconde Guerre Mondiale. Certes, le sujet a déjà souvent été abordé, mais l’angle particulier sous lequel l’auteur nous le sert, vaut absolument le détour !

Sébastien Spitzer relate non seulement les derniers jours du régime nazi, mais offre surtout les destins croisés de quelques rescapés des camps de concentration, tentant d’échapper aux dernières représailles, et de Magda Goebbels, attendant une mort certaine aux côtés de ses enfants, de son mari, du Führer et d’autres vaincus qui se terrent au fond d’un bunker à Berlin.

Sous terre, l’épouse du Ministre de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se souvient de ses origines modestes, de son ascension fulgurante et de ses années de gloire en tant que première dame du régime nazi. Parmi les survivants de l’horreur qui rassemblent leurs dernières forces sur des routes qui ne mènent pas forcément vers la liberté, Aimé, Judah, Fela et surtout la petite Ava, née dans le bloc 24-A d’Auschwitz, sont détenteurs d’une vérité qu’il sera impossible de nier, à l’image de ce rouleau de cuir contenant les témoignages de nombreux prisonniers, dont des lettres écrites par un certain Richard Friedländer, juif déporté et père adoptif de Magda Goebbels…

Si la force du sujet est indéniable, il faut surtout saluer l’intelligence de l’auteur, qui utilise le père de Magda Goebbels et les lettres fictives à sa fille adoptive afin de lier le parcours des bourreaux et de leurs victimes, tout en relatant des faits historiques innommables avec grande justesse et sans pathos. En invitant le lecteur dans l’intimité et la psychologie profonde de personnages de chair et sang, il insuffle une part d’humanité à des faits qui en sont pourtant dépourvus. Si ce sont surtout les personnages féminins, allant de Magda Goebbels à la petite Ava, en passant par la reporter de guerre Lee, qui s’installent au diapason de ce récit d’une force incroyable, le jeune hongrois Judah n’est pas en reste. À l’instar du récit, tous se mettent entièrement au service d’un devoir de mémoire d’une importance capitale.

Un premier roman qu’il faut donc impérativement lire !

Alice Zeniter – L’art de perdre

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 17 décembre 2017 by Yvan

Des origines pleines de non-dits…

Alice Zeniter - L'art de perdre« La guerre d’Algérie » comme sujet d’un roman ne m’attire pas plus qu’une assiette de brocolis comme repas de Noël. Déjà, les récits historiques ne me bottent pas trop, mais je suis en plus totalement ignare de l’histoire de ce pays qui est plus étroitement lié à celle de la France qu’à celle de la Belgique. Mais bon, les critiques sont dithyrambiques, parlent d’un récit à hauteur d’homme et le bouquin remporte plusieurs prix, dont le Prix du Journal Le Monde, le Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point et le fameux Goncourt des Lycéens qui couronnait encore « Petit Pays » l’année dernière… alors inévitablement je craque, je me mets à tourner les pages, je le dévore et j’adore ! Il n’y que les imbéciles qui ne changent pas d’avis !

Tout comme l’auteure, l’héroïne (et la narratrice) de cette fiction est une petite-fille de harki. Comme héritage, son père et son grand-père lui ont transmis le silence d’un passé que l’on tait depuis deux générations, ainsi que des origines issues d’un pays lointain qu’elle ne connaît pas… car tout le reste s’est perdu en cours de route et Wikipédia est loin d’offrir toutes les réponses. À travers une histoire familiale qui s’étale sur trois générations hantées par le spectre de la guerre d’Algérie, « L’art de perdre » invite donc à ressusciter ce passé occulté, à mettre des mots sur les non-dits…

Ce magnifique voyage humain sur fond historique démarre dans un pays où le FLN revendique l’indépendance de l’Algérie de façon de plus en plus violente, obligeant Ali et sa famille à fuir leur montagne de Kabylie pour atterrir en France, d’abord dans un camp de transit entouré de barbelés, puis dans un HLM beaucoup trop petit pour une fratrie de dix, dans l’espoir d’un avenir plus glorieux pour la génération suivante…

« L’art de perdre » est donc une saga familiale qui invite à suivre les représentants de trois générations d’une famille kabyle ballottée par l’Histoire et poursuivie par le choix d’un grand-père qui décide de fuir cette Algérie qui entache son indépendance de règlements de compte. « L’art de perdre » c’est également une quête identitaire de l’Algérie coloniale d’antan à la France d’aujourd’hui, l’histoire de déracinés, coincés le cul entre deux chaises qui manquent chacune de confort, et d’une petite-fille de harki qui tente tout d’abord de briser le silence, avant de remonter aux sources en se rendant en Algérie sur les anciennes terres familiales. « L’art de perdre » est une histoire universelle d’intégration au sein d’une société qui ne peut s’empêcher de renvoyer chacun à ses origines. « L’art de perdre » c’est un gros câlin à Yema, cette grand-mère qui parle à peine notre langue, mais que l’on prend plaisir à serrer régulièrement dans nos bras… sans pour autant lâcher ce bel ouvrage qui se dévore de la première à la dernière page.

Bravo et merci à l’auteure pour ce coup de cœur de la rentrée littéraire !

Pascal Manoukian – Ce que tient ta main droite t’appartient

Posted in Guerre, Littérature with tags , , , on 30 juin 2017 by Yvan

Dans le nid des terroristes !

Pascal Manoukian - Ce que tient ta main droite t'appartientAlors que son premier roman, encensé par les critiques et retraçant le parcours de migrants arrivés clandestinement en France, s’est inexplicablement échoué quelque part dans ma PAL, ce deuxième ouvrage a très vite terminé dans mes mains, pour ne plus les quitter avant la dernière page.

En s’intéressant à la destinée de ceux qui décident de rejoindre l’Etat islamique en Syrie avant de revenir nous exploser à la gueule, l’ancien reporter de guerre s’attaque non seulement à un sujet d’actualité, mais il le fait surtout avec un réalisme qui fait froid dans le dos et à l’aide d’une narration aussi élégante que percutante, qui nous tient en haleine du début à la fin.

Au fil des pages, Pascal Manoukian dresse le portrait d’anonymes qui deviennent candidats au djihad pour des mauvaises raisons. Il y a Lila, une adolescente de quinze ans d’origine algérienne, qui se dégote un mari à Alep, où elle pense pouvoir faire du shopping gratuit. Puis il y a Anthony et sa femme Sarah, qui veulent élever leur fils de quatre ans en terre sacrée afin d’en faire un bon musulman. Mais il y a surtout Karim, le personnage principal, dont la femme vient de se faire exploser sur la terrasse d’un bar de Paris, lors d’une attaque terroriste revendiquée par l’État islamique et perpétrée par un jeune Français ayant grandi dans la même banlieue que lui. Le jeune homme, musulman, décide alors de se rendre en Syrie, afin de comprendre ce qui pousse ces jeunes à emprunter le chemin de la radicalisation, mais également afin de trouver le commanditaire de l’attentat qui a tué sa femme, ainsi que le bébé qu’elle s’apprêtait à lui offrir.

De Paris à Mari, en passant par Bruxelles, Gaziantep, Raqqa et Alep, Pascal Manoukian suit les pas d’écervelés endoctrinés par une organisation terroriste qui sert au plus mal cette religion qu’elle met en exergue, remontant ainsi progressivement la piste de l’organisation terroriste, jusque dans son antre. A travers les destins d’anonymes, l’auteur détaille les rouages d’une machine de recrutement parfaitement huilée, qui exploite à merveille les faiblesses de notre société hyper-connectée en ciblant une jeunesse paumée en perte de repères. De la propagande via Internet aux actions kamikazes visant à faire le plus de victimes possible, en passant par les passeurs et les camps d’entraînement, le tableau dressé par Pascal Manoukian s’avère particulièrement sombre et pour le moins alarmant.

Une lecture essentielle, qui ne laisse pas indemne et que l’on ne referme pas forcément rassuré malgré une belle note d’espoir envers cette religion de partage et de paix, bafouée par quelques imbéciles…

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux – La mémoire dans les poches, Troisième partie

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Futuropolis, Guerre, Luc Brunschwig, Trilogies, [Accessible], [DL 2017] with tags , , , on 23 juin 2017 by Yvan

Enfin toutes les réponses !

Luc Brunschwig et Etienne Le Roux - La mémoire dans les poches, Troisième partieCeux qui n’ont pas la mémoire en poche, se souviendront probablement du premier volet de cette saga, datant déjà de 2006. Le chemin parcouru fut donc presque aussi long que celui de ce papy qui doit user de copions pour rafraîchir ses souvenirs… mais l’attente valait certainement le coup.

N’ayant pas d’aide-mémoires planqués dans mes vêtements, j’ai commencé par relire les deux premiers volets avant de plonger dans la conclusion de cette chronique sociale qui devait encore révéler la plupart de ses secrets. Si le premier volet suivait principalement les pas de ce mystérieux papy souffrant de troubles de la mémoire et trimballant un nourrisson affamé au milieu d’une banlieue populaire, le lecteur suit dorénavant d’un Laurent Létignal, bien décidé à retrouver la trace de son père, disparu depuis plusieurs années. Accompagné de Marion, filmant chaque étape des éventuelles retrouvailles pour une émission télévisée, Laurent remonte donc la piste des indices abandonnés par son père en cours de route. Au fil des rencontres, il découvre les secrets et les véritables origines de son géniteur.

A l’aide de flashbacks habilement distillés et d’une narration exemplaire, qui soigne particulièrement les transitions entre les différentes époques, Brunschwig dévoile les mensonges qui fissurent progressivement cette famille en apparence tellement heureuse. Entre une mère devenue dépressive, un fils qui voit son père se transformer en véritable inconnu et le passé traumatisant du septuagénaire, Brunschwig libère progressivement toutes les souffrances de ses personnages. Si cette conclusion est une nouvelle fois d’une grande justesse et débordante d’humanité, elle s’avère surtout riche en émotions. Puisant dans son propre patrimoine familial, on sent que l’auteur a mis tout son cœur dans cette relation père-fils qui atteint son apogée sentimentale lors d’une scène finale particulièrement bouleversante.

Si la vie du septuagénaire est chargée en émotions, la découverte de son passé à travers le regard de ses proches permet également d’apporter une réponse à toutes les questions laissées en suspens lors des tomes précédents. Cet ultime volet est donc également celui des révélations, qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur, tout comme elles abandonnent régulièrement Laurent sur le cul.

La première et la dernière case de cette conclusion ont beau être similaires, ce qui se déroule entre les deux est d’une grande densité. Pourtant, malgré la complexité et la richesse de l’existence de ce septuagénaire marqué par l’occupation allemande, Luc Brunschwig parvient à livrer un récit d’une fluidité exemplaire, qui ne perd jamais son lecteur.

Au niveau du graphisme, j’ai toujours été fan du graphisme d’Etienne Le Roux et, malgré le très bon travail de Jérôme Brizard sur la colorisation du tome précédent, je suis tout de même ravi de retrouver le dessinateur aux manettes de la colorisation. Outre sa capacité à donner vie aux petites gens, j’ai donc également pris grand plaisir à replonger dans l’ambiance unique, pleine de douceur, qu’il parvient à insuffler à ses planches à l’aide de tons savamment choisis.

Une saga qui restera dans les mémoires et un coup de cœur qui mérite une petite place dans mon Top BD de l’année !

Thilde Barboni et Olivier Cinna – Hibakusha

Posted in Aire Libre, BANDES DESSINÉES, Dupuis, Franco-Belge, Guerre, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags , , on 24 mai 2017 by Yvan

Les traces indélébiles d’Hiroshima…

Thilde Barboni et Olivier Cinna - HibakushaCe one-shot publié dans la collection Aire Libre de chez Dupuis est tiré de la nouvelle « Hiroshima, fin de transmission » de Thilde Barboni. Adaptée sous le titre de « Hibakusha », terme japonais désignant les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, cette histoire narrant une romance au moment où le monde bascule dans l’horreur, m’a renvoyé aux bons souvenirs des romans (« Le poids des secrets ») d’Aki Shimazaki.

Situé en 1945, à l’aube de la date fatidique du 6 août, le récit invite à suivre les pas d’un interprète allemand envoyé en mission au pays du Soleil levant par le régime nazi. Sur place, il tombe éperdument amoureux d’une belle masseuse nippone, qui le soulage de ses douleurs physiques, tout en apaisant son âme et en bouleversant ses convictions. Un amour que la folie humaine scellera à jamais dans la pierre…

Entre fiction et réalité historique, cette bande dessinée nous plonge au cœur de la seconde guerre mondiale, au moment où le Japon s’apprête à vivre l’une des pages les plus sombres de son Histoire. À travers les documents confidentiels qu’il doit traduire, Ludwig comprends progressivement toutes les horreurs qui ont été commises… sans savoir que le pire reste à venir.

Malgré un ancrage historique particulièrement sombre et finalement juste effleuré, le lecteur retiendra surtout une belle histoire d’amour et un hommage vibrant aux victimes de la bombe atomique. La noirceur du fond, se retrouve ainsi balayée par la poésie et la sensibilité qui se dégage de ce récit profondément humain.

Si au niveau du scénario, la scène d’introduction n’apporte pas forcément grand-chose, excepté un brin de confusion, et que certains éléments auraient probablement mérité d’être développés un peu plus, cela ne m’a aucunement empêché d’être entièrement happé par l’ambiance du récit. Une séduction qui s’opère dès la couverture, qui est tout bonnement splendide, et qui se poursuit au fil des pages et de ce dessin sensuel qui distille une ambiance nippone dont je raffole. Particulièrement à l’aise au milieu des kimonos et des cerisiers en fleurs, Olivier Cinna (« Mr Deeds », « Ordures », « Fête des morts ») parvient à saisir la grâce, la sensualité et l’humain au milieu du chaos et de l’horreur.

Ils en parlent également : Mo’