Archive for the Maladie Category

Sébastien Spitzer – La Fièvre

Posted in Littérature, Maladie with tags , on 20 septembre 2020 by Yvan

L’écho du passé !

Sébastien Spitzer – La FièvreAyant adoré « Ces rêves qu’on piétine », qui abordait les derniers jours du régime nazi sous un angle original et intéressant, je n’ai pas hésité à lire ce nouveau roman de Sébastien Spitzer qui fait étonnamment écho à l’actualité du moment !

Comme il l’explique dans sa postface, le sujet du roman lui est venu en essayant de découvrir l’origine du fou-rire particulièrement contagieux d’Elvis Presley lors d’un de ses concerts. Si je vous invite à découvrir cette performance live du King que le regretté Eric Laforge adorait passer le matin sur Classic21, me mettant chaque fois de très bonne humeur, Sébastien Spitzer s’est néanmoins très vite éloigné de sa quête initiale. Scrutant la vie d’Elvis, il est finalement tombé à Memphis… logique… mais en 1878 !

Du coup, l’auteur nous plonge à la fin du dix-neuvième siècle, quelques années après la fin de la Guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage, à l’aube de l’apparition de cette mystérieuse épidémie de fièvre jaune, qui a en grande partie décimé cette ville portuaire qui verra naître le célèbre roi du rock’n’roll des années plus tard. Si le thème principal évoqué par le titre du roman fait inévitablement écho à la pandémie de Covid19 qui sévit actuellement, la scène d’ouverture donnera cependant envie de mettre un genou à terre en levant le poing bien haut. Le fond historique prend en effet soin de nous rappeler que la libération des esclaves en 1965 n’était pas forcément du goût du KKK et de la plupart des gens du Sud… #BlackLivesMatter

Outre une histoire basée sur des faits réels et des thèmes forts et extrêmement actuels, Sébastien Spitzer donne surtout vie à des personnages qui insufflent énormément d’humanité au récit. De la petite Emmy, métisse épileptique à la recherche de son père, au directeur raciste du journal local, en passant par l’attachante Anne Cook, tenancière du plus beau bordel de la ville, le lecteur suit des personnages confrontés à une épidémie qui sème non seulement la mort et la panique, mais qui révèle surtout progressivement le pire et le meilleur de l’humanité…

Ce très bon roman démontre une nouvelle fois l’incroyable capacité de cet auteur à faire renaître le passé à travers des personnages parfaitement ciselés !

La Fièvre, Sébastien Spitzer, Albin Michel, 320 p., 19,90€

Ils en parlent également: La culture dans tous ses états, Charlotte, Sonia, Anouk, My pretty books, Koryfée, Julie, Tours & culture, Knut, Un livre après l’autre, Ophélie, Envie de partager les livres, Brice, Page après page, Des plumes et des livres, Valmyvoyou litNath

Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama

Posted in Littérature, Maladie with tags , , on 26 avril 2020 by Yvan

Combat contre Dame Oclès !

Mathias Malzieu - Journal d’un vampire en pyjamaFin 2013, ne respirant pas la grande forme, Mathias Malzieu décide d’effectuer une prise de sang. Malheureusement pour lui, ses symptômes ne sont pas dû à un coup de fatigue, mais à une maladie rare nommée aplasie médullaire idiopathique, qui nécessite des transfusions de sang régulières en attendant de trouver un donneur compatible pour une greffe de moelle osseuse. De chimio en chambre stérile, les médecins surveillent dès lors attentivement ses globules blanches, ses globules rouges et ses plaquettes… sous le regard attentif de Dame Oclès !

Ce roman servi sous forme de journal intime raconte le combat de Mathias Malzieu contre cette maladie qui le transforme en vampire en pyjama, errant dans les couloirs des hôpitaux de transfusions en traitements. Cette plongée dans le monde hospitalier déborde heureusement d’autodérision et d’espoir, évitant ainsi au lecteur de sombrer en pleine dépression. Offrant une belle leçon de courage et d’optimisme, l’auteur en profite également pour rendre hommage au corps médical, sans qui il ne serait probablement plus là.

Le seul point négatif de ce roman que j’ai dévoré en une seule journée est que je ne suis pas vraiment fan de cet environnement hospitalier… c’est d’ailleurs la première fois que je dois m’allonger les jambes en l’air en lisant un roman afin de ne pas tomber dans les pommes… notamment lors de l’épreuve du harpon du myélogramme…

Un coup de cœur !

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, Albin Michel, 240 p., 18€

Ils en parlent également : Folavril, Mes échappées livresquesMa toute petite cultureStelphique, MarinePause polars, My pretty booksPetite plumeLa chouette bouquine, Eve, Anne-Sophie, EnnaCamille, Emma, Lula, MagaliLivresque 78, Ibidouu, Les cibles d’une lectrice à viséeLivraisons littéraires, Des miettes entre les pages, Nos amis les motsQuai des prosesLittéart

Gavin’s Clemente-Ruiz – Le club des feignasses

Posted in Littérature, Maladie with tags , on 1 août 2018 by Yvan

Quand la mort rapproche de la vie !

Gavin's Clemente Ruiz - Le club des feignassesSi la couverture invite à s’allonger dans un transat en bord de mer, le cocktail servi par l’auteur est cependant composé de médicaments utilisés dans le cadre d’une cure de chimiothérapie. Le club dont il est question réunit en effet des personnes dont le seul point commun est qu’on vient de leur diagnostiquer un cancer. Au revoir la légèreté et le moment de détente que semblait promettre le titre et place à un récit qui tombe dans le pathos et le larmoyant ?

Pas du tout, car l’auteur a beau aborder un sujet peu réjouissant à la base, il le fait avec légèreté et beaucoup d’humour, en compagnie de personnages bien décidés à se serrer les coudes et à ne pas se laisser abattre par la maladie. Le plus grand challenge du lecteur sera d’ailleurs de passer outre ce positivisme exagéré et cette abondance de bons sentiments, qui transforment certes ce livre au sujet délicat en roman feel-good, mais l’éloigne par la même occasion de la réalité… à l’image de cette infirmière qui effectue une danse du crabe devant des patients venus faire leur première chimio.

Afin de passer un bon moment de lecture, il faut donc pouvoir accepter cette approche pleine d’autodérision. Une fois cette barrière franchie, on s’attache très vite à ces personnages qui partagent progressivement leurs fêlures et leurs faiblesses, sous une devise commune qui résume immédiatement le ton du récit : « Croix de bois, croix de fer, si je meurs c’est d’un cancer! »

Si personne ne rêve de faire partie de ce « Club des feignasses », il ne manque cependant pas de séduire. La légèreté promise par le titre y est de rigueur, permettant à ses membres d’affronter la maladie avec une incroyable joie de vivre, sans mettre l’accent sur la mort, mais sur la vie. Le chemin parcouru est certes celui de la maladie, mais surtout celui de la solidarité, de la tendresse, du rire et de l’humanité, proposant ainsi une bouffée d’oxygène malgré un sujet sensible.

Si les émotions sont inévitablement au rendez-vous de cette lecture, celles-ci atteignent leur comble lors des remerciements de l’auteur. Cette partie où il nous parle de son propre vécu est forcément plus ancrée dans la réalité et du coup beaucoup plus émouvante…

Dans le même genre, lisez surtout « Les derniers jours de Rabbit Hayes » d’Anna McPartlin.

Sophie Daull – Camille mon envolée

Posted in Littérature, Maladie with tags , on 16 mars 2018 by Yvan

Des mots afin de combler le vide…

Sophie Daull - Camille mon envoléeCe roman raconte l’histoire de Camille, seize ans et toute la vie devant elle… jusqu’à cette fièvre soudaine et violente, traitée comme une mauvaise grippe, dont l’adolescente ne se relèvera jamais. Pour la maman, c’est le vide, aussi soudain qu’éternel, impossible à combler… puis le besoin d’écrire, afin de prolonger un peu la présence… et ne pas oublier…

Autant vous prévenir illico, ce témoignage courageux et profondément intime n’est pas agréable à lire. Sophie Daull s’y adresse directement à sa fille, retraçant les quatre jours ayant précédé sa mort, ainsi que les semaines qui ont suivi. Si le récit est poignant au possible, le besoin de régulièrement refermer le livre est également présent, car rien que s’imaginer vivre une telle injustice à travers les mots de l’auteure est déjà trop douloureux.

Les personnages ne sont pas vraiment travaillés, mais ce n’est franchement pas nécessaire car tout parent qui se respecte s’identifie inévitablement à cette mère et ne peut sortir que bouleversé de cette lecture. Même le style n’a plus forcément d’importance lorsque les mots n’existent pas pour décrire ce genre de peine…

« Nous n’avons pas de nom. Nous ne sommes ni veufs, ni orphelins. Il n’existe pas de mot pour désigner celui ou celle qui a perdu son enfant ».

Colson Whitehead – Underground Railroad

Posted in Littérature, Maladie with tags on 25 octobre 2017 by Yvan

A jamais prisonniers du système d’esclavage !

Colson Whitehead - Underground RailroadCe sixième roman de Colson Whitehead invite à suivre les pas de Cora, une jeune esclave qui s’évade d’une plantation de coton en Géorgie, quelques années avant la guerre de Sécession. Aidée par un réseau clandestin permettant aux Noirs de fuir les États du Sud, mais traquée par un impitoyable chasseur d’esclaves, Cora entame un long voyage à travers une Amérique raciste, où les injustices varient certes en fonction de l’endroit, mais où la liberté et l’égalité ne sont jamais au rendez-vous quand on a le malheur de ne pas naître blanc…

Sous la plume de Colson Whitehead, l’ “Underground Railroad”, le vaste réseau clandestin qui permettait aux esclaves d’échapper à leurs geôliers, devient un véritable chemin de fer souterrain, avec ses gares et ses trains. Cette voie métaphorique empruntée par l’héroïne du roman permet à l’auteur de plonger le lecteur dans une page particulièrement sombre de l’Histoire des États-Unis. Au fil des arrêts, il dresse le portrait de personnages à jamais prisonniers du système d’esclavage, ainsi que d’une société raciste foncièrement écœurante, où la haine envers les Noirs prend différentes formes selon les États, allant de lynchages à des stérilisations contrôlées.

Ce roman qui revient sur la condition des Noirs dans l’Amérique du XIXème siècle, remontant ainsi aux origines de ce mal qui empoisonne encore toujours les États-Unis, a non seulement été salué par Barack Obama himself, mais a également remporté le National Book Award 2016 et le Pulitzer 2017. À lire donc… afin de ne jamais oublier !

Eric-Emmanuel Schmitt – La vengeance du pardon

Posted in Littérature, Maladie with tags on 20 octobre 2017 by Yvan

Le pardon à toutes les sauces !

Eric-Emmanuel Schmitt - La vengeance du pardonAvec « La vengeance du pardon » l’auteur d’ « Oscar et la dame rose » propose un recueil de quatre nouvelles qui explorent le thème du pardon.

La première (Les sœurs Barbarin) invite à suivre les pas de deux sœurs jumelles, dont l’aînée (de quelques minutes) adore sa jumelle, lui pardonnant tout. La cadette se sent par contre moins aimée et déborde de jalousie et de haine envers cette sœur qui pardonne toutes ses caprices.

La seconde (Mademoiselle Butterfly) met en scène un homme intransigeant qui a fait fortune dans la finance. Alors qu’il était encore adolescent, William avait séduit une jeune paysanne avec un retard mental suite à un pari avec ses copains. Après avoir finalement réussi à coucher avec elle, il l’abandonna cependant assez lâchement, repoussant toutes ses tentatives de le revoir. Maintenant que son empire financier est au bord de la faillite, le vieux loup solitaire se souvient pourtant de l’amour de cette simplette qui lui a toujours tout pardonné…

La troisième (La vengeance du pardon) invite à suivre une mère qui rend régulièrement visite, en prison, au tueur en série qui a assassiné sa fille… afin de comprendre, de pardonner, voire même de se venger !

La dernière (Dessine-moi un avion) raconte l’histoire d’une petite fille qui finit par apprivoiser son vieux voisin bougon en lui faisait découvrir le récit du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une rencontre qui fera progressivement remonter le passé nébuleux de l’ancien aviateur à la surface. Un passé qu’il n’est pas certain de pouvoir se pardonner…

Si je ne suis pas forcément fan du genre, les nouvelles ayant souvent tendance à survoler le développement psychologique des personnages, il faut bien avouer qu’Eric-Emmanuel Schmitt excelle en la matière. Outre son sens de la formule et la grande accessibilité de son style, il propose également des histoires très humaines, saupoudrées de psychologie, qui invitent à réfléchir sur le pardon, voire même sur la vengeance… les deux sentiments n’étant finalement pas toujours aussi éloignés l’un de l’autre qu’on ne croit.

Si j’étais encore un brin mitigé suite à la fin fort prévisible du premier récit, j’étais totalement conquis après la seconde histoire, avant d’apprécier la noirceur et la conclusion surprenante de la suivante et de me délecter de la douceur et de la sensibilité de la dernière.

Une très bonne lecture !

Espé – Le Perroquet

Posted in BANDES DESSINÉES, Franco-Belge, Glénat, Maladie, One-shots, [DL 2017], [Grand public] with tags , , on 7 juin 2017 by Yvan

Une maman bipolaire !

Espé – Le PerroquetÀ travers cette bande dessinée autofictionnelle, Espé (« Château Bordeaux ») évoque son histoire familiale et plus particulièrement la maladie de sa mère.

Le lecteur suit le quotidien de Bastien, dont la mère souffre de troubles bipolaires avec tendance schizophrénique. Entre les crises d’une rare intensité et les séjours en établissements psychiatriques, dont elle revient souvent à l’état de légume, les moments d’accalmie et de lucidité se font de plus en plus rares. Du haut de ses huit ans, Bastien tente de comprendre et observe la lente descente aux enfers de sa mère à travers son regard d’enfant, plein d’innocence et d’imagination…

C’est à travers de petites tranches de vie indépendantes que l’auteur partage son vécu. Ces courts chapitres de seulement quelques pages reviennent sur des épisodes-clés de la vie de Bastien, restituant avec brio la détresse de toute la famille, du grand-père qui refuse d’accepter la maladie de sa fille au fiston qui se réfugie dans l’imaginaire et transforme sa mère en super-héroïne.

Visuellement, le trait sobre et efficace de l’auteur accompagne ce récit riche en émotions avec beaucoup de pudeur. La colorisation, rouge lors des crises et vert lors des rares instants de bonheur, intensifie encore un peu plus l’ambiance du moment.

Un excellent one-shot que vous pouvez retrouver dans mon Top BD de l’année !